Noctes Gallicanae

Thermae, balneae, balneum

« les thermes et les bains »

 

 

 

‘balnea’

évergétisme

prix de l’entrée

les heures d’ouverture

la mixité

la promiscuité

la propreté de l’eau

les plaisirs du bain

le luxe pour tous

des centres de loisir

massage et épilation

casser la croûte

Pompéi : thermes de Stabies

Les poèmes cités sans nom d’auteur sont des épigrammes de Martial.

Sauf indication différente, les citations de Sénèque sont extraites de la lettre 86 à Lucilius : « In ipsa Scipionis Africani villa iacens haec tibi scribo... »

 


Κύπρις ῎Ερως Χάριτες Νύμφαι Διόνυσος ᾿Απόλλων

     ὤμοσαν ἀλλήλοις ἐνθάδε ναιετάειν

Cypris, Éros, les Grâces, les Nymphes, Dionysos et Apollon

se sont promis les uns aux autres de résider ici.

Anth. Pal. IX, 639

 

τὰ θερμά (λουτρά)  les (bains) chauds

En Grèce, les bains sont connus et pratiqués depuis très longtemps :

Τόφρα δὲ Τηλέμαχον λοῦσεν καλὴ Πολυκάστη,

Νέστορος ὁπλοτάτη θυγάτηρ Νηληϊάδαο.

Αὐτὰρ ἐπεὶ λοῦσέν τε καὶ ἔχρισεν λίπ᾽ ἐλαίῳ,

ἀμφὶ δέ μιν φᾶρος καλὸν βάλεν ἠδὲ χιτῶνα,

ἔκ ῥ᾽ ἀσαμίνθου βῆ δέμας ἀθανάτοισιν ὁμοῖος·

Pendant ce temps, la belle Polycastè, baigna Télémaque,

c’était la plus jeune des filles de Nestor fils de Nélée.

Et quand elle l’eut baigné et qu’elle l’eut enduit et frotté d’huile,

elle l’enveloppa d’une tunique et jeta sur son dos un beau manteau ;

il sortit de la salle de bains, physiquement semblable à un immortel. (Odyssée, III, 464-468)

 

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Salle de bains et baignoire du palais de Nestor à Pylos

 

A Rome, il faut attendre le IIIe siècle av. J.-C. pour voir apparaître ce que l’on considérait comme indigne d’un citoyen romain et bon pour des femmes et des efféminés.

 

Quelques définitions

 

balneum, balneae

Item reprehendunt analogias, quod dicantur multitudinis nomine publicae balneae, non balnea, contra quod privati dicant unum balneum, quom, plura balnea non dicant. Quibus responderi potest non esse reprehendendum, quod scalae et aquae caldae, pleraque cum causa, multitudinis vocabulis sint appellata neque eorum singularia in usum venerint; idemque item contra.

Certains n’admettent pas non plus l’analogie qui fait que l’on désigne d’un mot pluriel les « publicae balneae » (et non « balnea ») et qu’au contraire chez les particuliers on parle d’un seul « balneum » alors qu’on ne dit pas plusieurs « balnea ». On peut leur répondre qu’il n’y a pas lieu de ne pas admettre ces formes dans la mesure où les « escaliers » et les « eaux thermales » pour bien des raisons ont été désignés par des noms pluriels et que leur singulier n’a jamais été usité. Le même raisonnement vaut en sens inverse.

Primum balneum (nomen est Graecum), cum introiit in urbem, publice ibi consedit, ubi bina essent coniuncta aedificia lavandi causa, unum ubi viri, alterum ubi mulieres lavarentur ; ab eadem ratione domi suae quisque ubi lavatur balneum dixerunt et, quod non erant duo, balnea dicere non consuerunt, cum hoc antiqui non balneum, sed lavatrinam appellare consuessent.

Lorsque le premier « bain » (mot d’origine grecque) fut introduit à Rome, ce fut en tant qu’établissement public : pour se laver, deux bâtiments étaient accolés, l’un pour la toilette des hommes, l’autre pour celle des femmes. Pour la même raison, l’endroit où chacun se lave dans sa propre maison a été appelé « balneum » et parce qu’il n’y en avait pas deux, on n’a pas pris l’habitude de dire « balnea », d’autant que les anciens avaient l’habitude d’appeler cet endroit « lavatrina » et non « balneum ». (Varron, De lingua Latina, IX, 41).

 

Le mot a été emprunté au grec τὸ βαλανεῖον sous la forme balineum qui s’est vite réduite à balneum. Si, comme le dit Varron, le pluriel a servi d’abord à désigner les « bains publics », il semble que les auteurs de l’époque impériale n’aient plus respecté cet usage.

 

alveus (parfois alveum) : baignoire. Le mot a désigné d’abord une cuve en bois, lignum excavatum in quo lavantur infantes « une auge en bois où on lave les bébés ».

 

apodyterium : vestiaire où l’on se déshabille. Des niches permettent de ranger les vêtements. On remarque l’origine grecque du mot (ἀποδυτέριον) : les Romains ont eu un certain mal à s’adapter à la nudité collective si naturelle pour les Grecs et le mot étranger permet de braver l’impudeur liée à son signifié.

 

caldarium : local chaud, surchauffé à l’époque impériale.

 

destrictarium : lieu où l’on peut se nettoyer (destringere) après les exercices physiques, en grattant avec un strigile l’huile dont on s’était enduit auparavant.

 

la(va)brum : bassin, en particulier la vasque d’eau fraîche du caldarium.

 

la(va)trina désigne la salle de bains, la ou les toilettes.

 

laconicum : la tradition enseigne que les Spartiates se rendaient après leurs exercices dans une étuve sèche, pièce chauffée par un brasero, où une transpiration abondante décrassait la peau avant un plongeon dans l’Eurotas. Il semble que souvent le mot ait servi en latin à désigner simplement une salle circulaire, chauffée ou non.

 

natatio, natatorium et natatoria : piscine, bassin conçu pour la natation (piscina désigne le vivier à poissons).

 

solium : baignoire individuelle, alvei lavandi causa instituti quo singuli descendunt bassins destinés à se baigner où l’on va chacun son tour.

 

tepidarium : local tiède où se trouvent une baignoire d’eau chaude et souvent un labrum d’eau plus fraîche.

 

thermae n’apparaît qu’au 1er siècle après J.-C.

 

Visum etiam mihi est ut irem lavatum, quod audieram inde balneis nomen inditum, quia Graeci βαλανεῖον dixerint, quod anxietatem pellat ex animo. Ecce et hoc confiteor misericordiae tuae, pater orphanorum, quoniam lavi et talis eram qualis priusquam lavissem. Neque enim exudavit de corde meo maeroris amaritudo.

Je jugeai bon encore d’aller me baigner, parce que j’avais entendu dire que ce nom de « bains » était issu du nom de balaneion que les Grecs lui avaient donné parce qu’il chasse l’inquiétude de l’âme. Cela aussi, je le confesse à ta miséricorde, Père des orphelins, après m’être baigné, j’étais encore tel qu’avant de me baigner. Et en effet rien n’avait sué de mon cœur de l’amertume de mon chagrin. (Saint Augustin, Confessions, IX, 12).

 


Les thermes publics

 

Les premiers furent ouverts à Rome au IIe siècle av. J.-C.

A cette époque-là, si l’on en croit Sénèque, les Romains se lavaient peu : Non cotidie lavabatur; nam, ut aiunt qui priscos mores urbis tradiderunt, brachia et crura cotidie abluebant, quae scilicet sordes opere collegerant, ceterum toti nundinis lavabantur (Scipion l’Africain) ne se baignait pas tous les jours ; en effet, comme le disent ceux qui nous ont transmis les coutumes anciennes de Rome, on se lavait tous les jours les bras et les jambes, que le travail avait couverts de crasse, autrement on se baignait tout entier les jours de marché [tous les neuf jours].

 

A partir du 1er siècle avant J.-C. les Romains fréquentent assidûment les thermes et cette passion ne fera que croître sous l’Empire. Dès lors, à Rome comme dans les provinces, empereurs et magistrats locaux se doivent d’offrir à leurs contemporains des établissements qui perpétuent leur mémoire ou représentent leur générosité. Les inscriptions qui en témoignent sont presque innombrables ! En voici quelques exemples.

 

On bâtit :

]

Praefectus Aegy[pti]

Terentia A(uli) f(ilia) mater e[ius]

Cosconia Lentuli Ma[l]ug[inensis f(ilia)]

Gallita uxor eius ae[dificiis]

emptis et ad solum de[iectis]

balneum cum omn[i ornatu]

[Vulsiniens]ibus ded[erunt]

[ob publ]ica co[mmoda]

AE 1904, 37

..., préfet d’Égypte ; Terentia, fille d’Aulus, sa mère ; Cosconia Gallita, fille de Lentulus Maluginens, sa femme ; ayant acheté et fait raser des bâtiments, ont offert aux habitants de Vulsinia ( ?) des thermes avec toutes les installations pour le bien-être du peuple.

 

D(ecimus) Funius D(ecimi) f(ilius) Gall[us?]

C(aius) Rubrius C(ai) f(ilius) Tinti[rius?]

IIIIvir(i) quinq(uennales)

balneum ab solo fa[ciundum]

coiraver(e) ex d(ecreto) d(ecurionum) eide[m]

probavere

AE 1967, 0096

Decimus Funius Gallus, fils de Decimus ; Gaius Rubrius Tintirius, fils de Gaius ; quattuorvirs quinquennaux, ont supervisé la totalité de la construction de thermes conformément à une décision des décurions et ont agréé les travaux.

 

M(arcus) Tullius Venne

ianus IIvir q(uin)q(uennalis) p(atronus) c(oloniae) balneas

nobas a solo sua pecunia extru

xit et dedecavit M(arcus) Tullius Cice

ro Venneianus filius balneas eas

dem vi ignis multifaria corruptas

sua pecunia restituit curantibus

Tulliis Primigenio et Nedymo et

contutoribus eorum et inco

lumes ad usum civium rei pu

blicae tradidit

AE 1935, 28

Marcus Tullius Venneianus, duumvir quinquennal, protecteur de la colonie, a fait entièrement construire à ses frais de nouveaux thermes et les a consacrés.

Marcus Tullius Cicero Venneianus, son fils, a fait rénover à ses frais les mêmes thermes endommagés par de multiples incendies, les travaux ont été supervisés par Primigenius Tullius et Nedymus Tullius avec leurs assistants.

Il a remis à la collectivité des thermes refaits à neuf pour les besoins de ses concitoyens.

 

ALFIA P F QVARTA BALNEVM

MVLIEBRE A SOLO FECIT

EADEM LAPIDE VARIO EXORNAVIT

LABRVM AENEVM CVM

FOCVLO SEDES POSVIT P S

CIL IX, 3677 ; ILS 5684

S. Benedetto, ubi fuit Marruvium Marsorum

 

 

Alfia Quarta, fille de Publius,

a fait construire entièrement le bain des femmes,

qu’elle a fait décorer de pierres multicolores (mosaïques ?),

elle l’a équipé d’un bassin de bronze

avec un brasero et de sièges, le tout à ses frais.

 

On reconstruit :

 

Vibia C(ai) f(ilia) Galla balne[u]m

de sua pecunia ref(iciendum) cur[avit]

AE 1952, 19

Vibia Galla, fille de Gaius, a fait rénover les thermes à ses frais.

 

Q Vibuleius L f

L Statius Sal f

duo vir

balneas reficiund

aquam per publicum

ducendam d d s

coeravere

CIL I, 2 1473

Quintus Vibuleius, fils de Lucius ; Lucius Statius, fils de Salvius ; duumvirs, ont supervisé la rénovation des thermes et la construction d’une aqueduc dans le domaine public sur décision des décurions et à leurs frais.

 

[Imp(eratori) Caes(ari) L(ucio) Domitio Aureliano Aug(usto)]

II et Capitolino co(n)s(ulibus)

Aur(elius) Verecundus v(ir) e(gregius) pro(curator)

argentariarum balneum

vetustate conlapsum

ad pristinam faciem re

form(a)re curavit

AE 1893, 131

Sous le second consulat de l’empereur César Lucius Domitius Aurélien Auguste et de Capitolinus, Aurélius Verecundus, appartenant au second rang de l’ordre équestre, procurateur des mines d’argent, a supervisé la réfection à l’identique des thermes ruinés par le temps.

 

M(arcus) Coeli[...]

ninus [...]

balneum v[etustate corrup]

tum restituendum [curavit]

eidem assam cellam a so[lo]

fecit et cylisterium institu

it curante Iunio Sucesso

c(enturione) principe

IRT 869

Marcus Coelius [...]ninus ... a supervisé la restauration des thermes détériorés par le temps. Il a fait entièrement construire une chambre sèche (une étuve) et a aménagé un speaking place. Les travaux ont été supervisés par Junius Successus, centurion de première classe.

Je comprends cylisterium (κυλιστήριον) d’après κυλίνδω « fréquenter » ; le mot ne figurant pas dans le dictionnaire grec, j’ai cru pouvoir rendre son allure prétentieuse par un équivalent à couleur anglo-saxonne qui n’existe pas en anglais. « Centurion de première classe » vise à rendre l’idée plus que la lettre.

 

Balneum vetustat[.]

cosumt v[...] Tasg[aet(ini)]

a solo restituer[...]

cur Car Caiati[...]

et Fl Adiecto Qu[...]

Aurel(io) Celso et Cilt[o] | Cilti fil(io)

CIL XIII, 5257

Les habitants de Tasgaeta ( ?) ont rebâti entièrement les thermes dégradés par le temps ; la direction des travaux a été confiée à Car... Caiatus ( ?) et Flavius Adjectus, questeurs, et à Aurélius Celsus et Ciltus, fils de Ciltus.

ou Flavius Adjectus Aurelius Celsus, fils de Quintus ?

Flavius Catullus

testamento ad marmoran

dum balneum legavit r(ei) p(ublicae)

denarios) LXXV(milia)

quod C(aius) F[lavius G]allus her(es) p(erficiendum) c(uravit)

[...] tributis legati s(upra) s(cripti)

[... consum]mationem

CIL XIII, 5416

Par testament, Flavius Catullus a laissé à la collectivité 75000 deniers pour revêtir les thermes de marbre. Gaius Flavius Gallus, son héritier, s’est chargé de mener à bien les travaux ... avec le montant du legs mentionné ci-dessus jusqu’à épuisement des fonds.

 

Deae Fortun[ae]

sanctae balne[um]

vetustate conlap

sum expl(oratores) Stu[...]

et Brit(tones) gentiles

officiales Brit(tonum) et

deditic(iorum) Alexan

[...] de

suo restituer(unt) cu

ra agente T(ito) Fl(avio) Ro

mano

(centurione) leg(ionis) XXII p(rimigeniae) p(iae) f(idelis)

Id(ibus) Aug(ustis) Lupo et Maximo

co(n)s(ulibus)

AE 1897, 118

Thermes de la sainte déesse Fortune. Les éclaireurs de ... , les Bretons du peuple et les responsables des Bretons et des vaincus alexandriens ( ?) ont rénové ces thermes ruinés par le temps à leurs frais ; la responsabilité des travaux a été confiée à Titus Flavius Romanus, centurion de la 22ème légion Primigenia Pia Fidelis. Fait le jour des Ides de mars, sous le consulat de Lupus et Maximus.

 

Imp(erator) Cae[s(ar) M(arcus) Aur(elius) Antoninus Severus]

[Alexander] Pius Felix Augustus

balne[as coh(ortis) II Fl(aviae) Commagenor(um)

Severia[nae vetustate dilapsas res]

tituit s[...]

Dac(iarium) III c[urante ...]

diano [praef(ecto) coh(ortis) II Fl(aviae) Commag(enorum) Severi]

anae [...

AE 1903, 66

L’empereur César Marcus Aurelius Antoninus Severus Alexandre Pieux Heureux Auguste a fait restaurer les thermes de la 2ème cohorte Flavia Sévérienne des Commagènes ..., ces thermes étant tombés en ruines sous l’effet du temps ; la responsabilité des travaux a été confiée à ...dianus, préfet de la 2ème cohorte Flavia Sévérienne des Commagènes.

 

C(aius) Plinius L(uci) f(ilius) Ouf(entina tribu) Caecilius [Secundus co(n)s(ul),]

augur, legat(us) pro pr(aetore) provinciae Pon[ti et Bithyniae]

consulari potesta[t(e)] in eam provinciam e[x s(enatus) c(onsulto) missus ab]

Imp(eratore) Caesar(e) Nerva Traiano Aug(usto) German[ico Dacico p(atre) p(atriae),]

curator alvei Ti[b]eris et riparum e[t cloacarum urb(is),]

praef(ectus) aerari Satu[r]ni, praef(ectus) aerari mil[it(aris), pr(aetor), trib(unus) pl(ebis),]

quaestor imp(eratoris), sevir equitum [Romanorum,]

trib(unus) milit(um) leg(ionis) [III] Gallica[e, Xvir stli]

tib(us) iudicand(is), therm[as ---] adiectis in

ornatum HS balnea1.jpg [--- et eo amp]lius in tutela[m]

HS balnea3.jpg t(estamento) f(ieri) i(ussit) [item in alimenta] libertor(um) suorum homin(um) C

HS balnea2.jpg| rei [p(ublicae) legavit, quorum inc]rement(a) postea ad epulum

[p]leb(is) urban(ae) voluit pertin[ere, item vivu]s dedit in aliment(a) pueror(um)

et puellar(um) pleb(i) urban(ae) HS [D, item bybliothecam et] in tutelam bybliothe

CIL V, 5262 = ILS 2927, à Côme

 

Gaius Plinius Caecilius Secundus, fils de Lucius, de la tribu Oufentina, consul,

augure, préteur délégué au gouvernement de la province du Pont et Bithynie

avec des pouvoirs consulaires et nommé à la tête de cette province par sénatus consulte à la demande de

l’Empereur César Nerva Trajan Auguste vainqueur des Germains et des Daces père de la patrie,

superviseur du cours et des rives du Tibre et des égouts de Rome,

préfet aux finances publiques, préfet aux finances militaires, préteur, tribun de la plèbe,

questeur auprès de l’empereur, chef d’escadron dans la cavalerie romaine,

tribun militaire de la 3ème légion « Gallica », décemvir chargé de régler

les différends d’état civil, [a dépensé ??? sesterces dans la réfection (ou la construction) ?] des thermes, plus

pour leur décoration (ou leur équipement ?) 300000 sesterces ... ; à quoi s’ajoutent pour leur entretien

200000 sesterces qu’il a fait réserver dans son testament. De même, pour les besoins de ses affranchis, soit cent hommes,

il a légué à la communauté 1 866 666 sesterces, dont il veut que par la suite les intérêts servent à offrir un banquet

à la plèbe de sa ville ; de même il a donné de son vivant pour les besoins des garçons et des filles

de la plèbe de sa ville 500 sesterces ; de même il a offert une bibliothèque et pour l’entretien de cette bibliothèque

 

Il s’agit, bien sûr de Pline le Jeune. Sa fortune a été estimée à 5 millions de deniers. Pour les dons qu’il a faits à ses concitoyens de Côme de son vivant, voir les lettres I, 8 et VII, 18.

La somme apparemment bizarre de 1 866 666 HS est destinée à produire 112 000 HS d’intérêts par an au taux de 6%.


Le prix de l’entrée

 

L’entrée était payante.

Novit loturos Dasius numerare : poposcit

   mammosam Spatalen pro tribus ; illa dedit.

Dasius sait compter les gens qui viennent se baigner : il a demandé

à Volupté la mamelue de payer triple entrée : elle l’a fait. (Martial, II, 52)

 

Le droit d’entrée, qui s’est appelé balneaticum à une époque tardive, se montait à Rome à un quadrans, un quart d’as, peut-être 0,10  ! C’est dire si l’entrée aux thermes était à la portée de toutes les bourses !

 

Ce prix s’appliquait dès l’époque d’Horace  …

ne longum faciam: dum tu quadrante lavatum

rex ibis...

Je vais faire bref : tandis que baigné pour trois sous

tu iras comme un roi... (Satires, I, 3, 137)

… jusqu’à celle de Martial (III, 30 et VIII, 42) :

Sportula nulla datur : gratis conviva recumbis.

   Dic mihi, quid Romae, Gargiliane, facis ?

Vnde tibi togula est et fuscae pensio cellae ?

   unde datur quadrans ? ...

On ne distribue plus de panier-repas mais tu te fais inviter et tu dînes sans payer.

Dis-moi, Gargilianus, comment tu te débrouilles à Rome…

D’où viennent ton petit costume et le loyer de ton réduit obscur ?

D’où tires-tu les trois sous ? ...

Le quart d’as qui permet, bien sûr, d’aller aux thermes.

 

Si te sportula maior ad beatos

non corruperit ut solet, licebit

de nostro, Matho, centies laveris.

Si un ticket-restaurant plus important

ne t’entraîne pas comme d’habitude vers des gens fortunés,

Mathon, tu pourras à mes frais aller te baigner cent fois.

La sportula s’élevait en général à 25 as, c’est-à-dire 100 « quadrans », autrement dit 1 X 2HS et 1A !

 

Ce tarif est confirmé par Sénèque qui décrit la salle de bains de la villa de Scipion à Literne, villa que Sénèque visite comme nous visitons Versailles :

At olim et pauca erant balnea nec ullo cultu exornata: cur enim exornaretur res quadrantaria et in usum, non in oblectamentum reperta?

Autrefois les bains étaient rares et sans la moindre décoration : pourquoi en effet décorer un lieu à trois sous, et conçu pour remplir une fonction et non pour procurer un plaisir.

 

Une inscription de Vipasca, en Lusitanie, citée par J. Carcopino, indique un tarif d’un demi-as pour les hommes et d’un as pour les femmes.

 

Le même Juvénal (II, 152) indique qu’au-dessous d’un certain âge les enfants bénéficiaient d’une entrée gratuite … à moins que le vers ne signifie que les enfants en bas âge n’étaient pas admis aux thermes :

nec pueri credunt, nisi qui nondum aere lavantur.

même les enfants n’y croient pas, sauf ceux qui ne paient pas encore pour se baigner.

 


Les heures d’ouverture

 

Ἀθάνατοι λούονται ἀνοιγομένου βαλανείου,

   πέμπτῃ δἡμίθεοι, μετέπειτα δὲ πήματα πάντα.

Les immortels se baignent à l'ouverture des bains;

à la cinquième heure, les demi-dieux; et après, le tout venant en foule.

anonyme, Anth. Palat., IX, 640.

 

Prima salutantes atque altera conterit hora,

   exercet raucos tertia causidicos,

in quintam varios extendit Roma labores,

   sexta quies lassis, septima finis erit,

sufficit in nonam nitidis octava palaestris,

   imperat extructos frangere nona toros :

hora libellorum decuma est, Eupheme, meorum,

   temperat ambrosias cum tua cura dapes

et bonus aetherio laxatur nectare Caesar

   ingentique tenet pocula parca manu.

Tunc admitte iocos : gressu timet ire licenti

   ad matutinum nostra Thalia Iovem.

Première et deuxième heure usent les gens qui doivent faire leurs salutations,

la troisième voit s’accomplir la tâche des avocassiers enroués,

jusqu’à la cinquième Rome continue ses diverses tâches,

la sixième apportera le repos aux gens fatigués, la septième en sera la fin,

la huitième jusqu’à la neuvième suffit aux exercices huilés des palestres,

la neuvième commande d’écraser les coussins empilés,

la dixième, Euphémus, c’est l’heure de mes modestes livres,

lorsque ta compétence prépare l’ambroisie du dîner impérial

et que notre bon César, qui se détend avec le nectar céleste,

tient de sa main virile une coupe légère.

Fais-moi entrer alors avec mes badinages, ma Thalie ne se permet pas

d’aller d’un pas audacieux le matin saluer Jupiter. (IV, 8)

 

Ce joli monument de flagornerie décrit la journée du Romain oisif comme notre poète : il consacre les deux premières heures consacrées à saluer les patroni pour gagner la sportule qui assure la vie quotidienne, puis repas, le prandium, à la sixième heure et sieste jusqu’à la fin de la septième. Une heure aux thermes, ensuite à la neuvième heure, la cena suivie de la commisatio, moment où tout en buvant on se livre aux plaisirs de la conversation entrecoupée de spectacles ou de lectures.

 

Équivalences approchées des heures romaines

solstice

d’hiver

équinoxes

solstice

d’été

prima hora

7h30

6h

4h30

secunda hora

8h15

7h

5h45

tertia hora

9h00

8h

7h00

quarta hora

9h45

9h

8h15

quinta hora

10h30

10h

9h30

sexta hora

11h15

11h

10h45

septima hora

12h00

12h00

12h00

octava hora

12h45

13h

13h15

nona hora

13h30

14h

14h30

decima hora

14h15

15h

15h45

undecima hora

15h00

16h

17h00

duodecima hora

15h45

17h

18h15

solis occasu

16h30

18h

19h30

 

Des nécessités techniques imposaient une fermeture des thermes une partie au moins de la matinée : il fallait bien procéder au nettoyage (impossible à effectuer de nuit), recevoir les livraisons de bois et chauffer l’eau pour l’après-midi.

 

Le témoignage des textes prouve que l’heure d’ouverture des thermes était en général fixée à la huitième heure,

Cenabis belle, Juli Cerialis, apud me;

condicio est melior si tibi nulla, veni.

Octavam poteris servare; lavabimur una:

scis quam sint Stephani balnea juncta mihi...

Julius Cérialis, tu dîneras agréablement chez moi.

Si tu n’as prévu rien de mieux, viens !

Tu pourras respecter la huitième heure, nous irons nous baigner ensemble :

tu sais combien les thermes de Stéphanus sont proches de chez moi... (XI, 51).

 

Ast ubi me fessum sol acrior ire lavatum

admonuit, fugio campum lusumque trigonem.

Mais quand le soleil plus ardent m’a indiqué l’heure d’aller me baigner,

je fuis le Champ de Mars et les parties de ballon : je suis fatigué !

Comprenons qu’Horace préfère aller faire une longue sieste plutôt que de se rendre aux thermes d’Agrippa. (Sat., I, 6, 125-126)

 

Mais ces horaires varient selon les lieux et les époques, selon les classes sociales : les plus riches étaient moins pressés que les autres de se rendre dans un établissement luxueux (voir aussi les plaisirs du bain) :

... horridus ut primo semper te mane salutem

   per mediumque trahat me tua sella lutum,

lassus ut in thermas decuma vel serius hora

   te sequar Agrippae, cum laver ipse Titi.

[tu veux] que tout frissonnant je vienne toujours te saluer à la pointe de l’aube,

que ta litière me traîne derrière elle en plein dans la boue,

que je te suive épuisé aux thermes d’Agrippa à la 10ème heure ou plus tard,

alors que je vais me baigner aux thermes de Titus... (III, 36.)

Les thermes d’Agrippa se trouvaient au Champ de Mars, non loin des thermes de Néron, les thermes de Titus près du Colisée, à l’autre bout de Rome.

 

Il a bien fallu aussi décaler les horaires lorsque la loi a imposé d’admettre les hommes et les femmes séparément.

omnibus diebus calefacere et praestare debeto

a prima luce in horam septimam diei mulieribus

et ab hora octava in horam secundam noctis viris.

CIL II, 5 181 (inscription de Vipasca citée par J. Carcopino)

[le gérant (conductor)] devra chauffer et assurer le service

de l’aube à la septième heure du jour pour les femmes,

et de la huitième heure à la deuxième heure de la nuit pour les hommes.

 

L’ouverture était annoncée par une cloche qui sonnait aussi l’heure de la fermeture, en général au coucher du soleil :

Redde pilam: sonat aes thermarum. Ludere pergis?

     Virgine vis sola lotus abire domum.

Rapporte ta balle : le bronze des thermes résonne. Tu continues à jouer ?

Tu veux rentrer chez toi après t’être baigné simplement dans la piscine extérieure ? (XIV, 143).

Mot à mot « dans l’eau de la Vierge », c’est-à-dire sans passer par le circuit thermal. Pour l’aqua Virgo, voyez ci-dessous La propreté de l’eau.

 

La disposition des thermes et l’épigramme précédent me donnent à penser que l’ouverture et la fermeture s’effectuaient en deux temps : la palestre et le péristyle (où il était possible d’emprunter ou de louer balles et matériel de gymnastique) devaient rester plus longtemps ouverts que les bains proprement dits.

 

De nombreuses lampes, plus de cinq cents, retrouvées dans les thermes du Forum à Pompéi prouvent que cet établissement pouvait ouvrir tard le soir, mais on ignore si cette ouverture nocturne était régulière ou exceptionnelle.

Trois mots de Juvénal (VI, 419) pourraient laisser penser que les thermes de Rome ouvraient parfois la nuit :

balnea nocte subit, ...

Elle va aux bains la nuit...

mais le contexte montre que la dame en question se rend dans ses thermes privés :

..., conchas et castra moveri

nocte iubet, magno gaudet sudare tumultu,

cum lassata gravi ceciderunt bracchia massa,

callidus et cristae digitos inpressit aliptes

ac summum dominae femur exclamare coegit.

Convivae miseri interea somnoque fameque

urguentur.

c’est la nuit qu’elle fait sonner les conques et lever le camp, elle se réjouit de suer à grand fracas, quand ses bras épuisés retombent alourdis par les poids, un masseur qui connaît son affaire laisse l’empreinte de ses doigts même sur son intimité. Et pendant ce temps ses malheureux invités crèvent de sommeil et de faim.

 

Pourtant au IIIe siècle, Alexandre Sévère

addidit et oleum luminibus thermarum, cum antea et ad nonam paterent et ante solis occasum clauderentur.

ajouta à ses largesses de l’huile pour les lampes des thermes, alors qu’auparavant ils n’ouvraient qu’à la neuvième heure et fermaient au coucher du soleil. Hist. Aug. 24.

 


Mixité et nudité

 

[ Κάτων φησὶ τοῦ παιδὸς παρόντας] συλλούσασθαι δὲ μηδέποτε. καὶ τοῦτο κοινὸν ἔοικε Ῥωμαίων ἔθος εἶναι· καὶ γὰρ πενθεροὶ γαμβροῖς ἐφυλάττοντο συλλούεσθαι, δυσωπούμενοι τὴν ἀποκάλυψιν καὶ γύμνωσιν. Εἶτα μέντοι παρ´ Ἑλλήνων τὸ γυμνοῦσθαι μαθόντες, αὐτοὶ πάλιν τοῦ καὶ μετὰ γυναικῶν τοῦτο πράσσειν ἀναπεπλήκασι τοὺς Ἕλληνας.

[Caton dit qu’en présence de son fils] il ne s’est jamais baigné. Et il semble que c’est là une coutume générale chez les Romains : les beaux-pères en effet se gardaient de se baigner en compagnie de leurs gendres, gênés de se déshabiller et de se dénuder devant eux. Ensuite pourtant, ayant appris des Grecs à se mettre nus, ils ont en retour communiqué aux Grecs le vice de le faire aussi avec des femmes. (Plutarque, Caton, 20).

 

Dans les thermes, cela va sans dire, mais (comme toujours) cela va encore mieux en le disant, la nudité était de rigueur.

Cur enim potissimum balneas publicas constituerat ? In quibus non invenio quae latebra togatis hominibus esse posset. Nam si essent in vestibulo balnearum, non laterent ; sin se in intimum coicere vellent, nec satis commode calceati et vestiti id facere possent, et fortasse non reciperentur, nisi forte mulier potens quadrantaria illa permutatione familiaris facta erat balneatori.

Pourquoi donc se donner rendez-vous de préférence dans des bains publics ? Je n'y vois pas de cachette pour des gens en toge : s'ils restaient dans le vestibule des bains, ils n'étaient pas cachés ; si au contraire, ils voulaient s’avancer à l'intérieur, ce n'était guère facile avec des chaussures et des vêtements, et peut-être n'auraient-ils pas été admis, à moins que cette dame influente, la fameuse Trois Francs-Six Sous, ne fût devenue moyennant échange, l'intime du patron des bains. (Cicéron, Pro Caelio, 62).

 

De ce point de vue, les bains romains ne sont pas si différents des « onsen » et des « sentō » japonais :

Un onsen ( , litt. « source chaude ») est un bain thermal japonais dont l'eau est généralement issue de sources volcaniques parfois réputées pour leurs propriétés médicinales.

Les onsen sont des lieux de détente et de relaxation. Ils proposent souvent, en plus du bain lui-même, des possibilités d'hébergement et de restauration. […]

À l'intérieur du onsen, comme dans les sentō, la nudité est de rigueur et les personnes présentes disposent pour tout vêtement d'une serviette qui peut servir de cache-sexe, même si la pudeur n'est pas de mise autour des bains. Les onsen sont considérés par certains Japonais comme permettant la « communion de la nudité » ( 付き合 , hadaka no tsukiai) où la nudité collective permet de mieux se connaître en profitant également de l'atmosphère détendue des onsen.

Depuis la fin du XIXe siècle et les protestations américaines, les onsen ne sont plus mixtes, sauf quelques exceptions.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Onsen

Sento.jpg
Photo from "Sketches of Japanese Manners and Customs", by J. M. W. Silver, Illustrated by Native Drawings,
Reproduced in Fac-simile by Means of Chromo-lithography, published in London in 1867.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Sento-gutenburgimage.jpg

 

On laissait ses vêtements dans l’apodyterium, le « déshabilloir », à la garde d’un esclave appelé capsarius si l’on en avait un, à la garde d’un gamin ou d’une vieille qui gagnait ainsi une petite pièce :

Lintea ferret Apro vatius cum vernula nuper

     Et supra togulam lusca sederet anus...

Il y a quelque temps, un petit esclave cagneux portait une serviette pour Aper,

une vieille borgne s'asseyait sur son espèce de toge... (XII, 70)

 

Si de nombreux établissements offraient des installations séparées aux hommes et aux femmes (deux sur quatre à Pompéi), il est certain que sous les Flaviens et sous Trajan, peut-être même pendant les règnes précédents, les thermes étaient mixtes : l’Histoire Auguste (Hadrien, 18) nous apprend qu’Hadrien

Lavacra pro sexibus separavit.

sépara les sexes dans les thermes.

Cette interdiction s’est perpétuée jusqu’au règne d’Élagabal, mais a été remise en vigueur à Rome par son successeur Alexandre Sévère :

Balnea mixta Romae exhiberi prohibuit, quod quidem iam ante prohibitum Heliogabalus fieri permiserat.

Il interdit d’ouvrir au public des bains mixtes, ce qui avait déjà été interdit auparavant mais qu’Élagabal avait autorisé. (Hist. Aug., Alexandre Sévère, 22)

 

Plusieurs épigrammes de Martial évoquent cette mixité.

... Laecania ...

sed nudi tecum iuvenesque senesque lavantur...

...Mais, Laecania,

c’est tout nus que des hommes jeunes et des vieillards se baignent avec toi... (VII, 35)

 

Formonsam faciem nigro medicamine celas,

   sed non formonso corpore laedis aquas.

Ipsam crede deam verbis tibi dicere nostris :

   Aut aperi faciem, aut tu tunicata lava.

Tu caches ton harmonieux visage sous un noir maquillage,

mais de ton corps peu harmonieux tu fais outrage à l’eau.

Imagine que c’est la déesse (Vénus) elle-même qui t’adresse mes mots :

« Soit tu découvres ton visage soit, ma fille, tu te baignes habillée. » (III, 3)

 

Cum faciem laudo, cum miror crura manusque,

   dicere, Galla, soles ‘Nuda placebo magis’,

et semper vitas communia balnea nobis.

   Numquid, Galla, times ne tibi non placeam ?

Si je loue ton visage, si j’admire tes jambes et tes mains,

tu ne manques pas de répondre, Galla, « Toute nue je te plairai bien plus »,

et tu évites toujours d’aller prendre ton bain en ma compagnie.

Serait-ce, Galla, que tu as peur que je ne te plaise pas ? (III, 51)

 

Vis futui nec vis mecum, Saufeia, lavari :

   nescio quod magnum suspicor esse nefas.

Aut tibi pannosae dependent pectore mammae

   aut sulcos uteri prodere nuda times...

Sed nihil est horum, credo, pulcherrima nuda es.

   Si verum est, vitium peius habes : fatua es.

Tu veux que je te baise, Saufia, et tu ne veux pas aller aux bains avec moi ?

Je soupçonne je ne sais quelle énorme tare :

soit tes seins pendent sur ta poitrine comme des chiffons,

soit tu crains de montrer étant nue les vergetures de ton ventre ...

Mais il n’en est rien, j’en suis sûr, tu es très belle toute nue :

si j’ai raison, tu as un défaut bien pire : tu es folle ! (III, 72)

 

Deux remarques pourtant : d’abord on n’a pas de relations sexuelles, au moins dans les installations collectives : Martial ou Juvénal l’auraient dit ! Ensuite, des noms comme Galla ou Saufeia évoquent plutôt des affranchies que des matrones romaines, c’est-à-dire des femmes de mœurs assez libres.

 

Si l’on en croit Juvénal (VI, 447), les féministes militantes de l’époque, femmes de l’aristocratie évidemment, ancêtres de celles qui iront pédalant en culotte comme des zouaves, manifestaient leur égalité avec les hommes en tuant le cochon et en se mêlant aux hommes dans les bains publics :

Nam quae docta nimis cupit et facunda videri

crure tenus medio tunicas succingere debet,

caedere Silvano porcum, quadrante lavari.

Car la femme qui désire à l’excès paraître savante et éloquente

doit ceinturer sa tunique pour qu’elle lui remonte à mi-cuisse,

sacrifier un porc à Silvain et aller aux bains pour un quart d’as.

Pour n’être pas gêné dans une activité qui exige une liberté de mouvements, on remontait sa tunique au-dessus du genou en la maintenant serrée autour de la taille avec une ceinture ou une bande d’étoffe. C’est ce que font toujours les Mauritaniens, pour tuer le mouton par exemple.

 

Parmi les lieux de rencontre, théâtre, cirque, etc., énumérés par Ovide dans son Art d’aimer il n’est fait aucune mention des thermes. Pourtant, il écrit dans le troisième livre (Ars amatoria, III, 633, 639 et 640) où il donne des conseils aux jeunes filles :

Quid faciat custos, ...

cum, custode foris tunicas servante puellae

    celent furtivos balnea multa iocos ... ?

Que peut faire un chaperon...

quand, ce chaperon resté à l’extérieur pour garder les vêtements de la demoiselle,

les bains cachent dans leur complexité des ébats furtifs ...  ?

foris, « l’extérieur », désigne le vestiaire.

Comme rien ne permet d’affirmer que les bains étaient mixtes à l’époque d’Ovide, je pense même qu’Auguste ne l’aurait pas permis, il faut croire qu’il était possible aux amants de se retrouver dans quelque recoin discret. De se retrouver, mais pas de se rencontrer. Les thermes n’étaient pas un lieu de drague ! D’ailleurs il n’en est pas du tout question dans les Amours, pas plus que chez Tibulle et Properce.

 

Dans son livre Les plaisirs à Rome, Jean-Noël Robert exprime un point de vue totalement différent :

Toutes ces opérations se déroulaient dans une atmosphère de détente et, souvent, de sensualité. Très tôt les bains devinrent mixtes et il faut attendre l'empereur Hadrien pour que les bains mixtes soient interdits. La licence était donc grande et Ovide nous dit que les hommes comme les femmes donnaient des rendez-vous aux bains.

Peu de choses suffisent alors pour s'engager dans la voie du plaisir. « C'est la douceur du regard qui doit provoquer l'amour... Regarde celui qui te regarde. A un sourire engageant, réponds par un sourire engageant. Si l'on te fait un signe de tête, fais de ton côté un signe d'intelligence. » On imagine sans peine, à lire ces lignes, quels lieux de plaisir devaient être les bains dont on sait qu'ils furent mixtes jusqu'au IIe siècle de l'Empire et où les baigneurs se promenaient nus. Tout cela tendait à faciliter l'adultère.

 

N’oublions pas la prostitution qui devait fleurir dans ce contexte. Mais le Digeste de Justinien est formel :

Sive balneator fuerit, velut in quibusdam provinciis fit, in balneis ad custodienda vestimenta conducta habeat mancipia hoc genus observantia in officina, lenocinii poena tenebitu.

Un responsable de bains publics qui, comme cela se fait dans certaines provinces, possède dans son établissement de bains des esclaves prétendument préposés à la garde des vêtements mais qui se livrent à de telles pratiques [la prostitution] dans l’établissement sera passible des peines encourues par les proxénètes.

 


La promiscuité

 

On avait beau voir un peu partout autour de soi des Priapes aux attributs avantageux, des phallus apotropaïques, etc., il apparaît à la lecture de Martial que la nudité collective offrait de nombreux sujets de plaisanteries et que l’on ne manquait pas de jeter un coup d’œil critique sur l’anatomie de ses voisins.

Parfois avec admiration :

Audieris in quo, Flacce, balneo plausum,

Maronis illic esse mentulam scito.

Flagada, chaque fois que tu entendras applaudir dans les thermes

sache que s’y trouve le membre de Rocco. (IX, 33)

 

parfois, peut-être, avec quelques arrière-pensées :

Invitas nullum nisi cum quo, Cotta, lavaris

   et dant convivam balnea sola tibi.

Mirabar quare numquam me, Cotta, vocasses :

   iam scio me nudum displicuisse tibi.

Tu n’invites personne, Cotta, sinon ceux avec qui tu te baignes,

et seuls les bains te fournissent tes invités !

Je me demandais pourquoi, Cotta, tu ne m’avais jamais convié,

j’ai compris que je t’avais déplu tout nu. (I, 23)

 

parfois avec stupeur, comme le rapporte Juvénal (VI, 374-376) :

conspicuus longe cunctisque notabilis intrat

balnea nec dubie custodem vitis et horti

provocat a domina factus spado...

repéré de loin, il entre dans les thermes remarqué de tous,

il peut défier sans risque le gardien des vignes et des jardins (Priape),

celui dont sa maîtresse a fait un eunuque.

 

D’autres hésitent à exhiber aux yeux de tous certaines particularités :

Menophili penem tam grandis fibula vestit

    ut sit comoedis omnibus una satis.

Hunc ego credideram (nam saepe lavamur in unum)

    sollicitum voci parcere, Flacce, suae.

Dum ludit media populo spectante palaestra,

    delapsa est misero fibula: verpus erat.

Une si large ceinture de chasteté couvre le sexe de Ménophilus

qu’elle serait suffisante à elle seule pour tous les comédiens réunis.

Pour moi, Flagada, je croyais (parce que nous nous baignons souvent ensemble)

qu’il était soucieux de ménager sa voix.

Voilà qu’il fait du sport au centre de la palestre sous les yeux de la foule,

la ceinture de chasteté du malheureux se détache : il était circoncis ! (VII, 82)

Les chanteurs et certains comédiens étaient en effet astreints par leur chef de troupe au port d’une ceinture de chasteté afin de préserver la pureté de leur voix.

 

Les hommes ne sont pas les seuls à s’intéresser à leurs voisins, les femmes aussi :

et statim in corpore eius exstitisse maculam velut picti draconis nec potuisse umquam exigi, adeo ut mox publicis balineis perpetuo abstinuerit et aussitôt apparut sur son corps une tache qui ressemblait à l’image d’un serpent et elle ne put jamais l’effacer, si bien que rapidement elle renonça pour toujours à se rendre dans les bains publics. (Suétone, Auguste, 94).

Il s’agit d’Atia, la mère de l’empereur Auguste.

 

On trouve évidemment les mêmes pique-assiettes que ceux qui hantent les latrines le matin pour se faire inviter à dîner, plus insistants et plus pressants encore : l’heure de la cena approche !

Effugere in thermis et circa balnea non est

     Menogenen, omni tu licet arte velis.

Impossible d’échapper, aux thermes et dans les alentours des bains publics,

à Ménogénès, même en y employant tous les moyens.

Captabit tepidum dextra laevaque trigonem,

     Inputet acceptas ut tibi saepe pilas.

Il saisira le ballon brûlant de sa main droite et de sa main gauche,

il inscrira à ton score les balles qu’il a rattrapées.

Colliget et referet laxum de pulvere follem,

     Et si iam lotus, iam soleatus erit.

Il ramassera dans la poussière et t’apportera la balle flasque,

même s'il s'est déjà baigné, même s'il s'est déjà chaussé.

Lintea si sumes, nive candidiora loquetur,

     Sint licet infantis sordidiora sinu.

Si tu prends ta serviette, il la dira plus blanche que la neige,

fût-elle plus sale qu'un bavoir de bébé.

Exiguos secto comentem dente capillos

     Dicet Achilleas disposuisse comas.

Si tu passes un peigne dans tes cheveux clairsemés,

il dira que tu viens de coiffer la chevelure d’Achille.

Fumosae feret ipse propin de faece lagonae,

     Frontis et umorem colliget usque tuae.

Il portera un toast à ta santé avec un fond de lie puisé dans une jarre enfumée,

et il essuiera sans se lasser la sueur de ton front.

Omnia laudabit, mirabitur omnia, donec

     Perpessus dicas taedia mille 'Veni!'

Il chantera tes louanges pour tout, il t’admirera pour tout, jusqu'à ce que,

accablé de ces mille prévenances fatigantes, tu lui dises : « Viens dîner ! » (XII, 82)

 


La propreté de l’eau

 

Il va de soi que les thermes consommaient des quantités d’eau considérables, ce qui a conduit les Romains à édifier des aqueducs impressionnants pour satisfaire tous les besoins.

 

Q. Marcius Rex, iussus a senatu aquarum Appiae, Anienis, Tepulae ductus reficere, novam a nomine suo appellatam cuniculis per montes actis intra praeturae suae tempus adduxit; Agrippa vero in aedilitate adiecta Virgine aqua ceterisque conrivatis atque emendatis lacus DCC fecit, praeterea salientes D, castella CXXX, complura et cultu magnifica, operibus iis signa CCC aerea aut marmorea inposuit, columnas e marmore CCCC, eaque omnia annuo spatio. Adicit ipse aedilitatis suae conmemoratione et ludos diebus undesexaginta factos et gratuita praebita balinea CLXX, quae nunc Romae ad infinitum auxere numerum.

Quintus Marcius Rex reçut mission du sénat de réparer les canaux des aqueducs Appia, Anio et Tepula. Il en construisit un nouveau, qui fut désigné par son nom, en perçant des tunnels sous les montagnes, durant le temps de sa préture. Agrippa, pour sa part, durant son édilité, ajouta l’aqueduc de la Vierge (Aqua Virgo), fit réparer et nettoyer les canaux des autres aqueducs, construisit 700 réservoirs, sans parler de 500 fontaines, 130 châteaux d’eau. La plupart de ces édifices étaient richement décorés : il fit ériger sur ces ouvrages 300 statues de bronze et de marbre, 400 colonnes de marbre, le tout fut achevé en l’espace d’un an. Il ajouta lui-même dans le compte-rendu de son édilité que cinquante-neuf jours de jeux furent organisés et que les 170 thermes de Rome furent ouverts gratuitement au public (de nos jours leur nombre s’est accru à l’infini !).

 

Vicit antecedentes aquarum ductus novissimum inpendium operis incohati a C. Caesare et peracti a Claudio, quippe a XXXX lapide ad eam excelsitatem, ut omnes urbis montes lavarentur, influxere Curtius atque Caeruleus fontes et Anien novus, erogatis in id opus HS |MMM| D.

Les aqueducs existants ont été surpassés par le tout dernier investissement dans ces ouvrages : celui qui a été commencé par Gaius César et achevé par Claude. Partant du 40ème mille jusqu’à une hauteur telle qu’elle permet d’arroser toutes les collines de la ville, on a détourné les sources Curtius et Caeruleus et l’Anio Nouveau, le montant des travaux s’élevant à 350 millions de sesterces.

 

Quod si quis diligentius aestumaverit abundantiam aquarum in publico, balineis, piscinis, euripis, domibus, hortis, suburbanis villis, spatia aquae venientis, exstructos arcus, montes perfossos, convalles aequatas, fatebitur nil magis mirandum fuisse in toto orbe terrarum.

Si on évalue avec attention l’abondance des eaux dans les bâtiments publics, les thermes, les viviers, les canaux, les maisons privées, les jardins, les résidences secondaires des faubourgs, la longueur des aqueducs, la construction des arches, le percement des montagnes, le nivellement des vallées, force est d’avouer que rien de plus étonnant n’a été réalisé dans le monde entier. (Pline, XXXVI, 121-123).

 

Rome possédait de nombreux puits et les collines disposaient de citernes, mais dès la fin du IVe siècle avant J.-C. était apparue la nécessité d’alimenter la ville par un apport important d’eau propre. Appius Claudius, le censeur de 312 qui fit tracer la via Appia entre Rome et Capoue, dota la Ville de son premier aqueduc, appelé « l’Eau Appienne » (Aqua Appia). Ce canal d’une longueur de 11 milles romains (16,5 km) amenait l’eau d’une source située à 7 milles de Rome. L’Eau Appienne fut complétée à partir de 272 par un second aqueduc moins important, l’Anio, qui captait à quelque distance de Rome l’eau de l’Anio, un petit affluent du Tibre.

 

Vers le milieu du 2ème avant J.-C., le besoin en eau s’était considérablement accru : la population avait augmenté et les thermes commençaient à se développer. On édifia alors un nouvel aqueduc, l’Aqua Marcia, du nom de son promoteur, Quintus Marcius Rex (préteur en 144 et 143, sa préture ayant été exceptionnellement prorogée d’un an). Il s’agit du premier aqueduc vraiment moderne qui amenait une eau captée en Sabine et qui franchissait certaines vallées en siphon pour éviter de longs détours.

 

Au début de l’empire, Agrippa créa un corps de fontainiers et modernisa le réseau existant. Il fit réaliser deux aqueducs nouveaux : l’Aqua Virgo, « l’Eau de la Vierge », ainsi nommé parce que les sources auraient été indiquées par une jeune fille, et l’Aqua Julia qui doublait la Marcia. Sous prétexte d’offrir des bains aux jeunes gens qui avaient besoin de se décrasser après leur entraînement militaire, Agrippa offrit les premiers thermes importants aux habitants de Rome, alimentés par l’Aqua Virgo.

 

Claude enfin dota la ville de deux grands aqueducs, l’Anio Novus et l’Aqua Claudia, achevés en 52 et alimentés depuis les monts Albains par les deux sources indiquées par Pline.

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Aqua Claudia

On estime que la population de Rome au 1er siècle après J.-C. disposait ainsi d’environ 1m3 d’eau par jour et par habitant.

 

Les autres villes de l’empire sont alimentées de la même façon.

La colonie d’Arles, par exemple, était alimentée par deux aqueducs convergents, dont une branche (aqueduc d’Eygalières) mesurait 51 km et l’autre 11 km.

 

On sait que si les vieux Romains ne se montraient pas trop délicats sur la qualité de l’eau des bains,

Non saccata aqua lavabatur sed saepe turbida et, cum plueret vehementius, paene lutulenta. Nec multum eius intererat an sic lavaretur; veniebat enim ut sudorem illic ablueret, non ut unguentum.

On ne se baignait pas dans de l’eau filtrée : l’eau était souvent trouble, et un peu boueuse s’il avait plu trop fort. Scipion ne souciait pas beaucoup de se baigner dans ces conditions : il allait se baigner pour se laver de sa sueur, pas d’une friction d’huile parfumée.

Non suffundebatur aqua nec recens semper velut ex calido fonte currebat, nec referre credebant in quam perlucida sordes deponerent.

L’eau n’était pas renouvelée par le bas des bassins et ne coulait pas en permanence propre comme si elle sortait d’une source chaude. (Sénèque)

 

les gens du 1er siècle après J.-C. sont devenus beaucoup plus difficiles :

Siccos pinguis onyx anhelat aestus

et flamma tenui calent ophitae:

ritus si placeant tibi Laconum,

contentus potes arido vapore

cruda Virgine Marciave mergi;

quae tam candida, tam serena lucet

ut nullas ibi suspiceris undas

et credas vacuam nitere lygdon.

L’onyx opaque exhale des souffles secs

et les marbres ophites sont chauffés par une flamme légère :

si tu aimes les traditions des Laconiens,

tu peux te satisfaire de l’air chaud

et te plonger dans les eaux naturelles de la Vierge ou de Marcia ;

elles donnent une lumière si claire et si pure

que l’on n’imaginerait pas qu’il y a de l’eau dans ces bains

et qu’on croirait que le marbre de Paros brille à vide. (VI, 42, v. 14 à 21)

 

Et il est évident que les crasseux et les dégoûtants provoquaient la mauvaise humeur des autres baigneurs. Martial a plusieurs fois traité ce thème :

 

Zoile, quid solium subluto podice perdis ?

   Spurcius ut fiat, Zoile, merge caput.

Zoïlus, pourquoi tu pollues la baignoire en y lavant ton derrière ?

Pour qu’elle soit plus sale encore, Zoïlus, plonges-y ta tête ! (II, 42)

 

Non vis in solio prius lavari

quemquam, Cotile. Causa quae, nisi haec est,

undis ne fovearis irrumatis ?

Primus te licet abluas : necesse est

   ante hic mentula quam caput lavetur.

Tu ne veux pas que dans la baignoire on se lave

avant toi, Cotilus. Pour quelle raison ? sinon celle-ci :

ne pas te baigner dans une eau chaude où d’autres ont éjaculé.

Mais tu peux, si tu veux, te laver le premier, il faudra bien

ton sexe se plonge dans le bain avant ta tête ! (II, 70)

 

Tam male Thais olet quam non fullonis avari

     testa vetus media sed modo fracta via,

non ab amore recens hircus, non ora leonis,

     non detracta cani transtiberina cutis,

pullus abortivo nec cum putrescit in ovo,

     amphora corrupto nec vitiata garo.

Virus ut hoc alio fallax permutet odore,

     deposita quotiens balnea veste petit,

psilothro viret aut acida latet oblita creta

     aut tegitur pingui terque quaterque faba.

Cum bene se tutam per fraudes mille putavit,

     omnia cum fecit, Thaida Thais olet.

Thaïs sent plus mauvais qu'une vieille jarre de foulon avare

qui vient de se briser au milieu de la rue ;

qu'un bouc au sortir de l'amour ; que la gueule d'un lion ;

qu'une peau arrachée à un chien par un tanneur ;

qu'un poussin qui a pourri dans un oeuf mal couvé ;

qu'une amphore gâtée par du garum avarié.

Pour masquer la force de cette odeur par une autre,

chaque fois qu'elle ôte ses vêtements pour prendre un bain,

elle force sur la pommade épilatoire ou bien elle se cache sous un masque de craie délayée au vinaigre,

ou bien encore elle se couvre d'une triple ou quadruple couche de crème de fèves.

Mais lorsqu'elle pense s’être mise à l’abri par mille artifices,

quand elle a tout essayé, Thaïs sent encore Thaïs. (VI, 93)

Les jarres des foulons servaient à recueillir l’urine.

 

J’imagine, sans preuve, d’après la disposition des thermes de Pompéi, qu’on pouvait se décrasser ou simplement se rendre présentable en passant se laver au frigidarium, si on ne l’avait pas fait à la fontaine du coin, avant d’entrer au tepidarium.

 


Les plaisirs du bain

 

Horace sait faire la part des choses :

Sed neque qui Capua Romam petit, imbre lutoque

aspersus volet in caupona vivere; nec qui

frigus collegit, furnos et balnea laudat

ut fortunatam plene praestantia vitam...

Mais quand on va de Capoue à Rome, trempé de pluie

et de boue, on ne souhaite pas finir sa vie à l’auberge, et

quand on a pris froid, on ne chante pas le fournil et les bains

comme sources uniques d’une vie heureuse. (Horace, Épitres, I, XI)

 

Son fermier a beaucoup plus de mal à se passer de Rome et de ses thermes :

Tu mediastinus tacita prece rura petebas,

nunc urbem et ludos et balnea vilicus optas;

me constare mihi scis et discedere tristem,

quandocumque trahunt invisa negotia Romam.

Toi, quand tu étais un esclave à tout faire, tu rêvais de la campagne dans tes prères intimes,

aujourd’hui c’est la ville, avec ses jeux et ses bains, que tu souhaites en bon fermier !

tu sais qu’il m’en coûte et que j’y vais bien à regret

chaque fois que des affaires dont je me passerais bien me ramènent à Rome. (Horace, Épitres, I, XIV)

 

Martial, un bon siècle plus tard, n’imagine même plus pouvoir se passer des bains :

Quo possit fieri modo, Severe,

ut vir pessimus omnium Charinus

unam rem bene fecerit, requiris?

Dicam, sed cito. Quid Nerone peius?

Quid thermis melius Neronianis? ...

Comment se peut-il que Charinus, le pire individu qui soit,

ait fait pour une fois quelque chose de bien ? Tu me le demandes, Severus ?

Je vais répondre, mais vite. Quoi de pire que Néron ?

Quoi de meilleur que les thermes de Néron ? (VII, 34)

 

On veut, dit Sénèque, des thermes bien éclairés et des bains bien chauds :

Sed, di boni, quam iuvat illa balinea intrare obscura et gregali tectorio inducta, quae scires Catonem tibi aedilem aut Fabium Maximum aut ex Corneliis aliquem manu sua temperasse! Nam hoc quoque nobilissimi aediles fungebantur officio intrandi ea loca quae populum receptabant exigendique munditias et utilem ac salubrem temperaturam, non hanc quae nuper inventa est similis incendio, adeo quidem ut convictum in aliquo scelere servum vivum lavari oporteat. Nihil mihi videtur iam interesse, ardeat balineum an caleat. Quantae nunc aliqui rusticitatis damnant Scipionem quod non in caldarium suum latis specularibus diem admiserat, quod non in multa luce decoquebatur et expectabat ut in balneo concoqueret!

Mais, grands dieux, quel bonheur d’entrer dans ces bains sombres et recouverts d’un enduit ordinaire, quand on sait que pour nous un édile comme Caton ou Fabius Maximus ou l’un des Cornelius a tout réglé de sa propre main ! Et en effet, les plus nobles édiles comptaient aussi parmi les devoirs de leur charge de se rendre dans les lieux où ils recevaient le peuple et d’y fournir les éléments du confort ainsi qu’une température adaptée et saine, pas celle que l’on a adoptée de nos jours et qui rappelle un incendie, au point qu’on pourrait baigner tout vif un esclave condamné pour quelque forfait ! A mon sens, il n’y a plus désormais de différence entre dire que le bain est brûlant et dire qu’il est chaud. On reproche actuellement à Scipion son excessive rusticité : il ne faisait pas entrer le jour dans son caldarium par de larges baies, il ne se faisait pas mijoter en pleine lumière et il ne s’attendait pas à cuire dans son bain.

 

Nuntiat octavam Phariae sua turba iuvencae,

       Et pilata redit iamque subitque cohors.

Temperat haec thermas, nimios prior hora vapores

       Halat, et inmodico sexta Nerone calet...

Sa foule de dévots annonce la huitième heure à la génisse de Pharos (Isis),

et la garde armée descendante croise la garde montante.

Cette heure attiédit les thermes : la précédente souffle des vapeurs

trop chaudes, et la sixième élève à l’excès la température des bains de Néron... (X, 48)

 

Si temperari balneum cupis fervens,

Faustine, quod vix Iulianus intraret,

roga lavetur rhetorem Sabineium :

Neronianas is refrigerat thermas.

Si tu veux attiédir un bain trop chaud,

Faustinus, un bain dans lequel Julianus n’entrerait pas,

demande au rhéteur Sabineius de s’y baigner :

il refroidit les thermes de Néron. (III, 25)

Entendons que la rhétorique de Sabineius manque de chaleur, c’est un pisse-froid !

 

Centum miselli iam valete quadrantes,

anteambulonis congiarium lassi,

quos dividebat balneator elixus...

Adieu pour toujours, mes malheureux cent « quadrans »,

gratification pour des accompagnateurs fatigués

que distribuait le baigneur sorti du court-bouillon... (III, 7, 1-3)

Néron avait remplacé la sportule, panier repas pour la journée distribué par un patron à ses clients, par une somme de 25 as (100 quadrans) ; à l’époque de Martial, Domitien a rétabli pendant quelques années l’usage du panier repas. Mais les clients préféraient recevoir de l’argent et essayer de faire inviter à dîner par leur patron ou quelqu’un d’autre.

Elixus appartient au vocabulaire de la cuisine ! Il faut croire que la température du caldarium et celle de l’eau pouvait monter assez haut et que certains baigneurs avaient l’air de crustacés cuits !

 


Le luxe pour tous

 

Dat Baiana mihi quadrantes sportula centum :

   inter delicias quid facit ista fames ?

Redde Lupi nobis tenebrosaque balnea Grylli :

   tam male cum cenem, cur bene, Flacce, laver ?

Ma sportule de Baïes me rapporte cent quadrans :

au milieu du luxe, qu’est-ce que je peux faire de cette misère ?

Rends-moi les sombres bains de Lupus ou de Gryllus :

quand je mange si mal, pourquoi, Flaccus, me baignerais-je bien ? (I, 59)

 

Pauper sibi videtur ac sordidus nisi parietes magnis et pretiosis orbibus refulserunt, nisi Alexandrina marmora Numidicis crustis distincta sunt, nisi illis undique operosa et in picturae modum variata circumlitio praetexitur, nisi vitro absconditur camera, nisi Thasius lapis, quondam rarum in aliquo spectaculum templo, piscinas nostras circumdedit, in quas multa sudatione corpora exsaniata demittimus, nisi aquam argentea epitonia fuderunt. Et adhuc plebeias fistulas loquor.

On se juge pauvre et sans ressources, si les parois ne sont pas brillantes de vastes cercles de marbre d'un grand prix; si l'on ne relève pas l'éclat du marbre alexandrin d'incrustations de marbre numidique ; si les murailles n'ont pas un copieux encadrement de mosaïque, à la façon d'une peinture; si la voûte n'est pas entièrement vitrée ; si la pierre de Thasos que jadis on voyait rarement même dans les temples, n'entoure pas nos piscines, où nous plongeons nos corps exténués par une abondante transpiration : si l'eau ne coule pas à flots de robinets d'argent. Et je n’ai parlé jusqu’ici que de la plomberie populaire !

 

In hoc balneo Scipionis minimae sunt rimae magis quam fenestrae muro lapideo exsectae, ut sine iniuria munimenti lumen admitterent ; at nunc blattaria vocant balnea, si qua non ita aptata sunt ut totius diei solem fenestris amplissimis recipiant, nisi et lavantur simul et colorantur, nisi ex solio agros ac maria prospiciunt.

Dans cette salle de bains de Scipion, il y a de petites fentes taillées dans le mur de pierre plutôt que des fenêtres, pour laisser entrer la lumière sans affaiblir les fortifications. Mais de nos jours on appelle « trous à cafards » les bains qui n’ont pas été conçus pour recevoir le soleil à toute heure de la journée par de très larges fenêtres, si on ne bronze pas en même temps que l’on se baigne, si de la baignoire on ne voit pas la campagne et la mer. (Sénèque).

On peut croire Sénèque, mais le désir d’offrir au peuple des bâtiments et des installations luxueuses ne date pas du règne de Néron. Il semblerait que le promoteur en soit Agrippa durant son édilité de ~33 lorsqu’il a construit les thermes du Champ de Mars et qu’il faille interpréter la décoration de ces « villas du peuple » comme un aspect de la propagande augustéenne avant la lettre.

Agrippa certe in thermis, quas Romae fecit, figlinum opus encausto pinxit in calidis, reliqua albario adornavit, non dubie vitreas facturus camaras, si prius inventum id fuisset.

Certes, Agrippa, dans les thermes qu’il a construits à Rome, a fait peindre les murs en brique des pièces chaudes à l’encaustique, il a fait enduire les autres de stuc, et sans aucun doute aurait fait vitrer les voûtes, si cette technique avait été découverte plus tôt. (Pline, XXXVI, 189).

 

 

 

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Thermes suburbains de Pompéi :

deux grandes baies éclairaient l’abside du caldarium

et offraient une vue sur la mer.

 

MD opera fecisse proditur... inter quae destringentem se, quem M. Agrippa ante Thermas suas dicavit, mire gratum Tiberio principi. Non quivit temperare sibi in eo, quamquam imperiosus sui inter initia principatus, transtulitque in cubiculum alio signo substituto, cum quidem tanta pop. R. contumacia fuit, ut theatri clamoribus reponi apoxyomenon flagitaverit princepsque, quamquam adamatum, reposuerit.

[Lysippe (sculpteur sur bronze de la fin du 4ème siècle av. J.-C.)] a laissé, dit-on, 1500 œuvres, ... parmi lesquelles un « Homme au strigile », que Marcus Agrippa consacra à l’entrée de ses thermes et qui fut apprécié par l’empereur Tibère à un point étonnant. Il n’arriva pas à modérer son enthousiasme pour cette statue et, bien qu’il arrivât encore au début de son principat à se dominer, il le fit transporter dans sa chambre en mettant à sa place une autre statue. Mais le peuple romain s’entêta à le réclamer, allant jusqu’à demander à grands cris au théâtre qu’on lui rende son apoxyomenos (ἀποξυόμενος, « celui qui se frotte pour se dégraisser ») et le prince, bien qu’il en fût tombé amoureux, le fit remettre en place. (Pline, XXXIV, 62)

 

Pline n’indique pas la valeur marchande de cette statue, mais au livre XXXV (§26) où il parle des tableaux, il donne une idée du prix des œuvres d’art dont Agrippa avait décoré ses thermes :

Post eum [sc. Caesarem dictatorem] M. Agrippa, vir rusticitati propior quam deliciis [...] verum eadem illa torvitas tabulas duas Aiacis et Veneris mercata est a Cyzicenis HS |XII|. In thermarum quoque calidissima parte marmoribus incluserat parvas tabellas, paulo ante, cum reficerentur, sublatas.

Après César le dictateur, [...] M. Agrippa, un homme plus proche de la mentalité paysanne que de celle des amateurs de luxe [...] avec ce même caractère farouche acheta à la cité de Cysique deux tableaux, un Ajax et une Aphrodite pour 1 200 000 sesterces (300 000 ou 400 000  ?) ; et dans la partie la plus chaude de ses thermes, il avait fait enchâsser dans le marbre de petits tableaux qui en ont été enlevés récemment lors de travaux de rénovation.

 


Des centres de loisir

le luxe pour tous... mais un luxe bruyant

Ecce undique me varius clamor circumsonat : supra ipsum balneum habito. Propone nunc tibi omnia genera vocum, quae in odium possunt aures adducere ...

Voilà que de tous côtés toute sorte de cris retentissent autour de moi : j’habite exactement au-dessus des bains ! Imagine toutes les sortes de voix, celles qui peuvent te faire prendre en haine tes oreilles !

 

De fait, si l’on suit phrase à phrase cette lettre de Sénèque (Lucilius, 56), on entend toutes les activités qui se pratiquaient dans des thermes de province, comme par exemple les thermes suburbains de Pompéi. Mais je me demande bien ce qu’un multi-millionnaire comme Sénèque pouvait faire dans une chambre d’hôtel située au premier étage d’un établissement de bains, alors que tous les notables du coin devaient se battre pour le recevoir chez eux. Était-il à ce point en disgrâce dans les années 62-65 ? ou s’agissait-il d’un exercice de philosophie appliquée ? Curieux !

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la chambre de Sénèque ?

pièce située à l’étage des thermes suburbains de Pompéi

 

Souvenir de la palestre grecque, les thermes offrent à leur clientèle des installations sportives. Il ne faut rien exagérer, les Romains sont réfractaires au sport, au sens que les Grecs auraient pu donner à ce mot, au sens que nous lui donnons.

 

Avant de goûter les plaisirs du bain proprement dit, les Romains prennent un peu d’exercice, mais rien de vraiment athlétique : par exemple des exercices de musculation avec des poids ou des haltères, en faisant évidemment le plus de bruit possible, ce qui permet aux spectateurs de mesurer l’intensité de l’activité :

cum fortiores exercentur et manus plumbo graves jactant, cum aut laborant aut laborantem imitantur, gemitus audio, quotiens retentum spiritum remiserunt, sibilos et acerbissimas respirationes.

Pendant que les costauds s’exercent et travaillent aux haltères, tandis qu'ils font tous leurs efforts, ou s'en donnent l'air, j'entends des gémissements ; chaque fois qu'ils reprennent leur souffle, c'est un sifflement et une respiration aiguë.

 

D’autres, couverts d’huile, s’entraînent à la lutte :

At iuvenes alios fracta colit aure magister...

Mais le maître de boxe à l'oreille broyée courtise les autres jeunes gens... (VII, 32)

vara nec in lento ceromate bracchia tendis...

tu ne tends pas tes bras arqués enduits d'une pommade visqueuse... (VII, 32)

 

D’autres s’exercent à l’escrime avec des armes mouchetées contre un pieu de bois :

...non te ... thermis

   praeparat aut nudi stipitis ictus hebes...

les coups d'une épée émoussée contre un poteau sans défense ne te préparent pas au bain... (VII, 32)

 

Le plus grand nombre joue au ballon.

Si vero pilicrepus supervenit et numerare coepit pilas, actum est.

S'il survient par-dessus le marché un joueur de balle qui se met à compter les coups, tout est fini !

Il existait, comme de nos jours, de nombreuses variétés de jeux.

 

L’harpastum se jouait en équipes avec un ballon bourré de sable (harpasta) ou une balle de cuir contenant une vessie gonflée (follis). Il semble que ce genre de jeux ait provoqué beaucoup de déplacements et soulevé beaucoup de poussière :

Colliget et referet laxum de pulvere follem,

     Et si iam lotus, iam soleatus erit.

Il ramassera dans la poussière et t’apportera la balle flasque,

même s'il s'est déjà baigné, même s'il s'est déjà chaussé. (XII, 82)

    non harpasta vagus puluerulenta rapis...

tu ne t'élances pas non plus de côté et d'autre pour saisir le ballon poussiéreux... (VII, 32)

 

Avec la paganica, balle remplie de plumes, on pratiquait une sorte de jeu de paume : les paumes des mains servaient de raquettes.

Mais le jeu le plus répandu dans les thermes était indiscutablement le trigon qui ne demandait ni beaucoup de place, ni beaucoup d’efforts physiques. Trois joueurs placés en triangle se lançaient, sans se prévenir, une balle (pila) qu’ils devaient rattraper de la main droite ou de la main gauche, selon des conventions que j’ignore. Et puis, pourvu qu’ils aient appartenu à une catégorie sociale favorisée, les joueurs maladroits n’avaient guère besoin de se baisser pour ramasser leur balle : un de leurs esclaves, un gamin ou un parasite se précipitait pour le faire.

Captabit tepidum dextra laevaque trigonem,

     Inputet acceptas ut tibi saepe pilas.

Au trigon, il saisira le ballon tiède de sa main droite et de sa main gauche,

il inscrira à ton score les balles qu’il a rattrapées. (XII, 82)

car, bien sûr, on comptait les points le plus fort possible ! Je suppose que le perdant, à moins que ce ne soit le gagnant, payait le mulsum.

 

Après avoir bien transpiré, il était temps de se diriger vers le vestiaire, car contrairement aux Grecs, les Romains faisaient leur « gymnastique » (si j’ose dire) habillés d’une tunique. Les vêtements de ville se trouvaient déjà dans l’apodyterium, confiés à la garde d’un esclave. Il a de soi qu’aux heures d’affluence, les places dans ce vestiaire devaient être chèrement défendues contre les nouveaux arrivants et que les voleurs tentaient de profiter de l’inattention causée par les querelles (que leurs complices avaient d’ailleurs peut-être provoquées). Tout cela n’allait pas bien sûr sans quelques éclats de voix :

Adjice nunc scordalum et furem deprensum...

Ajoute à cela le querelleur, et le voleur pris sur le fait...

 

On n’ose pas imaginer le brouhaha que devaient répercuter les voûtes des salles tièdes et chaudes, les bruits d’éclaboussures, etc. Dans ce bruit de fond permanent, certains éprouvaient le besoin de manifester leur présence :

illum cui vox sua in balneo placet...

l'homme qui se complaît à entendre sa voix pendant son bain...

in medio qui

scripta foro recitent, sunt multi quique lavantes:

suave locus voci resonat conclusus...

Ceux qui font lecture à voix haute au milieu du forum

et ceux, nombreux, qui le font en se baignant :

un lieu clos fait agréablement résonner la voix. (Horace, Satires, I, 4, 75).

 

Si l’on ajoute

adjice nunc eos qui in piscinam cum ingenti impulsae aquae sono saliunt.

... à tout ceux-là des gens qui sautent dans la piscine au milieu d'un fracas d'eau éclaboussée.

on aura compris le vacarme que les baigneurs pouvaient faire dans leurs diverses activités.

 


Outre les installations de bains proprement dites, l’établissement peut offrir à sa clientèle salons, restaurants, boutiques, salles de jeu, etc., sans parler des marchands ambulants :

Jam libarii varias exclamationes et botularium et crustularium et omnes popinarum institores mercem sua quadam et insignita modulatione vendentes.

Il y a encore les cris variés du pâtissier, le marchand de saucisses, le vendeur de petits pâtés et tous les garçons de taverne qui annoncent leur marchandise avec une mélopée caractéristique.

Pour compléter cette description de Sénèque (Lucilius, 56), je ne résiste pas au plaisir d’ajouter cette épigramme de Martial (I, 41) qui décrit, il est vrai, les rues de Rome, mais que j’imagine sans mal transposée dans les thermes :

...Ambulator

qui pallentia sulphurata fractis

permutat vitreis, quod otiosae

vendit qui madidum cicer coronae,

quod custos dominusque viperarum,

quod viles pueri salariorum,

quod fumantia qui tomacla raucus

circumfert tepidis cocus popinis,

non optimus urbicus poeta,

quod de Gadibus improbus magister,

quod bucca est vetuli dicax cinaedi.

Le colporteur qui échange de jaunâtres allumettes soufrées contre du verre brisé ; celui qui vend à un cercle de badauds des pois chiches bouillis ; l'éleveur et charmeur de vipères ; les jeunes esclaves minables des marchands de salaisons ; le cuisinier enroué qui promène à la ronde ses saucisses fumantes dans des casseroles chaudes ; le poète des rues sans talent ; le maître à danser impudique venu de Gadès ; le vieux travelo à la bouche insolente.

 


Massage et épilation

 

On se faisait masser, soit avant, soit après le bain froid. Le masseur était souvent un enfant ou un eunuque. Après le massage, il ne restait plus qu’à s’essuyer et à se rhabiller.

Lintea si sumes, nive candidiora loquetur,

     Sint licet infantis sordidiora sinu.

Si tu prends ta serviette, il la dira plus blanche que la neige,

fût-elle plus sale qu'un bavoir de bébé. (XII, 82)

 

Le massage consiste d’abord et surtout à se faire frotter d’huile parfumée, c’est le service minimum et pour les moins fortunés, le massage se limite à cette friction :

Cum in aliquem inertem et hac plebeia unctione contentum incidi, audio crepitum illisae manus umeris ; quae prout plana pervenit aut concava, ita sonum mutat.

Voilà que je suis tombé sur un paresseux, le genre qui se contente de la friction à bon marché, j'entends le claquement de la main sur les épaules, et selon qu'elle frappe à plat ou en creux, elle rend un son différent. (Sénèque, Lucilius 56).

 

Les Romains en effet sont très sensibles aux odeurs corporelles, Horace en témoigne :

sed nimis arta premunt olidae convivia caprae.

Mais l’odeur de chèvre issue des aisselles rend pénibles les festins où l’on est trop serrés. (Épîtres, I, 5)

 

facetus

pastillos Rufillus olet, Gargonius hircum.

Rufillus l’élégant sent la pastille pour l’haleine, Gargonius sent le bouc. (Satires, I, 2)

 

... du moins les Romains qui se veulent raffinés. Les purs et durs aiment, comme les gens de l’ancien temps, les odeurs fortes et naturelles :

Hoc loco dicet aliquis: 'liquet mihi inmundissimos fuisse'. Quid putas illos oluisse? militiam, laborem, virum. Postquam munda balnea inventa sunt, spurciores sunt. Descripturus infamem et nimiis notabilem deliciis Horatius Flaccus quid ait?

Pastillos Buccillus olet.

Dares nunc Buccillum: proinde esset ac si hircum oleret, Gargonii loco esset, quem idem Horatius Buccillo opposuit. Parum est sumere unguentum nisi bis die terque renovatur, ne evanescat in corpore. Quid quod hoc odore tamquam suo gloriantur?

Sur point, on me dira : « Pour moi, c’est clair : ils étaient totalement négligés ! » Que crois-tu qu’ils sentaient ? l’exercice militaire, le travail physique, l’homme. C’est depuis que les bains soignés ont été inventés qu’ils sont malpropres. Pour décrire un individu à la mauvaise réputation et connu pour ses raffinements excessifs, que dit Horatius Flaccus ?

« Buccillus sent la pastille pour l’haleine ».

Imagine ce Buccillus à notre époque : ce serait exactement comme s’il sentait le bouc, il prendrait la place du Gargonius auquel Horace l’oppose dans le même vers. Il ne suffit pas de se mettre du parfum si on ne recommence pas deux ou trois fois par jour pour éviter qu’il ne s’atténue sur la peau. On se montre fier de cette odeur comme si c’était la sienne propre : que faut-il en penser ? (Sénèque).

 

Ce qu’il faut en penser ? On connaît sur ce point l’opinion de l’empereur Vespasien :

adulescentulum fragrantem unguento, cum sibi pro impetrata praefectura gratias ageret, nutu aspernatus voce etiam gravissima increpuit : "Maluissem allium oboluisses" litterasque revocavit.

Un tout jeune homme qui empestait le parfum était venu le remercier de lui avoir attribué une fonction de préfet. Vespasien fit un signe de désapprobation et d’une très grosse voix le réprimanda en ces termes : « J’aurais préféré que tu sentes l’ail ! » et il annula sa nomination. (Suétone, Vespasien, 8).

Pauvre garçon qui avait voulu se faire tout beau pour être reçu par son empereur !

 

Après les frictions, l’onction d’huile parfumée suivie d’un essuyage avec des étoffes douces et notre baigneur, luisant comme un sesterce neuf, pouvait retourner à l’apodyterium remettre sa toge et aller dîner.

Me pinguem et nitidum bene curata cute vises,

cum ridere voles, Epicuri de grege porcum.

Tu me trouveras gras et luisant, la peau bien soignée,

tu auras envie de te moquer moi, vrai pourceau issu du troupeau d’Épicure. (Horace, Épîtres, I, 4).

 

Si Vespasien préférait une haleine qui sentait l’ail à une toge parfumée, je suis sûr qu’il pensait aussi que le poil, c’est l’homme. Mais les élégants depuis l’époque d’Auguste au moins tenaient à éviter toute ressemblance visuelle et olfactive avec le bouc, père du troupeau, selon le mot d’Ovide (Ars amatoria, I, 518 ...) :

    Sit coma, sit trita barba resecta manu.

Et nihil emineant, et sint sine sordibus ungues:

    Inque cava nullus stet tibi nare pilus.

Nec male odorati sit tristis anhelitus oris:

    Nec laedat naris virque paterque gregis.

Que la chevelure, que la barbe soient coupées par une main habile,

que les ongles soient taillés ras et sans trace de crasse,

qu’aucun poil ne dépasse du creux de la narine.

Pas de souffle désagréable sortant d’une bouche malodorante,

qu’une odeur de mâle et de père de troupeau ne blesse pas les narines.

 

On se fait donc épiler...

Quelle que soit la méthode, nous allons en voir quelques-unes, on peut l’imaginer douloureuse :

Alipilum cogita tenuem et stridulam vocem, quo sit notabilior, subinde exprimentem, nec umquam tacentem, nisi dum vellit alas et alium pro se clamare cogit.

Imagine maintenant la voix aiguë et aigre des épileurs, ceci afin qu’on la reconnaisse mieux, qui poussent tout d'un coup des cris, sans jamais se taire, sinon lorsqu'ils épilent des aisselles et alors font crier les autres à leur place. (Sénèque)

 

Auguste déjà s’épilait, non sans scandale (Suétone, Auguste, 68) :

Prima iuventa variorum dedecorum infamiam subiit. Sextus Pompeius ut effeminatum insectatus est... solitusque sit crura suburere nuce ardenti, quo mollior pilus surgeret.

Il encourut dans sa toute jeunesse l’infamie de différents vices. Sextus Pompée l’accusa d’être efféminé... [Marc Antoine] d’avoir l’habitude de se brûler superficiellement les jambes avec une coquille de noix incandescente pour que les poils repoussent plus doux.

 

De fait, les élégants à l’époque de Juvénal ne s’affichaient pas avec des jambes trop poilues : ce laissez-aller trahissait un état dépressif (IX, 12-15).

omnia nunc contra, vultus gravis, horrida siccae

silva comae, nullus tota nitor in cute, qualem

Bruttia praestabat calidi tibi fascia visci,

sed fruticante pilo neglecta et squalida crura.

C’est tout le contraire maintenant : visage grave, forêt hérissée

de cheveux secs, aucun éclat sur toute ta peau, celui que

te donnaient les bandes à épiler du Bruttium à la colle de gui chaude,

mais des jambes négligées et rugueuses au poil luxuriant.

 

Il n’en reste pas moins sûr qu’un Romain, un vrai, ne saurait approuver de telles pratiques, même si elles sont banales. Juvénal (encore lui !) est le premier à s’en faire l’écho (VIII, 115-117) :

forsitan inbellis Rhodios unctamque Corinthon

despicias merito: quid resinata iuventus

cruraque totius facient tibi levia gentis?

Peut-être méprises-tu à juste raison les Rhodiens mal aguerris et

Corinthe la parfumée : que t’importent une jeunesse épilée à la résine

et les jambes bien lisses de tout un peuple ?

 

Martial, lui, a mis en vers les médisances que les mâles, les vrais, pouvaient échanger entre eux dans l’atmosphère chaude et humide du caldarium en lorgnant en biais certains voisins :

Quod pectus, quod crura tibi, quod bracchia vellis,

     quod cincta est brevibus mentula tonsa pilis,

hoc praestas, Labiene, tuae – quis nescit ? – amicae.

     Cui praestas, culum quod, Labiene, pilas ?

Si tu te fais épiler le torse, les jambes, les bras,

si ton membre rasé n’est entouré que de poils follets,

c’est pour faire plaisir, tout le monde le sait, Labiénus,à ta maîtresse.

A qui fais-tu plaisir, Labiénus, quand tu te fais épiler le cul ?  (II, 62).

 

... ou certaines femmes :

Quid vellis vetulum, Ligeia, cunnum? ...

Tales munditiae decent puellas...

Pourquoi épiles-tu, Ligeia, ta chatte vieillissante ? ...

c’est aux jeunes filles que convient ce genre d’élégances... (X, 90)


Casser la croûte ou passer la soirée

 

Ne Iudaeus quidem, mi Tiberi, tam diligenter sabbatis ieiunium servat quam ego hodie servavi, qui in balineo demum post horam primam noctis duas buccas manducavi prius quam ungui inciperem.

Même un Juif, mon cher Tibère, n’observe pas aussi attentivement le jeûne du sabbat que je l’ai observé aujourd’hui : ce n’est qu’au bain, à la première heure de la nuit, que j’ai croqué deux bouchées juste avant de me faire masser. (Suétone, Auguste, 76).

 

Mais il s’agit sans doute des thermes privés d’Auguste. Les thermes publics, on l’a vu plus haut, offrent toutes les possibilités de restauration, du casse-croûte acheté au marchand ambulant :

Jam libarii varias exclamationes et botularium et crustularium et omnes popinarum institores mercem sua quadam et insignita modulatione vendentes. Il y a encore les cris variés du pâtissier, le marchand de saucisses, le vendeur de petits pâtés et tous les garçons de taverne qui annoncent leur marchandise avec une mélopée caractéristique. (Sénèque, Lucilius, 56).

 

au repas léger pris dans l’une des plus ou moins nombreuses buvettes de l’établissement :

In thermis sumit lactucas, ova, lacertum,

     Et cenare domi se negat Aemilius.

Aux thermes, on voit Aemilius prendre de la laitue, des œufs, du poisson !

Et il prétend qu’il ne dîne pas chez lui. (il nous fait croire qu’il est invité à dîner tous les soirs) (XII, 19).

 

Tout autour des thermes prospèrent bistrots, gargotes, restaurants de toute sorte et de tout standing :

Infusum sibi nuper a patrono

plenum, Maxime, centiens Syriscus

in sellariolis vagus popinis

circa balnea quattuor pergit.

O quanta est gula, centiens comesse !

Quanto maior adhuc, nec accubare !

Il n’y a pas longtemps, son patron lui avait versé sur la tête,

tout rond, Maximus, dix millions de sesterces ! et Syriscus

de ci de là au comptoir des bistrots

qui entourent les quatre thermes les a dépensés !

Sacré gosier, pour manger dix millions,

sacré fichu gosier, sans même passer à table ! (V, 70)

 

D’autres établissements proposent des salles plus luxueuses où le client peut « passer à table », c’est-à-dire dîner allongé comme un bourgeois. Il va de soi que le client pouvait satisfaire tous ses appétits :

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CIL IV, 10675

On était ici deux bons copains et comme on a eu longtemps un mauvais serveur à tous points de vue, le nommé Épaphrodite, on a fini non sans mal à le jeter dehors. On a dépensé avec très grand plaisir après avoir baisé 105,5 sesterces.

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CIL IV, 10676

Apelles le valet de chambre avec Dexter, esclave impérial, ont dîné ici très agréablement et ont baisé en même temps.

 


Les thermes de Stabies à Pompéi

Inscription du milieu du 1er siècle av. J.-C. dans les thermes « de Stabies » à Pompéi :

 

C VVLIVS C F P ANINIVS C F II V I D

LACONICVM ET DESTRICTARIVM

FACIVND ET PORTICVS ET PALAESTR

REFICIVNDA LOCARVNT EX D D EX

EA PEQVNIA QVOD EOS E LEGE

IN LVDOS AVT IN MONVMENTO

CONSVMERE OPORTVIT FACIVN

COERARVNT EIDEM PROBARV

 

C. Vulius G(aii) f(ilius) P. Aninius G(aii) f(ilius) duumviri j(ure) d(icundo)

laconicum et destrictarium

faciund(a) et porticus et palaestr(am)

reficiunda locarunt ex d(ecreto) d(ecurionum) ex

ea pequnia quod eos e lege

in ludos aut in monumento

consumere oportuit faciun(da)

coerarunt eidem probaru(nt).

Gaius Vulius fils de Gaius et Publius Aninius fils de Gaius, duumvirs à pouvoir judiciaire, ont mis en adjudication la construction de l’étuve et du vestiaire, ainsi que la réfection des portiques et de la palestre, en application d’un arrêté des décurions et avec les sommes que la loi leur impose de dépenser pour des jeux ou dans un bâtiment public. Les mêmes duumvirs ont supervisé les travaux et les ont réceptionnés.

 

L’édifice tel que nous pouvons le visiter aujourd’hui date du IIe siècle avant J.-C. avec un certain nombre de transformations destinées à adapter une palestre samnite aux conceptions d’une population romanisée. En fait, la palestre samnite elle-même doit dériver d’installations sportives plus anciennes.

 

 

lavatum in Stabianas thermas eamus !

 

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J’ai indiqué en chiffres rouges les lieux clairement identifiés,

en noir des hypothèses personnelles,

en violet les parties des thermes réservées aux femmes.

 

Les thermes disposent de plusieurs entrées de service (1).

On remarque que la chaufferie 17 n’a pas d’accès particulier pour les livraisons, ce qui laisse supposer que celles-ci s’effectuaient en dehors des heures d’ouverture au public.

 

 

L’accès principal se trouve en 1.

 

Il faut payer l’entrée, un quadrans.

L’épigramme de Martial que j’ai déjà citée dans le paragraphe consacré aux horaires d’ouverture donne à penser que les bains fermaient avant la palestre :

Redde pilam: sonat aes thermarum. Ludere pergis?

     Virgine vis sola lotus abire domum.

Rapporte ta balle : le bronze des thermes résonne. Tu continues à jouer ?

Tu veux rentrer chez toi après t’être baigné simplement dans la piscine extérieure ? (XIV, 143).

Peut-on dès lors imaginer que le quadrans était dû pour entrer dans les bains et que l’accès à la palestre était gratuit ?

Si tel était le cas, comme je le crois, la caisse pouvait se trouver en 3 dans le vestibulum, sinon, la caisse se trouvait en 1 (fauces). Les femmes doivent longer le portique 11 pour atteindre la partie des bains qui leur est réservée : portique et palestre étaient donc mixtes.

 

En 2 et 2 il faut peut-être voir une courette et une petite pièce de service où il était possible d’emprunter ou de louer serviette (lintea) et strigile (strigilis) rangés en 2.

 

Accompagné de son petit esclave, on peut se rendre tout de suite dans l’apodyterium 4 pour se débarrasser de sa toge ou de son manteau (amictus, « le vêtement de dessus ») avant de retourner dans la palestre vêtu simplement de sa tunique.

 

On peut aussi aller directement dans la palestre (palaestra) 10 ou faire le tour des portiques (porticus) 11 pour voir qui est là, échanger avec les uns et les autres quelques plaisanteries, se mêler aux groupes de spectateurs qui commentent les exploits et plus souvent la tenue des joueurs de balle :

Nos interim vestiti errare coepimus, immo iocari magis et circulis accedere, cum subito videmus senem calvum, tunica vestitum russea, inter pueros capillatos ludentem pila.

Pendant ce temps nous commençâmes à nous promener tout habillés ; ou plutôt nous plaisantions et nous nous mêlions aux groupes des joueurs, lorsque, soudain, nous voyons un vieillard chauve, vêtu d'une tunique rouille, en train de jouer à la balle au milieu d'esclaves chevelus.

 

Tout le monde a reconnu Trimalchion, un riche affranchi qui tient à se singulariser, et cette fois nos badauds ont de quoi s’extasier :

Trimalchio digitos concrepuit, ad quod signum matellam spado ludenti subiecit. Exonerata ille vesica aquam poposcit ad manus, digitosque paululum adspersos in capite pueri tersit.

Trimalchion claqua des doigts. A ce signal, un eunuque lui tendit le pot sans qu'il s'arrêtât de jouer. Sa vessie une fois soulagée, il demanda de l'eau pour les mains et, après s'être rincé le bout des doigts, il les essuya aux cheveux d'un esclave.

Quel chic ! Les autres doivent aller se soulager aux latrines 8.

 

Il est temps de se diriger vers les bains. Si on a emprunté un ballon, on va le rendre en 14.

 

Par le vestibule 3, on retourne dans l’apodyterium 4 où l’on finit de se déshabiller. Un esclave fait grise mine : il s’est laissé attirer à l’autre bout de la pièce et s’aperçoit en revenant à sa place qu’on a volé les vêtements dont il avait la garde. Pendant qu’il essaie de se justifier en pensant au châtiment qui l’attend :

nec magnum esse peccatum suum, propter quod periclitaretur ; subducta enim sibi vestimenta dispensatoris in balneo, quae vix fuissent decem sestertiorum.

« Ce n'était pas, disait-il, une faute grave, qui le mettait en danger ; on lui avait dérobé au bain les vêtements du trésorier, et ils ne valaient pas dix sesterces. »

son maître revient du tepidarium et prend à témoins les badauds :

« Non tam iactura me movet, inquit, quam neglegentia nequissimi servi. Vestimenta mea cubitoria perdidit, quae mihi natali meo cliens quidam donaverat, Tyria sine dubio sed iam semel lota. Quid ergo est ? »

« Ce n'est pas tant la perte qui me touche que la négligence d'un esclave bon à rien. Il a perdu des vêtements de table, qu'un client, m’avait donnés pour mon anniversaire, c'était de la pourpre de Tyr, sans doute, mais déjà lavée une fois. Alors, tant pis ! »

 

L’incident perd de son intérêt, et l’on passe dans le tepidarium 5 où le corps s’habitue peu à peu à la chaleur : le sol repose sur des suspensurae pour permettre la circulation de l’air chaud produit par la chaufferie 17. Les thermes sont alimentés en eau par un réservoir 18 que l’on remplit grâce à un puits et par le château d’eau 19 qui domine le carrefour des Holconius.

 

Apèrs un bain tiède, on peut passer dans la chaleur étouffante du caldarium 6.

 

La transpiration se fait abondante et on se frotte la peau avec le strigile entre deux immersions dans l’eau brûlante de la baignoire a et deux aspersions d’eau fraîche puisée avec les mains dans le labrum b. Il est temps de se diriger vers le bain froid du frigidarium 7 en repassant par la salle tiède et le vestiaire, ce qui évite une transition trop brutale. Ce frigidarium était lors de réfection de Vulius et Aninius à l’époque d’Auguste une étuve sèche, un laconicum, mais les thermes ont été refaits à la mode de Rome.

Itaque intravimus balneum, et sudore calfacti momento temporis ad frigidam eximus.

Bref, nous pénétrâmes dans le bain et, après nous être réchauffés dans l'étuve, nous passâmes au bout d'un moment à l'eau froide.

D’ailleurs, autrefois on se décrassait en 12 dans un bassin qui communiquait avec la piscine 13. On y va encore quand le frigidarium est trop encombré ou simplement quand on veut éviter de payer l’accès aux bains chauds.

 

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Extrait de Les derniers jours de Pompéi, F.P. Maulucci, éd. Carcavallo, Naples, 1990.

 

Les masseurs ne manquent pas : certains exercent directement sous les portiques et racolent le client en le priant de s’étendre sur leur divan recouvert d’un linge crasseux, d’autres ont un statut plus officiel et disposent de locaux 9 qu’ils louent au gérant des thermes. Parmi eux, les iatraliptae, les vrais masseurs capables de détendre vraiment les muscles contractés. Bien sûr, leurs services ne sont pas à la portée du premier venu et ils ont tendance à faire étalage de leur standing.

Iam Trimalchio unguento perfusus tergebatur, non linteis, sed palliis ex lana mollissima factis. Tres interim iatraliptae in conspectu eius Falernum potabant, et cum plurimum rixantes effunderent, Trimalchio hoc suum propinasse dicebat.

Déjà Trimalchion enduit de parfum se faisait essuyer, non avec de la toile, mais avec des serviettes de laine très souple. Cependant, trois masseurs médicaux, sous ses yeux, buvaient du Falerne et, comme, en se disputant, ils en répandaient une grande quantité, Trimalchion disait qu'ils buvaient à sa santé et à ses frais.

 

L’heure de la cena approche.

Quand on manque d’argent, on n’a plus qu’à rentrer chez soi après avoir grignoté une saucisse ou un pâté en croûte acheté à un marchand ambulant ou au thermopolium 15 au coin de la rue de l’Abondance.

Peut-être a-t-on réussi à se faire inviter ? Dans ce cas, on se rend chez son hôte, tout frais tout propre, en prenant soin de ne pas se crotter sur le trajet.

Sinon, il suffit de tourner dans la rue de Stabies pour trouver en 16 une caupona accueillante.

 

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© Alain Canu

 

Si vous souhaitez m’écrire : alain.canu02@orange.fr

 

 


 

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16 décembre 2005