Noctes Gallicanae

Poètes bucoliques


Théocrite de Syracuse

Θεόκριτος Συρακόσιος

 

 

ἄρχετε βουκολικᾶς Μοῖσαι φίλαι ἄρχετἀοιδᾶς

 

 

Sicilien, né probablement à Syracuse vers 300, il séjourna dans divers pays grecs et passa une partie de son existence à Alexandrie. Il écrivait aux environs de 250 avant J.-C.

Il reste de son œuvre, outre quelques épigrammes, une trentaine d'Idylles, dont quelques-unes ne sont pas de lui. Parmi les pièces authentiques, on peut distinguer des fragments épiques, des mimes et des bucoliques, mais la différence entre ces catégories est parfois peu marquée.

 

Dans l’Idylle XI, 7, il appelle l'Etna

... ὁ Κύκλωψ ὁ παρ’ ἁμῖν

« le Cyclope qui est près de chez nous ».

 

A Cos, Philétas lui enseigne les lettres. Mais le poète de cette époque doit, pour gagner sa vie, se mettre au service d’un évergète, roi ou mécène privé :

Δαιμόνιοι, τί δὲ κέρδος μυρίος ἔνδοθι χρυσὸς

κείμενος; οὐχ ἅδε πούτου φρονέουσιν ὄνασις

ἀλλὰ τὸ μὲν ψυχᾷ τὸ δέ πού τινι δοῦναι ἀοιδῶν

« Insensés! Où est l’intérêt de se coucher avec un tas d’or

dans sa maison ? ce n’est pas là l’avantage de la richesse quand on a du bon sens,

c’est au contraire de faire des dons à son esprit, de faire des dons me semble-t-il à quelqu’un des poètes » (XVI, 22-24)

 

Il tente de se mettre sous la protection de Hiéron II, ancien lieutenant de Pyrrhus, qui va prendre le titre royal (268-215) et, en concluant un traité d'amitié avec Rome, sauvera sa cité des destructions de la première guerre punique (XVI).

 

Sans succès. Il passe alors au service de Ptolémée II Philadelphe, dont il célèbre « la blonde chevelure » ξανθοκόμας Πτολεμαῖος dans un chef d’œuvre de flagornerie (Idylle 17) :

Μουσάων δὑποφῆται ἀείδοντι Πτολεμαῖον

ἀντεὐεργεσίας

« les interprètes des Muses chantent Ptolémée

pour sa générosité bienfaisante »

                       (εὐεργεσία : voir évergétisme dans mes pages d’épigraphie latine)

 

Théocrite (par nécessité ?) se consacre à deux genres mineurs de la « poésie alexandrine », l'idylle et l'épigramme. Il peut être regardé comme le créateur du genre pastoral.

 

L’idylle pastorale ou bucolique, poésie à l'usage de citadins émus par la nature sans être tenus de vivre à la campagne, met en scène des bergers ou plutôt, au sens propre, des « bouviers » (βουκόλος, d’où bucolique). Ces pasteurs ne sont pas des rustres, loin de là, ils s’affrontent dans des improvisations et des joutes poétiques ou musicales. Il paraît que ces compétitions champêtres ont existé réellement en Sicile. Je veux bien le croire.

 

L’idylle trouve parfois un souffle épique en racontant de courts épisodes mythologiques, par exemple l’Idylle XXIV où l'on voit le jeune Héraclès, encore au berceau, étouffer deux serpents envoyés par Héra pour le tuer.

 

L’idylle retrouve aussi ses origines avec les mimes. Le plus connu est celui qu'on intitule les Syracusaines(Idylle XV) : deux femmes, originaires de Syracuse, mais demeurant à Alexandrie, se rendent avec une servante à travers la ville en fête au temple d’Adonis. Théocrite reproduit leur bavardage avec une certaine finesse d’observation. Rien de nouveau sous le soleil !

 

Chez les Grecs la tradition bucolique fut continuée par Bion et Moschos, dont il nous reste des fragments. Virgile, avec ses Églogues, devait être chez les Latins le plus illustre imitateur de Théocrite.

Les poètes bucoliques français, Marot, Ronsard, Florian, ont imité Virgile plutôt que Théocrite, à l’exception peut-être de Chénier. Il faut dire que le genre pastoral, dans la littérature française, paraît aussi artificiel et affecté que la bergerie de Marie-Antoinette au Petit Trianon !

 

Théocrite se présente lui-même au début de son livre :

Ἄλλος Χῖος· ἐγὼ δὲ Θεόκριτος ὃς τάδἔγραψα

εἷς ἀπὸ τῶν πολλῶν εἰμὶ Συρακοσίων

υἱὸς Πραξαγόραο περικλείτης τε Φιλίνης

Μοῦσαν δὀθνείην οὔτινἐφελκυσάμην

L’homme de Chios, ce n’est pas moi. Moi, Théocrite, celui qui a écrit ceci,

Je suis l’un des nombreux enfants de Syracuse.

Fils de Praxagoras et de la célèbre Philina,

Je n’ai pas rapporté ma Muse de l’étranger.

           voir « Épigrammes funéraires, Théocrite de Chios ».

 


Idylle III   Sérénade

Idylle VI   Chanteurs bucoliques

Idylle X   les Moissonneurs

Idylle XI   La légende de Polyphème et Galatée

Idylle XXVII   Oaristys

Leconte de Lisle   les Plaintes du Cyclope


 

Idylle III. Κῶμος    Une sérénade

 

Κωμάσδω ποτὶ τὰν Ἀμαρυλλίδα, ταὶ δέ μοι αἶγες

βόσκονται κατ᾽ ὄρος, καὶ ὁ Τίτυρος αὐτὰς ἐλαύνει.

Je vais donner la sérénade à Amaryllis, mes chèvres

paissent sur la colline et Tityre les garde.

 

Τίτυρ᾽, ἐμὶν τὸ καλὸν πεφιλημένε, βόσκε τὰς αἶγας,

καὶ ποτὶ τὰν κράναν ἄγε, Τίτυρε, καὶ τὸν ἐνόρχαν,

τὸν Λιβυκὸν κνάκωνα, φυλάσσεο μή τυ κορύψῃ.

Tityre, toi qui m’es si cher, fais paître mes chèvres

et conduis-les à la fontaine, Tityre, quant au bouc,

le Lybien au poil fauve, prends garde qu’il ne te donne pas de coups de cornes.

 

Ὦ χαρίεσσ᾽ Ἀμαρυλλί, τί μ᾽ οὐκέτι τοῦτο κατ᾽ ἄντρον

παρκύπτοισα καλεῖς, τὸν ἐρωτύλον; Ἦ ῥά με μισεῖς;

Ἦ ῥά γε τοι σιμὸς καταφαίνομαι ἐγγύθεν ἦμεν,

νύμφα, καὶ προγένειος; Ἀπάγξασθαί με ποησεῖς.

Ἠνίδε τοι δέκα μᾶλα φέρω· τηνῶθε καθεῖλον

ὦ μ᾽ ἐκέλευ καθελεῖν τυ· καὶ αὔριον ἄλλα τοι οἰσῶ.

Gracieuse Amaryllis, pourquoi depuis cette caverne

ne te penches-tu plus pour m’appeler ? moi, ton tendre amant, me détestes-tu ?

est-ce que vu de près tu me trouves le nez aplati,

ma nymphe, et la barbe drue ? je finirai par me pendre à cause de toi.

Voilà : je t’apporte une dizaine de pommes. Je les ai cueillies là-bas,

là où tu m’as demandé de les cueillir. Et demain, je t’en apporterai d’autres.

 

Θᾶσαι μὰν θυμαλγὲς ἐμὸν ἄχος. Αἴθε γενοίμαν

ἁ βομβεῦσα μέλισσα καὶ ἐς τεὸν ἄντρον ἱκοίμαν,

τὸν κισσὸν διαδὺς καὶ τὰν πτέριν ᾇ τυ πυκάσδῃ.

Νῦν ἔγνων τὸν Ἔρωτα· βαρὺς θεός· ἦ ῥα λέαινας

μαζὸν ἐθήλαζεν, δρυμῷ τε νιν ἔτραφε μάτηρ,

ὅς με κατασμύχων καὶ ἐς ὀστέον ἄχρις ἰάπτει.

Regarde donc : mon cœur souffre et s’afflige. Ah ! si je pouvais devenir

la bourdonnante abeille et si je pouvais entrer dans ta caverne

en glissant à travers le lierre et la fougère avec laquelle tu te protèges.

Maintenant je connais l’Amour. Un dieu pénible. Il a bien fallu que sa mère

lui fasse téter la mamelle d’une lionne, l’élève au fond des bois

pour qu’il me brûle et me transperce jusque dans les os.

 

Ὦ τὸ καλὸν ποθορεῦσα, τὸ πᾶν λίπος, ὦ κυάνοφρυ

νύμφα, πρόσπτυξαί με τὸν αἰπόλον, ὡς τυ φιλήσω.

Ἔστι καὶ ἐν κενεοῖσι φιλήμασιν ἁδέα τέρψις.

Τὸν στέφανον τῖλαί με καὶ αὐτίκα λεπτὰ ποησεῖς,

τόν τοι ἐγών, Ἀμαρυλλὶ φίλα, κισσοῖο φυλάσσω,

ἀμπλέξας καλύκεσσι καὶ εὐόδμησι σελίνοις.

Ὤμοι ἐγών, τί πάθω, τί ὁ δύσσοος; Οὐχ ὑπακούεις.

Nymphe au beau regard, toute de pierre, Nymphe au sourcil sombre,

embrasse-moi, ton chevrier, pour que je te donne un baiser.

Il y a même dans les baisers légers un doux plaisir.

Tu vas me faire effeuiller en menus morceaux sur le champ la couronne,

la couronne de lierre que pour toi, Amaryllis bien aimée, je garde

et que j’avais tressée de boutons de roses et de persil odorant.

Pauvre de moi ! Que vais-je endurer ? Point de salut : tu ne veux rien entendre.

 

Τὰν βαίταν ἀποδὺς ἐς κύματα τηνῶ ἁλεῦμαι,

ὧπερ τὼς θύννως σκοπιάζεται Ὄλπις ὁ γριπεύς·

καἴ κα δὴ ᾽ποθάνω, — τό γε μὰν τεὸν ἁδὺ τέτυκται.

Ἔγνων πρᾶν, ὅκα μοι, μεμναμένῳ εἰ φιλέεις με,

οὐδὲ τὸ τηλέφιλον ποτεμάξατο, τὸ πλατάγημα,

ἀλλ᾽ αὔτως ἁπαλὸν ποτὶ πάχεϊ ἐξεμαράνθη.

Εἶπε καὶ ἁ γραία τἀλαθέα κοσκινόμαντις,

ἁ πρᾶν ποιολογεῦσα Παραιβάτις, οὕνεκ᾽ ἐγὼ μέν

τὶν ὅλος ἔγκειμαι, τὺ δέ μευ λόγον οὐδένα ποιῇ.

Ἦ μάν τοι λευκὰν διδυματόκον αἶγα φυλάσσω,

τάν με καὶ ἁ Μέρμνωνος Ἐριθακὶς ἁ μελανόχρως

αἰτεῖ· καὶ δώσω οἱ, ἐπεί τύ μοι ἐνδιαθρύπτῃ.

Je vais ôter ma pelisse et me jeter là dans les flots,

où Olpis le pêcheur guette les thons ;

et si je ne meurs pas, du moins cela t’aura fait plaisir !

J’ai compris il y a quelques jours, quand je me demandais si tu m’aimes,

et le claquement du « qui aime de loin » ne s’est pas fait entendre quand je l’ai pressé,

mais il s’est flétri à la façon d’une plante tendre et épaisse.

et Agroio, la devineresse au crible, m’a dit la vérité :

l’autre jour elle marchait derrière moi en ramassant de l’herbe, puisque moi

je suis tout entier enveloppé par toi, toi tu ne fais de moi aucun cas.

Et pourtant, pour toi je garde une chèvre blanche qui a fait deux petits,

et que la petite servante de Mermon, la petite brune,

me demande : et je la lui donnerai puisque toi tu me dédaignes.

 

Ἅλλεται ὀφθαλμός μευ ὁ δεξιός· ἆρά γ᾽ ἰδησῶ

αὐτάν; ᾈσεῦμαι ποτὶ τὰν πίτυν ὧδ᾽ ἀποκλινθείς·

καί κέ μ᾽ ἴσως ποτίδοι, ἐπεὶ οὐκ ἀδαμαντίνα ἐστίν.

Mon œil tressaille, le droit ! Est-ce que je vais la voir,

elle ? Je vais chanter appuyé contre ce pin là-bas

et elle me regardera peut-être : elle n’est pas en acier.

 

Ἱππομένης, ὅκα δὴ τὰν παρθένον ἤθελε γᾶμαι,

μᾶλ᾽ ἐν χερσὶν ἑλὼν δρόμον ἄνυεν· ἁ δ᾽ Ἀταλάντα

ὡς ἴδεν, ὡς ἐμάνη, ὡς ἐς βαθὺν ἅλατ᾽ ἔρωτα.

Τὰν ἀγέλαν χὡ μάντις ἀπ᾽ Ὄθρυος ἆγε Μελάμπους

ἐς Πύλον· ἃ δὲ Βίαντος ἐν ἀγκοίναισιν ἐκλίνθη,

μάτηρ ἁ χαρίεσσα περίφρονος Ἀλφεσιβοίας.

Τὰν δὲ καλὰν Κυθέρειαν ἐν ὤρεσι μῆλα νομεύων

οὐχ οὕτως Ὥδωνις ἐπὶ πλέον ἄγαγε λύσσας,

ὥστ᾽ οὐδὲ φθίμενόν νιν ἄτερ μαζοῖο τίθητι;

Ζαλωτὸς μὲν ἐμὶν ὁ τὸν ἄτροπον ὕπνον ἰαύων

Ἐνδυμίων· ζαλῶ δε, φίλα γύναι, Ἰασίωνα,

ὃς τόσσων ἐκύρησεν, ὅσ᾽ οὐ πευσεῖσθε, βέβαλοι.

« Hippomène, lorsqu’il voulut épouser la vierge,

« prit des pommes dans ses mains et courut sans se retourner : Atalante

« dès qu’elle les vit, comme elle perdit la tête ! comme elle tomba dans un amour profond !

« Le devin Mélampous conduisit un troupeau de l’Othrys

« à Pylos ; elle se coucha enlacée dans les bras de Bias,

« la charmante mère de la très sage Alphésibée.

« Et la belle Cythérée, quand sur les montagnes il gardait ses moutons

« Adonis ne la conduisit-il pas à ce point de folie furieuse

« que mort elle le serra contre son sein.

« J’envie dormant son éternel sommeil

« Endymion. J’envie aussi, mon aimée, Jason

« qui a vécu tant de choses que vous ne les saurez jamais toutes, profanes. »

 

Ἀλγέω τὰν κεφαλάν, τὶν δ᾽ οὐ μέλει. Οὐκέτ᾽ ἀείδω,

κεισεῦμαι δὲ πεσών, καὶ τοὶ λύκοι ὦδε μ᾽ ἔδονται.

Ὡς μέλι τοι γλυκὺ τοῦτο κατὰ βρόχθοιο γένοιτο.

J’ai mal à la tête, cela t’est bien égal ! Je ne chante plus,

Je vais tomber et rester allongé, et ainsi les loups me mangeront sûrement.

Que ce soit comme du miel sucré coulant dans ton gosier !

 

Atalante, célèbre pour sa rapidité à la course, épousa Hippomène, qui parvint à la vaincre.

Mélampous, devin et thaumaturge, aurait introduit le culte de Dionysos en Grèce (Hérodote, II, 49) :

Τὴν δὲ ἄλλην ἀνάγουσι ὁρτὴν τῷ Διονύσῳ οἱ Αἰγύπτιοι πλὴν χορῶν κατὰ ταὐτὰ σχεδὸν πάντα Ἕλλησι· ἀντὶ δὲ φαλλῶν ἄλλα σφι ἐστὶ ἐξευρημένα, ὅσον τε πηχυαῖα ἀγάλματα νευρόσπαστα, τὰ περιφορέουσι κατὰ κώμας γυναῖκες, νεῦον τὸ αἰδοῖον, οὐ πολλῷ τεῳ ἔλασσον ἐὸν τοῦ ἄλλου σώματος· προηγέεται δὲ αὐλός, αἳ δὲ ἕπονται ἀείδουσαι τὸν Διόνυσον. Διότι δὲ μέζον τε ἔχει τὸ αἰδοῖον καὶ κινέει μοῦνον τοῦ σώματος, ἔστι λόγος περὶ αὐτοῦ ἱρὸς λεγόμενος.

La fête de Dionysos est célébrée par les Égyptiens tout à fait, ou peu s'en faut, de la même façon que chez les Grecs, à cela près qu'il n'y a pas de choeurs. Mais, au lieu de phallus, ils ont imaginé autre chose : des statuettes articulées, d'une coudée environ, que l'on fait mouvoir avec des cordes, et dont le membre viril, lequel n'est guère moins long que le reste du corps, s'agite ; les femmes promènent ces statuettes dans les bourgs ; un joueur de flûte va devant ; elles, suivent en chantant Dionysos. Pourquoi ces statuettes ont-elles un membre disproportionné et ne remuent-elles que cette partie du corps, il y a là-dessus une légende sacrée qui se raconte.

δη ὦν δοκέει μοι Μελάμπους ὁ Ἀμυθέωνος τῆς θυσίης ταύτης οὐκ εἶναι ἀδαὴς ἀλλ᾽ ἔμπειρος. Ἕλλησι γὰρ δὴ Μελάμπους ἐστὶ ὁ ἐξηγησάμενος τοῦ Διονύσου τό τε οὔνομα καὶ τὴν θυσίην καὶ τὴν πομπὴν τοῦ φαλλοῦ· ἀτρεκέως μὲν οὐ πάντα συλλαβὼν τὸν λόγον ἔφηνε, ἀλλ᾽ οἱ ἐπιγενόμενοι τούτῳ σοφισταὶ μεζόνως ἐξέφηναν· τὸν δ᾽ ὦν φαλλὸν τὸν τῷ Διονύσῳ πεμπόμενον Μελάμπους ἐστὶ ὁ κατηγησάμενος, καὶ ἀπὸ τούτου μαθόντες ποιεῦσι τὰ ποιεῦσι Ἕλληνες.

Cela me donne à penser que Mélampous fils d'Amythaon n'ignora point le sacrifice dont je viens de parler, mais qu'il en fut bien instruit. C'est en effet Mélampous qui fit connaître aux Grecs la personne de Dionysos, le sacrifice qu'on lui offre, la procession du phallus. Pour être exact, il ne leur a pas enseigné à la fois tout cela ; les sages qui sont venus après lui ont développé ses leçons ; mais, quant à la procession du phallus en l'honneur de Dionysos, c'est Mélampous qui l'a introduite, et c'est de lui que les Grecs ont appris à faire ce qu'ils y font.

Ἐγὼ μέν νυν φημὶ Μελάμποδα γενόμενον ἄνδρα σοφὸν μαντικήν τε ἑωυτῷ συστῆσαι καὶ πυθόμενον ἀπ᾽ Αἰγύπτου ἄλλα τε πολλὰ ἐσηγήσασθαι Ἕλλησι καὶ τὰ περὶ τὸν Διόνυσον, ὀλίγα αὐτῶν παραλλάξαντα. Οὐ γὰρ δὴ συμπεσεῖν γε φήσω τά τε ἐν Αἰγύπτῳ ποιεύμενα τῷ θεῷ καὶ τὰ ἐν τοῖσι Ἕλλησι· ὁμότροπα γὰρ ἂν ἦν τοῖσι Ἕλλησι καὶ οὐ νεωστὶ ἐσηγμένα. οὐ μὲν οὐδὲ φήσω ὅκως Αἰγύπτιοι παρ᾽ Ἑλλήνων ἔλαβον ἢ τοῦτο ἢ ἄλλο κού τι νόμαιον. Πυθέσθαι δέ μοι δοκέει μάλιστα Μελάμπους τὰ περὶ τὸν Διόνυσον παρὰ Κάδμου τε τοῦ Τυρίου καὶ τῶν σὺν αὐτῷ ἐκ Φοινίκης ἀπικομένων ἐς τὴν νῦν Βοιωτίην καλεομένην χώρην.

Je dis donc qu'en homme avisé Mélampous, qui se rendit maître de l'art divinatoire, apprit des Égyptiens pour les importer chez les Grecs, en s'écartant sur peu de points de ses modèles, beaucoup de choses, et entre autres ce qui touche Dionysos. Car je n'admets pas qu'entre le culte rendu à ce dieu en Égypte et celui qu'on lui rend chez les Grecs la ressemblance soit fortuite : à ce compte, ce culte devrait être en harmonie avec les moeurs des Grecs, et l'introduction n'en serait pas récente. Je n'admets pas non plus que les Égyptiens aient emprunté aux Grecs ces rites, pas plus qu'aucune autre coutume. Ce qui, pour moi, est le plus vraisemblable, c'est que Mélampous apprit ce qui concerne Dionysos de Cadmos le Tyrien et de ceux qui vinrent avec lui de Phénicie dans le pays appelé maintenant Béotie. (Trad. Ph.-E. Legrand)

 

Homère (Odyssée, XI, 281-297 et XV, 225-242) raconte comment Mélampous obtint la main de Péro, fille de Nélée, pour son frère Bias :

Καὶ Χλῶριν εἶδον περικαλλέα, τήν ποτε Νηλεὺς

γῆμεν ἑὸν διὰ κάλλος, ἐπεὶ πόρε μυρία ἕδνα,

ὁπλοτάτην κούρην Ἀμφίονος Ἰασίδαο,

ὅς ποτ᾽ ἐν Ὀρχομενῷ Μινυείῳ ἶφι ἄνασσεν·

ἡ δὲ Πύλου βασίλευε, τέκεν δέ οἱ ἀγλαὰ τέκνα,

Νέστορά τε χρόνιον τε Περικλύμενόν τ᾽ ἀγέρωχον.

Τοῖσι δ᾽ ἐπ᾽ ἰφθίμην Πηρὼ τέκε, θαῦμα βροτοῖσι,

τὴν πάντες μνώοντο περικτίται· οὐδ᾽ ἄρα Νηλεὺς

τῷ ἐδίδου ὃς μὴ ἕλικας βόας εὐρυμετώπους

ἐκ Φυλάκης ἐλάσειε βίης Ἰφικληείης

ἀργαλέας· τὰς δ᾽ οἶος ὑπέσχετο μάντις ἀμύμων

ἐξελάαν· χαλεπὴ δὲ θεοῦ κατὰ μοῖρα πέδησε,

δεσμοί τ᾽ ἀργαλέοι καὶ βουκόλοι ἀγροιῶται.

Ἀλλ᾽ ὅτε δὴ μῆνές τε καὶ ἡμέραι ἐξετελεῦντο

ἂψ περιτελλομένου ἔτεος καὶ ἐπήλυθον ὧραι,

καὶ τότε δή μιν ἔλυσε βίη Ἰφικληείη,

θέσφατα πάντ᾽ εἰπόντα· Διὸς δ᾽ ἐτελείετο βουλή.

Je vis aussi Chloris, la plus belle des femmes, si belle que Nélée, pour l'avoir en son lit, paya mille cadeaux : des filles d'Amphion, elle était la plus jeune; ce puissant Iaside régnait sur Orchomène et sur les Minyens. Reine des Pyliens, elle donna de beaux enfants à son époux : Chromios et Nestor, le fier Périclymène et cette fille enfin, merveille de la terre, la vaillante Péro dont tout le voisinage se disputait la main.

Nélée, pour la donner, voulait qu'on lui ravît le bétail dangereux, les boeufs au large front, aux cornes recourbées, que le fort Iphiclès gardait en Phylaké. Seul, l'illustre devin promit de les ravir. Mais le destin d'un dieu hostile l'entrava d'infrangibles liens, les bouviers l'enlacèrent; les jours, les nuits passaient; l'année ferma son cours; quand le printemps revint, le robuste Iphiclès relâcha le devin pour avoir tout prédit; ainsi la volonté de Zeus s'accomplissait.

ὃς πρὶν μέν ποτ᾽ ἔναιε Πύλῳ ἔνι, μητέρι μήλων,

ἀφνειὸς Πυλίοισι μέγ᾽ ἔξοχα δώματα ναίων·

δὴ τότε γ᾽ ἄλλων δῆμον ἀφίκετο, πατρίδα φεύγων

Νηλέα τε μεγάθυμον, ἀγαυότατον ζωόντων,

ὅς οἱ χρήματα πολλὰ τελεσφόρον εἰς ἐνιαυτὸν

εἶχε βίῃ. δὲ τῆος ἐνὶ μεγάροις Φυλάκοιο

δεσμῷ ἐν ἀργαλέῳ δέδετο, κρατέρ᾽ ἄλγεα πάσχων

εἵνεκα Νηλῆος κούρης ἄτης τε βαρείης,

τήν οἱ ἐπὶ φρεσὶ θῆκε θεὰ δασπλῆτις Ἐρινύς.

Ἀλλ᾽ μὲν ἔκφυγε κῆρα καὶ ἤλασε βοῦς ἐριμύκους

ἐς Πύλον ἐκ Φυλάκης καὶ ἐτίσατο ἔργον ἀεικὲς

ἀντίθεον Νηλῆα, κασιγνήτῳ δὲ γυναῖκα

ἠγάγετο πρὸς δώμαθ᾽. δ᾽ ἄλλων ἵκετο δῆμον,

Ἄργος ἐς ἱππόβοτον· τόθι γάρ νύ οἱ αἴσιμον ἦεν

ναιέμεναι πολλοῖσιν ἀνάσσοντ᾽ Ἀργείοισιν

ἔνθα δ᾽ ἔγημε γυναῖκα καὶ ὑψερεφὲς θέτο δῶμα,

γείνατο δ᾽ Ἀντιφάτην καὶ Μάντιον, υἷε κραταιώ.

Car jadis Mélampous habitait à Pylos, la mère des troupeaux, où, très riche, il avait-le plus beau des manoirs. Mais il avait dû fuir sur la terre étrangère : le généreux Nélée, le plus noble des êtres, l'avait durant un an, dépouillé de ses biens, cependant qu'il était captif chez Phylakos et que, chargé de chaînes, la fille de Nélée lui valait des tortures, pour la lourde folie qu'avait mise en son coeur la terrible Erinnys. Mais, éludant la Parque, il put de Phylaké, ramener à Pylos les vaches mugissantes et punir le divin Nélée de son méfait; puis, ayant célébré les noces de son frère, il quitta le pays et s'en fut vers Argos et ses prés d'élevage. C'est là que le destin lui donna de régner sur des sujets nombreux; il prit femme; il bâtit une haute maison; il engendra deux fils pleins de vigueur. Antiphatès et Mantios.  (traduction de Victor Bérard)

Endymion, jeune et beau berger aimé de Séléné, dort d’un sommeil éternel que lui a accordé Zeus.

Jason, chef des Argonautes, s’empara, en Colchide, de la Toison d’or, grâce à l’aide de Médée qu’il épousa et répudia plus tard pour Créüse, fille du roi Créon.

 

 

Idylle VI.  Βουκολιασταί   Les chanteurs bucoliques

 

Δαμοίτας καὶ Δάφνις βουκόλος εἰς ἕνα χῶρον

τὰν ἀγέλαν ποκ᾽, Ἄρατε, συνάγαγον· ἦς δ᾽ μὲν αὐτῶν

πυρρός, δ᾽ ἡμιγένειος· ἐπὶ κράναν δέ τιν᾽ ἄμφω

ἑσδόμενοι θέρεος μέσῳ ἄματι τοιάδ᾽ ἄειδον.

Πρᾶτος δ᾽ ἄρξατο Δάφνις, ἐπεὶ καὶ πρᾶτος ἔρισδεν·

Damétas et Daphnis le bouvier réunirent un jour,

Aratos, leurs troupeaux dans le même pâturage ;

l'un d’eux était enfant encore, et l'autre commençait à voir pousser sa barbe. Assis auprès d'une source,

à midi, un jour d'été, ils chantèrent ainsi.

Daphnis, l’auteur du défi, commença :

 

Βάλλει τοι, Πολύφαμε, τὸ ποίμνιον Γαλάτεια

μάλοισιν, δυσέρωτα καὶ αἰπόλον ἄνδρα καλεῦσα·

καὶ τύ νιν οὐ ποθόρησθα, τάλαν τάλαν, ἀλλὰ κάθησαι

ἁδέα συρίσδων. Πάλιν ἅδ᾽ἴδετάν κύνα βάλλει,

τοι τᾶν ὀΐων ἕπεται σκοπός· δὲ βαΰσδει

εἰς ἅλα δερκομένα, τὰ δέ νιν καλὰ κύματα φαίνει

ἅσυχα κοχλάζοντος ἐπ᾽ αἰγιαλοῖο θέοισαν.

Φράζεο μὴ τᾶς παιδὸς ἐπὶ κνάμαισιν ὀρούσῃ

ἐξ ἁλὸς ἐρχομένας, κατὰ δὲ χρόα καλὸν ἀμύξῃ.

δὲ καὶ αὐτόθε τοι διαθρύπτεται· ὡς ἀπ᾽ ἀκάνθας

ταὶ καπυραὶ χαῖται, τὸ καλὸν θέρος ἁνίκα φρύγει,

καὶ φεύγει φιλέοντα καὶ οὐ φιλέοντα διώκει·

καὶ τὸν ἀπὸ γραμμᾶς κινεῖ λίθον. γὰρ ἔρωτι

πολλάκις, Πολύφαμε, τὰ μὴ καλὰ καλὰ πέφανται.

Polyphème ! on lance des pommes à ton troupeau ! c’est Galatée,

elle traite le chevrier de vilain amoureux ;

et toi, tu ne la regardes pas, malheureux, malheureux, mais tu restes assis

en jouant de doux airs avec ta syrinx.

Elle recommence, regarde, elle en jette à ta chienne qui te suit en gardant tes brebis et qui aboie en fixant la mer, et les belles vagues tranquilles laissent voir Galatée courant sur le rivage couvert d’écume. Prends garde que ta chienne ne se jette sur les jambes de la jeune fille lorsqu'elle sort de la mer et ne déchire sa jolie peau.

Mais la voilà qui d’elle-même minaude pour toi ; comme de l’acanthe l’aigrette desséchée lorsque brûle le bel été, elle te fuit si tu l’aimes et si tu ne l’aimes pas elle te poursuit, et pousse son pion hors de sa case.

Car bien souvent, sache-le, Polyphème, grâce à l’amour ce qui n’est pas beau paraît beau !

 

Τῷ δ᾽ ἔπι Δαμοίτας ἀνεβάλλετο καὶ τάδ᾽ ἄειδεν·

Après lui Damétas commença à son tour à chanter ainsi :

 

Εἶδον, ναὶ τὸν Πᾶνα, τὸ ποίμνιον ἁνίκ᾽ ἔβαλλε,

κοὔτι λάθ᾽, οὐ τὸν ἐμὸν τὸν ἕνα γλυκὺν (ᾧπερ ὁρῷμι

ἐς τέλος, αὐτὰρ μάντις Τήλεμος ἔχθρ᾽ ἀγορεύων

ἐχθρὰ φέροιτο ποτ᾽ οἶκον, ὅπως τεκέεσσι φυλάσσοι

ἀλλὰ καὶ αὐτὸς ἐγὼ κνίζων πάλιν οὐ ποθόρημι,

ἀλλ᾽ ἄλλαν τινὰ φαμὶ γυναῖκ᾽ ἔχεν δ᾽ ἀΐοισα

ζαλοῖ μ᾽, Παιάν, καὶ τάκεται, ἐκ δὲ θαλάσσας

οἰστρεῖ παπταίνοισα ποτ᾽ ἄντρα τε καὶ ποτὶ ποίμνας.

J'ai vu, par le dieu Pan, lorsqu’elle a attaqué mon troupeau et cela ne m’a pas échappé, ni à mon unique trésor. Puissé-je grâce à lui conserver la vue jusqu’à la fin ! Et que le devin Télémos qui prédit des malheurs emporte ses malheurs chez lui afin de les garder pour ses enfants.

Mais moi, moi aussi, je l’énerve à mon tour en ne la regardant pas ; mais je dis que j’ai une autre femme ; en entendant cela, elle devient jalouse de moi, ô Péan ! et elle fond ! elle sort de la mer, piquée au vif et jette des regards inquiets sur ma grotte et sur mes brebis.

 

Σίξα δ᾽ ὑλακτεῖν νιν καὶ τᾷ κυνί· καὶ γὰρ ὅκ᾽ ἤρων,

αὐτᾶς ἐκνυζεῖτο ποτ᾽ ἰσχία ῥύγχος ἔχοισα.

Ταῦτα δ᾽ ἴσως ἐσορεῦσα ποεῦντά με πολλάκι πεμψεῖ

ἄγγελον. Αὐτὰρ ἐγὼ κλᾳξῶ θύρας, ἔστε κ᾽ ὀμόσσῃ

αὐτά μοι στορεσεῖν καλὰ δέμνια τᾶσδ᾽ ἐπὶ νάσω.

J’ai sifflé aussi mon chien pour qu’il la poursuive de ses aboiements : car lorsque je m’empressais auprès d’elle, il jappait doucement en pressant son museau sur sa cuisse.

Il se peut qu’à force de me voir agir ainsi elle m’envoie un message… de mon côté je verrouillerai mes portes jusqu’à ce qu’elle m’ait promis d’étendre pour moi une belle couche sur cette île.

 

Καὶ γάρ θην οὐδ᾽ εἶδος ἔχω κακόν, ὥς με λέγοντι.

γὰρ πρᾶν ἐς πόντον ἐσέβλεπον, ἦς δὲ γαλάνα,

καὶ καλὰ μὲν τὰ γένεια, καλὰ δέ μευ μία κώρα,

ὡς παρ᾽ ἐμὶν κέκριται, κατεφαίνετο, τῶν δέ τ᾽ ὀδόντων

λευκοτέραν αὐγὰν Παρίας ὑπέφαινε λίθοιο.

Et puis, c’est vrai, je n’ai pas vilaine apparence, comme on le prétend : j’ai regardé récemment dans la mer, elle était immobile, et ma barbe s’est reflétée, belle, et mon unique prunelle s’est reflétée, belle, autant que je puisse en juger, et l’éclat de mes dents se montrait plus blanc que la pierre de Paros.

 

Ὡς μὴ βασκανθῶ δέ, τρὶς εἰς ἐμὸν ἔπτυσα κόλπον·

ταῦτα γὰρ γραία με Κοτυτταρὶς ἐξεδίδαξε

πρᾶν ἀμάντεσσι παρ᾽ Ἱπποκίωνι ποταύλει.

Pour conjurer le mauvais sort, j’ai craché trois fois sur ma poitrine, c’est la vieille Cottytaris qui m’a enseigné cela il y a quelque temps pendant qu’elle accompagnait de la flûte les moissonneurs chez Hippocoon.

 

Τόσσ᾽ εἰπὼν τὸν Δάφνιν Δαμοίτας ἐφίλησε·

χὡ μὲν τῷ σύριγγ᾽, δὲ τῷ καλὸν αὐλὸν ἔδωκεν.

Αὔλει Δαμοίτας, σύρισδε δὲ Δάφνις βούτας·

ὠρχεῦντ᾽ ἐν μαλακᾷ ταὶ πόρτιες αὐτίκα ποίᾳ.

Νίκη μὰν οὐδάλλος, ἀνήσσατοι δ᾽ ἐγένοντο.

Ayant ainsi chanté, Damétas embrassa Daphnis. Il lui donna sa syrinx, l’autre lui donna sa belle flûte. Damétas joue de la flûte, Daphnis le bouvier joue de la syrinx ; les génisses aussitôt dansèrent sur la tendre verdure, ni l’un ni l’autre n’obtint la victoire, il étaient invincibles.

 

 

 

Idylle X.  Ἐργατίναι θερισταί  Les travailleurs ou moissonneurs.

 

Ἐργατίνα Βουκαῖε, τί νῦν, ᾠζυρέ, πεπόνθεις;

Οὐ τεὸν ὄγμον ἄγειν ὀρθὸν δύνᾳ, ὡς τὸ πρὶν ἆγες,

οὐδ᾽ ἅμα λᾳοτομεῖς τῷ πλατίον, ἀλλ᾽ ἀπολείπῃ,

ὥσπερ ὄϊς ποίμνας, ἇς τὸν πόδα κάκτος ἔτυψεν.

Ποῖός τις δείλαν τυ καὶ ἐκ μέσω ἄματος ἐσσῇ,

ὃς νῦν ἀρχόμενος τᾶς αὔλακος οὐκ ἀποτρώγεις;

Travailleur, qu'as-tu donc ? quel est ton chagrin, malheureux ?

Tu ne sais plus tracer ton sillon droit comme auparavant ;

tu ne coupes plus le blé, de front avec ton voisin,

et il te laisse en arrière, comme une brebis dont une épine a blessé le pied.

Malheureux ! que feras-tu donc au milieu du jour,

si, dès le début, tu ne fais rien qui vaille ?

 

Μίλων ὀψαμᾶτα, πέτρας ἀπόκομμ᾽ ἀτεράμνω,

οὐδαμά τοι συνέβα ποθέσαι τινὰ τῶν ἀπεόντων;

O Milon, moissonneur infatigable et dur comme un rocher,

ne t'est-il jamais arrivé de regretter un absent ?

 

Οὐδαμά. Τίς δὲ πόθος τῶν ἔκτοθεν ἐργάτᾳ ἀνδρί;

Jamais. Un homme qui travaille a-t-il le temps de regretter quelqu'un d'absent ?

 

Οὐδαμά νυν συνέβα τοι ἀγρυπνῆσαι δι᾽ ἔρωτα;

Il ne t'est donc jamais arrivé de veiller par amour ?

 

Μηδέ γε συμβαίη· χαλεπὸν χορίω κύνα γεῦσαι.

Puisse cela n'arriver jamais ! Il est dangereux qu'un chien goûte d'une peau !

 

Ἀλλ᾽ ἐγώ, Μίλων, ἔραμαι, σχεδὸν ἑνδεκαταῖος.

Mais moi, Milon, je suis amoureux depuis onze jours à peu près.

 

Ἐκ πίθω ἀντλεῖς δῆλον· ἐγὼ δ᾽ ἔχω οὐδ᾽ ἅλις ὄξος.

Tu bois vraiment au tonneau, tandis que je n'ai pas même assez de vinaigre.

 

Τοιγὰρ καὶ πρὸ θυρᾶν μοι ἀπὸ σπόρω ἄσκαλα πάντα.

Aussi, les semailles que j'ai faites devant ma porte sont-elles toutes négligées.

 

Τίς δέ τυ τᾶν παίδων λυμαίνεται;

Quelle est la jeune fille qui te tourmente ?

 

Πολυβώτα

πρᾶν ἀμάντεσσι παρ᾽ Ἱπποκίωνι ποταύλει.

La fille de Polybotas,

celle qui jouait dernièrement de la flûte aux moissonneurs, chez Hippokoon.

 

Εὗρε θεὸς τὸν ἀλιτρόν· ἔχεις πάλαι ὧν ἐπεθύμεις.

Μάντις τοι τὰν νύκτα χροϊξεῖθ᾽ καλαμαία.

Le Dieu a mis la main sur l'impie ! Tu as ce que tu désirais depuis longtemps,

et la cigale prophétique partagera ta couche la nuit.

 

Μωμᾶσθαί μ᾽ ἄρχῃ τυ· τυφλὸς δ᾽ οὐκ αὐτὸς Πλοῦτος.

ἀλλὰ καὶ ὡφρόντιστος Ἔρως. Μὴ δὴ μέγα μυθεῦ.

Tu te moques, mais Ploutos n'est pas le seul Dieu aveugle ;

Erôs aussi n'y voit point. Ne parle pas si fièrement.

 

Οὐ μέγα μυθεῦμαι· τὺ μόνον κατάβαλλε τὸ λᾷον.

καί τι κόρας φιλικὸν μέλος ἀμβάλευ. Ἅδιον οὕτως

ἐργαξῇ. Καὶ μὰν πρότερόν ποκα μουσικὸς ἦσθα.

Je ne parle point fièrement. Mais, allons ! jette tes gerbes,

et dis-nous une chanson amoureuse sur ta jeune fille. Le travail te sera

moins pénible, et tu étais musicien autrefois.

 

(ᾨδή)

Μῶσαι Πιερίδες, συναείσατε τὰν ῥαδινάν μοι

παῖδ᾽· ὧν γάρ χ᾽ ἅψησθε, θεαί, καλὰ πάντα ποεῖτε.

Βομβύκα χαρίεσσα, Σύραν καλέοντί τυ πάντες,

ἰσχνάν, ἁλιόκαυστον· ἐγὼ δὲ μόνος μελίχλωρον

Καὶ τὸ ἴον μέλαν ἐστὶ καὶ γραπτὰ ὑάκινθος,

ἀλλ᾽ ἔμπας ἐν τοῖς στεφάνοις τὰ πρᾶτα λέγονται.

(Chant)

Muses Piérides ! Chantez avec moi la svelte

enfant ; car vous embellissez, ô Déesses, tout ce que vous touchez.

Charmante Bombyka, on dit que tu es Syrienne,

maigre et brûlée du soleil ; et, moi seul, je trouve que tu as la couleur du miel !

La violette aussi est noire, et l'hyacinthe, sur laquelle sont tracées des lettres ;

cependant, les premières, elles sont choisies pour les couronnes.

 

αἲξ τὰν κύτισον, λύκος τὰν αἶγα διώκει,

γέρανος τὤροτρον· ἐγὼ δ᾽ ἐπὶ τὶν μεμάνημαι.

Αἴθε μοι ἦς ὅσσα Κροῖσόν ποκα φαντὶ πεπᾶσθαι·

χρύσεοι ἀμφότεροι κ᾽ ἀνεκείμεθα τᾷ Ἀφροδίτᾳ,

τὼς αὐλὼς μὲν ἔχοισα καὶ ῥόδον τύγε μᾶλον,

σχῆμα δ᾽ ἐγὼ καὶ καινὰς ἐπ᾽ ἀμφοτέροισιν ἀμύκλας.

La chèvre cherche le cytise, le loup poursuit la chèvre,

et la grue suit la charrue, et moi je n'ai de passion que pour toi !

Oh! si j'avais toutes les richesses que Kroisos a, dit-on, possédées,

nous aurions deux statues d'or consacrées à Aphrodite !

Toi, tu porterais des flûtes, une rose ou une pomme ;

moi, j'aurais un beau vêtement et des chaussures neuves aux pieds.

 

Βομβύκα χαρίεσσ᾽, οἱ μὲν πόδες ἀστράγαλοί τευς,

φωνὰ δὲ τρύχνος· τὸν μὰν τρόπον οὐκ ἔχω εἰπεῖν.

Charmante Bombyka, tes pieds sont comme des osselets,

ta voix est douce comme l'aubergine, et je ne puis décrire tes qualités !

 

καλὰς ἄμμε ποῶν ἐλελάθει Βοῦκος ἀοιδάς·

ὡς εὖ τὰν ἰδέαν τᾶς ἁρμονίας ἐμέτρησεν.

Ὤμοι τῶ πώγωνος, ὃν ἀλιθίως ἀνέφυσα.

Θᾶσαι δὴ καὶ ταῦτα τὰ τῶ θείω Λιτυέρσα.

Certes, je ne savais pas que le bouvier fît de si belles chansons.

Comme il en a bien mesuré l'harmonie !

Hélas ! la barbe m'est poussée en pure perte !

Cependant, écoute ces vers du divin Lytyersas :

 

(ᾨδή)

Δάματερ πολύκαρπε, πολύσταχυ, τοῦτο τὸ λᾷον

εὔεργόν τ᾽ εἴη καὶ κάρπιμον ὅττι μάλιστα.

Σφίγγετ᾽, ἀμαλλοδέται, τὰ δράγματα, μὴ παριών τι

εἴπῃ· “Σύκινοι ἄνδρες· ἀπώλετο χοὗτος μισθός.”

Ἐς βορέην ἄνεμον τᾶς κόρθυος τομὰ ὔμμιν

ζέφυρον βλεπέτω· πιαίνεται στάχυς οὕτως.

Σῖτον ἀλοιῶντας φεύγειν τὸ μεσαμβρινὸν ὕπνον·

ἐκ καλάμας ἄχυρον τελέθει τημόσδε μάλιστα.

(Chant)

Damatèr, aux fruits, aux épis abondants! que cette moisson soit facile et riche !

Serrez les gerbes, moissonneurs, afin que les passants ne disent pas : «Voilà des fainéants qui ne gagnent pas leur salaire !»

Tournez les javelles vers le Boréas ou vers le Zéphyros ; c'est ainsi que les épis grossiront.

Que ceux qui battent le blé ne dorment pas à midi ; c'est l'heure où la paille se détache mieux du grain.

 

Ἄρχεσθαι δ᾽ ἀμῶντας ἐγειρομένω κορυδαλλῶ

καὶ λήγειν εὕδοντος, ἐλινῦσαι δὲ τὸ καῦμα.

Εὐκτὸς τῶ βατράχω, παῖδες, βίος· οὐ μελεδαίνει

τὸν τὸ πιεῖν ἐγχεῦντα· πάρεστι γὰρ ἄφθονον αὐτῷ.

Κάλλιον, ᾽πιμελητὰ φιλάργυρε, τὸν φακὸν ἕψειν·

μὴ ᾽πιτάμῃς τὰν χεῖρα καταπρίων τὸ κύμινον.

Mais que les moissonneurs commencent au chant de l'alouette, et ne cessent que lorsqu'elle s'endort. Qu'ils reposent pendant la chaleur.

O régisseur avare, fais plutôt cuire nos lentilles que de te couper les doigts à partager un grain de cumin !

 

Ταῦτα χρὴ μοχθεῦντας ἐν ἁλίῳ ἄνδρας ἀείδειν.

Τὸν δὲ τεόν, Βουκαῖε, πρέπει λιμηρὸν· ἔρωτα

μυθίσδεν τᾷ ματρὶ κατ᾽ εὐνὰν ὀρθρευοίσᾳ.

Voilà ce que doivent chanter des hommes qui se fatiguent au soleil ! Quant à ton amour affamé, ne le raconte qu'à ta mère éveillée le matin dans son lit.

 

 

 

Idylle XXVII.  Ὀαριστύς         Conversation tendre

 

Cette pièce ne serait pas de Théocrite, mais d’un imitateur ! Je ne sais d’ailleurs pas pourquoi.

Tant pis, on fait comme si…

 

Il s’agit bien sûr d’un concours de poésie, l’introduction et la première partie sont perdues ; il nous reste la prestation du berger qui récite ou chante un malicieux dialogue entre une bergère et un bouvier.

 

Κορή

Τὰν πινυτὰν Ἑλέναν Πάρις ἥρπασε βωκόλος ἄλλος.

Δάφνις

Μᾶλλον ἑλοῖσ᾽ Ἑλένα τὸν βωκόλον ἐστὶ φιλεῦσα.

Κορή

Μὴ καυχῶ, σατυρίσκε· κενὸν τὸ φίλαμα λέγουσιν.

Δάφνις

Ἔστι καὶ ἐν κενεοῖσι φιλάμασιν ἁδέα τέρψις.

La jeune fille

La sage Hélène, c’est Pâris qui l’a séduite, un bouvier comme toi.

Daphnis

Dis plutôt qu’elle était consentante en embrassant son bouvier !

La jeune fille

Calme-toi, petit satyre ! on dit que le baiser n’apporte rien.

Daphnis

Même aux baisers qui n’apportent rien on prend un doux plaisir.

 

Κορή

Τὸ στόμα μευ πλύνω, καὶ ἀποπτύω τὸ φίλαμα.

Δάφνις

Πλύνεις χείλεα σεῖο; Δίδου πάλιν ὄφρα φιλάσω.

Κορή

Καλόν σοι δαμάλας φιλέειν, οὐκ ἄζυγα κώραν.

La jeune fille

Je me nettoie la bouche et je recrache ton baiser.

Daphnis

Tu te nettoies les lèvres ? Donne-les encore pour que je t’embrasse.

La jeune fille

Tu ferais mieux t’embrasser tes génisses dressées qu’une jeune fille ignorante.

 

Δάφνις

Μὴ καυχῶ· τάχα γάρ σε παρέρχεται, ὡς ὄναρ, ἥβη.

Κορή

σταφυλὶς σταφίς ἐστι, καὶ οὐ ῥόδον αὖον ὀλεῖται.

Δάφνις

Δεῦρ᾽ ὑπὸ τὰς κοτίνους, ἵνα σοί τινα μῦθον ἐνίψω.

Κορή

Οὐκ ἐθέλω· καὶ πρίν με παρήπαφες ἁδέϊ μύθῳ.

Δάφνις

Δεῦρ᾽ ὑπὸ τὰς πτελέας, ἵν᾽ ἐμᾶς σύριγγος ἀκούσῃς.

Κορή

Τὴν σαυτοῦ φρένα τέρπ᾽· ὀξύθροον οὐδὲν ἀρέσκει.

Daphnis

Calme-toi ! Pense que ta jeunesse passe aussi vite qu’un rêve.

La jeune fille

Le raisin sec, c’est du raisin mûr et la rose séchée ne se perdra pas.

Daphnis

(à part) Pourquoi la laisser mûrir ? Ce que je bois, on dirait du miel ou lait.

(à la jeune fille) Viens sous les oliviers sauvages, que je te raconte une histoire.

La jeune fille

Je ne veux pas. Tu viens de m’enjôler avec une belle histoire.

Daphnis

Viens sous les ormes, que je te fasse écouter ma syrinx.

La jeune fille

Charme tes propres sens : rien de ce qui contrarie ne fait plaisir.

 

Δάφνις

Φεῦ, φεῦ, τᾶς Παφίας χόλου ἅζεο καὶ σύγε κώρα.

Κορή

Χαιρέτω Παφία· μόνον ἵλαος Ἄρτεμις εἴη.

Δάφνις

Μὴ λέγε, μὴ βάλλῃ σε καὶ ἐς λίνον ἄκριτον ἔνθῃς.

Κορή

Βαλλέτω ὡς ἐθέλει· πάλιν Ἄρτεμις ἄμμιν ἀρήγει.

Δάφνις

Οὐ φεύγεις τὸν Ἔρωτα, τὸν οὐ φύγε παρθένος ἄλλη.

Κορή

Πολλοί μ᾽ ἐμνώοντο, νόον δ᾽ ἐμὸν οὔτις ἔαδε

Δάφνις

Εἷς καὶ ἐγὼ πολλῶν μνηστὴρ τεὸς ἐνθάδ᾽ ἱκάνω.

Daphnis

Aïe, aïe ! Crains la colère de la déesse de Paphos : elle s’abattre même sur toi, jeune fille !

La jeune fille

Grand bien fasse à la déesse de Paphos : il me suffit qu’Artémis me protège.

Daphnis

Ne dis pas cela ! Elle pourrait te frapper et tu te prendrais dans un filet inextricable.

La jeune fille

Qu’elle me frappe si elle veut, Artémis saura nous en tirer.

Daphnis

Tu n’échappes pas à l’Amour à qui aucune autre jeune fille n’a échappé.

La jeune fille

Je lui échappe, Pan m’est témoin. Mais toi, puisses-tu toujours porter son joug.

Enlève ta main… et si tu continues je te déchire la lèvre.

Daphnis

J’ai bien peur dans ce cas de devoir te laisser à un garçon pire que moi.

La jeune fille

Beaucoup m’ont désirée, aucun n’a ému mon cœur.

Daphnis

Eh bien moi, seul de tous ceux-là, c’est comme prétendant à ta main que je viens ici.

 

Κορή

Καὶ τί, φίλος, ῥέξαιμι; Γάμοι πλήθουσιν ἀνίας.

Δάφνις

Οὐκ ὀδύνην, οὐκ᾽ ἄλγος ἔχει γάμος, ἀλλὰ χορείην.

Κορή

Ναὶ μάν φασι γυναῖκας ἑοὺς τρομέειν παρακοίτας.

Δάφνις

Μᾶλλον ἀεὶ κρατέουσι· τίνα τρομέουσι γυναῖκες;

Κορή

Ὠδίνειν τρομέω· χαλεπὸν βέλος Εἰλειθυίης.

Δάφνις

Ἀλλὰ τεὴ βασίλεια μογοστόκος Ἄρτεμίς ἐστιν.

Κορή

Ἀλλὰ τεκεῖν τρομέω, μὴ καὶ χρόα καλὸν ὀλέσσω.

Δάφνις

Ἢν δὲ τέκῃς φίλα τέκνα, νέον φάος ὄψεαι υἷας.

La jeune fille

Qu’est-ce que j’y peux, mon ami ? les mariages sont pleins de soucis.

Daphnis

Ce n’est ni chagrin ni douleur qu’apporte le mariage, mais harmonie.

La jeune fille

Ah oui ? On dit pourtant que les femmes tremblent devant leurs maris.

Daphnis

Dis plutôt qu’elles les dominent toujours. Et pourquoi les femmes trembleraient-elles ?

La jeune fille

Je tremble à l’idée de souffrir en accouchant. La flèche d’Eileithyia est redoutable.

Daphnis

Mais ta protectrice Artémis sait soulager les douleurs de l’accouchement.

La jeune fille

Mais j’ai peur de mettre un enfant au monde, peur de perdre aussi la fraîcheur de ma peau.

Daphnis

Si tu mets au monde des amours d’enfants, tu verras tes fils comme une lumière nouvelle !

 

Κορή

Καὶ τί μοι ἕδνον ἄγεις γάμου ἄξιον, ἢν ἐπινεύσω;

Δάφνις

Πᾶσαν τὰν ἀγέλαν, πάντ᾽ ἄλσεα καὶ νομὸν ἑξεῖς.

Κορή

Ὄμνυε, μὴ μετὰ λέκτρα, λιπὼν ἀέκουσαν, ἀπενθεῖν.

Δάφνις

Οὐ μάν, οὐ τὸν Πᾶνα, καὶ ἤν κ᾽ ἐθέλῃς με διῶξαι.

Κορή

Τεύχεις μοι θαλάμους, τεύχεις καὶ δῶμα καὶ αὐλάς;

Δάφνις

Τεύχω σοι θαλάμους, τὰ δὲ πώεα καλὰ νομεύω.

Κορή

Πατρὶ δὲ γηραλέῳ τίνα κεν τίνα μῦθον ἐνίψω;

Δάφνις

Αἰνήσει σέο λέκτρον, ἐπὴν ἐμὸν οὔνομ᾽ ἀκούσῃ.

La jeune fille

Et qu’est-ce que tu m’apportes en présent qui vaille que t’épouse si je m’incline ?

Daphnis

Tout mon troupeau, toutes mes plantations et tout mon pâturage seront à toi.

La jeune fille

Jure que quand tu auras couché avec moi tu me laisseras pas, que tu ne partiras pas contre ma volonté ?

Daphnis

Juré sur Pan en personne ! et même si tu veux me chasser.

La jeune fille

Tu me construis les chambres, tu construis aussi la grande salle et les dépendances ?

Daphnis

Je te construis les chambres ; et je mets tes moutons dans un beau pâturage.

La jeune fille

A mon vieux père, quelle histoire, quelle histoire vais-je donc raconter ?

Daphnis

Il sera ravi que tu couches avec moi dès qu’il aura entendu mon nom.

 

Κορή

Οὔνομα σὸν λέγε τῆνο· καὶ οὔνομα πολλάκι τέρπει.

Δάφνις

Δάφνις ἐγώ, Λυκίδας δὲ πατήρ, μάτηρ δὲ Νομαία

Κορή

Ἐξ εὐηγενέων· ἀλλ᾽ οὐ σέθεν εἰμι χερείων.

Δάφνις

Οἶδ᾽· ἄκρα τιμήεσσα· πατὴρ δέ τοί ἐστι Μενάλκας.

La jeune fille

Ce nom, ton nom, dis-le moi : le nom apporte souvent un charme supplémentaire.

Daphnis

Moi, c’est Daphn, mon père c’est Lycidas, ma mère c’est Noraiè.

La jeune fille

Tu es de bonne famille, mais je ne suis pas d’un rang inférieur au tien.

Daphnis

Je sais : tu es très respectable et ton père c’est Ménalcas.

 

Κορή

Δεῖξον ἐμοὶ σέθεν ἄλσος, ὅπῃ σέθεν ἵσταται αὖλις.

Δάφνις

Δεῦρ᾽ ἴδε, πῶς ἀνθεῦσιν ἐμαὶ ῥαδιναὶ κυπάρισσοι.

Κορή

Αἶγες ἐμαί, βόσκεσθε· τὰ βωκόλω ἔργα νοήσω.

Δάφνις

Ταῦροι, καλὰ νέμεσθ᾽, ἵνα παρθένῳ ἄλσεα δείξω.

La jeune fille

Montre-moi ta plantation, allons voir où se trouve ta maison.

Daphnis

Allons-y ! Regarde comme mes cyprès élancés croissent bien.

La jeune fille

Mes chèvres, paissez : je vais faire connaissance des ouvrages du bouvier.

Daphnis

Mes taureaux, broutez bien, que je montre mes plantations à la jeune fille.

 

Κορή

Τι ῥέξεις, σατυρίσκε; Τί δ᾽ ἔνδοθεν ἄψαρ μαζῶν;

Δάφνις

Μᾶλα τεὰ πράτιστα τάδε χνοάοντα διδάξω.

Κορή

Ναρκῶ, ναὶ τὸν Πᾶνα. Τεὴν πάλιν ἔξελε χεῖρα.

La jeune fille

Que fais-tu, petit satyre ? Pourquoi touches-tu mes seins là-dedans ?

Daphnis

Je vais donner à tes pommes mûrissantes leur toute première leçon.

La jeune fille

Je défaille… Au nom de Pan, ôte ta main de là.

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Δάφνις

Θάρσει, κῶρα φίλα Τί μοι ἔτρεμες; Ὡς μάλα δειλά.

Κορή

Βάλλεις εἰς ἀμάραν με, καὶ ἕματα καλὰ μιαίνεις

Δάφνις

Ἀλλ᾽ ὑπὸ σοὺς πέπλους ἁπαλὸν νάκος ἠνίδε βάλλω.

Κορή

Φεῦ, φεῦ, καὶ τὰν μίτραν ἀπέσχισας· ἐς τί δ᾽ ἔλυσας

Δάφνις

Τᾷ Παφίᾳ πράτιστον ἐγὼ τόδε δῶρον ὀπάζω.

Κορή

Μίμνε, τάλαν· τάχα τίς τοι ἐπέρχεται· ἦχον ἀκούω

Δάφνις

Ἀλλήλαις λαλέουσι τὸν γάμον αἱ κυπάρισσοι.

Κορή

Τὠμπέχονον ποίησας ἐμοὶ ῥάκος· εἰμὶ δὲ γυμνά.

Δάφνις

Ἄλλην ἀμπεχόνην τῆς σῆς τοι μείζονα δωσῶ

Κορή

Φῄς μοι πάντα δόμεν· τάχα δ᾽ ὕστερον οὐδ᾽ ἅλα δοίης.

Δάφνις

Αἴθ᾽ αὐτὰν δυνάμαν καὶ τὰν ψυχὰν ἐπιβάλλειν

Daphnis

Sois tranquille, jeune fille aimée, pourquoi trembles-tu devant moi ?

La jeune fille

Tu me jettes dans un fossé et tu salis mes beaux habits.

Daphnis

Mais sous tes voiles, voilà, regarde, je jette une tendre fourrure.

La jeune fille

Aïe, aïe ! et tu as déchiré ma ceinture… pourquoi l’as-tu défaite ?

Daphnis

A la déesse de Paphos, c’est là le tout premier présent que je vais consacrer.

La jeune fille

Attends un peu… pauvre de moi… je crois que… oui, on vient, j’entends du bruit.

Daphnis

Ce sont les cyprès qui bavardent entre eux de ton mariage.

La jeune fille

Tu as mis mes dessous en lambeaux et je suis toute nue !

Daphnis

Je te donnerai d’autres dessous, plus amples que les tiens !

La jeune fille

Tu dis que tu vas tout me donner, mais peut-être qu’après tu ne me donneras même pas un grain de sel.

Daphnis

Si seulement je pouvais te donner aussi en partage mon âme tout entière !

 

Κορή

Ἄρτεμι, μὴ νεμέσα· σὴ ἐρημιὰς οὐκέτι πιστή.

Δάφνις

Ῥεξῶ πόρτιν Ἔρωτι, καὶ αὐτᾷ βῶν Ἀφροδίτᾳ

Κορή

Παρθένος ἔνθα βέβηκα· γυνὴ δ᾽ εἰς οἶκον ἀφέρψω.

Δάφνις

Ἀλλὰ γυνὴ μήτηρ, τεκέων τροφός, οὐκέτι κώρα.

La jeune fille

Artémis, ne te fâche pas contre celle qui est désormais infidèle à ton enseignement.

Daphnis

Je vais sacrifier un veau à l’Amour et une vache à la déesse Aphrodite.

La jeune fille

Vierge je suis venue ici, femme je m’en retourne à la maison.

Daphnis

Oui, femme, mère, mettant un enfant au monde et l’allaitant, plus du tout petite fille.

 

Ποιμήν

Ὥς οἱ μέν, χλοεροῖσιν ἰαινόμενοι μελέεσσιν

ἀλλήλοις ψιθύριζον· ἀνίστατο φώριος εὐνή.

Χἠ μὲν ἀνεγρομένη γε διέστιχε μᾶλα νομεύειν,

ὄμμασιν αἰδομένη, κραδίη δέ οἱ ἔνδον ἰάνθη,

ὃς δ᾽ ἐπὶ ταυρείας ἀγέλας, κεχαρημένος εὐνᾶς.

Le berger

C’est ainsi qu’après avoir tiré plaisir de leurs corps en pleine jeunesse,

Ils chuchotaient entre eux. Leur étreinte furtive s’achevait.

Reprenant ses esprits elle s’en retourna faire paître ses brebis,

Un peu de honte aux yeux mais au fond d’elle son cœur était heureux ;

Et lui s’en retourna vers son troupeau de taureaux, charmé par cette étreinte.

Κρίτης

δέχνυσο τὰν σύριγγα τεὰν πάλιν ὄλβιε ποίμαν

τᾷ καὶ ποιμναγῶν ἑτέραν σκεψώμεθα μολπάν

L’arbitre

Prends ta syrinx une fois encore, bienheureux berger,

Pour que nous écoutions et jugions un autre chant du maître des troupeaux.

 


La légende de Galatée et du Cyclope

 

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Pompéi, maison de la Chasse antique

Polyphème et Galatée

 

On situe les amours de Polyphème et Galatée au nord de Catane, à Acireale, Aci Trezza ou Aci Castello.

 

Ovide les raconte au livre XIII des Métamorphoses.

 

Leconte de Lisle s’est inspiré de l’idylle de Théocrite pour composer ses « Plaintes du Cyclope » dans les « Poèmes antiques ».

 

Voyez aussi Philoxène de Cythère.

 

 

Idylle XI.     Κύκλωψ   Le Cyclope.

Cette traduction est celle de Leconte de Lisle.

Je me suis permis de rétablir la graphie traditionnelle des noms propres :

Leconte de Lisle écrit « Nikias », « Kyklôps », « Galatéia », « Polyphamos », « Kypris ».

 

Οὐδὲν πὸτ τὸν ἔρωτα πεφύκει φάρμακον ἄλλο,

Νικία, οὔτ᾽ ἔγχριστον, ἐμὶν δοκεῖ, οὔτ᾽ ἐπίπαστον,

ἢ ταὶ Πιερίδες· κοῦφον δέ τι τοῦτο καὶ ἁδύ

γίνετ᾽ ἐπ᾽ ἀνθρώποις, εὑρεῖν δ᾽ οὐ ῥᾴδιόν ἐστι.

Γινώσκειν δ᾽ οἶμαί τυ καλῶς, ἰατρὸν ἐόντα

καὶ ταῖς ἐννέα δὴ πεφιλημένον ἔξοχα Μοίσαις.

Ni les onctions, ni les poudres, Nicias, ne sont, il me semble, un remède à l'amour ; il n'en est d'autre que les Piérides. Ce remède, qui allége et réjouit, est accessible aux hommes, mais il n'est pas facile de l'acquérir. Tu le connais sans doute, étant médecin et très cher aux neuf Muses.

 

Οὕτω γοῦν ῥάϊστα διᾶγ᾽ ὁ Κύκλωψ ὁ παρ᾽ ἁμῖν,

ὡρχαῖος Πολύφαμος, ὅκ᾽ ἤρατο τᾶς Γαλατείας,

ἄρτι γενειάσδων περὶ τὸ στόμα τὼς κροτάφως τε.

Ἤρατο δ᾽ οὐ μάλοις οὐδὲ ῥόδῳ οὐδὲ κικίννοις,

ἀλλ᾽ ὀρθαῖς μανίαις, ἁγεῖτο δὲ πάντα πάρεργα.

C'est par lui que le Cyclope né dans notre pays,

l'antique Polyphème, supporta la vie, quand, les lèvres et les tempes encore imberbes, il aimait Galatée. Et, certes, il ne l'aimait pas avec des pommes, une rose ou une boucle de cheveux, mais avec des violences passionnées, et il se souciait peu du reste.

 

Πολλάκι ταὶ ὄϊες ποτὶ τωὐλίον αὐταὶ ἀπῆνθον

χλωρᾶς ἐκ βοτάνας· ὃ δὲ τᾷ Γαλατείᾳ ἀείδων

αὐτόθ᾽ ἐπ᾽ ἀϊόνος κατετάκετο φυκιοέσσας

ἐξ ἀοῦς, ἔχθιστον ἔχων ὑποκάρδιον ἕλκος,

Κύπριδος ἐκ μεγάλας τό οἱ ἥπατι πᾶξε βέλεμνον.

Ἀλλὰ τὸ φάρμακον εὗρε, καθεζόμενος δ᾽ ἐπὶ πέτρας

ὑψηλᾶς ἐς πόντον ὁρῶν ἄειδε τοιαῦτα·

Bien des fois les brebis revinrent seules du vert pâturage à l'étable, tandis qu'il se consumait, depuis le jour levant, sur les algues du bord, gardant au fond de son cœur, comme une flèche dans le foie, la plaie cuisante de la grande Cypris. Mais il découvrit le remède à son mal, et, assis sur les roches élevées, regardant la haute mer, il chantait ainsi :

 

Ὦ λευκὰ Γαλάτεια, τί τὸν φιλέοντ᾽ ἀποβάλλῃ,

λευκοτέρα πακτᾶς ποτιδεῖν, ἁπαλωτέρα ἀρνός,

μόσχω γαυροτέρα, φιαρωτέρα ὄμφακος ὠμᾶς,

φοιτῇς δ᾽ αὖθ᾽ οὔτως ὅκκα γλυκὺς ὕπνος ἔχῃ με,

οἴχῃ δ᾽ εὐθὺς ἰοῖσ᾽ ὅκκα γλυκὺς ὕπνος ἀνῇ με,

φεύγεις δ᾽ ὥσπερ ὄϊς πολιὸν λύκον ἀθρήσασα;

– O blanche Galatée, plus blanche à voir que le fromage, plus délicate que l'agneau, plus fière que la génisse, et dont la peau est plus luisante et plus ferme que le raisin vert, pourquoi rejettes-tu celui qui t'aime ? Tu viens ici lorsque le doux sommeil m'enchaîne, mais tu fuis à la hâte, comme une brebis qui a vu le loup blanc, lorsque le doux sommeil me quitte.

 

Γινώσκω, χαρίεσσα κόρα, τίνος οὕνεκα φεύγεις·

οὕνεκά μοι λασία μὲν ὀφρὺς ἐπὶ παντὶ μετώπῳ

ἐξ ὠτὸς τέταται ποτὶ θὥτερον ὦς μία μακρά,

εἷς δ᾽ ὀφθαλμος ἔπεστι, πλατεῖα δὲ ῥὶς ἐπὶ χείλει.

Je t'ai aimée, ô jeune fille, lorsque tu vins pour la première fois, avec ma mère, cueillir des fleurs d'hyacinthe sur la montagne ; et je vous guidais, et, dès ce moment, je t'ai aimée, et je t'aime encore ! Mais cela ne t'occupe point. Non, par Zeus ! Tu ne t'en soucies nullement.

 

Ἠράσθην μὲν ἔγωγε τεοῦς, κόρα, ἁνίκα πρᾶτον

ἦνθες ἐμᾷ σὺν ματρὶ θέλοισ᾽ ὑακίνθινα φύλλα

ἔξ ὄρεος δρέψασθαι, ἐγὼ δ᾽ ὁδὸν ἁγεμόνευον.

Παύσασθαι δ᾽, ἐσιδών τυ καὶ ὕστερον, οὐδέ τί πᾳ νῦν

ἐκ τήνω δύναμαι· τὶν δ᾽ οὐ μέλει, οὐ μὰ Δί᾽, οὐδὲν.

Charmante jeune fille, je sais pourquoi tu me fuis : c'est parce que je n'ai qu'un sourcil velu qui s'étend sur mon front d'une oreille à l'autre, un seul œil et un large nez au-dessus des lèvres.

 

Ἀλλ᾽ ωὑτὸς τοιοῦτος ἐὼν βοτὰ χίλια βόσκω,

κἠκ τούτων τὸ κράτιστον ἀμελγόμενος γάλα πίνω

τυρὸς δ᾽ οὐ λείπει μ᾽ οὔτ᾽ ἐν θέρει οὔτ᾽ ἐν ὀπώρᾳ,

οὐ χειμῶνας ἄκρω· ταρσοὶ δ᾽ ὑπεραχθέες αἰεί.

Συρίσδεν δ᾽ ὡς οὔτις ἐπίσταμαι ὧδε Κυκλώπων,

τίν τε, φίλον γλυκύμαλον, ἀμᾷ κἠμαυτῷ ἀείδων

πολλάκι νυκτὸς ἀωρί. Τρέφω δέ τοι ἕνδεκα νεβρώς,

πάσας μηνοφόρως, καὶ σκύμνως τέσσαρας ἄρκτων.

Mais, tel que je suis, je fais paître mille brebis, et je bois leur lait excellent que je trais moi-même ; et jamais, ni en été, ni en automne, ni par le plus rude hiver, le fromage ne me manque, et les claies en sont toujours pleines. Et puis, je sais jouer de la syrinx mieux qu'aucun autre Cyclope, et je chante mon amour jusqu'aux dernières heures de la nuit. Je nourris pour toi onze petites biches ornées de colliers et quatre petits ours.

 

Ἀλλ᾽ ἀφίκευσο ποθ᾽ ἁμέ, καὶ ἑξεῖς οὐδὲν ἔλασσον,

τὰν γλαυκὰν δὲ θάλασσαν ἔα ποτὶ χέρσον ὀρεχθεῖν·

ἅδιον ἐν τὤντρῳ παρ᾽ ἐμὶν τὰν νύκτα διαξεῖς.

Ἐντὶ δάφναι τηνεί, ἐντὶ ῥαδιναὶ κυπάρισσοι,

ἔστι μέλας κισσός, ἔστ᾽ ἄμπελος ὁ γλυκύκαρπος,

ἔστι ψυχρὸν ὕδωρ, τό μοι ἁ πολυδένδρεος Αἴτνα

λευκᾶς ἐκ χιόνος ποτὸν ἁμβρόσιον προΐητι.

Τίς κα τῶνδε θάλασσαν ἔχειν καὶ κύμαθ᾽ ἕλοιτο;

Viens à moi et tu ne perdras rien. Laisse la glauque mer s'élancer vers la terre ferme. Tu passeras plus heureusement la nuit à mon côté, au fond de l'antre. Là sont des lauriers, de grêles cyprès, un lierre noir, une vigne aux doux fruits et une eau fraîche, liqueur ambroisienne que l'Etna [boisé] m'envoie de ses blanches neiges. Peut-on préférer à tout cela la mer et ses flots ?

 

Αἰ δέ τοι αὐτὸς ἐγὼν δοκέω λασιώτερος ἦμεν,

ἐντὶ δρυὸς ξύλα μοι καὶ ὑπὸ σποδῷ ἀκάματον πῦρ·

καιόμενος δ᾽ ὑπὸ τεῦς καὶ τὰν ψυχὰν ἀνεχοίμαν

καὶ τὸν ἕν᾽ ὀφθαλμόν, τῶ μοι γλυκερώτερον οὐδὲν.

Ὤμοι, ὅτ᾽ οὐκ ἐτεκέ μ᾽ ἁ μάτηρ βράγχι᾽ ἔχοντα,

ὡς κατέδυν ποτὶ τὶν καὶ τὰν χέρα τεῦς ἐφίλησα,

αἰ μὴ τὸ στόμα λῇς, ἔφερον δέ τοι ἢ κρίνα λευκά

ἢ μάκων᾽ ἁπαλὰν ἐρυθρὰ πλαταγώνι᾽ ἔχοισαν·

ἀλλὰ τὰ μὲν θέρεος, τὰ δὲ γίνεται ἐν χειμῶνι,

ὥστ᾽ οὔ κά τοι ταῦτα φέρειν ἅμα πάντ᾽ ἐδυνάθην.

Si je te semble trop velu, j'ai du bois de chêne, et je garde sous la cendre un feu qui ne meurt jamais ; et je souffrirai que tu brûles mon âme et mon œil unique, bien qu'il soit ce que j'ai de plus cher. Je suis malheureux parce que ma mère ne m'a pas enfanté avec des branchies, et que je ne puis plonger vers toi et te baiser la main, si tu me refusais les lèvres. Je te porterais ou des lis blancs, ou un jeune pavot aux pétales rouges, mais non tous deux à la fois, car les uns germent en été et les autres en hiver.

 

Νῦν μάν, ὦ κόριον, νῦν αὐτίκα νεῖν γε μαθεῦμαι,

αἴ κά τις σὺν ναῒ πλέων ξένος ὧδ᾽ ἀφίκηται,

ὧς εἰδῶ τί ποθ᾽ ἡδὺ κατοικεῖν τὸν βυθὸν ὔμμιν,

Ἐξένθοις, Γαλάτεια, καὶ ἐξενθοῖσα λάθοιο,

ὥσπερ ἐγὼ νῦν ὧδε καθήμενος, οἴκαδ᾽ ἀπενθεῖν·

ποιμαίνειν δ᾽ ἐθέλοις σὺν ἐμὶν ἅμα καὶ γάλ᾽ ἀμέλγειν

καὶ τυρὸν πᾶξαι τάμισον δριμεῖαν ἐνεῖσα.

Maintenant, ô jeune fille, j'apprendrai du moins à nager [si quelque étranger vient aborder ici avec son navire], afin de savoir pourquoi il vous est si doux d'habiter l'abîme. Puisses-tu en sortir, ô Galatée ! Puisses-tu, telle que moi qui reste assis en ce lieu, oublier de retourner dans ta demeure ! Puisses-tu désirer de conduire les troupeaux avec moi, de traire le lait et de le cailler en fromages à l'aide de la présure aigre !

 

Ἁ μάτηρ ἀδικεῖ με μόνα, καὶ μέμφομαι αὐτᾷ·

οὐδὲν πήποχ᾽ ὅλως ποτὶ τὶν φίλον εἶπεν ὑπέρ μευ,

καὶ ταῦθ᾽ ἆμαρ ἐπ᾽ ἆμαρ ὁρεῦσά με λεπτὸν ἐόντα.

Φασῶ τὰν κεφαλὰν καὶ τὼς πόδας ἀμφοτέρως μευ

σφύζειν, ὧς ἀνιαθῇ, ἐπεὶ κἠγὼν ἀνιῶμαι.

Ma mère m'a causé tout ce mal, et je lui en veux ; car, me voyant maigrir de jour en jour, jamais elle ne t'a rien dit en ma faveur. Je lui déclarerai que ma tête et mes pieds brûlent, afin qu'elle soit affligée, puisque je le suis aussi !

 

Ὦ Κύκλωψ Κύκλωψ, πᾷ τὰς φρένας ἐκπεπότασαι;

Αἴκ᾽ ἐνθὼν ταλάρως τε πλέκοις καὶ θαλλὸν ἀμάσας

ταῖς ἄρνεσσι φέροις, τάχα κα πολὺ μᾶλλον ἔχοις νῶν.

Τὰν παρεοῖσαν ἄμελγε· τί τὸν φεύγοντα διῴκεις;

Εὑρησεῖς Γαλάτειαν ἴσως καὶ καλλίον᾽ ἄλλαν.

Πολλαὶ συμπαίσδεν με κόραι τὰν νύκτα κέλονται,

κιχλίζοντι δὲ πᾶσαι, ἐπεί κ᾽ αὐταῖς ἐπακούσω.

Δῆλον ὅτ᾽ ἐν ταῖ γαῖ κἠγών τις φαίνομαι ἦμεν.

O Cyclope, Cyclope ! où tes esprits s'en vont-ils ? Si tu tressais des corbeilles et coupais du feuillage pour tes jeunes brebis, peut-être ton intelligence n'en irait-elle que mieux. Jouis des biens présents ; pourquoi poursuivre ce qui te fuit ? Tu trouveras une autre Galatée, et même plus belle. Plusieurs belles jeunes filles m'excitent à jouer avec elles [pour la nuit], et rient aux éclats quand je les écoute. Je suis donc aussi quelque chose sur la terre !

 

Οὕτω τοι Πολύφαμος ἐποίμαινεν τὸν ἔρωτα

μουσίσδων, ῥᾷον δὲ διᾶγ᾽ εἰ χρυσὸν ἔδωκεν.

C'est ainsi que Polyphème promenait son amour en chantant ; et il en goûtait plus de repos que si, pour cela, il eût donné de l'or.

 

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Polyphème

mosaïque de Piazza Armerina

 


Leconte de Lisle
Poèmes antiques

 

LES PLAINTES DU CYCLOPE

 

Certes, il n’aimait pas à la façon des hommes,

avec des tresses d’or, des roses ou des pommes,

depuis que t’ayant vue, ô fille de la mer,

le désir le mordit au coeur d’un trait amer.

Il t’aimait, Galatée, avec des fureurs vraies ;

laissant le lait s’aigrir et sécher dans les claies,

oubliant les brebis laineuses aux prés verts,

et se souciant peu de l’immense univers.

Sans trêve ni repos, sur les algues des rives,

il consumait sa vie en des plaintes naïves,

interrogeait des flots les volutes d’azur,

et suppliait la nymphe au coeur frivole et dur,

tandis que sur sa tête, à tout vent exposée,

le jour versait sa flamme et la nuit sa rosée,

et qu’énorme, couché sur un roc écarté,

il disait de son mal la cuisante âcreté :

– Plus vive que la chèvre ou la fière génisse,

plus blanche que le lait qui caille dans l’éclisse,

ô Galatée, ô toi dont la joue et le sein

sont fermes et luisants comme le vert raisin !

Si je viens à dormir aux cimes de ces roches,

à la pointe du pied, furtive, tu m’approches ;

mais, sitôt que mon oeil s’entr’ouvre, en quelques bonds,

tu m’échappes, cruelle, et fuis aux flots profonds !

Hélas ! Je sais pourquoi tu ris de ma prière :

je n’ai qu’un seul sourcil sur ma large paupière,

je suis noir et velu comme un ours des forêts,

et plus haut que les pins ! Mais, tel que je parais,

j’ai des brebis par mille, et je les trais moi-même :

en automne, en été, je bois leur belle crème ;

et leur laine moelleuse, en flocons chauds et doux,

me revêt tout l’hiver, de l’épaule aux genoux !

Je sais jouer encore, ô pomme bien aimée,

de la claire syrinx, par mon souffle animée :

nul cyclope, habitant l’île aux riches moissons,

n’a tenté jusqu’ici d’en égaler les sons.

Veux-tu m’entendre, ô nymphe, en ma grotte prochaine ?

Viens, laisse-toi charmer, et renonce à ta haine :

viens ! Je nourris pour toi, depuis bientôt neuf jours,

onze chevreaux tout blancs et quatre petits ours !

J’ai des lauriers en fleur avec des cyprès grêles,

une vigne, une eau vive et des figues nouvelles ;

tout cela t’appartient, si tu ne me fuis plus !

Et si j’ai le visage et les bras trop velus,

eh bien ! Je plongerai tout mon corps dans la flamme,

je brûlerai mon oeil qui m’est cher, et mon âme !

Si je savais nager, du moins ! Au sein des flots

j’irais t’offrir des lys et de rouges pavots.

Mais, vains souhaits ! J’en veux à ma mère : c’est elle

qui, me voyant en proie à cette amour mortelle

d’un récit éloquent n’a pas su te toucher.

Vos coeurs à toutes deux sont durs comme un rocher !

Cyclope, que fais-tu ? Tresse en paix tes corbeilles,

recueille en leur saison le miel de tes abeilles,

coupe pour tes brebis les feuillages nouveaux,

et le temps, qui peut tout, emportera tes maux !

C’est ainsi que chantait l’antique Polyphème ;

et son amour s’enfuit avec sa chanson même,

car les muses, par qui se tarissent les pleurs,

sont le remède unique à toutes nos douleurs.

 

 


 

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