Noctes Gallicanae

Artistes célèbres

 

Ἀπελλῆς Κᾧος

ζωγράφος

Apelle de Cos


 

Apelle a vécu dans la deuxième moitié du 4ème siècle av. J.-C.

 

Accedit eodem testis locuples Posidonius, qui etiam scribit in quadam epistola, P. Rutilium Rufum dicere solere, qui Panaetium audierat, ut nemo pictor esset inventus, qui in Coa Venere eam partem, quam Apelles inchoatam reliquisset, absolveret (oris enim pulchritudo reliqui corporis imitandi spem auferebat), sic ea

Voici un témoignage d'une grande valeur, celui de Posidonius. Il écrit dans une de ses lettres que P. Rutilius Rufus, un disciple de Panaetius, disait assez souvent « Aucun peintre n'a voulu se charger de terminer la partie de la Vénus de Cos qu'Apelle avait laissée simplement ébauchée, arguant que la beauté du visage ôtait tout espoir de réussir aussi bien le reste du corps … »

                                          Cicéron, De officiis, III, 2

 

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Apelli fuit alioqui perpetua consuetudo numquam tam occupatum diem agendi, ut non lineam ducendo exerceret artem, quod ab eo in proverbium venit.

Apelle avait une habitude à laquelle il ne manquait jamais : c'était, quelque occupé qu'il fût, de ne pas laisser passer un seul jour sans s'exercer en traçant quelque trait; cette habitude a donné lieu à un proverbe.

                                          Pline, XXXV, 84

 

Sur la hotte de la cheminée de son cabinet de travail à Médan, Zola avait fait peindre sa devise :

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« pas un jour sans une ligne ».

 

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Idem perfecta opera proponebat in pergula transeuntibus atque, ipse post tabulam latens, vitia quae notarentur auscultabat, vulgum diligentiorem iudicem quam se praeferens; feruntque reprehensum a sutore, quod in crepidis una pauciores intus fecisset ansas, eodem postero die superbo emendatione pristinae admonitionis cavillante circa crus, indignatum prospexisse denuntiantem, ne supra crepidam sutor iudicaret, quod et ipsum in proverbium abiit.

Quand il avait fini un tableau, il l'exposait sur un tréteau à la vue des passants, et, se tenant caché derrière, il écoutait les critiques qu'on en faisait, préférant le jugement du public, comme plus exact que le sien. On rapporte qu'il fut repris par un cordonnier, pour avoir mis à la chaussure une anse de moins en-dedans. Le lendemain, le même cordonnier, tout fier de voir le succès de sa remarque de la veille et le défaut corrigé, se mit à critiquer la jambe: Apelle, indigné, se montra, s'écriant qu'un cordonnier n'avait rien à voir au-dessus de la chaussure; ce qui a également passé en proverbe.

                                          Pline, XXXV, 84

 

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Tantum erat auctoritati iuris in regem alioqui iracundum. quamquam Alexander honorem ei clarissimo perhibuit exemplo. namque cum dilectam sibi e pallacis suis praecipue, nomine Pancaspen, nudam pingi ob admirationem formae ab Apelle iussisset eumque, dum paret, captum amore sensisset, dono dedit ei, magnus animo, maior imperio sui nec minor hoc facto quam victoria alia, quia ipse se vicit, nec torum tantum suum, sed etiam adfectum donavit artifici, ne dilectae quidem respectu motus, cum modo regis ea fuisset, modo pictoris esset. sunt qui Venerem anadyomenen ab illo pictam expari putent.

Au reste, Alexandre donna une marque très mémorable de la considération qu'il avait pour ce peintre : il l'avait chargé de peindre nue, par admiration de la beauté, la plus chérie de ses concubines, nommée Pancaste ; l'artiste à l'œuvre devint amoureux; Alexandre, s'en étant aperçu, la lui donna: roi grand par le courage, plus grand encore par l'empire sur soi-même, et à qui une telle action ne fait pas moins d'honneur qu'une victoire; en effet, il se vainquit lui-même. Non seulement il sacrifia en faveur de l'artiste ses plaisirs, mais encore ses affections, sans égard même pour les sentiments que dut éprouver sa favorite en passant des bras d'un roi dans ceux d'un peintre. Il en est qui pensent qu'elle lui servit de modèle pour la Vénus Anadyomène.

 

Venerem exeuntem e mari divus Augustus dicavit in delubro patris Caesaris, quae anadyomene vocatur, versibus Graecis tantopere dum laudatur, aevis victa, sed inlustrata. Cuius inferiorem partem corruptam qui reficeret non potuit reperiri, verum ipsa iniuria cessit in gloriam artificis. Consenuit haec tabula carie, aliamque pro ea substituit Nero in principatu suo Dorothei manu.

La Vénus sortant de la mer a été consacrée par le dieu Auguste dans le temple de son père César. Ce tableau, dit « Vénus Anadyomène », a été célébré par des vers grecs. Le temps l’a outragé en lui portant hommage : le bas de cette oeuvre ayant été endommagé, on ne put trouver personne capable de la restaurer. Ainsi ce dommage même tourna à la gloire de l'artiste. Le temps et la pourriture détruisirent ce tableau ; et Néron, pendant son règne, le remplaça par un autre, de la main de Dorothéos. 

 

 

Ἀρχίου

Αὐτὰν ἐκ πόντοιο τιθηνητέρος Ἀπελλῆς

τὰν Κύπριν γυμνὰν εἶδε λοχευομέναν

καὶ τοίαν ἐτύπωσε διάβροχον ὕδατος ἀφρᾧ

θλίβουσαν θαλεραῖς χερσὶν ἔτι πλόκαμον

Archias

Apelle a vu sortant du sein des ondes où elle avait été conçue

Cypris en personne, toute nue.

Il l'a représentée comme il l’a vue, pressant de ses mains fraîches

les tresses de sa chevelure toute humide de l'écume des mers.

Anth., XVI, 179

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Apelles inchoaverat et aliam Venerem Coi, superaturus etiam illam suam priorem. invidit mors peracta parte, nec qui succederet operi ad praescripta liniamenta inventus est.

Apelle avait commencé aussi, pour les habitants de Cos, une autre Vénus qui aurait surpassé même sa première; mais la mort jalouse l'empêcha de l'achever, et personne ne se trouva qui voulût la continuer en suivant l'esquisse.

                                          Pline, XXXV, 90-91

 

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Pinxit et Alexandrum Magnum fulmen tenentem in templo Ephesiae Dianae viginti talentis auri. digiti eminere videntur et fulmen extra tabulam esse — legentes meminerint omnia ea quattuor coloribus facta —; manipretium eius tabulae in nummo aureo mensura accepit, non numero.

Il a peint aussi, dans le temple de Diane d'Éphèse, Alexandre le Grand tenant la foudre, tableau qui fut payé 20 talents d'or; la main et la foudre semblent sortir du tableau. Que les lecteurs se souviennent que tous ces ouvrages furent exécutés avec quatre couleurs. Pour payer ce dernier morceau, on ne compta pas les pièces d'or, on en couvrit le tableau.

                                          Pline, XXXV, 92

 


 

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