Noctes Gallicanae

 

Artistes célèbres

 

Ζεῦξις ὁ Ἡρακλειώτης ὁ ζωγράφος

 

Zeuxis d’Héraclée


Ἡράκλεια πατρὶς Ζεῦξις δὄνομεἰ δέ τις ἀνδρῶν

  ἡμετέρης τέχνης πείτατά φησιν ἔχειν`

δείξας νικάτχ ......

  ........δοκῶ δ’ ἡμᾶς οὐχὶ τὰ δεύτερ’ ἔχειν

Ma patrie: Héraclée ; mon nom : Zeuxis. S’il est un homme

Qui prétend posséder les limites extrêmes de mon art,

Qu’il gagne s’il le prouve . . .

. . . mais je sais que je n’aurai pas la deuxième place !

cité par Aristide, 2, 521.

 

Ab hoc [Apollodoro] artis fores apertas Zeuxis Heracleotes intravit olympiadis LXXXXV anno quarto, audentemque iam aliquid penicillum — de hoc enim adhuc loquamur — ad magnam gloriam perduxit, a quibusdam falso in LXXXVIIII olympiade positus, cum fuisse necesse est Demophilum Himeraeum et Nesea Thasium, quoniam utrius eorum discipulus fuerit ambigitur.

Dans les portes de l’art qu’il avait ainsi ouvertes s’engouffra Zeuxis d’Héraclée durant la 4ème année de la 95ème olympiade (~397), et ce pinceau désormais plein d’audace – voilà bien notre sujet – il le mena au sommet de sa gloire. Certains le situent par erreur dans la 89ème olympiade (424-421), alors qu’il faut bien le situer du vivant de Démophile d’Himère et de Neseus de Thasios, puisqu’il a été l’élève de l’un des deux, sans qu’on sache lequel.

 

In eum Apollodorus supra scriptus versum fecit, artem ipsi ablatam Zeuxim ferre secum.

Apollodore, dont j’ai parlé un peu plus haut, a composé contre lui un vers qui dit que Zeuxis a emporté avec lui un art qu’il lui a dérobé.

 

Pline (XXXV, 61-62) cite ce vers (mais certains manuscrits donnent la leçon versus, « des vers ») en latin et au discours indirect. On peut imaginer un texte grec ainsi composé :

ἡμετέρην τέχνην Ζεῦξις ἀπῆλθε φέρων

 

Opes quoque tantas adquisivit, ut in ostentatione earum Olympiae aureis litteris in palliorum tesseris intextum nomen suum ostentaret. Postea donare opera sua instituit, quod nullo pretio satis digno permutari posse diceret, sicuti Alcmenam Agragantinis, Pana Archelao.

Il avait également acquis une telle fortune que pour bien la montrer, il se montrait à Olympie avec son nom brodé en lettres d’or dans les agrafes de ses manteaux. Il prit ensuite le parti de faire don de ses œuvres, parce que, disait-il, on ne pouvait pas les vendre à un prix digne d’elles : il offrit ainsi une Alcmène aux Agrigentins et un Pan à Archélaos.

 

Fecit et Penelopen, in qua pinxisse mores videtur, et athletam adeoque in illo sibi placuit, ut versum subscriberet celebrem ex eo, invisurum aliquem facilius quam imitaturum.

Il composa aussi une Pénélope dans laquelle il aurait cherché à retracer un portrait moral et un athlète dont il fut si satisfait qu’il ajouta au bas du tableau ce vers devenu célèbre qui dit qu’il est plus facile de critiquer que de reproduire la réalité. Pline, XXXV, 62-63.

 

Ici encore Pline se borne à une citation en latin au discours indirect. Plutarque nous a conservé le texte grec, mais il l’attribue à Apollodore :

 

μωμήσεταί τις μᾶλλον ἢ μιμήσεται

 

Magnificus est et Iuppiter eius in throno adstantibus diis et Hercules infans dracones II strangulans Alcmena matre coram pavente et Amphitryone.

Magnifique également son Jupiter sur son trône entouré des dieux et Hercule enfant étranglant les deux serpents sous les yeux de sa mère Alcmène épouvantée et d’Amphitryon.

 

image002

Fresque de la maison des Vettii à Pompéi

D’après Zeuxis ?

 

Reprehenditur tamen ceu grandior in capitibus articulisque, alioqui tantus diligentia, ut Agragantinis facturus tabulam quam in templo Iunonis Laciniae publice dicarent, inspexerit virgines eorum nudas et quinque elegerit, ut quod in quaque laudatissimum esset pictura redderet.

On lui reproche pourtant d’avoir exagéré la proportion des têtes et des articulations, mais d’un autre côté, il a su faire preuve d’une telle conscience professionnelle que, pour réaliser une peinture que les Agrigentins voulaient consacrer dans le temple de Junon Lacinia aux frais de leur collectivité , il examina nues les jeunes filles de cette cité et en choisit cinq pour que la peinture reproduise ce que chacune avait de plus admirable.

 

Pinxit et monochromata ex albo.

Il peignit aussi des tableaux monochromes sur fond blanc.

 

Peinture monochrome de Pompéi

Peinture monochrome de Pompéi

 

[. . .] Fertur et postea Zeuxis pinxisse puerum uvas ferentem, ad quas cum advolassent aves, eadem ingenuitate processit iratus operi et dixit: uvas melius pinxi quam puerum, nam si et hoc consumassem, aves timere debuerant.

[voir Parrhasius] On raconte aussi que par la suite Zeuxis a peint un enfant qui portait des raisins et que, comme les oiseaux s’y précipitaient, il s’avança furieux vers son œuvre avec la même sincérité et dit : « j’ai peint les raisins mieux que le garçon : si je l’avais réussi lui aussi, les oiseaux auraient dû avoir peur de lui. »

 

Fecit et figlina opera, quae sola in Ambracia relicta sunt, cum inde Musas Fulvius Nobilior Romam transferret. Zeuxidis manu Romae Helena est in Philippi porticibus, et in Concordiae delubro Marsyas religatus.

Il réalisa aussi des œuvres en terre cuite, les seules œuvres d’art qui restent à Ambracie depuis que Fulvius Nobilior a fait transporter les statues des Muses à Rome (~189). De la main de Zeuxis, on trouve à Rome une Hélène dans le portique de Philippe, et un Marsyas attaché dans le sanctuaire de la Concorde.

Pline, XXXV, 63-66.

 

μικροῦ κατέσχον τόν βότρυν τοῖς δακτῦλοις

  ὕπερα πατηθεὶς τῇ θέᾳ τῶν χρωμάτων

J'ai failli saisir cette grappe de raisin entre mes doigts,

trompé par l'aspect de ses couleurs.

Anonyme, sur une peinture représentant une grappe de raisin.

Anth., IX, 761.

image005

Oplontis, villa de Poppée

 


 

 

image0010chouette accueil.jpg