Noctes Gallicanae

 

L’empereur Hadrien

 

Ἁδριανὸς ὁ αὐτοκράτωρ

 

Γραμματίκου τινὸς ἡμιξήρου πρὸς Ἁδριανὸν τὸν βασιλέα

ἥμισύ μου τέθνηκε τὸ δἥμισυ λιμὸς έλέγχει

         σῶσόν μου βασιλεῦ μουσικὸν ἡμίτονον

D’un grammairien à demi-mort de faim au roi Adrien

La moitié de moi est morte, de l’autre moitié la faim triomphe :

sauve de moi, ô roi, le demi-ton nourri des Muses.

 

 

πρὸς ὃν ὁ βασιλεὺς Ἀδριανὸς ἀμεκρίνατο

ἀμφοτέρους ἀδικεῖς καὶ Πλουτέα καὶ Φαέθοντα

         τὸν μὲν ἔτ’ εἰσορόων τοῦ δ’ ἀπολειπόμενος

A celui-ci le roi Adrien répondit :

Tu es deux fois en tort : envers Pluton et envers Phaéton,

celui-ci tu le vois encore, celui-là tu lui fais faux bond.

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εἰς Πομπήιον τὸν Μάγνον λεγόμενον

τῷ ναοῖς βρίθοντι πόση σπάνις ἔπλετο τύμβοῦ

Sur Pompée surnommé le Grand

Celui qui pesait par tant de sanctuaires, quelle absence de tombe le comble !

 

Ce vers est anonyme dans l’Anthologie mais cité par Dion Cassius, LXIX ;

Hadrien l’aurait composé en offrant un sacrifice à Pompée lors de son voyage en Égypte.

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Ἁδριανοῦ Καίσαρος οἱ δὲ Γερμανικοῦ

Ἕκτορ, Ἀρήϊον αἷμα, κατὰ χθονὸς εἴ που ἀκούεις

         χαῖρε, καὶ ἄμπνευσον βαιὸν ὑπὲρ πατρίδος·

Ἴλιον οἰκεῖται κεινὴ πόλις, ἄνδρας ἔχουσα

         σοῦ μὲν ἀφαυροτέρους, ἀλλ’ ἔτ’ ἀρηϊφίλους·

Μυρμιδόνες δ’ ἀπόλοντο. Παρίστατο, καὶ λέ’ Ἀχιλλεῖ

         Θεσσαλίην κεῖσθαι πᾶσαν ὑπ’ Αἰνεάδαις.

de Hadrien César ou, selon d’autres, de Germanicus

Hector, enfant du sang d’Arès, de sous la terre si par hasard tu m’entends,

salut ! Cesse de soupirer pour ta patrie.

Ilion est habitée, la fameuse cité, elle abrite des hommes

qui certes ne te valent pas, mais toujours bons guerriers.

Les Myrmidons ont disparu. Va voir Achille et dis-lui

que la Thessalie se trouve tout entière soumise aux fils d’Énée.

 

 

πρὸς ταῦτα ὑπέγραψε στρατιώτης

Θάρσυνοι· οὐ γὰρ ἐμῆς κόρυθος λεύσσουσι μέτωπον.

Sous ces vers un soldat inscrivit :

Ils font les fiers car ils ne regardent pas le devant de mon casque ! (Iliade, XVI, 70)

 

 

εἶτα τοῦ Βασιλέως ἐπαινέσαντος καὶ γράψαντος

Δήλωσόν μοι εἶ.

L’empereur apprécia et écrivit :

Dis-moi qui tu es.

 

 

ἀντέγραψεν·

εἰμὶ μὲν εὐθώρηκος Ἐνυαλίου πολεμιστής·

εἰμὶ δὲ θεράπων Ἑλικωνίου Ἀπόλλωνος·

αὐτοῖς ἐν πρώτοισι λελεγμένος ἀσπιδιώταις.

L'homme répondit:

Je suis un guerrier de Mars Enyalios à la belle cuirasse,

je suis un serviteur d’Apollon Héliconien,

choisi par eux parmi les premiers porteurs de boucliers.

Anthologie palatine, IX, 137, 402, 397

 

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Florus poeta

Hadriano Caesari Aug

Ego nolo Caesar esse,

ambulare per Britannos,

<latitare per Germanos>,

Scythicas pati pruinas.

Le poète Florus

à Hadrien César Auguste

Moi, je ne veux pas être César,

me promener chez les Bretons,

disparaître chez les Germains,

supporter les froids de Scythie.

Hadrianus Caesar

Floro poetae

Ego nolo Florus esse,

ambulare per tabernas,

latitare per popinas,

culices pati rotundos.

Hadrien César

au poète Florus

Moi je ne veux pas être Florus,

me promener dans les boutiques,

disparaître dans les bistrots,

supporter les moustiques gorgés.

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Titulus equi

Borysthenes Alanus

Caesareus veredus

per aequor et paludes

et tumulos Etruscos

volare qui solebat,

Pannonicos nec ullus

apros eum insequentem

dente aper albicanti

ausus fuit nocere

sparsit ab ore caudam

vel extimam saliva

sed integer iuventa

ut solet evenire

inviolatus artus

die sua peremptus

hic situs est in agro

Épitaphe pour son cheval :

Borysthénès l’Alain,

impérial cheval de chasse,

qui par la plaine, par les marais

et par les collines étrusques

savait si bien voler… qu’aucun sanglier,

quand il chassait les sangliers de Pannonie,

de sa dent étincelante de blanc n’osa le blesser…

de sa bouche il éclaboussait de salive

l’extrémité de sa queue.

Mais dans la force de sa jeunesse,

comme il arrive souvent,

en pleine possession de ses moyens,

il a atteint son dernier jour.

Il repose ici dans la terre.

 

Texte certainement corrompu : j’ai interverti les vers 12 et 13 pour obtenir un sens plus satisfaisant. Dion Cassius (LXIX) affirme qu’Hadrien a bien fait élever un tombeau et composé une épitaphe pour son cheval Borysthénès, mais il ne précise pas si le texte en était rédigé en grec ou en latin :

Τῆς δὲ περὶ τὰς θήρας σπουδῆς αὐτοῦ καὶΒορυσθένηςἵππος, ᾧ μάλιστα θηρῶν ἠρέσκετο, σημεῖόν ἐστιν· ἀποθανόντι γὰρ αὐτῷ καὶ τάφον κατεσκεύασε καὶ στήλην ἔστησε καὶ ἐπιγράμματα ἐπέγραψεν.

Cet amour de la chasse est encore attesté par Borysthène, son cheval favori pour la chasse, puisqu'à la mort de ce cheval, il lui fit construire un tombeau, y érigea une stèle et y grava une inscription.

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HADRIANVS MORIENS

HOS VERSVS FECISSE DICITVR :

Animula vagula, blandula,

hospes comesque corporis!

Quae nunc abibis in loca?

Pallidula, rigida, nudula

nec, ut soles, dabis iocos...

Hadrien mourant aurait composé ces vers :

Amelette vaguelette doucelette,

hôtesse et compagne de mon corps,

en quels lieux vas-tu partir ?

Toute pâle, toute froide, toute nue,

tu ne vas plus, comme tu sais le faire, lancer de plaisanteries !

 

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