Noctes Gallicanae

Epigraphie latine

Inscriptions découvertes à Vaison

 


Je vous propose dans cette page un article tiré de la

Bibliothèque de l’École des chartes

Revue d’érudition consacrée principalement à l’étude du moyen âge

Tome quatrième, deuxième série,

Paris, 1847-1848.

J’ai téléchargé cette revue sur GALLICA, le site de la BNF.

 


 

INSCRIPTIONS GRECQUES ET LATINES

DÉCOUVERTES A VAISON

OU DANS LES ENVIRONS.

 

Nous nous proposions de donner au public plusieurs inscriptions inédites que nous avions recueillies à Vaison et dans les localités voisines, lorsqu’un antiquaire modeste, qui désire garder l’anonyme, nous adressa une courte notice qui sera très bien placée en tête de notre travail, car elle contient des inscriptions provenant des mêmes lieux, mais différentes des nôtres. Nous la publions en entier, telle qu’elle est, nous contentant d’y joindre des remarques et des notes explicatives. Tout cela réuni formera le complément des monuments épigraphiques découverts jusqu’à ce jour dans le territoire de Vaison, et qui n’ont trouvé place ni dans le recueil de l’abbé J.-G. Martin (1), ni dans celui de M. Ernest Breton (2). Il est utile de prévenir que cette seconde collection ne reproduit pas toutes les inscriptions de la première, quoiqu’elle en contienne trente de plus. M. Breton a pareillement omis de dépouiller l’Histoire de l’église de Vaison, qui aurait fourni à son mémoire des additions importantes (3).

 

« Vaison, jadis capitale des Voconces (4), offre encore des monuments fort remarquables de l’époque romaine ; ils ont été plusieurs fois décrits, et on a publié aussi un grand nombre d’inscriptions fournies successivement par ce sol fertile en antiquités. On croit, toutefois, que les six suivantes sont encore inédites, et on juge à propos de les porter à la connaissance des archéologues.

 

« 1° Cippe en pierre de grès, trouvé à Vaison en 1841

 

DEA

VICTO

RIA

CONS...

TVTA.

Probablement : Dea Victoria constituta, la déesse de la Victoire élevée ou posée. On peut supposer que la statue de la déesse était placée sur ce cippe.

 

« 2° Fragment d’un cippe en pierre calcaire trouvé, en 1837, sur le sol d’une maison que M. Pol, de Mazan, faisait construire à l’extrémité nord de la ville actuelle. L’emplacement de cette maison était compris dans l’ancienne ville, et en occupait presque le centre.

 

VICTORL... .

FAVORIS

V. S. L. M.

« C’est l’accomplissement d’un voeu. Cette inscription est d’ailleurs trop mutilée pour qu’on essaye d’en rétablir le texte.

 

« 3° Vers l’an 1840, M. François Cluse a trouvé l’inscription suivante dans une vigne qu’il a vendue depuis à M. Papin. Cette vigne est située au quartier des Arcs, et se trouve au nord-est du monticule de Piémin (5) ; elle fait partie du sol de l’ancienne ville, et touche le champ inculte où sont les ruines du théâtre romain (6).

 

PRIMV

SECVND

VSTITVS

DEM.F.V.L.S.

« Primus Secundus Titus, Dem(etrii ?) filius, votum lubens solvit (7).

« Primus Secundus Titus, fils de Démétrius, a accompli son voeu librement.

 

« 4° A la grange de Theut, appartenant à M. Bertrand de Montfort, est déposée une pierre calcaire sortie probablement des carrières de Vaison, et taillée en forme de cippe. Elle a environ un mètre de hauteur sur cinquante centimètres de largeur, et porte dans un encadrement l’inscription qui suit :

 

....NAE N...

FIL.FLAMINIC

VAS.VOC.HERE

DES. CALLISTI

LIB. EIVS. PONEN

DAM.CVRAVER.

(Dis manibus) ...nae N... filiae flaminicae Vasionis Vocontiorum, heredes Callisti, liberti ejus, ponendam curaverunt.

« Aux dieux mânes de... fille de N., prêtresse de Vaison des Voconces (8), les héritiers de Calliste, son affranchi, ont eu soin d’élever cette pierre.

« Les lettres de cette inscription sont d’une belle forme, et paraissent appartenir à une époque qui a précédé la décadence des arts.

 

« 5° Vers 1810, la veuve Fabre trouva dans l’ancien enclos des Cordeliers, au sud du monticule de Piémin et sur le sol de la ville romaine, un cippe en pierre de Beaumont, qui devint plus tard la propriété de M. Giraudy, avocat, et qui est aujourd’hui déposé dans le vestibule du château de la Villasse, appartenant à madame veuve Giraudy. Ce cippe a 1,07 m de hauteur, et une largeur à la base de 0,55 m ; au milieu de 0,45, et à son sommet de 0,50. Il offre plusieurs moulures formant des encadrements, mais point de figures, et porte d’un côté un distique grec et de l’autre un distique latin. Les deux faces latérales sont vides.

 

EIYUNTHRI TUXHS

BHLV

SEUSTOS YETO BV

MO

TVN EN APAMEIA

MNHSAMENOS

LOGIVN

BELVS

FORTVNAE RECTOR

MENISQVE MAGIS

TER

ARA GAVDEBIT

QVAM DEDIT

ET VOLVIT

« M. Germer-Durand, habile professeur du lycée de Nîmes, lit ainsi ces deux distiques :

Eéyænthri tæxhw B®lÄ Seustòw y¡to bÇmon,

TÇn ¤n ƒApameÛ& mnhsmenow logÛvn.

« Seustus a élevé cet autel à Bélus, directeur de la Fortune, en mémoire des oracles rendus à Apamée.

Belus Fortunae rector, men(s)isque magister,

Ara gaudebit, quam dedit et voluit.

« Bélus, directeur de la Fortune et maître du mois, aura pour agréable cet autel qu’il a donné et voulu (9).

« La pierre est très fruste, surtout du côté de l’inscription latine. Ce n’est qu’après avoir obtenu un grand nombre d’empreintes sur papier mouillé, et après plusieurs jours d’un minutieux examen, qu’on s’est décidé pour le texte ci-dessus. On comprend dès lors comment les mots MENSIS et GAVDEBIT paraissent être aujourd’hui menis et caudebit (10).

« Feu M. de Fortia, de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, avait, en 1831, soumis cette inscription à la savante académie dont il était membre. La copie qui était en son pouvoir, et qui différait notablement de celle qu’on lit ici, fut reconnue fautive, inexplicable par suite, et on en demanda une seconde, qui ne fut jamais envoyée (11). L’affaire en resta là. M. de Fortia paraissait cependant attacher beaucoup d’importance à cette découverte, si on en juge par plusieurs lettres qu’il écrivit, et qu’on a montrées à l’auteur de cette notice.

« L’enclos des Cordeliers se trouvait dans cette partie de la ville romaine qu’on peut croire avoir été le primitif Vaison, c’est-à-dire dans la partie la plus rapprochée du pont sur l’Ouvèse et la plus à l’est. Tout fait présumer que la partie occidentale de Vasio Vocontiorum était comparativement plus moderne, et que si la première existait bien avant le commencement de notre ère, la seconde ne datait que des premières années du règne des empereurs. C’est dans le plus ancien Vaison qu’on a découvert cette inscription grecque, qui naturellement rappelle l’influence civilisatrice que la cité phocéenne peut avoir exercée sur les peuples de la Gaule, et qui, à ce point de vue, appartiendrait à l’époque qui a précédé l’ère chrétienne. Au reste, on sait tout ce que cette induction peut avoir de hasardé, et on ne l’émet ici que comme une simple hypothèse, d’autant mieux que le distique latin semble, d’un autre côté, assigner à cette pierre une date postérieure à l’établissement des Romains dans la Gaule.

 

« 6° Toujours dans le même quartier, c’est-à-dire, dans la partie de l’ancien Vaison que l’on a lieu de croire antérieure à la conquête romaine, au sud et à cent ou deux cents pas de l’enclos des Cordeliers, on a découvert, il y a environ douze ou quinze ans, une inscription toute grecque sur une plaque de marbre qui n’est pas très grande (12). L’auteur de cette notice, peu familiarisé avec la langue grecque, ne put examiner cette inscription que pendant quelques minutes. Elle appartenait alors à M. Rostant, officier de santé, et il ne sait où elle a passé après la mort de ce dernier (13). Toutefois, il en fit rapidement la copie qu’on va lire, dont il est loin de garantir l’exactitude, et qu’il ne consigne ici que faute de mieux.

 

%EGOMARO%

OUILLONEOC

TO OUTIOU%

NAMAU%ATIO

EIVROUBHLH

%AMI%O%IN

NEMHTON

« A la quatrième ligne on lit le mot Namausatio, dans lequel on pourrait retrouver une forme inconnue jusqu’à ce jour, on le croit du moins, du nom de la ville de Nîmes (14).

« En fait d’inscriptions grecques trouvées à Vaison, on ne connaissait que la suivante, rapportée par Muratori (15). Elle existait jadis à Avignon chez M. de Seytres de Caumont. On ne sait pas dans quel quartier de Vaison elle avait été découverte :.

PRO%ERI ZH%AIS AKONTIV.

« Muratori la rend en latin par ces mots :

Proseri, vive Aeontio.

« Cette rareté d’inscriptions grecques à Vaison ne peut qu’augmenter le prix de celles qu’on donne ici. D’ailleurs, une inscription en vers grecs et latins, et se rapportant au culte de Bélus dans les Gaules, semble faite pour exciter l’intérêt des archéologues, qui le retrouveront ici avec le double caractère de Dieu de la fortune et de la Divinité qui préside au mois, c’est-à-dire de la lune (16). Parmi les nombreuses attributions de Bélus, celles-ci figurent en première ligne, ainsi que l’attestent les auteurs qui ont écrit sur la mythologie. Le temple de Bélus à Apamée en Syrie était célèbre à l’époque du paganisme, et on sait que les empereurs Septime-Sévère et Macrin allèrent consulter son oracle. »

 


 

Voici maintenant les inscriptions que nous, avons nous-même copiées sur place. Comme elles sont en trop petit nombre pour être classées, nous suivons de préférence, en les publiant, l’ordre topographique, et nous commençons naturellement par celles de Vaison.

 

I

Au nord de l’église de Notre-Dame, située dans la plaine de la Villasse, derrière l’ancien cloître, est un champ inculte, presque tout composé de ruines antiques et de débris de constructions du moyen âge. Des fouilles bien dirigées dans cet endroit seraient très fructueuses ; mais en attendant que le gouvernement les fasse entreprendre, un cultivateur qui ne recherche les beaux vestiges de l’antiquité que pour les vendre, emploie en hiver, quand il n’a pas mieux à faire, une partie de son temps à creuser au hasard dans ce précieux terrain. Il a déjà découvert dans un très petit espace, mais à une profondeur de trois ou quatre mètres, des médailles, dont une en or, des fûts et des chapiteaux de colonnes brisées, des fourneaux en briques, des fragments de toutes sortes, et les deux cippes dont suit la description.

Le premier, relégué aujourd’hui dans une petite étable attenante au cloître, est en marbre blanc ; il est en forme d’autel, et offre sur le devant une inscription qui ne saurait être ni mieux conservée, ni en plus beaux caractères. On remarque des deux côtés, sur les faces latérales, deux lauriers chargés de fruits et parfaitement sculptés. Chacune des faces est encadrée dans une jolie bordure d’une ornementation fort riche et d’un travail délicat :

 

MERCVRIO

SEX. SILVIVS

SILVESTER

ICCIANVS.

Mercure, au rapport de César (17), était honoré d’un culte particulier dans les Gaules, comme inventeur des arts, protecteur des chemins et présidant aux relations commerciales et aux gains de toute nature. Le grand nombre d’inscriptions votives que l’on trouve en l’honneur de ce dieu confirment pleinement le témoignage de l’histoire (18). Le sol de Vaison en avait déjà fourni trois (19) ; mais celle-ci, déjà précieuse sous le rapport de l’art, emprunte un nouvel intérêt à la révélation d’un nom de lieu inconnu dans les recueils épigraphiques, quoiqu’il soit du reste assez célèbre.

Sextus (20) Silvius Silvester, tels sont les prénom, nom et surnom de l’auteur de ce voeu à Mercure. La qualification d’ Iccianus, qu’il prend ensuite, ne peut être qu’un nom de ville, celui de sa patrie sans doute, car dans les temps antiques, comme au moyen âge, on avait coutume de joindre à son nom celui de son pays natal, surtout quand on s’en trouvait très éloigné. Iccianus est un adjectif formé régulièrement d’ Iccius ; or, il n’y a d’autre ville de ce nom qu’un port de mer des Gaules, situé dans la Morinie, sur les bords de la Manche, et où César nous apprend qu’il s’embarqua avec ses troupes pour passer dans la Grande-Bretagne (21).

Il faut convenir que cette ville est loin de Vaison ; mais qu’importe ? c’était, au contraire, un motif de plus de mentionner la patrie d’origine. D’ailleurs, dans un état aussi vaste et aussi bien administré que l’empire romain, qui offrait des garanties de sécurité pour le commerce et les voyages, les déplacements étaient plus fréquents qu’aux époques de morcellement et de trouble. Les inscriptions offrent des exemples de migrations plus lointaines que celle que nous présumons ici. Le distique grec publié ci-dessus ne mentionne-t-il pas quelqu’un venu d’Apamée à Vaison ? Nous ne voyons donc nulle difficulté à interpréter le mot Iccianus de la façon la plus naturelle. Faudrait-il s’étonner si Sextus Silvius Silvester, qui a dédié ce gracieux monument à Mercure, était un négociant du port d’ Iccius, qui, après avoir amassé une riche fortune en trafiquant entre le pays des Morins et les côtes de l’Italie et de la Provence, se serait retiré dans la ville que Pomponius Méla place au premier rang des cités les plus opulentes de la Gaule Narbonnaise (22), remerciant le dieu du commerce des loisirs qu’il lui aurait faits, sous un climat moins rude et un ciel plus beau que ceux de son pays natal.

 

II.

MERCVRIO

VOT

SEX. MARCEL

LI. LIB.

Voilà encore un cippe dédié au dieu des marchands ; mais il est en pierre calcaire et sans ornements, humble comme il convient à un simple affranchi, qui a peut-être consacré la plus grande partie de son pécule à racheter sa liberté.

La régularité des lettres dénote seule que cette inscription est contemporaine de la précédente (23). Nous la rendrons en ces termes : Sextus, affranchi de Marcellus, s’est acquitté de son vœu envers Mercure.

Le cippe, étant beaucoup plus lourd et moins précieux que l’autre, a été laissé dehors, le long du mur du cloître, dans un fumier.

III.

 

Lampe en terre cuite, trouvée dans un tombeau, à Vaison appartenant à M. de Montfort :

ATEMETI

(Fabrique) d’Atimetus. Ce nom de potier, bien qu’écrit en caractères latins, est d’origine grecque. ƒAtÛmetow signifie ordinairement méprisé, mais aussi parfois inappréciable ; dans ce dernier sens, que nous préférons comme plus honorable, on disait ƒAtÛmetow fÛlow, incomparable ami (24).En passant sous la domination romaine, ceux des habitants de Vaison qui avaient des noms grecs durent les latiniser. Cependant, par une bizarrerie assez étrange, on trouve au musée d’Avignon quelques inscriptions grecques où figurent des noms dont l’origine latine est incontestable, tels que SEKOUNDOS, POMPONIA (25).

 

IV.

En remontant la jolie vallée de l’Ouèse, à une lieue environ au levant de Vaison, on rencontre le village d’Entrechaux (26), avec son château en ruines situé sur une montagne escarpée. Non loin de là, vers la droite, on aperçoit au sommet d’une colline une chapelle romane, connue sous le nom de Notre-Dame de Nazareth, et qui paraît être du dixième ou onzième siècle. Pour une église isolée au milieu des champs, elle est assez remarquable par les détails de son architecture. Mais ce n’est point ici le lieu de la décrire, nous parlerons seulement en passant d’un bas-relief bizarre, placé au sommet de l’angle de la façade qui est en retrait sur le porche. Il est de forme rectangulaire, et représente une espèce de jongleur debout, ayant à sa gauche un énorme instrument de musique à trois cordes, sur lequel il promène un archet de la main droite. A ses pieds est un grand vase ou un autel de forme élégante, d’où semblent s’échapper des flammes ; devant lui, un personnage à cheval sur un animal que nous n’avons pu reconnaître à cause de l’éloignement, quoique nous fussions monté sur le toit du porche. Le tout est grossièrement sculpté et dénote une œuvre du moyen âge. Qu’il nous suffise d’avoir signalé ce singulier tableau, d’autres prendront soin de l’expliquer.

L’objet principal de notre visite à la chapelle de Notre-Dame de Nazareth était une inscription qui a été découverte sous l’autel même, en 1828, et dont la pierre forme aujourd’hui l’un des jambages de la porte à hauteur d’appui, donnant entrée sous le porche. A en juger par la beauté et la régularité des caractères, cette inscription est de la meilleure époque romaine ; elle est incomplète, et ce qui reste fait vivement regretter que la pierre ait été mutilée. Les moulures de l’encadrement ne sont intactes que du côté gauche :

Bien que la pierre soit brisée à la partie inférieure, les derniers mots, ressemblant à une formule finale, font présumer que l’inscription se terminait là, et que la bordure a seule disparu. En mettant vers la droite la place de trois ou quatre lettres, on obtient pour le cadre épigraphique des dimensions satisfaisantes, qui sont en harmonie avec la disposition de l’inscription le mot filia, par exemple, se trouve alors placé symétriquement au milieu ; et quand on veut restituer des inscriptions régulières comme celle-ci, l’œil est un guide qu’il ne faut pas dédaigner. Par ce moyen purement matériel, combiné avec le sens de l’inscription, on voit qu’il suffit ici d’ajouter quelques lettres pour terminer les mots commencés et obtenir des lignes qui se suivent assez bien. Nous avons essayé de compléter ainsi chaque ligne, et après bien des tâtonnements, nous sommes arrivé à des résultats plus ou moins certains, que nous livrons à l’appréciation de nos lecteurs.

Q POM[PEIO]

VOLT[INI]

A FILIO....

PRÆFeCTO BO[CON]

TIORum PROV[INCiae]

FLAMINI DIVI [IVLII]

PONTIFici DEA[NAE]

POMPEIA S[EXTA]

FILIA

PATRI OPT[IMO]

Ex [SV]O DIC[AVIT]

C’est-à-dire : « A Quintus Pompée, de la tribu Voltinia, fils de N..., préfet de la province des Voconces, flamine du divin Jules, pontife de Diane, Pompéia Sexta, sa fille, a dédié à ses frais ce monument à son excellent père. »

Les lettres de la première ligne, frustes et écornées par le haut, sont plus grandes que les autres ; ce qui montre que c’est bien là le commencement de l’inscription, et qu’il ne manque guère que la bordure de la pierre. Au lieu de QIOM..., qu’il serait difficile d’expliquer, nous avons pensé qu’il fallait lire Q. POM[PEIO], qui forme le pendant de Pompeia. A la seconde et à la troisième ligne, où l’on distingue à peine quelques lettres et des fragments de lettres, il est à présumer qu’il y avait Voltinia (tribu) filio, etc. La tribu Voltina ou Voltinia figure dans plusieurs inscriptions des villes voisines de Vaison (33), et c’est ce qui nous a fait adopter cette leçon, qui a d’ailleurs l’avantage de tirer parti des lettres visibles, tout en remplissant exactement l’espace vide.

La restitution la plus importante est celle de Bocontiorum, qui donne pour le nom des Voconces une variante d’orthographe dont nous n’avons pu découvrir un seul exemple ni dans les inscriptions ni chez les auteurs qui parlent de ce peuple. C’est pourquoi nous hésitions à admettre un nom qui employait pourtant très bien les caractères du commencement de la ligne suivante, et nous n’avons été tout à fait rassuré qu’en trouvant la même orthographe dans la Table de Peutinger (34) et l’Itinéraire d’Antonin (35). Il est vrai que ces deux textes, si précieux pour la géographie ancienne, appartiennent, suivant l’opinion commune, à une époque assez avancée de l’empire romain ; tandis que notre inscription est sans contredit des premiers temps. Il est vrai également qu’il n’y avait rien d’aussi ordinaire, aux quatrième et cinquième siècles, que la mutation réciproque du B et du V (36). Mais on a remarqué que la décadence des langues les ramène sous plus d’un rapport aux habitudes de leur origine, et cette observation est exacte principalement pour l’orthographe (37). Ainsi l’emploi du B pour le V, joint aux autres signes d’archaïsme, nous porte à croire que notre inscription est la plus ancienne de celles où il est question des Voconces. Nous en avons compté jusqu’à quatorze ou quinze, qui toutes portent Vocontii (38). Celle-ci parait être du règne d’Auguste, et l’on sait que le style lapidaire est toujours en retard sur les monuments littéraires.

A la sixième ligne, on pourrait lire flamini Diali, au lieu de D. Julii ; si nous avons préféré cette dernière version, c’est que deux autres monuments montrent que la famille Julia avait des flamines à Vaison (39). Le mot tronqué de la ligne suivante Dea... pourrait faire Deae, et il s’agirait alors de la déesse protectrice des Voconces, qui avait un temple à Die. Mais à cause de l’espace présumé, il vaut mieux lire Deanae pour Diana, dont on trouve des exemples dans tous les pays (40), et notamment dans celui-ci, comme le montrera une des inscriptions suivantes (41).

Que faire de l’S qui vient après Pompeia, sua ou suo ? Ce serait un pronom inutile ; filia et patri en disent assez. Sexti filia ? A quoi bon, puisque le nom du père est en tête de l’inscription. C’est donc plutôt l’initiale d’un surnom de Pompeia, tel que Sexta ou Sextia (42). Sans nous occuper des autres restitutions, qui n’ont pas besoin d’être discutées, passons à l’explication générale du monument.

Une femme appelée Pompéia l’a dédié aux mânes de son père. Mais quel était le personnage qui réunissait d’aussi hautes fonctions civiles et sacerdotales, qui commandait au nom des Romains à la nation entière des Voconces, en même temps qu’il était flamine de Jules César et grand prêtre de la déesse Diane ? C’était Quintus Pompée, si notre restitution est exacte, et dans tous les cas un membre de la famille Pompéia, Or, les inscriptions (43) et l’histoire (44) font connaître qu’il y avait une famille puissante de ce nom dans le pays des Voconces, celle d’où était issu un illustre écrivain que les anciens plaçaient pour le mérite à côté des historiens du premier ordre (45). Nous voulons parler de Trogue-Pompée, qui avait composé une histoire générale du monde en quarante-quatre livres, dont Justin ne nous a malheureusement conservé qu’un sec abrégé. On ne sait presque rien sur Trogue-Pompée, si ce n’est qu’il vivait sous Auguste, et que, selon toute apparence, il mourut peu de temps avant l’ère chrétienne (46). Son aïeul reçut de Pompée le Grand le titre de citoyen romain et l’honneur d’être affilié à la gens Pompeia, en récompense des services qu’il avait rendus dans la guerre contre Sertorius. Son père servait sous César, et remplissait les fonctions de secrétaire auprès de cet empereur, dont il gardait le sceau (47), et son oncle avait commandé sous Pompée des troupes de cavalerie dans la guerre contre Mithridate (48).

Les noms de Quintus Pompée ne permettent pas de supposer qu’il soit ici question de l’historien, ni de son aïeul, qui s’appelait pareillement Trogue. Ce n’est pas non plus son père ; car le monument est élevé par une femme, et un fils n’aurait pas laissé un pareil soin à sa soeur. Mais rien ne s’oppose à ce que Quintus Pompée fût l’oncle de l’historien. Malgré les liens de clientèle qui l’attachaient à Pompée, il aurait suivi la fortune de César comme son frère, et aurait obtenu par le crédit de ce dernier le commandement de la province des Voconces. A ce propos, nous ferons observer que les Romains avaient dû respecter dans le principe les anciennes circonscriptions des peuples celtiques pour ne pas choquer les habitudes des vaincus, et qu’il entrait dans leur politique de confier les hautes charges aux familles les plus influentes du pays pour rallier peu à peu les esprits à leur domination. A la mort de César, Quintus Pompée aurait été élu flamine du héros demi-dieu qui aurait été son bienfaiteur. Quoi qu’il en soit de ces conjectures, notre inscription, gravée sur une pierre dépourvue d’ornements, en lettres grandes et bien formées, en style simple, avec l’orthographe de Bocontiorum, et la désignation d’une province purement gauloise, réunit tous les indices qui conviennent à la première époque de l’établissement des Romains dans les Gaules ; elle ne peut, par conséquent, être relative qu’à un proche parent de l’historien Trogue, par la raison que sa famille, récemment dotée du nom de Pompée, n’avait pas eu encore le temps de s’étendre beaucoup.

L’inscription précédente n’est pas le seul vestige d’antiquités romaines que le sol d’Entrechaux ait fourni. On trouve, en effet, dans les manuscrits de Suarès, marquis d’Aulan, conservés à la Bibliothèque nationale (49), la description d’une inscription très mutilée qu’on voyait dans ce lieu au dix-septième siècle. Les dimensions de la pierre et des lettres témoignent que ce fragment faisait partie d’un grand monument. Quoiqu’il soit par lui-même dépourvu d’intérêt, nous le faisons connaître, pour encourager les recherches qui pourraient amener la découverte des autres fragments.

Voici le passage du manuscrit de Suarès, relatif à l’inscription :

« Intercalles, Entrechaux, in finibus comitatus, qua parte Delphinatum agit, castrum in prærupto, in dioecese Vasionense, cujus episcopatus est retrofeudum, spectat ad D.... de Fougasse, toparcham Bastidae Raynaldorum, etc., qui pro sua humanitate hanc epigraphim e lapide existente in dicto loco d’Entrechaux descriptam mihi contulit.

« 3 pans de longueur. 2 pans 1/2 de largeur.

  1 pan 1/2 d’épaisseur (50).

–Nul mulet ne la peut porter (51).

– Le S est demi-pan (52) loin des autres lettres.

– Cordon de 4 doigts de largeur. »

 

Sans nous aventurer à chercher une explication à ce reste d’inscription, remarquons seulement que la croix, dont les branches dépassent les autres lettres, pourrait être un T et un I conjoints, comme on en rencontre sur beaucoup de monuments antiques.

 

VI.

Au mois d’août 1845, un cultivateur de Beaumont (53), village qui n’est qu’à deux lieues de Vaison, découvrit dans son champ des ruines de constructions romaines et, entre autres, les restes d’un bassin antique, des tuyaux de plomb et un cippe de forme élégante, sur lequel était gravée cette inscription votive (54) en l’honneur de la déesse Diane :

DEANE AVG

MFVFIVS

MATERNVS

EX VOTO.

« Vœu de Marcus Fufius Maternus à Diane Auguste. »

L’N et l’E de Deanae sont liés ensemble, c’est-à-dire que le second jambage de l’N sert à former l’E. La conjonction de ces deux lettres est naturelle, et ne doit pas être prise pour un signe de décadence, non plus que Deane pour Diane : nous avons montré ailleurs (55) que cette variante d’orthographe n’avait rien d’insolite, puisqu’on en trouvait des exemples dans tous les pays ; nous ajouterons que, par un changement analogue, la ville de Die, Dea Vocontiorum, est parfois appelée Dia, civitas Diensium, urbs Diensis (56). Ce qui est plus extraordinaire, c’est de rencontrer dans une inscription contemporaine de la bonne latinité un génitif féminin terminé par un e simple, au lieu de ae ou oe. Rien n’indique la présence de l’a dans le groupe des deux autres lettres conjointes.

Il est peu de déesses qui aient reçu autant de qualifications diverses que Diane. Elle est appelée dans les inscriptions Augusta, Conservatrix, Initia, Lucifera, Maxima, Nemoriana, Domitrix ferarum, Regina, Sancta, Virgo, Victrix, etc. Parmi ces épithètes, celle d’Augusta qu’on lui donne ici revient peut-être le plus fréquemment (57). On l’attribuait aussi à la lune, dont Diane était la personnification, et l’on trouve dans le recueil de Gruter un voeu de L. Aemilius Maternus Lunœ Augustae (58). Deux inscriptions de Vaison relataient déjà le surnom de Maternus (59) ; mais nous n’avons vu nulle part les noms de Marcus Fufius Maternus réunis.

 

VII.

Sur un cippe en pierre de Beaumont, tout mutilé :

MATERN

MATERN

FILIO

Cette inscription est en caractères moins réguliers que la précédente, avec laquelle elle ne laisserait pas d’avoir les plus grands rapports, si la restitution que nous proposons est exacte Mater M. (Fufii) Matern(i) filio (pientissimo vel carissimo).

«... La mère de M. Fufius Maternus à son fils très-pieux ou très-cher. »

 

Autre fragment de cippe en pierre de Beaumont :

IVBRON

SVMELI

VORETO

VIRIVS²F

Nous n’avons aucune explication satisfaisante à proposer pour cette inscription incomplète. Les mots Iubron, Sumeli et Voreto n’ont pas de sens, et comme noms propres on ne les trouve pas. Il n’en est pas de même de Virius, nom qui figure dans un très-grand nombre de monuments épigraphiques. Peut-être les deux premières lettres iv signifient-elles ivLio ; car le nom de Jules était très-commun parmi les Gaulois depuis la conquête des Gaules par Jules César.

 

IX.

Cippe en pierre de Beaumont, découvert à Malaucène

MINE

MRCVS

V.R.I.

N

L’inscription ne répond pas à l’élégance du cippe ; elle est un peu fruste, grossièrement gravée, et l’on dirait même qu’elle est restée inachevée. Les deux premières lignes sont pleines, tandis que les deux autres paraissent ne l’avoir jamais été. Il est probable que l’A de MARCVS est confondu dans l’m, quoiqu’on ne le distingue pas. Nous laissons inexpliqué le signe bizarre de la dernière ligne, composé de deux v accolés symétriquement. A l’égard des sigles V. R. I, ils pourraient signifier votum referri jussit. Quoi qu’il en soit, l’inscription paraît relative à un voeu en l’honneur de Minerve, dont le nom complet n’a pu entrer dans la première ligne, parce que le graveur malhabile n’a pas su proportionner les lettres à la largeur du cippe.

 

Sur une tuile romaine, large et à rebords droits, on lit dans un cartouche disposé obliquement :

 

 

C’est la marque de fabrique, que l’on n’appliquait pas sur toutes les tuiles, mais seulement sur quelques-unes pour en indiquer la provenance : Le génitif Clarianae, s’il est régi par fabrica, comme c’est l’ordinaire, serait le nom d’une femme ; mais il est plus vraisemblable que Clarianæ est un adjectif formé du nom de Clarus ou Clarius, et se rapportant au mot fabricae sous-entendu. D’autres fois, le nom du fabricant était mis au nominatif : ainsi, pour citer l’exemple d’un nom qui se rapproche beaucoup de celui de notre tuile, des briques provenant des bains romains d’Aix en Savoie portent très-distinctement Clarianus (60).

 

XI.

En suivant la route nouvelle qui va de Malaucène à Beaumont, on rencontre beaucoup de briques et de tuiles romaines, qui, indépendamment des inscriptions qu’on vient de lire, attestent que les Gallo-Romains avaient dans ce pays accidenté de nombreux établissements. Beaumont, situé au pied même du mont Ventoux, les devait à ses carrières inépuisables (61), d’où furent extraites toutes les pierres des monuments de l’antique Vaison. On avait presque cessé d’exploiter ces anciennes carrières, à cause du mauvais état des chemins ; mais depuis qu’on a rétabli les voies de communication, les travaux d’exploitation ont été repris avec activité. Quant à la petite ville de Malaucène, qui n’est qu’à une lieue et demie de Vaison, elle doit son origine à d’autres causes. La proximité de la capitale d’un peuple puissant, la pureté de l’air, la beauté du paysage, la fertilité et la fraîcheur de la vallée, qui est arrosée par les eaux abondantes et intarissables du Groseau (62), première fontaine de la contrée après celle de Vaucluse : voilà ce qui ne pouvait manquer d’attirer à Malaucène (63) les Voconces et les Romains. Les inscriptions, les médailles et les débris antiques de toutes sortes que l’on exhume chaque jour du territoire de cette ville, donnent à une présomption si naturelle le caractère de la certitude. On peut suivre encore assez loin dans la campagne l’aqueduc qui amenait les eaux du Groseau à Vaison, et même, d’après plusieurs auteurs, jusqu’à Orange, qui est à six ou sept lieues de là (64).

Nous avons remarqué, un peu au-dessous de la source, une pierre de marbre blanc dont une face est couverte de caractères grecs. Bien que le mauvais état des lettres et le manque de temps nous aient empêché de faire une copie de cette inscription, peut-être antérieure à la domination romaine, nous jugeons utile d’en parler, afin de donner à quelque archéologue l’idée de la calquer pour l’étudier à loisir : le marbre sur lequel elle est gravée sert de base à une croix placée devant la porte de la chapelle de Notre-Dame du Groseau.

Ce dernier monument est le seul reste d’un ancien monastère fondé par Arédius, évêque de Vaison ; en 684 (65), ruiné par les Sarrasins, rétabli ensuite et donné par l’évêque Pierre de Mirabel à l’abbaye de Saint-Victor de Marseille, en 1059 (66). C’est à peu près l’époque que l’on peut assigner à la construction de l’église du Groseau, remarquable encore par des chapiteaux historiés ; un campanile soutenu par d’élégantes colonnettes, et une frise sculptée dans le goût de l’antique. Le cloître démoli a presque entièrement disparu sous la végétation, de même que les ruines de la maison de plaisance que le pape Clément V avait fait bâtir, et où il avait coutume de passer la belle saison (67).

 

L’abbaye de Saint-Victor de Marseille, déjà maîtresse du prieuré du Groseau depuis 1059, reçut le 28 juin 1111, de Rostang, évêque de Vaison, toutes les églises du castrum ou de la ville fortifiée de Malaucène, au nombre de cinq (68). Dès lors elle fit desservir la paroisse par les moines de son prieuré. L’acte de donation de Rostang et une bulle du pape Pascal II, confirmative de toutes les possessions de Saint-Victor, datée du 23 avril 1114 (69), sont les plus anciens documents où l’on rencontre le nom de Malaucène. Est-ce à dire que cette ville n’existât pas auparavant ? On vient de voir que les Romains n’avaient point négligé une position qui, pour employer les termes de l’auteur de la statistique du département, « aurait dû former une plus grande ville (70). » D’autre part, l’église paroissiale de Malaucène, dédiée à saint Michel et fondée suivant une fausse tradition par Charlemagne, est assez vaste pour indiquer un centre de population qui n’est pas né d’hier. Encore y avait-il quatre autres églises dans la même paroisse, au commencement du douzième siècle. Tout porte donc à croire, que la vallée de Malaucène n’a pas cessé d’être habitée pendant les temps intermédiaires depuis la domination romaine. Néanmoins, aucun nom de ville ou de village ne figure dans la charte de fondation du monastère du Groseau, non plus que dans le diplôme confirmatif donné par Clovis III, en 692. Dans ces deux pièces publiées par Mabillon, on se contente de mentionner le lieu appelé Grasellum, situé dans la banlieue de Vaison, in suburbano civitatis Vasionensis (71). Il n’y est nullement question de Malaucène ou de son territoire, soit que le nom n’existât pas ou qu’il fût peu usité. On dirait que la cité des Voconces, glorieuse de son passé, considérait encore la vallée de Malaucène comme une sorte de dépendance, d’annexe de ses faubourgs.

En admettant cette conjecture, conforme, du reste, au sens naturel des mots in suburbano civitatis (72), on expliquerait sans peine la légende d’un denier d’argent de Louis le Débonnaire, qui porte en caractères très-distincts AQUIS VASON (73). M. Éloi Johanneau l’a attribué, contre toute vraisemblance, à Fontarabie, en Espagne (74). M. de la Saussaye, au contraire, a bien reconnu qu’il s’agissait de Vaison ; mais il a manifesté des scrupules à l’occasion du mot aquis, « qui semble indiquer, dit-il, un établissement d’eaux thermales (75). » Cela est vrai, en général, par la raison que les autres fontaines n’ont d’ordinaire rien de remarquable. Cependant il n’est pas absolument nécessaire que des eaux soient thermales pour être appelées en latin aquœ, et nous pensons que la légende Aquis Vasonis conviendrait très bien à une source célèbre, qui réunirait les conditions d’être peu éloignée de Vaison et de pouvoir être considérée comme appartenant à cette ville ; tel est le Groseau de Malaucène, dont les eaux abondantes ont alimenté les fontaines de Vaison aussi longtemps qu’ont duré les travaux d’art des Romains. Ainsi, le vallon du Groseau aurait porté le nom générique d’Aquœ Vasionis, tant qu’il aurait passé pour une dépendance de Vaison. Dans la suite, l’ancienne capitale du pays s’affaiblissant de plus en plus, Malaucène, qui s’accroissait au contraire chaque jour, aurait pris un nom particulier ou l’aurait fait prédominer, s’il existait déjà (76). Ce qu’il y a de certain, c’est qu’aujourd’hui la ville de Malaucène, grâce aux nombreux avantages dont la nature l’a dotée, est devenue plus industrielle et plus peuplée que sa rivale, et oublie qu’elle a été sa fille.

En résumé, adoptant l’opinion d’un savant numismatiste légèrement modifiée, nous croyons que le denier de Louis le Débonnaire marqué du nom d’Aquis Vason, est sorti d’un atelier monétaire établi non pas à Vaison même, mais dans les environs, sur les eaux de la source de Malaucène(77). Bien que cette attribution s’appuie d’une part sur la conformité des noms, de l’autre sur le rapprochement de faits géologiques et historiques, elle restera à l’état de conjecture vraisemblable, jusqu’à ce qu’un document inconnu vienne la confirmer ou la contredire ; en révélant le nom qui a fait jusqu’ici le désespoir des numismatistes.

 

XII

La digression que nous venons de faire dans le domaine de la numismatique, nous a mené insensiblement en plein moyen âge. Qu’il nous soit donc permis, avant de clore cet article, d’appeler encore l’attention de nos lecteurs sur une inscription contemporaine, à un siècle près, de Louis le Débonnaire. Elle est digne d’intérêt, moins par le contenu, que parce qu’elle se rattache à un monument des plus remarquables pour l’histoire de l’architecture religieuse dans le midi de la France. Nous voulons parler de l’église de Notre-Dame de Vaison, ancienne cathédrale, qui, seule avec l’église de Saint-Quenin, a eu le privilège d’échapper à la destruction totale de la ville, en 1160 (78).

Les quatre vers léonins dont se compose cette inscription ne rappellent en rien la belle antiquité, que nous ne quittons qu’à regret, pour nous occuper d’une production barbare du moyen âge. Ils sont cependant assez corrects pour l’époque, car on n’y trouve qu’une faute de prosodie (79), et les rimes des hémistiches sont bonnes ; mais c’est là tout leur mérite. On va en juger :

OBSECRO VOS ; FRATRES, AQUILONIS VINCITE PARTES ;

SECTANTES CLAVSTRVM, QVASI C[VM VEN]IETIS AD AVSTRVM,

TRIFIDA QVADFIDVM MEMORET SVCCENDERE NIDVM

IGNEA BISSENIS LAPIDVM SI|TV|TA|ISØ|TA|DDI|VEN|

PA|XV|HIC|DO|MVIØ

 

Ces vers, avec l’invocation qui les accompagne, sont gravés sur une seule ligne, occupant d’un bout à l’autre la frise qui couronne le mur extérieur du collatéral du nord, du côté de l’ancien cloître. Il n’y a, en général, point d’intervalle entre les mots ; les abréviations sont fort rares, et les caractères ont près d’un pied de hauteur : ce sont des lettres capitales romaines parfaitement régulières, et mélangées à peine de quelques onciales. On y remarqué le C carré (p) de forme peu élancée. Ainsi, l’inscription, réunissant tous les indices qui conviennent très bien au dixième siècle, fournit un nouvel argument en faveur de ceux qui croient que la basilique de Notre-Dame de Vaison a été élevée vers 910 par l’évêque Umbert, qui fit aussi bâtir le cloître, et le dota pour douze chanoines réguliers en l’honneur des douze apôtres (80).

Le dernier hexamètre présente quelque difficulté, soit que les pierres, gravées avant d’être mises en place, aient été brouillées lors de la construction par un maçon ignorant, soit que cette partie de la frise, démolie par suite de quelque accident, ait subi dans la suite une restauration maladroite. Il n’y a, du reste, que quatre pierres, portant les lettres |ISØ|TA|DDI|VEN| qui aient été dérangées. Le point triangulaire qui suit la syllabe IS indique la fin du vers, que nous rétablissons ainsi :

Ignea bissenis lapidum sit ut addita venis :

Pax uhic domui.

A en juger par les joints des pierres, l’orthographe bizarre du pronom uhic pour huic ne provient d’aucun déplacement de lettre, et ne peut être attribuée qu’au graveur ou à l’auteur lui-même. Il est bien entendu que les mots Pax huic domui ne font partie d’aucun vers ; ils forment une sorte de salut final, qui appelle la paix sur la demeure commune des chanoines. Le souhait s’est accompli d’une étrange façon ; depuis longtemps ces lieux sont déserts, et le repos de la solitude n’y est aujourd’hui troublé que par de rares visiteurs ou les pas d’un ermite, seul gardien de l’église et du cloître.

Avant d’expliquer les quatre vers qu’on vient de, lire, nous sommes obligés d’entrer dans des détails fastidieux, dont nous ferions volontiers grâce à nos lecteurs, s’ils n’étaient nécessaires pour établir notre texte avec certitude. On verra qu’il diffère en quelques points seulement des trois leçons qui ont été successivement imprimées jusqu’à ce jour par le P. Anselme Boyer, M. Prosper Mérimée, inspecteur des monuments historiques de France, et un professeur du lycée d’Avignon (1).

Pour le premier et le troisième vers, nulle variante à noter ; pour le deuxième, à l’endroit qui offre une lacune provenant d’un accident arrivé à la frise, le P. Anselme lit quia sic venietis ; M. Mérimée, gasi... etis, et le professeur d’Avignon, quas invenietis. Cette dernière leçon est tout à fait inadmissible, par la raison qu’on voit très-distinctement après quasi un C carré et une portion du premier jambage oblique du V, ce qui a été omis dans la copie de M. Mérimée, de même que le premier I de ietis. La lacune nous paraît bien suffisante pour représenter quatre ou cinq lettres (2) et justifier notre lecture QVASI C[VM VEN]IETIS, laquelle rend mieux d’ailleurs l’abréviation gasi que ne le fait quia sic. Au dernier vers, le P. Anselme, sans tenir, compte de la répétition de la syllabe ta et en changeant une lettre, lit lapidum sic addita venis, et le professeur, lapidum situla addita venis, en mettant une l à la plaee d’un t, et en ajoutant un a. Nous préférons, cette fois, avec M. Mérimée, lapidum sit ut addita venis, leçon qui a le triple avantage de ne rien omettre, de ne rien ajouter et de ne rien changer aux lettres de l’inscription qu’elle remet seulement dans l’ordre naturel (81).

En somme, les copies que nous venons d’examiner diffèrent peu entre elles ; mais il n’en est pas de même des traductions qu’on en a faites. Ce sont des espèces de paraphrases, qui n’ont guère qu’une idée commune (82). Notre texte révisé paraît pourtant susceptible d’une traduction littérale et grammaticale, et voici celle que nous proposons :

Obsecro vos, fratres, vincite partes aquilonis ; trifada (virtus) ignea (83) memoret succendere nidum quadrifidum, sit ut addita venis bissenis lapidum, quasi cum, sectantes claustrum, venietis ad austrum.

« Triomphez, je vous en conjure, mes frères, de l’exposition du nord, qu’une triple vertu de feu se souvienne d’enflammer votre nid carré, qu’elle soit comme ajoutée aux douze veines de pierre, de même que lorsque, suivant le cloître, vous viendrez au midi. »

C’est-à-dire, s’il est permis de paraphraser pour être plus clair : Songez à réchauffer, par la triple flamme de la vertu chrétienne, votre cloître quadrangulaire ; qu’elle pénètre en quelque sorte par les douze fenêtres (84) de vos cellules, comme le feront les rayons du soleil, quand vous viendrez du côté du midi, en suivant le cloître.

Nous nous sommes efforcé de donner une traduction plus conforme au texte que celles qui ont été publiées jusqu’ici ; si nous l’avons pu, nous le devons principalement aux corrections que nous avions introduites avant même que nous eussions l’idée d’en profiter. Il nous reste cependant un doute sur l’interprétation des mots sectantes claustrum, etc., dont le sens naturel semble être en contradiction avec les faits.

Lors de la création du chapitre régulier de Notre-Dame de Vaison, il n’y avait que douze chanoines, et leurs douze cellules réunies composaient trois côtés d’un carré appliqué contre le mur septentrional de l’église, qui formait le quatrième côté du carré ; d’autre part, on ne voit au midi de la basilique aucun vestige d’habitations claustrales. Comment donc les religieux pouvaient-ils espérer, en suivant le cloître, de venir dans des cellules exposées au soleil et abritées contre le vent du nord. ? L’objection est sérieuse, et, s’il n’y a jamais eu de cloître au midi, ce qu’il serait téméraire d’affirmer, nous ne voyons d’autre moyen de résoudre la difficulté que de supposer un sens mystique au second vers comme aux deux suivants : « Que les religieux endurent avec la résignation de la vertu chrétienne les incommodités de cette froide demeure ; en suivant les règles du cloître, ils parviendront un jour à la demeure céleste (ad austrum), où ils seront embrasés de l’amour divin (87). » Tel serait, en substance, le sens de ces vers, qui commencent par s’adresser au corps pour parler à l’âme le langage symbolique. Dans tous les cas, il faut convenir que les pensées en sont aussi subtiles et alambiquées que les constructions de phrases paraissent vicieuses et obscures ; mais c’était la mode chez les beaux esprits du temps, qui pour la plupart avaient perdu les saines traditions de la poésie classique, et dont le mauvais goût ne trouvait d’ordinaire que des puérilités. Il suffit, pour s’en convaincre, de lire les curieux échantillons de poésie que M. Delisle a publiés dans ce recueil, à l’occasion des rouleaux funèbres (88).

A défaut de mérite littéraire, l’inscription de Notre-Dame de Vaison se recommandait par la justesse de sa pieuse exhortation, que les contemporains avaient jugée utile, puisqu’ils l’avaient étalée en lettres gigantesques aux yeux des chanoines, qui pouvaient la voir des galeries du cloître et des fenêtres de leurs cellules. M. Mérimée l’aura lue dans un moment peu favorable pour l’interprétation, pendant la canicule sans doute. « Nous nous demandions, dit-il, en étouffant de chaleur, quel si grand mal il y avait à loger au nord dans la Provence ; mais nous ne pûmes venir à bout de trouver un sens raisonnable (89). »

Certes, le mot de l’énigme était partout : les maisons isolées, construites de telle sorte qu’elles ne présentent du côté du nord que des ouvertures étroites et absolument nécessaires, et jusqu’aux arbres constamment courbés vers le midi, témoignent assez quel est le vent impétueux et glacial qui domine dans la contrée, et justifient on ne peut mieux l’à-propos de ce vers gravé à l’ombre d’un grand édifice, en plein mistral :

Obsecro vos, fratres, aquilonis vincite partes.

 

A. DELOYE

 


 

(1) Antiquités et inscriptions des villes de Die, d’Orange, de Vaison, d’Apt et de Carpentras. Nouv. édit. Orange, J. Bouchony, 1818, in-8°.

(2) Antiquités de Vaison, dans les Mémoires de la Société des antiquaires de France, an. 1842, t. XVI, p. 111 et suiv. L’auteur de cet intéressant mémoire a rassemblé, en les classant sous différents titres, les nombreuses inscriptions de Vaison qui se trouvaient éparses dans le Voyage littéraire de deux bénédictins, et dans les ouvrages de Gruter, de Muratori, de Spon, de Pitiscus, du P. Bonaventure, de Papon, de Millin, d’Orelli, etc. Il y a réuni un certain nombre d’inscriptions inédites qui proviennent de Vaison, et qui ont été transportées au musée Calvet à Avignon. Mais, malgré le soin qu’il a mis à composer ce recueil, il lui est échappé de donner, comme inédites quelques inscriptions qui avaient été publiées, soit par Gruter, MXC, 21 ; soit par le P. Anselme Boyer, dans son Histoire de l’église de Vaison, Avignon, 1731, in 4°, l. II, p. 74 et 75 ;  soit par l’abbé Martin, dans l’ouvrage qu’on vient de citer, p. 79 ; soit par M. J. Guérin, dans sa Notice sur les ouvrages de Calvet et sur les objets les plus curieux que renferme le muséum dont il est le fondateur, p. 163, et ibid., p. 164 ; soit enfin par M. Mérimée, Notes d’un voyage dans le midi de la France, in-8°, 1835, p. 159.

(3) Liv. I, p. 6, 37, 42, 66, etc., et liv. II, p. 74 et 75. Voy. aussi Gruter, p. DXVI, 5, et in Appendice, p. MCXXI. Il n’entre pas dans notre plan de réparer ces omissions. Nous nous bornons à les signaler pour ceux qui voudraient faire un recueil complet des inscriptions de Vaison.

(4) Pomponius Méla nomme Vaison avec honneur parmi les villes de la Gaule narbonnaise : « Urbium quas habet opulentissimae sunt Vasio Vocontiorum, Vienna Allobrogum, Avenio Cavarum, Arecomicorum Nemausus, etc. » De situ orbis, lib. II, cap. v. – Suivant Pline, c’était l’une des deux capitales de la nation confédérée des Voconces ; Lucus Augusti était l’autre (C. Plinii, Natur. Hist., lib. III, p. 65, édit. Lemaire). Hadrien de Valois se demande avec étonnement (Notitia Gall., p. 587) pourquoi cet auteur ne nomme pas Die comme capitale du district septentrional des Voconces ; mais il ne fait point attention que la suprématie de cette dernière ville sur Luc ne date que d’une époque postérieure à Pline, ainsi que l’a remarqué l’abbé Martin. Loco cit., p. 8. – Le nom grec de Vaison, OuasÛvn, d’après Ptolémée (Géog., éd. de M. Léon Rénier, dans l’Annuaire de la Société des antiquaires, 1848, p. 290), se rapproche beaucoup et vient probablement de celui de l’Ouèse ou l’Ouvèse, rivière sur laquelle cette ville est bâtie. Dans les temps antiques elle était sur la rive droite, au milieu d’une petite plaine appelée maintenant la Villasse ; ruinée de fond en comble, en 1160, par Raymond V, comte de Toulouse, elle fut rebâtie sur la pente d’un rocher qui domine la rive gauche. De nos jours, les rues escarpées de la cité du moyen âge sont peu à peu désertées, et la ville antique, convertie en faubourg, tend à devenir la ville nouvelle. Un pont antique hardiment jeté sur l’Ouèse réunit encore les deux parties de la ville.

(5) C’est ainsi qu’on appelle la colline à laquelle était adossé le théâtre antique, où les comédiens ou mimes représentaient les jeux scéniques ; d’où le nom de Podium Mimorum, qui a fait Piémin en langue vulgaire. Cependant quelques auteurs font venir Piémin de Podium Minervæ. L’on doit dire en faveur de cette opinion qu’une autre colline du territoire de Vaison porte le nom de Mars, et qu’une troisième est appelée Théos. On ne sera pas fâché de lire ici deux vers extraits de la Chorographie poétique du diocèse de Vaison, composée par l’évêque Joseph-Marie de Suarès, et dédiée par lui au cardinal Barberini :

……………………………………

Præbuit et cupidæ spectacula grata juventæ,

    Amphitheatrum, arcus qua podiumque Minervae.

(Voy. l’Histoire de l’église de Vaison du P. Anselme Boyer, p. 3, et liv. II, p. 90.) Le second vers, qui doit être un pentamètre, excède la mesure d’une syllabe. N’osant accuser le savant prélat, qui fut préfet de la bibliothèque du Vatican, d’avoir méconnu si étrangement les règles de la versification latine, nous soupçonnions quelque erreur typographique dans le texte, lorsque nous avons trouvé, dans un autre endroit de l’Histoire de l’église de Vaison, que Suarès appelait Piémin, Podium minus, colline moindre, par rapport à celles qui l’entourent ; tandis que le P. Boyer, qui a publié la Chorographie, s’appliquait à défendre l’étymologie de Podium Minervae (Ibid., p. 3, et l. II, p. 153). Nous avons compris alors d’où venait la faute de quantité : substituer son opinion à celle de l’auteur, sans même en avertir, voilà comment le P. Boyer entendait ses devoirs d’éditeur ! Il a mis sans façon Minervae à la place de minus, qui convenait parfaitement à la mesure du vers, aimant mieux sans doute faire passer l’auteur pour un méchant poète que pour un méchant antiquaire ; car, à vrai dire, le sentiment de Suarès est en ceci le moins soutenable des trois.

(6) Ces ruines consistent en gradins pour la plupart enfouis, et en deux arceaux ouverts, seuls vestiges du mur de scène, appelés vulgairement les Lunettes.

(7) Il est difficile d’admettre qu’une seule et même personne se soit nommée à la fois Primus et Secundus. Si l’inscription est complète, ou du moins s’il ne manque qu’une lettre à la première ligne, peut-être faut-il lire : Primus, Secundus, Titus, Demetrii filii, votum lubentes solverunt.

(8) Les inscriptions romaines où l’on rencontre le nom de la ville ou des habitants de Vaison sont assez nombreuses : nous en connaissons sept, et celle-ci fait la huitième. Sous ce rapport, il y a bien peu de villes antiques en France qui soient aussi favorisées que Vaison. (Voy. Muratori, CX, 6 ; Gruter, DXVI, 5 ; Spon, Miscell., p. 201 ; l’abbé Martin, p. 76, n° 7 ; J. Guérin, loc. cit., p. 163, et p. 164 ; M. Breton d’après Millin, p. 137.) Mais cette inscription révèle un fait bien plus digne d’intérêt, c’est l’existence d’une flamine de la ville de Vaison. Les anciens, et particulièrement les Grecs, avaient coutume de personnifier et de déifier la plupart des villes, ou du moins de les placer sous la protection spéciale d’une divinité topique. Un pareil usage n’était point étranger aux Gaules, surtout dans la contrée que les Phocéens avaient colonisée ; pour ne pas sortir de la province qui nous occupe, nous citerons les monnaies autonomes de Cavaillon, où figurent deux têtes, dont d’une, coiffée sur quelques pièces d’une couronne murale, représente la cité elle-même. (Voy. la Description des médailles gauloises de la Bibliothèque royale, par M. A. Duchalais, p. 22.) on remarque aussi la tête d’une femme couronnée de tours, sur une médaille d’Avignon en petit bronze (Notice sur le Musée Calvet, par J. Guérin, p. 78). Il est naturel que les villes ainsi déifiées eussent des prêtres et des prêtresses, de même que les autres dieux, les héros et les empereurs qui avaient reçu après leur mort le privilège de l’apothéose. Le recueil épigraphique de Gruter fournit plusieurs exemples de provinces et de villes ayant des flamines qui leur étaient propres : telles étaient, entre autres, la Gaule narbonnaise (CCCXXII, 9), Aix (CCCIII, 5), Nîmes (CCCXXI, 9), Apt (CCCXXIII, 6), Vienne (XCVIII, 8, et CCLXXXIII, 6 et 7), et Die (l’abbé Martin, loc. cit., p. 7). On voit que Vaison jouissait de la même prérogative ; et sans doute sa déesse topique était distincte de celle qui protégeait la nation entière des Voconces, comme semble l’indiquer l’une des inscriptions publiées pour la première fois par M. Breton, loc. cit., p. 138, n° XXI. La déesse de Vaison figure à côté de Mars dans une inscription votive conçue en ces termes : MARTI | ET VASIONI | TACITVS. [Offert par Tacite à Mars et à Vaison] Muratori, CX, 6, et M. Breton, ibid., p., 122.

(9) Il serait plus rationnel de sous-entendre ici le nom de Seustus, que l’on n’a pas répété parce qu’il est exprimé dans le distique grec, et de traduire ainsi : « Bélus aura pour, agréable cet autel, que Seustus a donné et voulu élever en l’honneur de ce dieu. » En effet, c’est Seustus qui donne, et Bélus qui reçoit.

(10) Remarquons que les Latins employaient souvent le C au lieu du G, à cause de l’affinité de ces deux lettres, et parce que plusieurs regardaient le C comme répondant au G des Grecs (N. traité de dipl., t. II, p. 189 et 568). Du reste, il ne répugne point d’admettre que le G de Gaudebit, en devenant fruste, ait pris l’apparence d’un C. Il est plus difficile d’expliquer comment mensis aurait pu se transformer en menis, d’autant que la conjonction de l’N et de l’S est tout à fait inusitée dans les monuments épigraphiques. On pourrait supposer que le graveur a omis une S, ou que l’auteur du distique, à qui la langue grecque était peut-être plus familière que le latin, a écrit menis par imitation du grec m®n, mhnñw, mois. Mais ces explications ne sauraient satisfaire qu’à défaut de toute autre, et nous aimons mieux adopter l’opinion de M. Léon Rénier, qui a bien voulu nous donner son avis sur cette difficulté. Nous croyons, avec ce savant helléniste et antiquaire, que le mot Menis n’est point fautif, parce qu’il s’agit du dieu connu chez les Grecs sous le nom de Men, et chez les Romains sous celui de Lunus, qui n’est autre que la lune personnifiée sous la forme d’une divinité masculine. Une pierre gravée conservée au cabinet des antiques de la Bibliothèque nationale le représente avec le costume et le bonnet phrygiens, tenant une haste ou un flambeau de la main gauche, et une espèce de cône de la droite. De ses épaules paraissent sortir les deux cornes du croissant de la lune, et son pied droit repose sur la tête d’une vache ou d’un taureau. Ce dieu Men était adoré chez tous les peuples de l’Asie occidentale, et particulièrement en Phrygie. Il n’y a donc rien d’étonnant à le voir figurer ici dans une inscription latine, qui n’est guère que la traduction décolorée d’une inscription grecque empreinte des souvenirs de l’orient ; et cela à côté de Bélus, autre divinité du même pays, qui représentait le soleil, astre supérieur à la lune, Menisque magister, comme dit l’inscription. Plusieurs monuments prouvent que les Romains avaient admis dans leur Panthéon le dieu Bélus sous le nom de Belenus ou Belinus. (Voy. Muratori, MCMLXXXVII, 7, et XXIV ; 2, 3 et 4 ; Orelli, 823, 1967 et 1968.) Quant au. dieu Men, c’est peut-être la première fois qu’on le rencontre dans une inscription latine ; aussi ne le trouve-t-on dans aucun dictionnaire latin. Cela vient de ce que les Romains ont honoré le soleil et la lune sous leurs noms communs sol et luna (Gruter, XXXI, 2 et 12 ; Muratori, XXV et ss. ; Orelli, 1925-1929), et plus souvent sous la double personnification d’Apollon et de Diane, ou de Phébus et de Phébée.

(11) M. Jomard, membré de l’Institut, en a communiqué récemment une nouvelle copie à ses confrères de l’Académie des inscriptions et belles-lettres.

(12) Elle a 25 centimètres de hauteur et 31 de largeur.

(13) Elle a été transportée au musée Calvet, à Avignon, en 1841, et a été publiée, l’année suivante, par M. de la Saussaye dans sa Numismatique de la Gaule narbonnaise, p. 163. Cet académicien pense qu’elle est « relative à la consécration d’un sanctuaire, NEMHTON, par le Gaulois Ségomar, natif de Nemausus, à Bélinus peut-être, ou à quelque dieu topique. La copie qu’il en donne est conforme à celle-ci, sauf NAMAU%ATI%, au lieu de NAMAU%ATIO qu’on trouve ici. La concordance à peu près parfaite de deux copies qui proviennent de sources différentes semble indiquer qu’elles ont été relevées exactement ; et dès lors il faut renoncer peut-être pour toujours à expliquer littéralement cette inscription, que nous avons soumise sans succès aux personnes les plus compétentes. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’on y reconnaît un nom évidemment gaulois, celui de Ségomar, et un mot qui appartient à la langue celtique, nhmeton ; car on sait que la capitale des Arvernes se nommait Augustonemetum, parce qu’il y avait un temple d’Auguste (Voyez Ptolémée, Géogr., éd. de M. Rénier, loc. cit., p. 256). On peut induire de là que cette curieuse inscription est composée de mots celtiques, habillés à la grecque quant aux désinences, et écrits en caractères grecs, comme c’était l’usage chez les Gaulois. Le mot Ouilloneow, qui occupe la seconde ligne, rappelle le nom de Villonius qu’on trouve dans une inscription rapportée par Gruter, CCCCLXXXVIII, 5.

(14) Les médailles gauloises de Nîmes portent pour légende, du côté du sanglier, NAMASAT, pour Namastvn, qui se rapproche beaucoup de NAMAUSATIS.

(15) Novus thes. inscript., t. III, p. MDCCXXXII, 10 ; et l’abbé Martin, p. 77. Nous mentionnerons encore une bague provenant d’un tombeau antique de Vaison et qui appartient à M Nogent-Saint-Laurens, avocat à Orange. Elle est en or, et sur le chaton on lit RFBIPFE, légende que M. C. Lenormant attribue à la langue copte, et qu’il interprète ainsi : RF, celui qui fait, BI, le mouvement, RFE, du ciel. Elle a été publiée par M. Breton, loc. cit., p. 149.

(16) Le dieu Bélus, en tant que seigneur de la Fortune, portait chez les Phéniciens le nom de Baal-Gad. L’auteur de cette notice, à l’exemple de quelques mythologues, l’identifie avec la lune (Voy. le Dict. myth. universel du Dr Jacobi, trad. de l’allemand par Th. Bernard, 1846). Mais les mots Menisque magister n’autorisent point cette confusion. Nous la rejetons d’ailleurs, parce que les personnifications du soleil et de la lune étaient parfaitement distinctes et qu’il n’y avait entre elles que des rapports de hiérarchie et de dépendance. Voyez ce que nous avons dit ci-dessus, [note 10].

(17) Hunc omnium inventorem artium ferunt ; hunc viarum atque itinerum ducem ; hunc ad quæstus pecuniæ mercaturasque habere vim maximam arbitrantur. C. J. Caesaris Comment. de Bello Gall., lib. VI, cap. XVII, t. 1, p. 253 et 254, édit. Lemaire.

(18) Orelli, 1395, 1399, 1405, 1406, 1407, 1410, 1414, 1415, etc. L’abbé Martin, loc. cit., à Die, p. 13 ; à Apt, p. 90 ; Delacroix, Stat. de la Drôme, à Montbrison, canton de Grignan, p. 549.

(19) M. Ernest Breton en a publié deux dans son mémoire, p. 120 ; la troisième, tirée des manuscrits du président Moreau de Vérone, n’est connue que par un article de l’Écho du monde savant, 1845, col. 978. La voici :

MERCURIO | SEX. MARIVS

(20) Sex. représente aussi Sextilius, Sextinus, Sextius, etc. Mais nous préférons Sextus comme plus usité.

(21) Comment., lib. V, cap. II, édit. rit., t. I, p. 173 et 174. Le nom de ce port s’écrit indifféremment Iccius, Icius et Itius. Voy.Baudrand, Dict. de géogr. ancienne, et Hadrien de Valois, Not. Gall., col. 249. M. A. Mariette vient de publier une dissertation historique et archéologique sur les différents noms de Boulogne dans l’antiquité romaine (Boulogne, 1847, in-8°), et il y défend l’opinion qui attribue à cette ville l’honneur d’avoir remplacé le port d’Icius, de préférence à Calais, Wissant et Mardick. – Il y avait aussi dans la Grande-Bretagne une ville appelée Venta Icinorum. Vid. Itinerarium Antonini Aug., édit. G. Parthey et M. Pinder. Berlin, 1848, in-8°, p. 229.

(22) Voy. la [note 4]

(23) Ces deux inscriptions ont été publiées correctement, en 1845, dans l’Écho du monde savant, col. 979 et 980. Mais elles sont en quelque sorte perdues dans ce journal, et nous avons cru pouvoir les considérer comme inédites.

(24) Voy. le Thesaurus linguae graecae de Henri Estienne.

(25) M. Mérimée, qui les a insérées dans ses Notes d’un voyage dans le midi de la France (p. 157 et suiv.), présume que « les habitants du pays, pour se mêler aux vainqueurs, ont emprunté leurs noms avant d’adopter leur langage. » Dans notre exemple c’est l’inverse : Atimétus adopte la langue, au lieu de changer son nom.

(26) Le nom latin est Intercalles, comme le montre ce distique, plus digne d’être apprécié des gastronomes que des littérateurs (Chorog. de Suarès, loc. cit., p. 79)

Tubera venatur sus sagax celso ubi tendant

   Oppidum et arx Calles inter ad astra jugo.

L’église de Vaison possédait .depuis plusieurs siècles là moitié de la seigneurie d’Entrechaux ; lorsque l’évêque Hugues de Theyssiac acheta l’autre moitié, en 1419, pour le prix de 2024 florins d’or. P. Anselme Boyer, p. 170, et Fantoni Castrucci, Istoria della città d’Avignone e del Contado Venesino, 1678, in-4°, t. II, p. 367.

(27) Il ne reste que la haste du P de Pompeio, et l’M est bien endommagée.

(28) On ne lit avec certitude que VO.

(29) Les trois lettres AFI sont seules entières.

(30) Toute la ligne est bien lisible, à l’exception de l’F, qui ressemble un peu à un T. Si c’en était réellement un, il faudrait lire praetori au lieu de praefecto.

(31) On ne voit que la haste du P ; le signe d’abréviation est au-dessus entre cette lettre et l’R qui suit.

(32) La dernière ligne n’a de bien distinct que EX ; le reste est très fruste.

(33) Voy. l’abbé Martin, loc. cit., p. 10 et 97 ; Orelli, 197, et Spon. Misc., p. 164, 4.

(34) Peutinger, Tabul. itiner., édit. de Christophe Scheyb, Vienne, 1753, in-fol. On y lit dans la carte II, sect. A et B : Bocontii, Bocontiorum.

(35) De Milan à Vienne par les Alpes Cottiennes ; Monte Seleuco, Luco, Dea Bocontiorum, Augusta, Valentia, etc., p. 170 de l’édit. de Parthey et Pinder ; Berlin, 1848, in-8°.

(36) Voy, le Nouv. traité de diplom., t. II, p. 160, et t. IV, p. 195. Nous pourrions ajouter que, dans les noms de lieux, ces changements sont fréquents, que, par exemple, Vesuntio a fait Besançon ; Vasatae, Bazas ; Cabellio, Cavaillon, etc.

(37) « Dès le temps le plus florissant de la république, disent les Bénédictins, l’orthographe était sujette à une bonne partie des vicissitudes qui ont presque autant contribué à la ruine de la langue latine que le mélange des idiomes barbares, etc. » Ibid., t. IV, p. 494.

(38) Gruter, CCXCVI, CCXCVIII, 3, CDLXXXIV, 2 ; MXC, 21. Muratori, MXCV, 2. Delacroix, Statist. du départ. de la Drôme, p. 270. L’abbé Martin, p. 7, p. 8, nos t,, 2 et 3, p. 10, nos 1 et 2, et p. 16. M. Guérin, p. 164. M. Breton, p. 13.

(39) M. Breton, p. 134 et 138.

(40) Gruter, XXXIX, 2, 4 et 7, CCCXIV, 3. Muratori, XXXIV, 3, XXXV, 2 et 8, XXXVI, 5. Spon, Miscel., p. 88. Orelli, 1453,.1462, 1546.

(41) Voyez ci-dessous, VI.

(42) Gruter fournit des exemples de Pompeia Sexta, DCCCXVII, 8, et CMLXXXIX, 8.

(43) Voy. l’abbé Martin, Inscriptions de Die, Vaison, etc., p. 28, 42, 77 et 96. En voici une autre que nous reproduisons, parce qu’elle a été omise par l’abbé Martin et par M. Breton : POMPEO UCITIFRED. | FLAM. AUG. VALERI.| TERRICUS TAULINUS. Le P. Anselme Boyer fait observer, en la publiant dans son histoire de Vaison (p. 5 et .6 ), qu’elle pourrait se rapporter à Trogue-Pompée ; ce qui n’est guère croyable, car si cet historien est mort avant Auguste, il n’a pu en être flamine. Du reste, la bizarrerie des noms nous fait supposer que cette inscription a été mal relevée.

(44) Justin., Hist., lib. XLIII, cap. V, p. 521 de l’éd. Lemaire.

(45) Plin., Hist.,.l. XI, c. 114, t. IV, p. 596 de l’éd. Lemaire ; Justin., p. 76, même édit. ; Vopisc. Vit. Aur. Hist. Augustae scriptores. 1620, in-fol., p. 209.

(46) Hist. littéraire, t. I, p. 116.

(47) « ...Epistolarumque et legationum simul et annuli curam habuisse. » Justin., loc. cit.

(48) Ibid.

(49) T. V, p. 662.

(50) Le pan est une ancienne mesure du pays, plus petite que le pied. Le mètre vaut 4 pans : ainsi 3 pans font 75 centimètres ; 2 pans ½, environ 63 centimètres, et 1 pan ½, 38 cent.

(51) Cette indication montre que la pierre était dans la partie la plus escarpée d’Entrechaux, où les transports ne pouvaient se faire qu’à dos de mulet.

(52) De 12 à 13 centimètres.

(53) Commune du canton de Malaucène, arrondissement d’Orange.

(54) Lorsque nous avons copié cette inscription, le cippe, placé au coin d’une rue du village, courait les plus grands risques d’être endommagé ; heureusement il a été transporté depuis à Malaucène, dans la maison de M. de Saint-Bonnet, ancien inspecteur de l’enregistrement et antiquaire plein de zèle, qui a pareillement rassemblé chez lui les inscriptions suivantes, ainsi que plusieurs autres objets d’antiquités recueillis à Malaucène ou dans les environs.

(55) voy. ci-dessus, p. 321, note 1.

(56) Hadr. Vales., Notitia Galliarum, p, 163.

(57) voy. Muratori, XXXVI, 4 et 8 ; Gruter, XL, 13, 14 et 15 ; orelli, 1445 et 1448.

(58) Gruter, XLII, 3.

(59) Papon, Hist. de Provence, t. I, p. 100, et M. Breton, d’après Millin, p. 136.

(60) Nous devons cette communication à notre confrère M. Bordier.

(61) Nous tirons de la Chorographie de l’évêque Suarès le passage suivant, qui concerne Beaumont (Voy. l’Hist. de l’église de Vaison, l. II, p. 80 )

Mœnia lapsa jacent in Belli culmine Montis,

Et circum passim sparsa mapaliola.

Visitur hinc aedes sacri simulata sepulchri,

Aptus structurae caeditur inde lapis.

Le troisième vers fait allusion à une chapelle rurale, bâtie d’après le style roman, et où l’on voit sculptée sur le tympan de la porte latérale la représentation du tombeau de Jésus-Christ avec des religieux. On croit que cette église, qui porte le nom du saint sépulcre, a appartenu autrefois aux Templiers.

(62) Voy. la Statistique du département de Vaucluse, par Maxime Pazzis, 1808, in-4°, p. 105. Les eaux de cette fontaine jaillissent du pied d’un rocher qui a plus de 100 mètres de hauteur ; après avoir baigné Malaucène et son territoire, elles vont se perdre dans l’Ouèse un peu au-dessus de Vaison. Le Groseau ne tire pas son nom, comme on serait tenté de le croire, de l’abondance de ses eaux ; il est appelé dans les anciens actes, depuis le septième siècle, Grasellum ou Grausellum, nom qui doit avoir une origine commune avec Gréoux en Provence. En effet, une inscription, copiée par Peiresc aux bains de Gréoux, porte : NYMPHIS XI GRISELICIS. Papon, Hist. de Prov., t. I, p. 86.

(63) Malaucène, en latin Malausana, vient, selon les uns, de Mala sana, à cause de la bonté de ses fruits ; selon les autres, de Mala sanat, par allusion à la salubrité de son climat. Nous laissons à qui de droit la responsabilité de ces étymologies. voyez Expilly, Dict. des Gaules, et la Statistique du département de Vaucluse, p. 40.

(64) C’est l’opinion de Lapise, Hist. d’Orange, in-fol., p. 32 ; du P. Bonaventure, Hist. d’Orange, 1741, in-4°, p. 202 et suiv. ; de M. Gasparin, Histoire de la ville d’Orange et de ses antiquités, 1815, in-80, p. 114 ; et même de Suarès, qui l’avait consignée dans ces vers sur Malaucène, Chorog., loc. cit., p. 78 :

At sub Ventosae glabris radicibus Alpis,.

Exundat vitreis fons glacialis aquis,

Limpha Malausanæ ; Clementis sede superbae,

Profluit in triviis, prataque opima rigat.

Ausi olim Cavares praelongo fornice circi

Hanc ad Arausiaci ducere naumachias.

Du temps de Suarès, on prenait l’un des côtés du cirque d’orange pour un prolongement de l’aqueduc.

(65) Arédius, qui, dans l’acte de fondation, prend aussi le nom de Pétronius, dédia le monastère à saint Victor et à saint Pierre, et voulut que les religieux observassent la règle de saint Benoît, de saint Macaire et de saint Colomban. Annal. Ord. Ben., t. I, p. 571 et 698, col. 2.

(66) Gall. Christ.,-t. I, instr., p. 151.

(67) Baluze rapporte plusieurs bulles de Clément V, datées de Groseau, en ces termes : « Datum in prioratu de Grausello prope Malausanam. » Vitae papar. Avent, t.II, col. 126, 129, 132, 175.

(68) Voici un court extrait de cette charte : « Dono Deo et Sancto Victori, scilicet cœnobio quod vulgo dicitur monasterium Massiliense, ecclesias de castro Malaucinæ, videlicet Sancti Michaelis, Sancti Petri, Sanctæ Mariæ de Valle, Sancti Martini et Sancti Sebastiani, etc. » Dom Martenne, qui a publié cet acte dans son Amplissima collectio (t. I, p. 638), le met, d’après son texte, sous la date du 28 juin 1117, date suivie par Bréquigny dans la Table des diplômes (t. II, p. 460), mais qui est évidemment fautive ; car Rostang n’a occupé le siége épiscopal que jusqu’en 1113, s’il faut s’en rapporter au Gallia Christiana (t. I, col. 926). D’ailleurs, si la donation était de 1117, les biens qu’elle comprend ne seraient pas énumérés dans une bulle pancarte de 1114, comme appartenant déjà à Saint-Victor de Marseille. Cette observation nous paraît décisive, et nous fait rejeter les raisons alléguées par D. Martenne contre les auteurs du Gallia, qui avaient seulement présumé l’erreur. Le P. Anselme (Hist. de l’église de Vaison, p. 96), qui avait sans doute sous les yeux une meilleure copie de la charte de Rostang, lui assigne la date du 28 juin 1111, et, parmi les églises de Malaucène, met Saint-Étienne à la place de Saint-Sébastien. Il parle ensuite, d’après le Tabulaire de Saint-Victor, d’une autre donation faite par l’évêque de Vaison à la même abbaye, le même jour du mois, en 1117. Nous soupçonnons que l’auteur du cartulaire de Saint-Victor a commis quelque confusion qui a induit D. Martenne en erreur.

(69) Nous donnons, d’après le Gallia Christiana (t. I, instr., p. 115), en corrigeant les fautes qui ont dénaturé quelques mots, le passage de la bulle relatif à Malaucène : « … in episcopatu Valens (legendum Vasensi), monasterium Sanctæ Mariae, Sancti Victoris, Sancti Petri de Grausello, ecclesiam parochialem de castro Malancena (leg. Malaucena), Sancti Michaelis, Sancti Petri cum capellis suis, Sancti Desiderii, Sancti Martini, Sanctæ Mariae, Sancti Sepulchri, etc. »

(70) Maxime Pazzis, p. 39.

(71) Annal. Bened., t.I, p. 698, col. 2, et p. 700, col. 2. – Hist. de l’église de Vaison, l. II, p. 7 et 13.

(72) Il est vrai que Mabillon fait observer que le mot suburbanum est pris souvent pour pays et quelquefois même pour diocèse (Ibid., p. 571). Mais le Groseau n’est pas tellement éloigné de Vaison qu’il faille avoir recours à une interprétation aussi élastique, surtout lorsque dans la même charte il est dit en termes plus clairs : Sub ipsa orbe esse dignoscitur.

(73) En voici la description exacte : † HLVDOVICVS IMP. entre grènetis ; une croix à branches égales dans le champ. R AQVIS | VASON dans le champ, sur deux lignes horizontales. Grènetis au pourtour. Cette pièce a été trouvée à Belvezet, dans le département du Gard.

(74) Revue de la Numismatique française, t. IV ; p. 145.

(75) Id., t. 71, p. 352, et pl. XI, n° 1.

(76) Nos lecteurs ont pu voir dans la dernière livraison de la Bibliothèque de l’École des chartes, p. 246 et 247, un exemple tout à fait analogue, relatif à l’origine de la ville de Livourne : Porto Pisano, port maritime dépendant, au moyen âge, de la république de Pise, aurait pris le nom particulier de Livourne au moment où son importance renaissante l’aurait détaché de sa métropole déchue. Notre confrère M. de Mas Latrie a donné les raisons de cette opinion, qui nous a paru fondée.

(77) Il n’est pas inutile de remarquer qu’il y a depuis un temps immémorial des martinets à cuivre sur le Groseau, à Malaucène. voy. Expilly, Dict, des Gaules, et la Statistique du département, p. 329 et 330.

(78) Voy. le P. Anselme Boyer, Hist. de l’église de Vaison, p. 100, et dom Vaissète, Hist. gén. de Languedoc, t. II, p. 484 et 485.

(79) On a fait un dactyle du mot trifida, qui est composé de trois brèves.

(80) Hist. de l’église de Vaison, p. 75.

(81) Voy. l’Hist. de l’église de Vaison, p. 84, et les Notes d’un voyage dans le midi de la France, p. 89 et 9o.

(82) Il ne faudrait même que la place de trois lettres et demie, si l’inscription portait pour CVM.

(83) M. Mérimée présume que l’auteur de l’histoire de l’église de Vaison a vu l’inscription intacte et sans lacune ; mais nous ne saurions admettre une conjecture qui n’est fondée que sur le silence du P. Anselme. Tout le monde sait que la plupart des écrivains des derniers siècles, quand ils copiaient des inscriptions, ne se souciaient guère d’en décrire exactement l’état matériel ; qu’il leur arrivait souvent d’en remplir les lacunes et même de les corriger comme ils l’entendaient. C’est sans doute ce qu’aura fait le P. Anselme, éditeur peu scrupuleux ainsi que nous l’avons déjà montré (voy. supra, [note 5]) ; la preuve en est qu’il a mis sans façon huic à la place de uhic, et qu’il a retranché deux lettres du quatrième vers, le tout sans prévenir. S’il n’a pas noté l’interversion des syllabes en cet endroit, ce n’est pas qu’elle n’existât déjà comme de nos jours ; car depuis cet auteur la ville de Vaison a eu des prélats assez instruits pour savoir rétablir à leur place les mots parfaitement lisibles de la fin d’un vers. Il est donc plus probable que les accidents qui ont altéré l’inscription datent de l’époque de la destruction de la ville par le comte de Toulouse ou des guerres de religion du seizième siècle.

(84) Après avoir discuté les différentes copies de l’inscription, il convient d’en donner les traductions correspondantes, pour que nos lecteurs puissent les comparer et les juger. – Le P. Anselme, loc. cit., p. 84 et 85 : « Le premier vers est une exhortation à ceux qui avaient leur chambre dans le cloître de souffrir le vent de bise, le froid, la privation du soleil, etc., avec patience. Le second contient une promesse, et donne l’espérance qu’en gardant les règles du cloître, ils seront logés à l’avenir dans les appartements du midi, qui sont plus chauds, plus agréables et plus commodes. Le troisième et le quatrième vers animent les chanoines à la ferveur d’esprit, en rappelant dans leur mémoire le ravage que la foudre avait fait en abattant les douze chambres de pierre destinées pour les douze chanoines. Voici la construction que j’en fais et qui les rend plus intelligibles. Trifida ignea, sic addita bissenis venis lapidum, memoret succendere nidum quadrifidum. C’est-à-dire, que la foudre acharnée avec violence aux douze chambres de pierre vous soit un avertissement continuel d’embraser par une ferveur toujours nouvelle ce cloître, qui est une maison carrée, où vous avez pris, comme les oiseaux dans leur nid, une nouvelle naissance. Il faut remarquer que les chambres des chanoines réguliers sont appelées veines des pierres, parce que, comme le sang est renfermé dans les veines, de même un chanoine, et surtout le régulier ou religieux, doit être renfermé dans sa chambre, etc. » Suivent-des développements pieux qui s’éloignent du sujet.

M. Mérimée, p. 189 et 190 : « Souffrez patiemment, mes frères, je vous conjure, les rigueurs de l’exposition du nord. Quia, dans l’espoir que, sectantes claustrum, suivant les règles du cloître, sic venietis ad austrum, vous parviendrez aux cellules du midi (que les plus anciens chanoines occupaient, tandis que les nouveaux venus étaient logés au nord). Sic ignea trifida (subaudi : flamma), mais alors que les rayons du soleil, addita venis bissenis lapidum, qui échauffe vos murs (il faut supposer qu’il y a douze cellules, douze murs ?) memoret succendere nidum quadrifidum, vous rappelle (sic) d’échauffer vous-mêmes vos cellules par une sainte ferveur et vos prières. »

On voit que la version de M. Mérimée diffère de celle du P. Anselme, quoiqu’il la mette sous le nom de cet auteur : ainsi, le soleil remplace ici la foudre, et avec peu de bonheur, ce semble ; car si le cloître, qui se trouve surtout en hiver dans l’ombre de l’église, était exposé aux rayons du soleil, il pourrait se passer de toute autre chaleur.

Traduction du professeur, imprimée dans les Notes de M. Mérimée, p. 190 et 191. « Ne vous laissez pas abattre, mes frères, à la bise qui vous assiège. Il ne tient qu’à vous d’en triompher ; voulez-vous vous ménager l’exposition du midi, armez-vous contre le cloître, de ses propres exigences. Vos cellules s’échaufferont, si vous savez vous animer du feu qu’on vit descendre en flèches pénétrantes sur douze pierres (c’est-à-dire apôtres) et les embraser de ses rayons. Paix à cette maison ! »

(85) Trifada et ignea étant des adjectifs qui ne se rapportent à aucun mot exprimé dans les vers, on est forcé, à l’exemple des autres traducteurs, de sous-entendre un substantif féminin. Si nous adoptons virtus de préférence à un autre mot, c’est que les épithètes ignea et trifida conviennent très bien à la vertu chrétienne, qui doit être ardente et qui est triple, puisqu’elle comprend la foi, l’espérance et la charité.

(86) Nous traduisons venis par fenêtres, et non par murs, comme fait M. Mérimée, d’abord parce que douze cellules font plus de douze murs, ensuite parce que les fenêtres au dixième siècle étaient d’ordinaire en forme de meurtrières et avaient assez l’aspect de fentes ; ce qui semble justifier l’emploi de venis. D’ailleurs la nécessité de trouver une rime à bissenis a pu suggérer un mot qui convenait assez au langage mystique et métaphorique de l’époque ; car les fenêtres servent à faire circuler dans les habitations les éléments de la vie, l’air, la lumière et le soleil, de même que les veines portent le sang, la nourriture et la chaleur dans tous les membres du corps humain.

(87) Ce n’est pas sans hésitation que nous donnons au mot austrum un sens inusité. Si l’on trouvait la métaphore trop hasardée, on pourrait traduire ainsi quasi cum venietis ad austrum : « comme si vous veniez au midi, » au lieu de « comme lorsque vous viendrez. »

(88) Des monuments paléographiques concernant l’usage de prier pour les morts, Bibl. de l’École des chartes, 2e série, t. III, p. 361 et suiv.

(89) Loc. cit., p. 191.

 

A. DELOYE

 

 

 

M. Alain CANU

 

 

 

 

Conservation du Patrimoine

Tel : 04 90 36 50 05

REF : CB/NL /C du 24/02/06 - n°9040

Affaire suivie par : Christine BEZIN

 

 

 

Vaison-la-Romaine,

Le 27 Février 2006

12 septembre 2005

 

 

 

Monsieur,

 

L'auteur de l'article que vous avez trouvé à la Bibliothèque de l'Ecole des Chartes est de A. DELOYE. Ce document a été étayé en partie sur des recherches personnelles, effectuées surtout pendant la période où il a été Conservateur du Musée Calvet de 1852 à 1890.

 

Cet article est connu et a été pris en compte par Joseph Sautel qui a publié sa thèse sur Vaison dans l'Antiquité (Avignon - Aubanel 1927), en plusieurs tomes.

 

Les lieux dont parle Monsieur Deloye sont identifiables pour des personnes qui connaissent bien Vaison et les alentours. Ils sont facilement repérables sur des cartes IGN, sur le cadastre de 1826 et en utilisant les précisions données plus tard par Joseph Sautel. Pour les latinistes en 3e au collège de Vaison, les inscriptions peuvent être un thème d'IDD. Il est sans doute plus facile de restreindre le sujet aux inscriptions trouvées et conservées à Vaison. Les enseignants du collège ont déjà fait travailler leurs élèves sur plusieurs aspects du patrimoine vaisonnais.

 

Pour compléter votre recherche, voici les références des inscriptions dans la thèse de J. Sautel. Vaison dans l'antiquité, Tome II. Aubanel éditeur, 1926. Vous y trouverez chaque fois le lieu de conservation. Je vous conseille également un ouvrage de synthèse plus récent : Vaison-la-Romaine et ses campagnes. Carte archéologique de la Gaule. Académie des inscriptions et Belles-Lettres. Ministère de la Culture. Diffusion : C.I.D, 131, Bd Saint Michel. 75 005 Paris. ISBN : 2- 87754-084-7.

 

Autel à la déesse Victoire Constuta. N° 77 de Sautel. au Musée Calvet d'Avignon.

Dédicace d'un temple à Bélésamis. N° 2 de Sautel. Trouvé près de l'enclos des Cordeliers. Musée Calvet. Avignon.

Autel à Mercure.  "Mercurio; sextus silvius silvester Iccianus". N° 38 de Sautel. Trouvé au nord du cloître. Au musée Calvet.

Autel à Mercure. "Mercurio votum ; Sextus Marcelli libertus". N° 36 de Sautel. Trouvé au nord du cloître. Conservé au musée Calvet.

Epitaphe d'un préteur de Vaison. "Quinto Pompeio..., Voltinia Tribu........ N°111 de Sautel.

Notre Dame de Nazareth d'Entrechaux (encastré dans le porche).

Autel à Diane. N°67 de Sautel. Trouvé à Beaumont. Collection Chastel en 1926.

Autel au dieu Graselos. N° 1 de Sautel. "...Ius...naliacos Graselou dedicavit laetus". Devant la chapelle N.D du Groseau, sert de piédestal à la croix.

 

Concernant l'inscription latine qui court sur le collatéral nord de la cathédrale. Elle est visible du cloître. Plusieurs interprétations existent. Celle de A. Deloye est l'une des plus classiques et son analyse est très instructive.

 

Si vous êtes enseignant, je vous signale que le Service du Patrimoine de la Ville propose des visites guidées et des ateliers pédagogiques aux classes (tel . 04 90 36 50 48).

 

Je vous prie de croire, Monsieur, à l'assurance de mes sentiments distingués.

 

 

 

 

 

L'Adjoint délégué au Patrimoine,

Michel VIGNAL.

 

 

 

 

 

 

 


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