Noctes Gallicanae

 

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Inscriptions du lupanar de Pompéi

 


 

 

Directeur des fouilles de 1860 à 1875, Giuseppe Fiorelli a imaginé de diviser Pompéi en « arrondissements » ou « régions » (en latin regio), chaque arrondissement se divisant en îlots (insula) délimités par quatre rues, chaque maison (aedes) de l’îlot recevant un numéro ; ainsi la maison des Vettii se trouve dans le VIe arrondissement, îlot 15, numéro 1, ce qui se note en abrégé VI, 15, 1, ou Reg. VI, ins. 15, aed. 1.

 

L’abréviation CIL IV renvoie au volume IV du Corpus Inscriptionum Latinarum, recueil de toutes les inscriptions latines antiques, initié au 19ème siècle par des érudits allemands et régulièrement mis à jour. Quelques milliers de pages… Les volumes du Corpus et les inscriptions dans chaque volume sont organisés selon la localisation géographique des inscriptions : le volume IV est consacré aux inscriptions pariétaires et doliaires de Pompéi et d’Herculanum (les inscriptions monumentales ont été rassemblées dans le volume X), le volume VI à la ville de Rome, le volume XII à la Gaule Narbonnaise, etc. Le volume IV contient environ 12000 inscriptions classées rue par rue, maison par maison, pièce par pièce.

 

Il est d’usage lorsqu’on recopie une inscription antique de signaler les passages à la ligne par un trait vertical ; je devrais écrire

M MariVm | aed faci | oro vos

mais je trouve plus esthétique de respecter dans ma typographie les passages à la ligne.

M MariVm

aed faci

oro vos

 

L’abréviation Anth. Palat. renvoie à l’Anthologie Palatine, ou Anthologie Grecque. C’est un recueil de 4500 courts poèmes appelés épigrammes, composé vers l’an 1000 et que nous a transmis un manuscrit dit « Palatinus ». Le recueil rassemble les œuvres de plus de 300 poètes, depuis Tyrtée (et peut-être même Homère) qui vivait au VIIe s. av. J.-C. jusqu’aux contemporains de Justinien (VIe s. ap. J.-C.). Le livre I contient les épigrammes chrétiennes, le livre V les épigrammes érotiques, le livre VI les épigrammes dites « votives », le livre VII les épitaphes, le livre IX les épigrammes « démonstratives » (par ex. inscriptions sur la base de statues), le livre X les épigrammes morales, le livre XI les épigrammes satiriques, le livre XIV les problèmes et devinettes.

L’abréviation AE suivie d’un millésime renvoie à la revue l’Année épigraphique.

 

J’ai utilisé la police Garamond Latin pour écrire le latin et la police Athenian pour le grec, et des caractères de couleur marron pour les deux langues anciennes, sauf les inscriptions peintes de Pompéi que je note en rouge, les graffitis en rouge foncé et les inscriptions magiques sur tablettes de plomb en gris.

Les citations et les textes d’auteurs français apparaissent en caractères bleu foncé, mes propres traductions en vert olive.

Comme je trouve l’italique désagréable à lire sur l’écran, j’ai préféré souligner les titres d’ouvrages.

 

J’ai considéré que le mot « graffiti » était singulier et appelait un pluriel « graffitis ». « Graffite » me semble bizarre ; quant à dire « un graffito, des graffiti », pourquoi pas « je viens de faire tomber un spaghetto sur ma chemise propre ! » ?

 


 

 

 

Petite introduction

 

Le lupanar de Pompéi

 

Autres lieux de prostitution à Pompéi

 

Les tableautins du lupanar

 

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LENTE IMPELLE

Vas-y doucement !

CIL 4, 794

Dans une petite pièce,

côté ouest du vico d’Eumachia

 

 

Petite introduction, sans prétention…

 

La vie familiale comme la vie sexuelle étaient l’affaire de l’homme et nous avons vu qu’à l’origine la femme, par le mariage, ne faisait que passer de la tutelle du père à celle du mari. Au lit, un homme aurait perdu sa dignité à donner du plaisir à sa partenaire et les cunnilinguistes passaient pour des êtres honteux dépourvus de virilité. Seul compte l’orgasme masculin et les textes, comme les peintures de Pompéi, nous montrent la femme qui, à cheval sur lui, sert le plaisir de l’homme étendu lascivement sur le lit. C’est le rapport même esclave-maître. […]

On voit ainsi que la morale sexuelle ne s’appuyait pas sur d’autres critères que le rang social : un citoyen romain se devait de garder le rôle actif mais un esclave, ou une esclave, ne se couvrait pas de honte à servir son maître. C’est pourquoi il était admis que le maître prît du plaisir aussi bien avec sa femme qu’avec des esclaves mâles ou femelles. [C’est ce que signifient les mots usus domesticus.] Les jeunes Romains se glorifiaient de faire connaître très tôt, dès l’âge de quatorze ans, la loi de leur virilité : l’activité sexuelle donnait la preuve de leur maturité. Jean-Noël Robert, Les plaisirs à Rome, Payot.

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Les lupanars, des lieux mal famés mais que la morale ne réprouve pas …

 

Ac ne quod non manubiarum genus experiretur, lupanar in Palatio constituit, districtisque et instructis pro loci dignitate compluribus cellis, in quibus matronae ingenuique starent, misit circum fora et basilicas nomenculatores ad invitandos ad libidinem iuvenes senesque.

Et pour ne laisser de côté aucun genre de commerce, [Caligula] ouvrit aussi un lupanar sur le Palatin il fit disposer et meubler des chambres conformément à la majesté du lieu, chambres dans lesquelles se tenaient des Romaines mariées et des jeunes gens de naissance libre ; il envoya des crieurs sur les forums et dans les basiliques pour inviter à la débauche les jeunes et les vieux. Suétone, Gaius, 41.

 

Sed nec viam diligenter tenebam quia nec quo loco stabulum esset sciebam. Itaque quocumque ieram, eodem revertabar, donec et cursu fatigatus et sudore iam madens accedo aniculam quandam, quae agreste holus vendebat et :

« Rogo, inquam, mater, numquid scis ubi ego habitem ? » Delectata est illa urbanitate tam stulta et

« Quidni sciam ? » inquit, consurrexitque et coepit me praecedere. Diuinam ego putabam et subinde ut in locum secretiorem uenimus, centonem anus urbana reiecit et

« Hic, inquit, debes habitare. » Cum ego negarem me agnoscere domum, video quosdam inter titulos nudasque meretrices furtim spatiantes. Tarde, immo iam sero intellexi me in fornicem esse deductum.

Mais je n’avais pas un souvenir très précis du chemin, et je ne savais pas exactement où nous perchions. Aussi, je ne faisais que passer et repasser aux mêmes endroits, jusqu’au moment où, fatigué de courir, trempé de sueur, j’avise une petite vieille, qui vendait des légumes grossiers et lui dis :

« Pardon, la mère, sais-tu par hasard où j’habite ? » Ravie d’une plaisanterie aussi sotte « Bien sûr », dit-elle ; elle se leva et me précéda. Je pensais qu’elle était sorcière, et... mais voici que bientôt, comme nous étions arrivés dans un endroit assez retiré, la vieille, d’un air aimable, tira un rideau tout rapiécé et me dit :

« C’est ici, dit-elle, que tu dois habiter. » Déjà je protestais que je ne reconnaissais pas mon gîte, quand je vois circulant entre des inscriptions et des prostituées nues des promeneurs furtifs. Bien tard – trop tard – je compris que j’avais été conduit au bordel.

Pétrone, Satiricon, 6-7, traduction de P. Grimal.

 

Nemo hinc prohibet nec vetat,

quin quod palam est venale, si argentum est, emas.

nemo ire quemquam publica prohibet via ;

dum ne per fundum saeptum facias semitam,

dum ted abstineas nupta, vidua, virgine,

iuventute et pueris liberis, ama quid lubet.

Personne n’interdit ni n’empêche d’y acheter ce qui est offert en vente à tout le monde, si on a de l’argent pour le faire. Personne n’interdit à quiconque d’emprunter la voie publique. Pourvu que l’on ne trace pas un passage à travers une propriété enclose, pourvu que l’on ne porte pas la main sur une femme mariée, une veuve, une vierge, des jeunes gens et des garçons libres, que l’on fasse l’amour avec qui l’on veut" ! Plaute, Curculio, 23-28 ; trad. P. Grimal.

 

Nil medium est. sunt qui nolint tetigisse nisi illas

quarum subsuta talos tegat instita veste,

contra alius nullam nisi olenti in fornice stantem.

quidam notus homo cum exiret fornice, "macte

virtute esto" inquit sententia dia Catonis ;

"nam simul ac venas inflavit taetra libido,

huc iuvenes aequom est descendere, non alienas

permolere uxores." "Nolim laudarier"inquit

"sic me" mirator cunni Cupiennius albi.

Pas de juste milieu. Il y en a qui ne veulent toucher que celles dont l’ourlet de la robe couvre les talons ; d’autres en revanche ne veulent toucher que celle qui se tient dans un bordel puant. Un homme bien connu sortait un jour d’un bordel. Caton lui adressa cette phrase divine : « Courage ! Dès qu’un violent désir lui a gonflé les veines, c’est là que doit aller un homme jeune plutôt que d’épuiser les femmes d’autrui. — Je ne voudrais pas recevoir un tel éloge, dit Cupiennius, amateur de bas-ventres blancs. » Horace, Satires, I, 2, 28-36.

 

[Les] Romains, féroces lorsqu’il s’agissait de protéger la « pureté » des jeunes filles et des jeunes gens de naissance libre, témoignaient pour les « amours permises » de la plus totale indulgence. On prêtait au vieux Caton, sur ce point, un mot célèbre. Un jour, l’austère censeur, revenant du forum, aperçut un jeune homme qui sortait, en se dissimulant le visage, d’un des mauvais lieux installés au voisinage de la place. C’est que le jeune homme avait reconnu Caton, et il était rempli de honte à l’idée d’en être vu en un pareil moment. Mais l’austère censeur, au lieu de le blâmer, s’écria : « Courage, enfant, tu fais bien de fréquenter des femmes de rien, et de ne pas t’en prendre à celles qui sont honnêtes ! » La légende ajoute d’ailleurs que, le lendemain, le même jeune homme, fier de l’approbation de Caton, retourna au même endroit, et en ressortit à la même heure, cette fois-ci ostensiblement. Caton le vit, comme la veille, mais, au lieu de lui faire des compliments, il lui dit : « Je t’ai loué d’aller chez les filles, c’est vrai, mais non pas d’habiter chez elles" ! » Pierre Grimal, L’amour à Rome, Payot.

 

Les lupanars se caractérisaient par leur manque de lumière ou leur crasse ou les deux. Mais s’il est un adjectif qui exprime bien la principale caractéristique du lupanar antique, c’est olens, « puant ». De fait, il faut imaginer l’odeur des filles sans doute mal lavées mêlée à celle des clients à coup sûr mal lavés aussi, l’odeur de sueur qui émane des cellules sans autre aération que la porte, les senteurs fortes exhalées par les matelas, l’odeur d’urine que répandent les latrines, l’ensemble devait agresser même des odorats moins délicats que les nôtres.

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Leno et lena, marchand de filles et maquerelle …

 

Item genus est lenonium inter homines meo quidem animo

ut muscae, culices, cimices pedesque pulicesque :

odio et malo et molestiae, bono usui estis nulli,

nec vobiscum quisquam in foro frugi consistere audet.

La race des marchands de filles chez les hommes, c’est, selon moi, comme les mouches, les moustiques, les punaises, les poux et les puces : vous apportez la haine, les ennuis, les désagréments et rien de bon ; et pas un honnête homme n’ose s’arrêter avec vous au Forum. Plaute, Charançon, 500-504.

 

Caligula avait créé un impôt sur la prostitution, correspondant au tarif d’un client par jour :

Vectigalia nova atque inaudita […] exercuit […] : ex capturis prostitutarum quantum quaeque uno concubitu mereret ; additumque ad caput legis, ut tenerentur publico et quae meretricium quive lenocinium fecissent, nec non et matrimonia obnoxia essent.

Il fit percevoir des impôts nouveaux auxquels personne n’avait pensé avant lui : sur les revenus des prostituées, le montant de ce que leur rapportait une passe ; il fit ajouter à cet article de la loi que l’on tiendrait aussi pour prostitués celles qui avaient pratiqué la prostitution dans le passé et ceux qui avaient été souteneurs, un mariage ultérieur ne dispensant pas du paiement de cet impôt. Suétone, Gaius, 40.

et, pour « nouveau et inoui » que fût cet impôt, il semble que les successeurs de Caligula s’en soient fort bien accommodés :

lenonum vectigal et meretricum et exsoletorum in sacrum aerarium inferri vetuit, sed sumptibus publicis ad instaurationem theatri, circi, amphitheatri, stadii deputavit.

[Alexandre Sévère, 222-235] défendit que soit versé dans le trésor impérial le produit de l’impôt levé sur les souteneurs, les courtisanes et les prostitués mâles, mais l’affecta aux dépenses publiques pour réparer le théâtre, le cirque, l’amphithéâtre et le stade. Historia Augusta, Alexandre Sévère, 2

 

Que disait la loi ?

Qui lenocinium fecerit. Lenocinium facit, qui quaestuaria mancipia habuerit : sed et qui in liberis hunc quaestum exercet, in eadem causa est. Sive autem principaliter hoc negotium gerat, sive alterius negotiationis accessione utatur : utputa si caupo fuit, vel stabularius ; et mancipia talia habuit ministrantia, et occasione ministerii quaestum facientia : sive balneator fuerit, velut in quibusdam provinciis fit, in balneis ad custodienda vestimenta conducta habeat mancipia hoc genus observantia in officina, lenocinii poena tenebitur.

Celui qui a fait un commerce de prostitution. Ce commerce est fait par ceux qui tirent un gain de la prostitution de leurs esclaves : il en est de même de ceux qui tirent ce gain de la prostitution des personnes libres. On regarde aussi comme tels, non seulement celui qui en fait son unique occupation, mais encore celui qui exerce en même temps un autre métier ; par exemple, un cabaretier, un hôtelier qui a des filles pour servir les étrangers, et qui, à l'occasion de leur service, se prostituent pour de l'argent ; un baigneur, comme cela arrive dans quelques provinces, chez lequel, sous prétexte de faire garder ses vêtemens, on loue des filles esclaves qui servent aux plaisirs de ceux qui sont venus au bain. Digeste, III, 2, 4.

 

Lenocinium facere non minus est, quam corpore questum exercere.

Le maquerellage n'est pas un moindre crime que la prostitution publique.

Lenas autem eas dicimus, quae mulieres quæstuarias prostituunt. Lenam accipiemus et eam quæ alterius nomine hoc vitae genus exercet.

Le nom de maquerelle s'applique aux femmes qui en prostituent d'autres qui se livrent pour de l'argent. Ce terme s'étend aussi aux femmes qui font ce commerce au nom et pour le compte d'une autre.

Si qua cauponam exercens, in ea corpora quæstuaria habeat, ut multae adsolent sub praetextu instrumenti cauponii prostitutas mulieres habere, dicendum hanc quoque lenae appellatione contineri.

Si une femme tenant cabaret y loge des femmes qui se prostituent pour de l'argent comme plusieurs le font, sous le prétexte d'avoir des femmes pour y servir, on pourra aussi lui appliquer le nom de maquerelle. Digeste, XXIII, 43.

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Courtisanes et putains …

 

Palam quaestum facere dicemus, non tantum eam quae in lupanario se prostituit, verum etiam si qua, ut adsolet taberna cauponia, vel qua alia pudori suo non parcit.

Une femme fait un commerce public de prostitution, non seulement quand elle se prostitue dans un lupanar, mais encore lorsqu'elle fréquente les débits de boissons et autres endroits où elle ne ménage pas sa pudeur.

Palam autem sic accipimus, passim, hoc est sine delectu, non si qua adulteris, vel stupratoribus se committit sed quae vicem prostitutae sustinet.

On entend par « commerce public » le fait de se prostituer sans choix. Ceci ne concerne pas la femme adultère ou celle qui se laisse séduire, mais celle qui exerce ouvertement la prostitutioin.

Item, quod cum uno et altero pecunia accepta commiscuit, non videtur palam corpore quaestum facere.

De même, si une femme s’est donnée pour de l'argent à l’un ou l’autre, elle n'est pas censée faire commerce public de son corps.

Octavenus tamen rectissime ait etiam eam quae sine quaestu palam se prostituerit, debuisse his connumerari.

Octavenus pense à juste titre que celle qui se prostitue publiquement même sans faire payer doit être mise au nombre des prostituées.

Non solum autem ea quae facit, verum ea quoque quae fecit, etsi facere desiit, lege notatur : neque enim aboletur turpitudo, quae postea intermissa est.

L'infamie tombe non seulement sur les femmes qui font ce commerce, mais encore sur celles qui l'ont fait, même si elles ont cessé ; car le déshonneur ne cesse pas avec lui.

Non est ignoscendum ei, quae obtentu paupertatis turpissimam vitam egit.

N’est pas excusable celle qui sous prétexte de pauvreté mène le genre de vie le plus honteux. Digeste, XXIII, 43.

 

En avril, Rome célèbre les Floralia en l’honneur de la déesse Flora (5, 183-192)

Mater, ades, florum, ludis celebranda iocosis :

Quaerere conabar quare lascivia maior

 his foret in ludis liberiorque iocus ;

sed mihi succurrit numen non esse severum,

 aptaque deliciis munera ferre deam.

Turba quidem cur hos celebret meretricia ludos

 non ex difficili causa petita subest.

Non est de tetricis, non est de magna professis :

 volt sua plebeio sacra patere choro,

et monet aetatis specie, dum floreat, uti ;

 contemni spinam, cum cecidere rosae.

Je te salue, déesse des fleurs, toi dont la fête ramène les jeux folâtres. […] Je voulais demander pourquoi, dans ces jeux, la licence est plus grande, et la plaisanterie plus effrontée ; il me revint à l’esprit que Flore n’est pas une divinité sévère, et que ses dons servent à parer nos plaisirs. […] Mais pourquoi la foule des courtisanes célèbre-t-elle cette solennité? Il est facile d’en indiquer la cause : Flore n’est pas de ces divinités moroses aux graves enseignements, elle veut que la joie plébéienne éclate aussi dans ses fêtes en toute liberté ; elle nous invite à jouir du bel âge, tandis qu’il est dans sa fleur ; après la chute des roses, l’épine est méprisée. Ovide, Fastes, IV, vers 183, 331-334,350-354.

 

Ovide reste volontairement très elliptique : il n’aime pas beaucoup parler des prostituées et le côté plébeien de cette célébration doit heurter sa délicatesse ; heureusement, avec son indignation habituelle, Tertullien donne un peu plus de détails sur une fête qu’il trouve choquante :

Ipsa etiam prostibula, publicae libidinis hostiae, in scaena proferuntur, plus miserae in praesentia feminarum, quibus solis latebant, perque omnis aetatis, omnis dignitatis ora transducuntur ; locus, stipes, elogium, etiam quibus opus non est, praedicatur, etiam (taceo de reliquis) quae in tenebris et in speluncis suis delitescere decebat, ne diem contaminarent. Erubescat senatus, erubescant ordines omnes ! ipsae illae pudoris sui interemptrices de gestibus suis ad lucem et populum expavescentes semel anno erubescunt.

Les prostituées elles-mêmes, victimes de la débauche publique, sont poussées sur une scène, plus pitoyables encore en présence des femmes, les seules dont elles se pouvaient se cacher ; elles sont exposées aux regards de toutes les générations, de toutes les conditions sociales ; on proclame leur adresse, leur tarif, leur descriptif, même devant ceux qui n’en n’ont pas besoin, même – je passe le reste sous silence – ce qui devait rester caché dans les ténèbres et dans leurs tanières pour ne pas souiller la lumière du jour. Que le sénat rougisse, que toutes les catégories sociales rougissent ! même ces femmes qui assassinent leur propre pudeur par leurs postures rougissent une fois par an, effrayées par la lumière du jour et par la foule. Tertullien, Des spectacles, 17.

 

Comprenons que les prostituées de Rome défilaient sur une sorte d’estrade devant des spectateurs qui criaient « A poil, à poil, à poil ! » ; et lorsqu’elles s’étaient exécutées, au milieu des vociférations de toute sorte, un crieur public annonçait leurs nom, adresse et spécialités. Il faut donc croire que seule l’élite de la profession devait accepter cette forme de publicité, à moins qu’elle ne leur soit imposée par les souteneurs : comment en effet le crieur public aurait-il pu proclamer tous ces renseignements si les intéressé(e)s ne les lui avait pas communiqués ?

 

Le témoignage de Tertullien est irremplaçable, mais la dernière phrase gâche tout : ce ne sont pas les filles qui rougissaient, c’est Tertullien lui-même et peut-être lui seul. Les filles avaient certainement l’habitude de s’exhiber et de s’exposer aux quolibets des passants et des clients. Elles se sentaient gênées d’être exposées devant des femmes respectables ? Je croirais plutôt que c’était l’inverse. Quant au peuple, nul doute qu’il appréciait la gaudriole sans se poser de question, pas plus que Martial :

Quis Floralia vestit et stolatum

permittit meretricibus pudorem ?

Qui habille les Floralia et autorise

chez les prostituées la pudeur des matrones ? Martial, I, 35, vers 8 et 9

 

Le 23 avril se déroulaient les Vinalia, apparemment plus calmes. Il s’agit d’une sorte de Salon de la prostituée, une foire exposition qui s’adresse plus particulièrement aux professionnels. Les plus défavorisées par l’âge ou la nature viennent tôt le matin ou tard le soir, les produits de luxe arrivent en fin de matinée, sous l’éclatant soleil de midi :

Dicta Pales nobis : idem Vinalia dicam.

 una tamen media est inter utramqve dies.

Numina, volgares, Veneris celebrate, puellae :

 multa professarum quaestibus apta Venus.

Poscite ture dato formam populique favorem,

 poscite blanditias dignaque verba ioco.

J’ai chanté Palès, je chanterai les Vinales ; il y a un seul jour entre les deux fêtes. Filles publiques, célébrez Vénus. Vénus protége activement celles qui s’offrent pour le profit. Demandez-lui, pour prix de votre encens, la beauté, la faveur du peuple ; demandez-lui l’art de séduire et de savoir parler avec esprit. Ovide, Fastes, IV, 863-868.

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Pour diverses raisons, les Romains n’établissaient pas comme nous un rapport évident entre l’amour et le mariage. Le mariage avait pour but de perpétuer la famille, d’assurer dans les familles patriciennes la pérennité du culte des ancêtres. L’amour, on allait le chercher ailleurs. Il semble d’ailleurs que les Romains n’aient jamais été vraiment sensibles à l’amour « platonique » des Grecs. La Vénus romaine était une Vénus physique.

 

Ne parlons pas des amours adultères, sans doute très rares avant l’Empire et certainement plus rares que ne le prétendent les moralistes du 1er s. ap. J.-C. En dehors des amours ancillaires qui sont réservées à une élite possédante…

Μᾶλλον τῶν σοβαρῶν τὰς δουλίδας ἐκλεγόμεσθα

οἱ μὴ τοῖς σπαταλοῖς κλέμμασι τερμόμενοι ...

Plutôt que les bourgeoises, je choisis les petites servantes,

moi qui ne suis pas attiré par les jouissances clandestines… Anth. Palat., V, 18, épigramme de Rufin, 2ème s. ap. J.-C.

 

… il reste le recours aux talents d’une professionnelle.

Sénèque écrit quelque part qu’ « un cheval, un âne, un bœuf … On les examine au moins avant de les acheter ; la femme est la seule chose qu’on prenne sans la voir ». (cité par J.-N. Robert, Les plaisirs à Rome). Les choses sont toutes différentes avec une prostituée :

Altera, nil obstat : Cois tibi paene videre est

ut nudam, ne crure malo, ne sit pede turpi ;

metiri possis oculo latus. An tibi mavis

insidias fieri pretiumque avellier ante

quam mercem ostendi? . . .

[Celle qui se vend], pas de problème : grâce au tissu presque transparent de Cos, tu peux voir comme si elle était nue, si sa jambe est mal faite, si son pied a des défauts ; de l’oeil tu peux mesurer sa taille. Préférerais-tu par hasard tomber dans une embuscade et te faire arracher le prix convenu avant d’avoir vu la marchandise ? Horace, Satires, I, II, 101-105

 

Une femme vénale, certes, mais on choisit sa marchandise. Le rêve de tous, de l’époque de Plaute au Bas-Empire, c’est évidemment la courtisane à la grecque, l’hétaïre, la réincarnation d’Aspasie, Phryné, Laïs ou Thaïs dont les professionnelles de l’époque impériale empruntent le nom sans en avoir le prestige et surtout, je crois, sans en avoir les talents. A Rome, la célèbre Flora mise à part, je pense qu’il y avait plutôt des cocottes que de vraies courtisanes. D’ailleurs, il n’y a pas de mot en latin qui traduise le grec ἑταίρα, « compagne, amie », alors que meretrix est l’équivalent exact de πόρνη, « celle qui se vend », et puis n’est pas courtisane qui veut :.

Tu licet ediscas totam referasque Corinthon,

 Non tamen omnino, Laelia, Lais eris.

Toi tu peux bien apprendre et refaire tout ce qu’on fait à Corinthe,

tu n’en seras pas pour autant, ma chère Lélia, une Laïs. Martial, X, 68, vers 11-12.

 

Mais d’abord, quand on rêve de s’offrir les faveurs d’une courtisane, c’est-à-dire une sorte de contrat d’exclusivité temporaire, on doit en avoir les moyens financiers, sinon le rêve risque de ne rester qu’un rêve :

Τὴν καταφλεξίπολιν Σθενελαΐδα, τὴν βαρύμισθον,

 τὴν τοῖς βουλομένοις χρυσὸν ἀμεργομένην,

γυμνήν μοι διὰ νυκτὸς ὅλης παρέκλινεν ὄνειρος

 ἄχρι φίλης ἠοῦς προῖκα χαριζομένην...

Sthénélaïs qui met toute la ville en feu, qui se fait si cher payer,

celle qui cueille l’or chez qui la veut,

toute nue une nuit entière elle s’est couchée près de moi, – c’était un rêve –

et jusqu’à la douce aurore gratuitement elle m’a accordé ses faveurs… Anth. Palat., V, 2.

 

Les cocottes romaines ont en effet une solide réputation de rapacité.

Πέντε δίδωσιν ἑνὸς τῇ δείνᾳ δεῖνα τάλαντα

καὶ βινεῖ φρίσσων καὶ, μὰ τὸν, οὐδὲ καλήν·

πέντε δἐγὼ δραχμὰς τῶν δώδεκα Λυσιανάσσῃ,

καὶ βινῶ πρὸς τῷ κρείσσονα καὶ φανερῶς.

Un tel donne cinq talents à Une telle pour une seule fois,

et c’est en frissonnant de peur qu’il baise, bon dieu, une fille qui n’est même pas jolie ;

mais moi, cinq drachmes à Lysianassa pour douze fois,

et je baise par dessus le marché une fille plus belle et au grand jour. Anth. Palat., V, 126, épigramme de Philodème de Gadara, 1er s. av. J.-C.

Comprenons que le premier a peur de se faire surprendre par l’amant attitré de sa courtisane.

5 talents valent 30 000 drachmes, soit 120 000 sesterces ou 300 000 as… Rappelons qu’un légionnaire de la même époque touchait environ 5 as par jour.

 

Dans une autre épigramme,

... τῇ δὲ Κορίννῃ

τοὺς ὁβολοὺς δώσω τοὺς δύω ...

un contemporain de Tibère affirme qu’il ne paiera que deux oboles (1/3 de drachme ou 3 as ½) et rien de plus !

 

Les filles se montrent cupides dans leur intérêt personnel bien sûr, mais aussi et peut-être surtout parce qu’elles-mêmes doivent faire face à la rapacité du leno qui les menace, si elles ne rapportent pas assez d’argent, de les prostituer dans les bordels à esclaves : cras populo prostituam vos, dit le leno Ballio dans le Pseudolus de Plaute (vers 188).

Elles doivent d’ailleurs se montrer d’autant plus intransigeantes sur le « petit cadeau » que selon Rufin

πᾶσαι γὰρ μετὰ Κύπριν ἀτερπέες εἰσὶ γυναῖκες

après l’amour toutes les femmes perdent leur charme. Anth. Palat., V, 77.

 

Les pièces de Plaute nous montrent quantité de jeunes gens prêts à se ruiner pour une courtisane. Prêts à se ruiner mais souvent désargentés car c’est papa qui tient les cordons de la bourse. Bien sûr, il leur est toujours possible de se rendre pour pas cher dans un lupanar, comme le garçon que rencontre Caton. Mais le service n’est pas comparable et il est toujours flatteur d’entendre dire qu’on est aimé, d’avoir une compagne aux petits soins, d’être l’objet de mille attentions, même s’ils savent à quel prix cela s’obtient. Et justement, la cocotte leur ferme sa porte afin de stimuler leur désir et donc leur ingéniosité pour se procurer de l’argent. « Chez la belle Suzon, chantait Brassens, pas d’argent, pas de cuisses ».

Tibulle qui en avait fait l’amère expérience nous a laissé (livre II, 4) une jolie plainte d’amant éconduit, plus touchante et plus sincère que celles des personnages de comédie :

O pereat quicumque legit viridesque smaragdos

 et niveam Tyrio murice tingit ovem.

Addit avaritiae causas et Coa puellis

 vestis et e Rubro lucida concha mari.

Haec fecere malas : hinc clavim ianua sensit

 et coepit custos liminis esse canis.

Oh ! périsse quiconque recueille les vertes émeraudes ou teint une blanche brebis avec la pourpre de Tyr ! C’est lui qui cause l’avidité des jeunes filles, ce sont les étoffes de Cos et la brillante coquille de la mer Rouge. Voilà ce qui les a rendues coupables. Dès lors la porte sentit la clef, et le chien commença à veiller sur le seuil.

Sed pretium si grande feras, custodia victa est

 nec prohibent claves et canis ipse tacet.

Heu quicumque dedit formam caelestis avarae,

 quale bonum multis attulit ille malis !

Hinc fletus rixaeque sonant, haec denique causa

 fecit ut infamis nunc deus erret Amor.

Mais apporte-t-on une forte somme ? les gardiens sont vaincus, les clefs n’arrêtent plus, le chien lui-même se tait. Hélas ! celui des habitants du ciel qui a fait don de la beauté à une fille cupide, quel bien il a ajouté à tant de maux ! C’est là l’origine des pleurs et des rixes bruyantes ; c’est là, enfin, ce qui a fait de l’Amour ce dieu décrié.

At tibi, quae pretio victos excludis amantes,

 eripiant partas ventus et ignis opes :

quin tua tunc iuvenes spectent incendia laeti,

 nec quisquam flammae sedulus addat aquam. […]

Vera quidem moneo, sed prosunt quid mihi vera?

 Illius est nobis lege colendus amor.

Quin etiam sedes iubeat si vendere avitas,

 ite sub imperium sub titulumque, Lares.

Mais toi, qui fermes ta porte aux amants qui ne peuvent payer, puisses-tu voir l’amas de tes richesses devenir la proie du vent et du feu ! Que les jeunes gens contemplent avec joie l’incendie ! Que personne ne s’empresse à verser de l’eau sur la flamme ! Ou si la mort vient te frapper, que nul ne pleure, que nul n’apporte un don à tes tristes obsèques ! […] C’est la vérité que j’annonce ; mais que me sert la vérité ? Mon amour doit subir la loi que l’avare m’impose. M’ordonne-t-elle même de vendre la demeure de mes aïeux, subissez sa volonté, et soyez mis à l’encan, ô mes Lares !

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Laissons là les courtisanes et autres cocottes. Tous les Romains ne sont pas aussi délicats que Tibulle, Properce ou Ovide, et n’ont pas forcément un père aussi riche que ceux que Plaute met en scène. Beaucoup, je pense, ressemblaient davantage à Horace et recherchaient plus une jouissance passagère qu’une liaison :

Num, tibi cum faucis urit sitis, aurea quaeris

pocula? num esuriens fastidis omnia praeter

pavonem rhombumque? Tument tibi cum inguina, num, si

ancilla aut verna est praesto puer impetus in quem

continuo fiat, malis tentigine rumpi?

Non ego ; namque parabilem amo venerem facilemque.

Illam "post paulo", "sed pluris", "si exierit vir",

Gallis, hanc Philodemus ait sibi, quae neque magno

stet pretio neque cunctetur cum est iussa venire.

Candida rectaque sit, munda hactenus, ut neque longa

nec magis alba velit quam dat natura videri.

Quand la soif te brûle la gorge, cherches-tu une coupe en or ? quand tu meurs de faim, fais-tu le dégoûté pour tout sauf pour du paon ou du turbot ? Quand ton bas-ventre se gonfle, est-ce que si tu as sous la main une servante ou un jeune esclave que tu puisses posséder sans délai, tu préfères bander jusqu’à éclabousser ? Moi, non. Ce que j’aime, c’est un amour bon marché et facile. Celle qui dit : « Attends un peu », « donne un peu plus », « dès que mon mari sera sorti », on la laisse, selon Philodème, aux eunuques ; on se garde celle qui n’est pas chère et qui ne fait pas attendre quand on lui dit de venir. Qu’elle soit claire, sans manières, en un mot propre, du genre qui ne veut pas paraître plus grande et plus blanche que ne l’a faite la nature. Horace, Satires, I, II, 114-124

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munda hactenus, « propre » sans doute, mais aussi « soignée, raffinée, élégante » et la suprême élégance n’est-elle pas la jeunesse ?

Παρθενικὰ κούρα τὰ ἃ κέρματα πλείονα ποιεῖ

 οὐκ ἀπὸ τᾶς τέχνας ἀλλ’ ἀπὸ τᾶς φύσιος.

Une fille toute jeune, ce qui lui rapporte le plus d’argent

n’est pas lié à un savoir-faire mais à la nature. Anth. Palat., V, 45.

 

munda hactenus, voilà ce qui distingue les prostituées « convenables » des lupanars « convenables » de celles qu’envoient dans les bordels de Subure le destin, les tares physiques, la colère d’un souteneur ou, plus simplement, plus cruellement, le temps qui passe :

Ποῦ σοι κεῖνα, Μέλισσα, τὰ χρύσεα καὶ περίοπτα

 τῆς πολυθρυλήτου κάλλεα φαντασίης ;

ποῦ δὀφρύες καὶ γαῦρα φρονήματα καὶ μέγας αὐχὴν

 καὶ σοβαρῶν ταρσῶν χρυσοφόρος σπατάλη ;

νῦν πενιχρὴ ψαφαρή τε κόμη, παρὰ ποσσὶ τραγεία

 ταῦτα τὰ τῶν σπαταλῶν τέρματα παλλακίδων.

Où est ton éclat d’or, Mélissa, et la beauté

sous tous les angles de ton allure qui faisait tant parler ?

Où sont tes airs méprisants, ta présomption et ton arrogance, ton port de tête hautain,

et les précieux cercles d’or sur tes pieds orgueilleux ?

Maintenant tes cheveux sont pauvres et secs, tu es chaussée de peau de bouc,

voilà quelle est la fin des précieuses courtisanes. Anth. Palat., V, 27, épigramme de Rufin.

 

La fin est en effet souvent cruelle :

... an te ibi vis inter istas versarier

prosedas, pistorum amicas, reliquias alicarias,

miseras schoeno delibutas servolicolas sordidas,

quae tibi olant stabulum statumque, sellam et sessibulum merum,

quas adeo hau quisquam umquam liber tetigit neque duxit domum,

servolorum sordidulorum scorta diobolaria?

Est-ce que tu veux te trouver au nombre de ces misérables prostituées, ces amies des garçons boulangers, ces déchets tout juste bons pour des valets couverts de farine, ces filles faméliques, gluantes de mauvais parfum, répugnants plaisirs de la lie des esclaves ? Elles te sentent le fumier de leur bouge, où elles croupissent sur leur tabouret. Jamais un homme libre n’a voulu y toucher ni les conduire chez lui, ces vieilles peaux que les plus puants des esclaves se procurent pour deux oboles... Poenulus, 187-192, traduction C. Salles, les Bas-fonds de l’antiquité, Payot..

 

Non quasi nunc haec sunt hic, limaces, lividae,

febriculosae, miserae amicae, osseae,

diobolares, schoeniculae, miraculae,

cum extritis talis, cum todillis crusculis

Elles ne sont pas vraiment tout à fait comme ça, les filles d’ici : des poules, blafardes, fiévreuses, pitoyables maîtresses, des squelettes ambulants, des putains à quatre sous, puant la cocotte, des épouvantails, avec leurs pieds déformés, avec des cannes en guise de cuisses… Cistellaria, 405-408.

 

A moins que les filles n’aient su résister mieux que d’autres aux outrages du temps et à la rapacité du souteneur, et qu’elles aient pu à temps abandonner un métier auquel elles vont sans doute désormais former à leur tour les toutes jeunes filles qui assureront la relève :

Βοίδιον ηὐλητρις καὶ Πυθιάς, αἵ ποτἐρασταί,

σοί, Κύπρι, τὰς ζώνας τάς τε γραφὰς ἔθεσαν·

ἔμπορε καὶ φορτηγέ, τὸ σὸν βαλλάντιον οἶδεν

καὶ πόθεν αἱ ζῶναι καὶ πόθεν οἱ πίνακες.

Boidion la joueuse de flûte et Pythias, deux anciennes filles d’amour,

t’ont consacré, Aphrodite, leurs ceintures et leurs portraits.

Marchand, transporteur, ta bourse sait bien

et d’où viennent les ceintures et d’où viennent les tableaux. Anth. Palat., V, 159.

 

ou, situation exceptionnelle, qu’elles n’aient trouvé à se caser (je n’ai pas dit « se marier » !) :

τὰ πέλιδα φέρουσα, Μενεκράτις· δὲ τὸ φᾶρος,

 Φημονόη, Πρηξὼ δ’, τὸ κύπελλον ἔχει.

Τῆς Παφίης νεὼς καὶ τὸ βρέτας· ἄνθεμα δαὐτῶν

 ξυνόν· Στρυμονίου δἔργον Ἀριστομάχου.

Πᾶσαι δἀσταὶ ἔσαν καὶ ἑταιρίδες, ἀλλὰ τυχοῦσαι

 κύπριδος εὐκρήτου, νῦν ἑνὸς εἰσι μία.

Celle qui porte les sandales, c’est Ménécratis ; celle qui tient le voile,

c’est Phémonoé ; Praxo est celle qui tient la coupe.

Le temple est celui d’Aphrodite de Paphos, tout comme la statue. L’offrande

leur est commune, c’est l’oeuvre d’Aristomachos, né sur les bords du Strymon.

Toutes trois étaient d’ici et petites courtisanes ; mais ayant rencontré

un amour bien sage, chacune est maintenant la seule femme d’un seul homme. Anth. Palat., VI, 208, époque d’Auguste.

 

Notons enfin que les tombeaux à la sortie de la ville abritaient un certain nombre de prostituées appelées bustuariae.

 

Les prostituées ne pouvaient ni témoigner devant les tribunaux ni, après une mesure prise par Domitien, entrer en possession d’un héritage même si elles cessaient d’exercer leur activité. Seul le mariage pouvait leur permettre, éventuellement, d’avoir rang de matrona, mais une loi d’Auguste de 18 av. J.-C. (peut-être abrogée plus tard ?) interdisait le mariage d’un homme libre et d’une affranchie.

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En dehors des établissement de prostitution et des prostituées qui racolaient sous les voûtes du Circus Maximus et autres lieux, on trouvait des puellae faciles, des filles faciles, prostituées occasionnelles :

τὰ ῥόδα, ῥοδόεσσαν ἔχεις χάριν· ἀλλὰ τί πωλεῖς ;

 σαυτὴν τὰ ῥόδα ἠε συναμφότερα ;

Hé, les roses ! Tu as la fraîcheur de tes roses ! Mais que vends-tu ?

Toi ou tes roses ou les deux à la fois ? Anth. Palat., V, 81.

 

Χαῖρε σύ. – Καὶ σύ γε χαῖρε. - Τί δεῖ σε καλεῖν ; Σὲ δέ ; Μήπω,

 τοῦτο φιλόσπουδος. – Μηδὲ σύ. – Μή τινἔχεις ;

Αἰεὶ τὸν φιλέοντα. – Θέλεις ἅμα σήμερον ἡμῖν

 δειπνεῖν ; Εἰ σὺ θέλεις. – Εὖγε· πόσου παρέσῃ ;

Μηδέν μοι προδίδου. – Τοῦτο ξένον. - Ἀλλὅσον ἄν σοι

 κοιμηθέντι δοκῇ τοῦτο δός. – Οὐκ ἀδικεῖς.

Ποῦ γίνῃ ; πέμψω ... – Καταμάνθανε. Πηνίκα δἥξεις ;

 Ἣν σὺ θέλεις ὥρην. – Εὐθὺ θέλω. – Πρόαγε.

Garçon – Bonjour. Fille – Bonjour aussi. G. – Comment t’appelles-tu ? F. – Et toi ? G. – Pas encore,

tu es trop pressée. F. – Toi aussi. G. – Tu as quelqu’un ?

F. – Toujours, celui qui m’aime. G. – Tu veux dîner avec moi ce soir ?

F. – Si tu veux. G. – D’accord. Combien veux-tu pour venir ?

F. – Ne me donne rien d’avance. G. – Ça, c’est inhabituel. F. – Mais tu me donneras

ce que tu voudras quand tu auras couché avec moi. G. – Ce n’est pas déraisonnable.

Où peut-on te trouver ? je vais envoyer … F. – C’est là, regarde ! A quelle heure viendras-tu ?

G. – A l’heure que tu voudras, toi. F. – Alors tout de suite ! G. – Passe devant.

    Anth. Palat., V, 46, épigramme de Philodème, 1er s. av. J.-C.

Le garçon allait dire, comme celui de l’épigramme 308, πέμπω μετὰ σοῦ τινα « Je vais envoyer quelqu’un t’accompagner, mais la fille l’interrompt : comme elle habite tout près, il est inutile d’envoyer un esclave reconnaître le chemin avec elle.

καταμανθάνω signifie au sens propre ; « apprendre en observant ».

 

Mais les filles ne sont pas toujours celles que l’on croit, et il arrive qu’on prenne un râteau :

Χαῖρε κόρη. – Καὶ δὴ σύ. – Τίς προιοῦσα ; Τί πρὸς σέ ;

 Οὐκ ἀλόγως ζητῶ. – Δεσπότις ἡμετέρη.

Ἐλπίζειν ἔξεστ’ ; Αἰτεῖς δὲ τί ; Νύκτα. – Φέρεις τί ;

 Χρυσίον. – Εὐθύμει. – Καὶ τόσον. – Οὐ δύναται.

– Bonjour, minette. – Bonjour à toi aussi. – Qui est la dame qui marche devant toi ? – Qu’est-ce que ça peut te faire ?

– J’ai mes raisons de le demander. – C’est notre maîtresse.

– Il y a un petit espoir ? – Qu’est-ce que tu veux ? – Une nuit. – Qu’est-ce que tu donnes ?

– Du bel argent. – Bravo. – Voilà combien. – Pas question !

  Anth. Palat., V, 101.

χρυσίον : sûrement pas de l’or ! pas plus qu’on ne donne de l’argent métallique en donnant quelques euros.

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Le lupanar de Pompéi

 

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VERPVS ES

QVI IS

TVC

LEGES

 

Celui qui lit ça

est un circoncis !

CIL IV, 8617, l. 4-7

Verpus es qui istuc legis !

 

A côté des thermopolia, où l’on pouvait se restaurer rapidement, des cauponae qui proposaient un logement, Pompéi offrait aux visiteurs de passage et à ses habitants plus de trente établissements où l’on pouvait rencontrer des prostituées.

 

Certains étaient très rudimentaires : une cella, simple pièce avec un lit en maçonnage recouvert d’une paillasse soit donnant directement sur la rue, soit dans une maison particulière.

 

On trouvait souvent des chambres installées à l’étage des tavernes et des auberges, auxquelles on accédait par de raides escaliers en bois, comme chez Asellina.

 

Le lupanar, situé en VII, 12, pas très loin du forum, est le seul établissement à Pompéi qui ait été conçu uniquement pour remplir cette fonction.

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Il compte dix chambres, cinq au rez-de-chaussée et cinq, plus spacieuses, au premier étage, devant lesquelles s’étendait un balcon de passage. Les pièces de l’étage supérieur, auquel on accédait par un escalier en bois indépendant (D), étaient sans doute pourvues de lits en bois ; le décor des murs, plus raffiné que celui du rez-de-chaussée, appartient au IVe style et ne comportepas de scènes érotiques.

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On pénétrait dans le lupanar par deux entrées distinctes : la première (1) au n°18 de la ruelle du Lupanar, la seconde (2) donne sur la ruelle du Balcon en surplomb (vicolodel Balcone Pensile) qui conduit au forum.

Ces deux entrées menaient dans une petite salle centrale (A) autour de laquelle s’agençaient cinq cellae meretriciae (B)

 

 

Près de l’entrée

du rez-de-chaussée

était peint

un Priape

à deux phallus

devant un figuier.

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Toujours au

rez-de-chaussée,

au-delà d’un petit mur,

se trouvaient

des latrines (C).

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Au-dessus des portes sont peintes des scènes érotiques.

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inque modos venerem mille figuret amor

l’amour imagine mille manières de se faire

Ovide, Amours, III, 14, 24.

 

La plupart des descriptions du lupanar affirment que ces tableautins servaient à indiquer au client la spécialité de chaque fille. Je veux bien, mais rien ne le prouve ! De plus, si l’on pense (par exemple d’après l’extrait du Satiricon cité en haut de cette page) que les prostituées se tenaient, à demi-nues, devant le rideau qui fermait leur cellule entre chaque client, on peut imaginer qu’elles étaient capables elles-mêmes de vanter leurs talents, sans que le « promeneur furtif » soit obligé de se tordre le cou pour examiner les images. Et dans chaque cella, les graffitis évoquent des occupantes différentes et des spécialités différentes.

 

Αἱ τρισσαί τοι ταῦτα τὰ παίγνια θῆκαν ἑταῖραι,

 Κύπρι μάκαιρ’, ἄλλης ἄλλη ἀπἐργαςίης·

ὧν ἀπὸ μὲν πυγῆς Εὐφρὼ τάδε, ταῦτα δὲ Κλειὼ

 ὡς θέμις, τριτάτη δἈτθὶς ἀποὐρανίων.

Ἀνθὧν τῇ μὲν πέμπε τὰ παιδικὰ, δεσπότι, κέρδη,

 τῇ δὲ τὰ θηλείης, τῇ δὲ τὰ μηδετέρης.

Trois courtisanes te consacrent ces figurines,

 bienheureuse Cypris, chacune réprésentant la spécialité de chacune :

c’est avec ses fesses que travaille Euphro ; Clio travaille

 selon les lois de la nature ; Atthis, la troisième, se sert de son palais.

En échange, fais bénéficier la première, Dame souveraine, de présents masculins,

 la deuxième de présents féminins et la dernière de présents neutres. Anth. Palat., VI, 17.

Cette épigramme a été attribuée à Lucien de Samosate (IIe s. ap. J.-C.) ; les critiques modernes pensent plutôt à Lucillius, contemporain de Néron et donc de notre lupanar.

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L’intérieur du lupanar fut sans doute réaménagé à une époque voisine de celle de l’éruption.

Les chambres ont été enduites d’un crépi blanc. Les parois des cellae sont presque totalement recouvertes de graffitis, gravés tant par les clients que par les prostituées. On sait avec certitude que ces inscriptions, qui se superposent souvent, sont postérieures à 72 apr. J.-C., car l’empreinte d’une pièce de monnaie de cette année-là a été laissée sur un crépi qui venait d’être posé.

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Deux noms que l’on rencontre gravés dans les murs des chambres du lupanar se retrouvent dans des inscriptions électorales peintes Vico del Lupanare, près de la Via degli Augustali.

 

….M SABIN

AED P A AFRICANVS ROG

Marcus Sabinus

édile P. A. ! Africanus vous le recommande.

CIL IV, 817

L’abréviation P A après aedilem est difficile à interpréter, il s’agit sans doute d’une déformation de aedibus sacris publicis procurandis en Publicis Aedibus.

Marcus Epidius Sabinus a été élu édile en 74, ce qui ne signifie pas qu’il ait été élu à sa première candidature.

 

M CERRINIVM AED

AFRICANVS ROG CVM VICTORE

Marcus Cerrinius édile !

Africanus ainsi que Victor vous le recommandent.

CIL IV, 818.

On peut en déduire qu’au cours des dernières années de vie de la cité, le lupanar aurait été dirigé par le dénommé Africanus assisté d’un Victor. Cet Africanus (2258a), qui se livrait lui-même à la prostitution, est mort peu de temps avant l’éruption du Vésuve : M. Cerrinius Vatia a été élu édile en 79. Le nom de Victor apparaît plusieurs fois, mais il semble plutôt désigner un ou des clients.

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La plupart des prostituées avaient des noms grecs ou orientaux, en raison (selon certains auteurs) de la grande réputation dont jouissaient les prostituées « exotiques », tout simplement à mon avis parce que ces filles étaient des esclaves originaires de l’Orient hellénisé (plutôt que de Grèce). Celles qui portent un nom à consonance latine pouvaient être des affranchies, à moins qu’elles n’aient latinisé leur nom.

Le client pouvait aussi demander de jeunes garçons.

Presque tous les auteurs parlent de « tarifs particulièrement bas » ; les graffitis du lupanar ne mentionnent que deux fois le prix d’une passe : le n° 2193 parle d’un denier, ce que je ne trouve pas particulièrement bon marché en fonction des prix demandés ailleurs ; la lecture de l’autre sunt asses II (2279) et son interprétation en dehors de tout contexte restent aléatoires. Rappelons qu’une coupe de vin coûtait un as.

 

Ce qui est sûr, c’est que les lupanars étaient fréquentés par les couches sociales les moins favorisées et les personnes de passage : les hommes libres qui en avaient les moyens avaient des relations extraconjugales à domicile avec leurs serviteurs, garçons ou filles.

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Et les maladies vénériennes ? Les murs du lupanar n’y font pas du tout allusion et on en parle très peu sur les autres murs de Pompéi. Une seule inscription en fait mention de façon claire. Elle est rédigée sous la forme d’un distique pas très régulier, se trouve près de la porte d’une maison du Vico degli Scienzati :

HIC EGO NV VTVII FORMOSA FOMA PVELLA LAVDATA A MVLTIS SET LVTVS INTVS EERAT

hic ego nunc futue formosam forma puellam

laudatam a multis set lutus intus erat.

C’est fait : ici, moi j’ai baisé la fille jolie et bien faite

dont beaucoup ont dit du bien, mais dedans il y avait de la vase.

CIL IV, 1516.

futue = futui, lutus = lutum

Le problème, c’est de savoir ce que lutus signifie ! Une chose est sûre : il s’agit bien d’une maladie (morbus) : un autre graffiti juste à côté (CIL IV, 1517) précise :

HIC NVC FVTVE FORMOSAM

FOR E PVELLAM MORBVS

le reste est illisible.

Il n’est évidemment pas question d’essayer de donner un nom à la maladie en question, en tout cas ni syphilis que l’Antiquité n’a pas connue, ni bien sûr sida, même si, selon Cicéron (Tusc. IV, 13), morbum appellant totius corporis corruptionem on appelle « morbus » une affection qui touche le corps entier. Il semble que notre scripteur ait un peu exagéré la gravité du mal. Encore faudrait-il être certain de la lecture du graffiti et de son sens, ce qui n’est guère possible. J’ajoute que toute cette interprétation repose sur la présence du mot morbus : en effet, lutus et intus pourraient à la rigueur s’entendre au sens moral : « elle m’a fait lanterner, on en dit du bien, mais c’est une salope ! ».

 

Il existe une autre inscription, assez obscure, (CIL IV, 1391) où l’on a longtemps vu une allusion à une maladie vénérienne, mais la lecture plus attentive de M. Antonio Varone (Erotica Pompeiana, 1994) a montré qu’il s’agissait de tout autre chose.

 

Que dire alors des MST à Pompéi ? Rien : considérant qu’on n’en trouve qu’une trace, et encore mal assurée, au milieu de tant de graffiti érotiques ou pornographiques, je dirais volontiers que le sexe n’était vraiment pas une activité à risques à Pompéi !

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Quelques descriptions du lupanar de Pompéi

 

Pierre Dufour, Histoire de la prostitution chez tous les peuples du monde, Paris, 1852. L’auteur de cette ambitieuse recherche était « membre de plusieurs Académies et sociétés savantes françaises et étrangères ». Je signale en bleu clair les affirmations fantaisistes.

Toutes les cités romaines abondaient en lupanars, sans compter que tavernes, boutiques de barbier et même de boulanger, bains, etc., tout servit bientôt de succursale occasionnelle à ces maisons de débauche. Ceux qu’on a découverts à Pompéi nous instruisent complètement sur les dispositions intérieures de ces établissements.

On pénètre tout de suite dans un corridor sur lequel ouvrent plusieurs chambres fort petites. La porte de chacune de ces chambres porte le nom de la femme qui l’habite et est surmontée d’une peinture obscène ; à côté du nom de la prostituée est inscrit le prix exigé pour jouir de ses embrassements. Dans un coin de la chambre est un lit en pierre que l’on recouvrait de matelas et de tapis et les murs sont couverts d’inscriptions obscènes. Un phallus gigantesque, avec cette inscription Hic habitat felicitas, telle était l’enseigne de la maison.

 

Jean Noël Robert, Les plaisirs à Rome, Éd. Payot, 1994.

… dans les rues de Subure, la lie du peuple trouve son compte dans des conditions de saleté inimaginables. Un quartier s’appelle même « quartier des prostituées », le Submemmium. On y trouve une suite de petites cellules sans fenêtres dont Martial nous dit qu’elles ferment au moyen d’un rideau et où dans la puanteur et la crasse des esclaves, filles et garçons attendent le client, généralement nus. Il s’agit vraiment de la dernière catégorie de lupanars où, pour deux as, on peut satisfaire son désir, mais un peu partout dans la ville, des lupanars mieux tenus offrent au client un confort un peu meilleur. Pompéi nous a laissé des témoignages de ces petites chambres où une banquette en maçonnerie recouverte d’un matelas offre une couche sordide. Les murs sont couverts d’obscénités et à l’entrée de chaque pièce, une petite pancarte indique au client les spécialités érotiques de l’occupante. Le plus souvent, ces lieux sont des foyers de maladies vénériennes qu’aucune médecine n’arrive à limiter. Là, il en coûte jusqu’à seize as, ce qui n’est rien à côté des milliers de sesterces que réclame une courtisane que l’on va voir chez elle ou qui se loue chez les clients.

 

Catherine Salles, Les bas-fonds de l’Antiquité, Éd. Payot, 1995.

Dans les passages voûtés qui soutiennent les gradins du Grand Cirque, se dissimulent les « louves ». Il existe aussi, dans ces quartiers populaires de [Rome], des lupanars plus importants que les « loges » du Submemmium. Les inventaires du IVe siècle en dénombrent 45 dans la ville. Sans doute se présentent-ils comme celui que l’on peut visiter à Pompéi : une rangée de cellules meublées sommairement de couchettes maçonnées, recouvertes d’un matelas. Au-dessus de la porte de chaque cellule, une peinture indique, par l’image, les particularités amoureuses de la fille. Le client peut ainsi choisir en toute connaissance de cause dans cette sorte de libre-service du plaisir, plus sordide qu’excitant. Quelques graffiti obscènes, inévitables en ce genre d’endroits, et des inscriptions attestent que les maladies vénériennes n’étaient pas inconnues des clients du lupanar : « Ici j’ai fait l’amour à une vraiment belle fille, dont beaucoup vantent la beauté ; mais elle avait à l’intérieur d’elle de l’ordure », dit la plus convenable de ces inscriptions, se contentant de faire allusion à ce que les autres désignent en termes plus crus.

Il s’agit du graffiti (CIL IV, 1516) que j’ai commenté ci-dessus à propos des maladies vénériennes.

 

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Inscriptions du lupanar

 

Je n’ai retenu ici que les graffitis composés d’au moins deux mots (sauf exception) et j’ai regroupé ensuite les noms propres isolés.

 

Un homme…

hic ego cVm veni fVTVi deinde redei domi

Moi, je suis venu ici pour baiser et puis je suis rentré chez moit.

CIL IV, 2246

 

… une femme…

fvtvta svm hic

Ici, on m’a baisée.

CIL IV, 2217

 

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et tous les autres…

 

Première chambre à gauche

salvi Pilia

Au revoir, Pilia !

salvi = salve

CIL IV, 2173

Pilia est un nom latin (celui de la jeune femme d’Atticus, par exemple).

 

…IAs cvm ma

gno vbiqve

[Hylas ?] avec Magnus partout.

CIL IV, 2174

Magnus, « le Grand », est un surnom latin très courant.

῞Υλας, « Celui qui aboie » ( ?). Le υ est bref alors que celui de ὕλη (« la forêt ») qui serait plus bucolique est long.

... ἤρατο παιδός

τοῦ χαρίεντος ῞Υλα, τοῦ τὰν πλοκεμῖδα φορεῦντος

[… Héraclès] fut amoureux d’un jeune garçon

le gracieux Hylas, qui portait de si belles boucles… Théocrite, XIII, 7.

S’agit-il un jeune prostitué du lupanar dont Hylas serait le pseudonyme professionnel ?

Voyez un graffiti semblable ci-dessous (n° 2231)

 

hic ego mvltas pvellas

fvtvi

Ici j’ai baisé beaucoup de filles.

CIL IV, 2175

 

Felix

bene fvtvis

Félix, tu baises bien.

Felix : « Celui qui est né coiffé ».

CIL IV, 2176

 

Ikarvs Θ

Ikarus : mort.

CIL IV, 2177

 

Facilis hic fvtvit 

Facilis a baisé ici.

CIL IV, 2178

Facilis : « Facile ».

 

nica creteissiane

Vas-y, Creteissianus.

CIL IV, 2178a

νίκα : « sois vainqueur », encouragement assez fréquent à Pompéi.

Creteissianus prononcé « Cretissianus » doit avoir un rapport avec Cressus « Le Crétois », mais le mot est obscur.

Le suffixe –anus servant à former des noms de peuples, on peut imaginer qu’une prostituée a voulu garder le souvenir du barbarisme d’un client qui s’est défini comme Creteissianus au lieu de Cressus ou Creticus (Κρητηκός).

 

calos paris

Bravo, Pâris !

CIL IV, 2179

καλῶς : « bravo », très fréquent à Pompéi ; Pâris, Πάρις, était un nom très répandu.

 

calos castrensis

Bravo, militaire !

CIL IV, 2180

 

MENTULA2

iarinvs

CIL IV, 2181

[Quelle belle MENTULA2], Iarinus !

Εἰαρινός est la forme homérique de l’adjectif ἐαρινός, « du printemps, printanier ».

 

pVteolanis feliciter

omnibVs nVcherinis

felicia et VncV pompeianis

petecVsanis

Vive ceux de Pouzzoles,

pour tous ceux de Nuchéria

des jours heureux et le croc pour ceux de Pompéi

et pour ceux des îles Pithécuse.

CIL IV, 2183

La dernière ligne a été ajoutée par une autre main, pas plus exigeante sur l’orthographe des noms propres : Nucerinis et Pitecusanis.

uncus : le croc de boucherie ou le crochet à long manche qui servait à traîner les cadavres des condamnés ou des gladiateurs. Certains Romains voulaient traîner ainsi aux Gémonies le cadavre de Tibère : alii uncum et gemonias cadaveri minarentur. Suétone, Tibère. 75.

 

Phoebvs vngventarivs optvme fvtvit

Phoebus le parfumeur a très bien baisé.

CIL IV, 2184

Phoebus, Phebus, Φοῖβος est un nom très répandu.

 

Sollemnes
bene fvtves

Sollemnes, tu baises bien.

CIL IV, 2185

Sollemnis : « Habituel »

Futues doit se lire futuis (au présent)

 

Sollemnes
bene fvtves

Sollemnes, tu baises bien.

CIL IV, 2186

 

Vitalio
bene fvtves

Vitalio, tu baises bien.

CIL IV, 2187

Vitalio est un diminutif de Vitalius, nom latin : « Qui a la force vitale ».

 

Scordopordonicvs hic bene
fvit qvem volvit

Ici, Pet-à-l’ail a bien bsé qui il a voulu.

CIL IV, 2188

Fuit pour futuit. Le graffiti dit « quem » au masculin, « celui que » : faute de déclinaison ? C’est possible, mais il faut plutôt comprendre que, bien qu’ils ne figurent pas sur les fresques, le lupanar abritait aussi des garçons.

σκόρδον, « l’ail » ; πόρδων, « le péteur ; je vois dans la terminaison –nicus un suffixe diminutif plutôt que le radical νικ- « victoire » qui se placerait en début de mot pour signifier « le roi du pet à l’ail ».

 

Helpis β

Espérance, [tu es un] b[on coup].

᾿Ελπὶς β[ene das] ?

CIL IV, 2189

 

fvtvi

J’ai baisé.

CIL IV, 2191

 

XVII Kalendas Ivlias,

Hermeros

cvm Phile

tero et Caphi

so hic fvtv

ervnt

Le 17 des calendes de juillet (15 juin),

Hermeros avec [ses copains] Phileteros et Caphisos ont baisé ici.

CIL IV, 2192

Hermeros : ῞Ερμερος, « aimé d’Hermès » ; Caphisos : Καφισός, « Céphise », la forme dorienne du nom montre que notre homme était originaire de l’Italie du sud ; Φιλέταιρος, « Qui aime ses amis, Buddy » !

 

Arphocras hic cvm Dravca

bene fvtvit denario

Ici, Harpocras a bien baisé avec Drauca pour un denier.

CIL IV, 2193

Une épigramme de l’Anthologie (XI, 115) associe à Isis un dieu guérisseur Harpocratès. Le client du lupanar avait sans doute du mal avec l’écriture des aspirations. Harpocras est-il un diminutif ou une faute pour Harpocra(tè)s ?

Drauca a fait l’amour avec son client, contrairement à ce signifie son nom : « celle qu’on sodomise ».

 

Phoebvs pedico

Moi Phoebus, je sodomise.

CIL IV, 2194

 

Hermeros hic fvtvit

Hermeros a baisé ici.

CIL IV, 2195

 

P DIC APLONIA... A ...

BENE DAT NONIVS

FVTIIRII

J’ai sodomisé Aplonia, …

c’est un bon coup. Nonius

(veut la ) béser…

CIL IV, 2197

Aplonia(m) : ᾿Απολλωνία, Apollonia, ici à l’accusatif. Futere pour futuere.

 

Beronice

Vabenda

fvtvere

Beronice, va(le) ! ben(e) da ! Futuere (te cupio).

Véronique, salut ! Sois un bon coup ! (Je veux te) baiser.

CIL IV, 2198

Βερενίκη, Bérénice, « celle qui apporte la victoire » (φέρω + νίκην), en dialecte macédonien N’oublions pas que les ancêtres des Ptolémée venaient de Macédoine, tout comme Alexandre, et que Cléopâtre à ses heures s’amusait encore à patoiser : οὐ γὰρ ἀντὶ τοῦ φ τῷ β χρῶνται Δελφοὶ καθάπερ Μακεδόνες Βίλιππον καὶ βαλακρὸν καὶ Βερονίκην λέγοντες ... Les Delphiens ne prononcent pas B au lieu de PH, comme le font les Macédoniens qui disent Bilippe, Balacros (« chauve ») et Beroniké… Plutarque, Questions grecques, 9.   Βερονίκη, prononcé « Véroniké », n’est donc qu’une variante de Βερενίκη.

Celle qu’on appelle sainte Véronique était, selon un évangile apocryphe du IVe s., une « femme juive, atteinte d’un flux de sang, guérie par Jésus, [qui] vint témoigner en sa faveur durant son procès devant Pilate. La légende en fit celle qui essuya le visage du Christ montant au Calvaire, avec un linge blanc où se grava l’empreinte de ses traits. Non canonisée, mais appelée sainte. Nom issu (comme Bérénice) du grec "beronike" (qui porte la victoire). Patronne des photographes, des lingères. Fête le 8 mars (12 juillet). Citation du site disparu Dictionnaire des saints.

L’étymologie latine « Vera-icona » relève de la pure fantaisie ; quant au grec « Veron-Eikos », il se compose de deux mots … qui n’existent pas ! ! !

 

Felicla ego f

Félicula, moi, je l’ai baisée.

CIL IV, 2199

Felic(u)la(m) ego f(utui)

Diminutif féminin de Felix.

 

Felicla ego hic fvtvi

Félicula, moi, je l’ai baisée ici.

CIL IV, 2200

 

Marcvs Scepsini vβiqve sal

Le bonjour de Marcus à Scepsina où qu’elle soit.

CIL IV, 2201

Le mot Scepsin- signifie « originaire de Σκῆψις (gén. -εως), ville de Mysie (la Mysie se trouve en Asie Mineure, à l’est de Pergame) ». J’imagine mal un nominatif *Scepsinis. Il faut donc lire SCEPSINII, soit Scepsin(a)e.

 

Ianvariae ii

à Januaria, deux [as ?]

CIL IV, 2201a

Ianuariae II asses solvi. Les deux dernières lettres peuvent se lire aussi TI. Dans les deux cas le graffiti est resté inachevé.

Je soupçonne que Januaria, nom qui revient plusieurs fois sur les murs de ce lupanar, doit s’entendre ici comme un équivalent de Ianitrix, « la Concierge » : la cellule où est gravée ce graffiti se trouve à l’entrée tout comme la loge du concierge. Mais pourquoi Ianuaria et non pas Ianitrix, l’astuce m’échappe.

 

Restitvta bellis Horibvs

Restituta, la fille aux jolies hanières.

CIL IV, 2202

Restitutus, surnom romain, fréquent à Pompéi : « Qui a été rétabli dans ses droits ». Restituta est donc un nom d’affranchie.

bellis moribus, « aux jolies manières » revient plusieurs fois dans les graffitis à connotation érotique qui vantent les mérites d’un garçon ou d’une fille.

La même expression apparaît en grec sous la forme καλὰ ἤθη dans une épigramme du 1er s. ap. J.-C. (Anth. Palat., V, 102) :

Τὴν ἰσχνὴν Διόκλειαν, ἀσαρκοτέρην Ἀφροδίτην,

 ὄψειαι, ἀλλὰ καλοῖς ἤθεσι τερπομένην ...

La maigre Diocléia ? C’est une Aphrodite complètement décharnée

que tu vas voir, mais elle apprécie les jolies manières…

D’autres comprennent, « considérant cette épigramme comme un dialogue » :

– Mais elle aime les mœurs honnêtes. (P. Waltz et J. Guillon, Les Belles Lettres)

ou encore (mais je ne m’explique pas bien comment)

mais que ses moeurs sont honnêtes et pures ! Édition de Jacobs

– Mais on dit que ses mœurs sont d’une fille honnête. Trad. de Philippe Renault

Il me semble qu’il faut plutôt comprendre καλὰ ἤθη et belli mores, dans ces contextes, comme des antiphrases : le client peut tout espérer, tout demander sans risquer d’essuyer un refus. Notons que Martial emploie souvent bellus avec des connotations ironiques ou péjoratives.

 

fvtvi Mvla hic

qvid

Ici j’ai baisé Mula ; qu’est-ce que ...

CIL IV, 2203

Le graffiti est resté inachevé.

Faut-il lire Mula(m) : « la Mule » ou plutôt Mola(m) : « la Meule », comme dans l’inscription suivante ?

Je ne sais pas si la mule avait la même réputation que l’âne, animal érotique consacré à Priape : on voit, dans le Satiricon de Pétrone, chap. 24, Quartilla glisser sa main sous la tunique du jeune Giton et déclarer hodie enim post asellum diaria non sumo « aujourd’hui après avoir mangé de l’ânon, je prendrai pas de soupe ».

Un graffiti de la Casa dei Cristiani, non loin du lupanar dit :

mVlVs hic mVscellas docVit

Ici un mulet a éduqué de fines mouches.

CIL IV, 2016

Mulus, « le mulet » rappelle l’âne, les « moucheronnes » peuvent aussi évoquer « de petites curieuses ».

 

ΜΟΛΑ ΦΟΥΤΟΥΤΡΙС

La Meule, quelle baiseuse !

CIL IV, 2204

Mots latins écrits en caractères grecs : Mola fututris (= fututrix).

 

CALLIDROME VA

Au revoir, Callidromos / Au revoir, Callidromé.

CIL IV, 2206

Vocatif d’un masculin Καλλίδρομος ou d’un féminin Καλλιδρόμη, les deux signifiant : « Qui court bien ».

 

Phoebvs

Sabinvs Proclo

salvtem

Phébus Sabinus donne le bonjour à Proculus.

CIL IV, 2207

Clin d’œil d’un habitué à un autre. Proculus est un surnom latin qui signifie « Né loin de son père ».

 

Victor

cvm

Victor [a bien baisé] avec…

CIL IV, 2209

Graffiti inachevé. Victor : « le Vainqueur ».

Varro Divinarum libro quarto victorem Herculem putat dictum, quod omne genus animalium vicerit Au livre III des Choses divines, Varron pense qu’on appelait Hercule « Vainqueur », parce qu’il avait vaincu toutes les races de bêtes. Macrobe, Saturnales, III, 6. Mais Victor ne se rencontre couramment comme anthroponyme qu’au Bas-empire. J’imagine que ce ou ces Victor dont les murs du lupanar gardent le souvenir avaient latinisé un nom grec courant comme Νικόδρομος, Νικοκλῆς, Νικόλαος ou encore tout simplement Νικήτης, qui sont formés sur le radical nico- / νικο-, « vaincre ».

 

pedicare volo

Je veux [te] sodomiser.

CIL IV, 2210

 

Vidimvs hoc

Nous avons vu ici …

CIL IV, 2211

Graffiti inachevé ; peut-être faut-il comprendre venimus hoc, « nous sommes venus ici… » comme en 2238 ci-dessous.

 

Victrix Victoria va

Victoire la victorieuse, au revoir !

CIL IV, 2212

Victrix Victoria vale.

Victoria, la Victoire, était une déesse connue de longue date, correspondant à la Nikè, Νίκη grecque :

Quid Opis quid Salutis quid Concordiae Libertatis Victoriae ; quarum omnium rerum quia vis erat tanta ut sine deo regi non posset, ipsa res deorum nomen optinuit Que dire du temple de l’Abondance ? de celui du Salut? de ceux de la Concorde, de la Liberté, de la Victoire ? Tous ces biens ont une force telle qu’ils ne pourraient pas être administrés sans un dieu et c’est pourquoi chacun de ces biens a reçu le titre de « dieu ». Cicéron, De la nature des dieux, II, 61.

Mais à mon avis, tout comme pour Victor (ci-dessus 2209), je pense que Victoria pourrait bien être l’adaptation latine d’un nom d’origine grecque comme Νικίς, Victoria permettant les jeux sur les mots de ce graffiti et des autres ci-dessous.

 

Contiqvere

Ils se turent….

CIL IV, 2213

Conticuere omnes, intentique ora tenebant.

Tous se turent, attentifs, ils gardaient les yeux fixés (sur Énée).

Cette citation de Virgile, Énéide, II, 1 revient plusieurs fois sur les murs de Pompéi. Ici je pense que notre client du lupanar, quand les occupants de la cellule voisine ont cessé de crier, emploie ce mot comme une expression toute faite dont il ignore l’origine, une sorte de tic de langage, plutôt qu’une fine allusion littéraire. Les graffiti 2210 à 2213 sont de la même main.

 

ΜΟΥСΑΙΟС

ΕΝΘΑΔΕ

ΒΕΙΝΕΙ

Mousaios bése ici.

CIL IV, 2216

Μουσαῖος ἐνθάδε β{ε}ινεῖ

Μουσαῖος : « Chéri des Muses ».

 

fVtVta sVm hic

Ici, on m’a baisée.

CIL IV, 2217

Ce graffiti me laisse songeur : qu’est-ce qui a bien pu pousser une pauvre fille à graver cette lapalissade sur le mur de sa cellule ? Le parfait peut faire penser à un adieu… Où allait-elle ?

 

Victor bene fvtvis novimvs

Victor, tu baises bien, on sait.

CIL IV, 2218

On a du mal à lire la fin du graffiti : novimus est la seule leçon vraisemblable ; au lieu de futuis, il serait possible de comprendre futuit : « Victor baise bien ».

 

SolLemnes hic

Solemnes [a bien baisé] ici.

CIL IV, 2218a

 

December bene fvtvis

December, tu baises bien.

CIL IV, 2219

December : « Décembre »

 

Asbestvs hic

Asbestus [a bien baisé] ici.

CIL IV, 2222

Ἄσβεστος : « Qu’on ne peut pas éteindre »

 

Felix cvm

Fortvnata

Félix [a bien baisé] avec Fortunata.

CIL IV, 2224

 « L’Heureux » avec la « Chanceuse » ! ! ! Fortunata est le nom de la compagne de Trimalchion dans le Satiricon.

 

Vera Victoria

Victoire, la vraie / la vraie victoire

CIL IV, 2225

à moins que Vera ne soit aussi un nom de femme attesté ailleurs « la Vraie », mais je n’y crois guère.

 

Victoria invicta hic

Victoria, invaincue ici !

CIL IV, 2226

 

Victoria iANVARIA

Victoria, Januaria

CIL IV, 2227

 

…LAS MAGNO SALVTE

Hylas donne le bonjour à Magnus

CIL IV, 2231

Hylas Magno salutem dicit. Le début du graffiti est très abîmé. Voyez ci-dessus le n° 2174.

 

Felix ftv

cvm

Félix a baisé avec …

CIL IV, 2232

Felix futuit.

 

sωсαs

Tu m’as sauvé(e) !

CIL IV, 2234

ἔσωσας, mélange de caractères grecs et latins, à moins que les S ne soient des С mal faits.

 

MOMENTULA2A

S L

Mola, [tu] S[uces les] P[ines].

CIL IV, 2237

Le L de Mola est remplacé par un phallus ; je propose de lire S L Sopiones Linguis.

 

Venimvs

On est venus.

CIL IV, 2238

Voyez ci-dessus vidimus, inscription 2211.

 

VA ISSA

FABIA

Au revoir, Issa ! de la part de Fabia.

CIL IV, 2239

Issa est une forme sémitique de « Jésus ». Fabia est un surnom latin.

 

Salle centrale, entre les deux chambres de gauche

 

Posphorvs hic fvtvit

Phosphorus a baisé ici.

CIL IV, 2241

Φωσφόρος : « Qui porte la lumière, Astre du matin »

 

Epaga

thvs fvtvtor

II C

Epagathos le baiseur a tiré deux coups.

CIL IV, 2242

Epagathos fututor bis chalavit.

Ἐπάγαθος : « Super-Prosper »

 

Clim

CIL IV, 2243a

 

Deuxième chambre à gauche

hic ego cVm veni fVTVi

deinde redei domi

Moi, je suis venu ici, j’ai baisé et puis je suis rentré chez moi.

CIL IV, 2246

veni, vidi, futui !

 

Bellicvs hic fvtvit qvendam

…cvlentissimo rv…

Bellicus en a baisé un ici.

avec le plus juteux des dards !

CIL IV, 2247

Bellicus : « le Valeureux, le Guerrier ». Cette fois encore, nous avons peut-être une traduction du grec πολεμικός et dans ce cas il s’agirait plutôt d’un surnom que d’un nom dans la mesure où polémikos qualifiant une personne signifie « querelleur ». L’équivalent latin a l’avantage d’évoquer le radical de bellus, « beau gars ».

quendam est un masculin, plutôt que de voir une faute (qui n’est pas rare) pour quamdam, féminin, il faut penser encore une fois que ce lupanar proposait des prostitués mâles, ici un pathicus.

J’ai complété la ligne 2, qui est certainement d’une autre main, en suculentissimo rumice. Rumex désigne une sorte de petit javelot, et par métonymie un dard.

 

Phoebvs

bonvs fvtor

Phoebus est bon baiseur.

CIL IV, 2248

futor = fututor

 

HYGINVS CVM MESSIO HIC

Hyginos est venu ici avec Messius ou Ici Hyginus a baisé Messius.

CIL IV, 2249

ὑγιεινός : « qui est sain, bien portant », en latin Valens, nom de plusieurs empereurs du Bas-empire.

Messius, comme le confirme Horace (Satires, I, 5 : Messi clarum genus Osci), est un nom osque, c’est-à-dire de la région de Pompéi. Ce Messius était sans doute un homme libre, était-il le client ou le copain de Hyginos ? Comparez avec le graffiti n°2174 qui présente la même structure : le nom grec en premier, le nom « latin » ensuite.

 

 

CAIVS CVM MYSINE

………

EDICVMQVAMISERVS

Gaius [a baisé] avec Mysiné.

CIL IV, 2250

La deuxième ligne est mutilée, la troisième incompréhensible.

Caius (qui se prononçait Gaius) est un vieux prénom romain. Il s’agit à coup sûr d’un homme libre.

Μυσίνη est difficile à interpréter. Plutôt que « Originaire de Mysie » qui se dit Μυσία, je rattacherais ce pseudonyme professionnel au radical de μύω au sens de « contractée, resserrée », et de μύσις, « obstruction intestinale ». Voyez mon Testamentum Porcelli.

Troisième ligne : [p]edic(avi) umquam  ?

 

SYNEROS

Syneros

CIL IV, 2252

Συνέρως : « Qui vit avec Eros ».

 

СΥΝΕΡΟС

ΚΑΛΟС ΒΙΝΕΙС

Syneros, tu baises bien.

CIL IV, 2253

ΚΑΛΟС pour καλῶς

 

MENTULA2 ratio mi cvm ponis

batacare te pedicaro

ana

Vatia mi, cum ponis,

Vatia care, te pedicabo,

ana[ ... ?] !

Mon ami Vatia, pendant que tu pondras,

cher Vatia, je te sodomiserai,

upwards !

CIL IV, 2254

Graffiti peu clair, sauf si …

– batacare pose problème. Il est possible de l’interpréter comme le vocatif d’un Batacarus, et de comprendre « Batacarus, je te sodomiserai ». Mais ce nom propre ne se rencontre nulle part ailleurs. Il faut donc que care soit le vocatif de carus. Reste un nom masculin au vocatif BATA. Je propose de voir en ce mot une déformation de VATIA, M. Cerrinius Vatia, un candidat à l’édilité pour l’année 79, souvent maltraité dans les inscriptions. On connaît l’évolution phonétique du [b] vers un [β] bilabial, en latin comme en grec où le β s’est rapidement prononcé [v].

– pedicaro : un futur antérieur pedica(ve)ro plutôt surprenant ; pedicaro a été employé pour le futur pedicabo.

– Du coup, je pense que notre scripteur, peut-être un peu dyslexique, a du mal à tracer ses R et ses B : le ratio initial doit se lire Vatia. D’ailleurs, le vocatif mi est masculin, donc la leçon ratio est exclue.

– ponis : ce verbe n’a pas de COD, ce qui est inhabituel. Quand on sait que ce verbe a évolué sémantiquementdans les langues romanes en « poser un œuf, pondre », il n’est pas invraisemblable d’imaginer qu’il ait pu, dans la langue vulgaire ou dans un emploi régional, servir de synonyme à cacare, comme le français « poser culotte ». ponis doit être compris comme un futur (pones).

– ANA pourrait être un emploi adverbial de ἀνά, « en remontant » ; à moins qu’il ne s’agisse des premières lettres d’un mot perdu dont le sens général donné par le préfixe ανα- serait […]-de-bas-en-haut !

– Quant au phallus initial, pourquoi ne pas le lire Pedicabo te et irrumabo (comme Catulle, 16) ?

 

L ANNIVS ..IT

Lucius Annius est passé par ici ( ?).

CIL IV, 2255

Un citoyen romain ! en toge, j’espère ! Il y a la place de deux lettres devant le IT.

 

BERONCE BAS

Véronique, [donne-moi mille] baisers.

CIL IV, 2255

Beronice (Βερονίκη) basia da mi mille ... voyez Catulle, 5, pour la suite !

 

Fronto plani

lingit cvn

nvm

Fronto lèche parfaitement les foufounes.

CIL IV, 2257

Fronto : « Qui a un grand front », surnom latin, sans doute d’un affranchi.

plani = plane.

image009

 

Première chambre à droite

 

Victor cvm Attine

hic fv(tv)it

Victor a baisé ici avec Attiné.

CIL IV, 2258

Attiné : sans aucun doute un nom féminin, mais je sèche. Nom oriental, sémitique ??

 

Africanvs moritvr

scribet pver Rvsticvs

condisces cvi dolet pro Africano

Africanus est mort.

signé Rusticus le jeune esclave.

Tu vas apprendre à qui ça va faire mal à la place d’Africanus.

CIL IV, 2258a

Rusticus : « le Campagnard » ; cet Africanus, « l’Africain » était peut-être le patron du lupanar, et l’inscription nous montre qu’il recevait lui aussi des clients. Rusticus se parlait-il à lui-même ?

 

Fortvnata fellat

Fortunata suce.

CIL IV, 2259

 

Victor

Valea qvi bene

Fvtves

Victor,

porte-toi bien, toi qui

baises bien.

CIL IV, 2260

Victor, valeas qui bene futuis

 

Placidvs hic fvtvit qvem volvit

Placidus a baisé ici qui il a voulu.

CIL IV, 2265

quem est un masculin.

Placidus : « Paisible », surnom romain.

 

VER

FELAS

FORTVNA SIC

Ver(na), tu suces. [D’une autre main :] Ainsi vient la fortune !

CIL IV, 2266

Verna : traduction du nom grec Ἐαρινά, Iarina, « la printanière », à moins qu’il ne s’agisse ici du masculin qui se trouve dans d’autres graffitis sous sa forme latine Iarinus.

 

LVCRIO

AMASVC

SARNESIS

Lucrio aime Suc[cesus] … du Sarno.

CIL IV, 2267

Lucrio amat Successum … Sarnensis.

Graffiti obscur. Lucrio : « le Radin » ; Suc[cessus], nom courant à Pompéi : « Succès » ; le Sarnus, aujourd’hui Sarno est la rivière qui longe Pompéi. Le mot SARNESIS (nominatif) ne peut pas se rapporter à Suc[cessum] (accusatif).

 

MYRTALE

CASSACOS

fellaS

Myrtale suce les Cassacus. ( ?)

CIL IV, 2268

Μυρτάλη : « Couronne de myrte ou d’olivier », diminutif de Μύρτις.

Cassacos : accusatif pluriel d’un surnom Cassacus ? Faute de mieux. A moins qu’on ne puisse imaginer un mélange de grec et de latin : Μυρτάλη, κάσσα, κ(αλῶ)ς fellas Myrtalé, courtisane, tu suces bien.

 

VER ET ANEDIA

La printanière et l’Insatiable.

CIL IV, 2269

Ver[na] : traduction du nom grec Ἐαρινά, Iarina, « la printanière ». Anedia est la transcription de ἀναίδεια, « Impudence, Insatiable ». S’agirait-il d’une Messaline ?

 

MYRTALE

CCASS/

Myrtale [suce] les Cassacus. ( ?)

CIL IV, 2271

 

Mvrtis bene felas 

Myrtis, tu suces bien.

CIL IV, 2273

Μύρτις : « de Myrte », est-ce la même que la Myrtalé ci-dessus ?

felas = fellas.

 

Vic]tor bene

Valeas qvi bene Fvtves

Victor, porte-toi bien,

très bien, toi qui baises bien.

CIL IV, 2274

 

FORTVNATA fellat

Fortunata suce.

CIL IV, 2275

 

irrvmo set V ... K ... AS

je fais sucer mais ...

CIL IV, 2277

 

]nice fellat

Véronique suce.

CIL IV, 2278

Beronice fellat.

 

sVnt a ii

Voilà les 2 as ou Ça coûte deux as.

CIL IV, 2279

sunt asses II.

 

CRI S

CIL IV, 2280

 

CVI

CIL IV, 2283

 

Deuxième chambre à droite

HE

HE

HAC

CIL IV, 2284

 

caivs cvm i

Gaius avec I…

CIL IV, 2286

 

Synethvs

Favstillam

Fvtvit

obiqe rite

Synethus

a baisé

Faustilla

partout selon les règles.

CIL IV, 2288

Συνετός et non Συνεθός : « Prudent » ; Faustilla : diminutif de Fausta, « l’Heureuse » ; obiqe = ubique

 

Entre la deuxième et la troisième chambre à droite

 

COR IS

Le cœur …

CIL IV, 2289

IS, dont la dernière lettre n’est pas sûre, ne peut pas être complété.

 

Troisième chambre à droite

 

QVIS

Qui ?

CIL IV, 2291

 

Au fond de la pièce centrale

 

Mvrtis felatris

Myrtis la suceuse.

CIL IV, 2292

 

VICTOR

HAEC SOR

Victor, tu … cela.

CIL IV, 2294

 

QVISQVIS HIC

N’importe qui, ici, …

CIL IV, 2298

 

Calos

Bravo !

CIL IV, 2301

Grec en caractères latins

 

… V FEB RED

Je suis revenu le 5 des Calendes ( ?) de février.

CIL IV, 2302

(ou des Nones ou des Ides)

 

RETOTATOTOTATO

CIL IV, 2306

Un client qui avait perdu la tête ou qui chantait un « taratata » de victoire ? Faut-il penser à la trompette d’Ennius qui faisait taratantara ?

 

campana polla de

poscit tvnicam fvsci

Polla la Campanienne réclame la tunique de Fuscus.

CIL IV, 2306

Polla = Paula, surnom romain ; Fuscus : « le Basané ».

 

pecvnia non olet

L’argent n’a pas d’odeur.

CIL IV, *2330

Inscription fausse ou mal lue ? Les éditeurs du CIL n’ont pas pu la vérifier et, en ce lieu réputé pour être malodorant, elle paraît trop belle pour être vraie. On pense bien sûr à Vespasien :

Reprehendenti filio Tito, quod etiam urinae vectigal commentus esset, pecuniam ex prima pensione admovit ad nares, sciscitans num odore offenderetur ; et illo negante : Atqui, inquit, e lotio est.

Son fils Titus lui reprochait d’avoir imaginé de taxer même l’urine. Vespasien lui mit sous le nez de l’argent produit par la première rentrée de cet impôt en lui demandant si l’odeur le dérangeait. Et comme Titus répondit que non, Vespasien lui dit : « Et pourtant, il vient de l’urine ! ». Suétone, Vie du Divin Vespasien, 23.

 

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Je n’écris que mon nom :

 

Phoebvs

CIL IV, 2182

 

Lvcr[ETIVS]

CIL IV, 2196

 

Iari[nvs]

CIL IV, 2205

 

Neptvnalis

CIL IV, 2214

 

Cressa

La Crétoise

CIL IV, 2215

 

Iarinvs

CIL IV, 2220

 

Victorie

= Victoriae

CIL IV, 2221

 

Florvs

CIL IV, 2223

 

ianvariae

CIL IV, 2236

 

Ianvariaes

génitif « à la grecque », assez fréquent à Pompéi.

CIL IV, 2233

 

Marcvs

graffiti peu lisible

CIL IV, 2235

 

Q Hortessi

Q(uintus) Hortensius, un citoyen romain qui revendique sa présence au lupanar !

CIL IV, 2240

 

Cadia

prononciation dorienne de κηδεία, « Digne d’égards, Précieuse ».

CIL IV, 2243

 

Frvetvs

= Fructus

CIL IV, 2244

 

Frvctvs

CIL IV, 2245

 

Frvctvs

CIL IV, 2245a

 

Iarinvs

CIL IV, 2251

 

L Annivs

L(ucius) Annius, un autre citoyen romain qui revendique sa présence au lupanar !

CIL IV, 2255

 

ΕρΝΗС

Εἰρήνη « Paix », Irène.

CIL IV, 2261

 

Comenivs ( ?)

CIL IV, 2262

 

Severvs

voyez le n° 2297

CIL IV, 2263

 

Sisininvs

Sans doute un diminutif, de Σισίννης, un nom scythe ? de Sisenna, un nom romain ? ou d’un autre nom ?

CIL IV, 2264

 

ΛΙΒΕΡΑΛΙС

CIL IV, 2270

 

AMPLIATVS

CIL IV, 2272

 

φακι

Il faut sans doute lire ΦΑΚΙΛΙС, Facilis en caractères grecs.

CIL IV, 2276

 

ROMANVS

Nom propre, surnom ou simplement « un Romain de passage » ?

CIL IV, 2281

 

VER

= Verna (ou Vernus ?)

CIL IV, 2282

 

Synethvs

CIL IV, 2285

 

Synethvs

CIL IV, 2287

 

Castrensis

CIL IV, 2290

 

MVR

Murtis = Μυρτίς

CIL IV, 2293

 

Scavdi

vocatif de Scaudius

CIL IV, 2295

 

Marcianvs

CIL IV, 2296

 

L BE…arivs SEVERVS

L(ucius) Bellatorius ( ?) Severus, un troisième citoyen romain qui revendique sa présence au lupanar ! Peut-être le même que le Severus du n° 2263.

CIL IV, 2297

 

Crescens

Un des noms les plus fréquents sur les murs de Pompéi, porté en particulier par un célèbre rétiaire.

CIL IV, 2299

 

Herennivs

CIL IV, 2300

 

Primvs

CIL IV, 2303

 

TVLLVLO

Le « petit nom » d’ un Tullius ?

CIL IV, 2304

 

 


Tableau des noms propres relevés sur les murs du lupanar

avec leur nombre d’occurrences.

Si tous les noms féminins peuvent être considérés comme des noms de prostituées, le tri des noms masculins que je propose ne présente aucun caractère de certitude.

 

LE PERSONNEL

LES CLIENTS

feminin

masculin

Anedia

Aplonia

Attine

Beronice

Cadia

Cressa

Drauca

Eratio

Irini

Fabia

Faustilla

Felicla

Fortunata

Helpis

Ianuaria

Mola

Mula

Murtis

Myrtale

Mysine

Pilia

Polla

Restituta

Scepsina

Verna

Victoria

1

1

1

3

1

1

1

1

1

1

1

2

3

1

4

2

1

3

2

1

1

1

1

1

2

5

Africanus

Hyginus

Hylas

Iarinus / Ver ( ?)

Rusticus

Victor (cité 6 fois)

Ampliatus

Arphocras

Asbestus

Bellicus

Caius

Callidromus

Caphisos

Cassacus

Castrensis

Comenius

Crescens

Creteissianus

December

Epagathus

Facilis

Felix

Florus

Fronto

Fructus

Herennius

Hermeros

Iarinus

Ikarus

Issa

L Annius

L Bellicarius (?) Severus

Liberalis

Lucretius

1

1

1

1

2

1

1

1

2

1

1

1

1

1

2

3

1

1

3

1

2

4

1

1

2

1

1

1

Lucrio

Magnus

Marcianus

Marcus

Messius

Mousaios

Neptunalis

Nonius

Paris

Phileteros

Phoebus

Phoebus Sabinus

Phoebus Unguentarius

Placidus

Posphorus

Primus

Proculus

Q Hortensius

Romanus

Scaudius

Scordopordonicus

Severus

Sisininus

Sollemnes

Syneros

Synethus

Tullulus

Vitalio

1

2

1

2

1

1

1

1

1

1

4

1

1

1

1

1

1

1

1

1

1

1

1

3

2

3

1

1

26 noms différents

6 noms

56 noms différents

 

 


 

Autres lupanars à Pompéi

 

Les inscriptions érotiques ne manquent pas dans les maisons pompéiennes, où l’on trouve aussi parfois de petits lupanars.

On en trouvera ci-dessous quelques exemples.

 


 

Maison d’Hercule

Centivs cvnnv

lingit itonvsia

linget [mentvlam]

Gentius lèche la foufoune, Itonusia [lui] lèchera [la bite].

CIL IV, 1425

 

Salvia felatantiocv

lvscv

Salvia suce Antiochus le Louche.

CIL IV, 1427

 

me me

mentvlam

linge

bi bi

la bite

lèche-la moi !

CIL IV, 1441

 


Vico del lupanare

 

Ismenvs fellator

Ismenus le suceur.

CIL IV, 2169

A l’angle du Vico del Lupanare et de la rue des Augustales

 

Ismenvs felator

Ismenus le susseur.

CIL IV, 2170

sous l’inscription précédente

 


Vico del Panattiere

 

EVPLIA HIC

CVM HOMINIBVS BELLIS

MM

Ici Euplia a baisé avec deux mille hommes raffinés.

CIL IV, 2310b

 

Εὐπλία / Εὔπλοια « celle qui fait bien naviguer » s’emploie comme épiclèse d’Aphrodite. La redoutable Euplia apparaît encore plusieurs fois sur les murs de Pompéi, une fois Reg IX, ins 2 aed 17

 

EVPLIA F A V N

EVPLIA FIIIA

EVPLIA

Euplia F A V N ( ?) ; Euplia suce ; Euplia.

CIL IV, 5048 = 3330

La deuxième ligne a été gravée par une autre main que la première.

 

une autre fois Reg I, ins 9, aed 5

EVPLA LAXA LANDICOSA

Eupl(i)a ouverte et clitoridienne.

CIL IV, 10004

 

Verecvndvs

mentla

ling

Verecundus suce les bites.

CIL IV, 3103

 


in aed dei marmi

Corneli Caesi cinaede

Cornelius Caesius, pédé !

CIL IV, 2312

 


in taberna

Tertvlia

Tertvl

Tertvila

Tertulia, Tertul..., Tertuila.

CIL IV, 2319a

 

vesbinvs cinedvs

Vesbinus pédé.

CIL IV, 3114

 

Vesbinvs cinedv s Vtalio pedicavit [te]

Vesbinus le pédé, Vitalio t’a sodomisé.

CIL IV, 2319b

 

Tyria laspe Τυρια λαсφη

Tyria percisa

Tyria περκιсα

Aephaproditvs

Tyria la velue, Tyria la velue,

Tyria l’embrochée,

Tyria l’embrochée,

Signé Épaphrodite.

Laspe tout comme λασφη ne présente aucun sens évident. Est-ce le début d’un mot abrégé, par exemple λάσταυρος « lascive, débauchée », comme le suggère le CIL ? Je préfère imaginer un terme argotique formé sur le radical de λάσιος « velu, aux cheveux et aux poils abondants et touffus » et de φαίνο- « qui montre sa toison » (mais le composé serait plutôt en sens inverse) ou pourquoi pas φηλός « qui trompe son monde en découvrant sa toison ».

Dans un message qu’il m’a adressé en septembre 2016, M. F.-B. Mâche propose de voir dans le « mot λαcφη une forme que le grec moderne connaît avec l'orthographe λάσπη, et qui signifie "boue, ordure", ce qui conviendrait bien au contexte de l'inscription ». Hypothèse intéressante, la traduction pourrait être :

Tyria la dégueulasse, Tyria la dégueulasse,

Tyria l’embrochée,

Tyria l’embrochée,

Signé Épaphrodite.

CIL IV, 2319l

 

TVRIA PERCISA

Tyria l’embrochée.

CIL IV, 2319p

 


in aedibus 5, 1, 7 « casa del torello » lupanar fuit

 

FELICLA VIRNA A(SSIBVS) II 

Felicula la caresseuse : deux as.

ou Felicula née ici : deux as.

CIL IV, 4023

Virna appelle une correction : on peut lire soit *vinna adjectif non attesté d’où dérive le diminutif vinnula

bene salutando consuescunt, compellando blanditer,

osculando, oratione vinnula, venustula.

On les apprivoise avec des bonjours, des mots tout doux,

des baisers, des paroles toutes caressantes, toutes tendres.

Plaute, Asin., 223

soit plus simplement verna, « esclave née à la maison ».

 

MENANDER

BELLIS MORIBVS

AERIS ASS(IBVS) II

Ménandre aux belles manières : 2 as de bronze.

CIL IV, 4024

 

SVCCESSA VERNA

BELLIS MORIBVS

Successa la caressante, belles manières.

CIL IV, 4025

 

EVTYCHIS

VGRAECA A II

MORIBVS BELLIS

CIL IV, 4592

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Eutychis la Grecque, 2 as, belles manières.

La deuxième ligne commençait par les lettres VER(na), mais le E a été corrigé en G.

 


in taberna Reg 5, ins 1, n 17

HIC EGO BIS FVTVI

Ici j’ai baisé deux fois

CIL IV, 4029

quae aedes 9, 5, 11 lupanar fuerunt

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SOP(H)E AMAT ASVM ( ?) CVN(NVM H)AB(E)T

FEL(L)A(T) NON[N]VL(L)I VIDERE ;

SI VIDER(E) ILLIVS MELIV

FACERET CINEDE BELE FACER

Sophé aime … elle a une foufoune.

elle suce, on l’a bien vu ;

CIL IV, 5095

 

OPTATA VERNA A II

Optata, esclave née ici, 2 as.

CIL IV, 5105

 

SPEES MORIBVS BELLIS A VIIII

Espéraance, belles manières, 9 as

CIL IV, 5127

 

SPES

A II

Espérance, 2 as

CIL IV, 8511 Reg II, ins 7

 

IANVARI

LI(N)GIS [M]ENTVLA(S)

Januarius, tu lèches les bites.

CIL IV, 8512

 

FELICVLA

FELLAS

Félicula, tu suces !

CIL IV, 8711a (palestre)

 

IVCV(N)DVS

MALE C(H)ALA(T)

Jucundus baise mal !

CIL IV, 8715b (palestre)

 

FLORONIVS

BENEF AC MILES

LEG VII HIC

FVIT NEQVE

MVLIERES

SCIERVNT NISI

PAVCAE ET

SESERVNT

Floronius, benef(iciarius) ac miles leg(ionis) VII, hic fuit, neque

Mulieres scierunt nisi paucae et seserunt

xxx

CIL IV, 8767 (palestre)

 

VII IDVS SEPTEMBRES

Q POSTVMIVS

ROGAVIT

A ATTIVM

PEDICARIM

Q Postumius rogavit A Attium (ut) pedicarem

Le 7 des Ides de septembre, Quintus Postumius a demandé à Aulum Attium que je le sodomise

CIL IV, 8805 (palestre)

 

VETTIVS

CV[N]NVM

LI(N)GET OPT

ATVS

Vettius lèche les foufounes ! Optatus.

CIL IV, 8698 (palestre)

 

CELER CINAEDVS

Celer est un pédé.

CIL IV, 5156

 

...]CIVS FELATOR

HI(C) ES

C IVLIVS 

Ici, ...cius, tu es un suceur. Gaius Julius.

CIL IV, 3995

 

in cella quae pistrino n 27 a sin adiacet

GLYCO CVNNVM

LINGIT A II 

Γλυκῶ (« Doucette ») lèche les foufounes pour 2 as.

CIL IV, 3999

 

GLYCO HALICARIA 

Glyco la Meunière.

(sens propre ou « gagneuse » ? cf 2204 μολα φουτουτρις)

CIL IV, 4001

 

in peristylo

tv pvpa sic valeas

si(c) habeas

Venere Pompeianam

Propytiam

Mvnn

vvvv 

Toi, ma poupée, puisses-tu aller bien,

puisse

Vénus Pompéienne

t’être favorable !

CIL IV, 4007

 

Reg. I Ins. IX Aed. V

FORTVNATA [fellat]

Fortunata suce.

image006
CIL IV, 10005

cf 8185

 

CINEDVS I

pédé à 1 as !

CIL IV, 10006

 

QVISQVIS AMAT NVP[T]V[L]A(M)

Quiconque aime une jeune mariée ...

CIL IV, 10023

 

MALIM ME AMICI FELLENT QVAM INIMICI IRRVMENT

Je préférerais être sucé par mes amis que faire une pipe à mes ennemis.

CIL IV, 10030

 

VALERIA FELLAS

MYRINE VA

MYRINE VA VII

FRVCTVS

SOCER

MALLI(I)

Valeria, tu suces.

Salut, Myrinus.

Myrinus, salut 7 [fois ?].

Fructus, gendre de Mallius.

CIL IV, 10033

 

AMA(N)DIO CINEDAVS

Amandio le pédais.

CIL IV, 10043

 

SVPREME CI[NAEDE] A(SSIBVS) IIII SALVE CONV(S)

Supremus, pédé à quatre sous, adieu, vagin.

CIL IV, 10078

conu(s) =cunnus

 

CARMINA AIO SVMMA VIRI

PHALLVS

DVRVS CR(ESCENTIS)

VASTVS

Je dis le chant de gloire de l’homme :

« le phallus dur de Crescens, énorme ! »

CIL IV, 10085

Si, comme je le pense, ce Crescens est bien le rétiaire adulé des foules pompéiennes, ce chant pourrait être l’hymne de ses fautores.

 

ARMA VIRVMQVE

FVSCE CINEDE MAL(L)IVS

Oh ! combien de marins …

Fuscus pédé ! [signé] Mallius.

CIL IV, 10086

 

ΠΕΤΡΩΝΙ ΠΥΡΑΜΟ ΠΕΔΙΚΑС

Petronius, tu sodomises Pyramus.

CIL IV, 10090

texte latin écrit en caractères grecs

 

LI(N)GE mentula_g ASPASIA

Lèche [ma bite], Aspasia !

CIL IV, 10129

 

IVLI mentula_d LINGIS

PACATVS

Tu lèches [la bite] à Julius, Pacatus.

CIL IV, 10132

 

PHOEBVS

CINEdV

Phébus pédé.

CIL IV, 10143

 

]VI NON PATERVS ET NOS FVTVERE BE[NE]

Tu n’as pas subi de contrainte et nous, on a bien baisé.

CIL IV, 10144

paterus = pateris


Maison de Julia Felix

 

PITHIA PRIMA CVM SPARITVNDIOLO MODO HA[C]

Pithia Prima était ici à l’instant avec Sparitundiolus.

CIL IV, 10151

 

PRIMA CVM SVO HAC

Prima était par ici avec son chéri.

CIL IV, 10153

 

PITHIA PRIMA CVM SPARITVNDIOLO HAC MODO

Pithia Prima était à l’instant ici avec Sparitundiolus.

CIL IV, 10154

 

SCVTVLARIVS CVM AFRICANA HAC

Scutularius était par ici avec Africana.

scutula “écuelle” ; cf CIL IV, 10150

CIL IV, 10155

 

PRIMA CVM SPARITVNDIOLO MODO H

Prima était avec Sparitundiolus à l’instant ici.

CIL IV, 10156

M POLLI[V]S PVDE(N)S FVTVIT CRATIS SI AMABIT GEM(ELLAM)

M Pollius Pudens baisera gratis s’il aime Gemella.

CIL IV, 10194

Qui a gravé ce graffiti ? Marcus Pollius ? Gemella ? ou un ami bien intentionné ? Gemella cf 1320, 5377 Gemina cf 2080, 2582, 5826

 

ELIGE [P]VELA IRVMANTI M[A]NV [PO]LL[V]ENT(I) NVLI NEGANT (HOC PVELLAE)

Lèche, jeune fille, on ne dit pas non à qui donne à sucer sa main souillée.

CIL IV, 10197

Nécropole de la porte de Nuceria

Inscriptions gravées sur les tombeaux

 

ARDALA SH XC

Ardala : 10 sesterces ½.

CIL IV, 10218

SH= HS et c=s(emis)?

 

PROMVS FEL(L)ATOR

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Promus le susseur.

CIL IV, 10222

 

ΜΟlΧΑС ΦΙΛΙС ΝΙ[Κ]ΙΟΝ

... ΙΟΙС ΤΡΕΒΙ ΑΝΤΗΝ

Molchas tu aimes Nikios, […] Anthé … de Trébius.

CIL IV, 10223

Inscription très mutilée, en caractères grecs, sauf le L du premier mot ; φιλις=φιλεῖς ; Trebi est sans doute un génitif ; αντη doit se lire Ἂνθη.

 

GRAVIDAM (ME) TENE[T]

AT[I]M[ETVS]

Atimetus m’a mise enceinte.

CIL IV, 10231

 

L HABONIVS SAVCIAT

IRRVMAT CAES(ONI)VM

FELIC(E)M

Lucius Habonius défonce Caesonius et se fait sucer. Heureux Caesonius !

CIL IV, 10232

 

AMO TE FACILIS

FAC MI COPIA(M)

Je t’aime, Facilis, laisse-toi posséder.

CIL IV, 10234

à Herculanum

 

Διογένης κυνικὸς φιλόσοφος

ἰδὼν γυναῖκα ὑπὸ ποταμοῦ φε-

ρομένην εἶπεν ἄφες φέρεσσθαι

 τὸ κακὴν ὑπὸ κακοῦ

Diogène le philosophe cynique,

voyant une femme emportée par un fleuve,

dit : « Laisse emporter

un mal féminin par un mal neutre ».

CIL IV, 10529

 

CHARCA MIAM SIRA

Calca meam [mentulam] Syra

Syra, fais la moi juter.

CIL IV, 10648

Calcare : se dit du raisin que l’on foule pour le presser.

 

In thermis maritimis

Fortvnnvs amat Amplianda(m)

Ianvarivs amat Veneria(m)

rogamvs damna Venvs

vt nos in mente habias

qvod te modo introrgamvs

Fortun(at)us aime Amplianda ;

Januarius aime Veneria.

Nous te demandons, dame Vénus,

de te souvenir de nous

parce que nous faisons rarement appel à toi.

CIL IV, 10697

Dans la maison de Fabius Rufus

 

Felicem somnvm qvi tecvm nocte qviescet

Hoc ego si facere(m) mvlto felicior esse(m)

Il goûtera un doux sommeil l’heureux qui passera une nuit avec toi :

Et si j’étais l’heureux élu, je n’en serais que plus heureux.

Hexamètres

Cum suis vivat valeatque moechis,

quos simul complexa tenet trecentos,

nullum amans vere, sed identidem omnium

ilia rumpens.

Qu’elle vive et prospère avec ses amants,

Elle en tient embrassés tout un tas à la fois,

N’en aimant aucun vraiment, mais les laissant tous

Sans arrêt sur le flanc…

Catulle, 11, 17-20

 

Epaphroditvs cvm Thalia hac

Epaphroditus était par là avec Thalia

 

Vasia qvae rapvi qvaeris formosa pvella

 accipe qvae rapvi non ego solvs ama

Jolie fille, tu demandes les baisers que je t’ai volés.

Je te rends ceux que j’ai volés mais je n’étais pas le seul ! Aime donc !

Distique auquel une autre main a ajouté :

QVISQVIS AMAT VALEAT

Bonne chance à ceux qui aiment.

vasia = basia

 

Romvla cvm svo hic fellat et vvbiqve

Romula la suce à son chéri ici et ppartout.

 

Romvla viros mile trec(en)tos

Romula s’est tapé des tas et des tas de mecs.

 

occasionem nactvs non praetermisi

Je suis tombé sur une bonne fortune, je ne l’ai pas laissé passer.

 

Lahis

fellat

a II

Laïs suce pour deux as.

CIL IV, 1969 forum

 

 


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Mille modi Veneris …

 

Qui mieux qu’Ovide pourrait commenter les tableautins du lupanar et autres lieux comparables ?

 

Vlteriora pudet docuisse, sed alma Dione

 "praecipue nostrum est, quod pudet, inquit, opus."

Nota sibi sit quaeque ; modos a corpore certos

 sumite : non omnes una figura decet.

J’ai honte d’enseigner la suite, mais la bonne Dioné me dit :

« Ce dont tu as honte, c'est justement mon affaire... »

Que chaque femme se connaisse bien ; choisissez la position

qui correspond à votre physique ; la même posture ne convient pas à toutes.

 

Quae facie praesignis erit, resupina iaceto ;

 spectentur tergo, quis sua terga placent.

Celle qui a un visage particulièrement harmonieux, qu’elle s'étende sur le dos.

Que se montrent de dos celles qui sont satisfaites de leur dos.

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Tu quoque, cui rugis uterum Lucina notavit,

 Vt celer aversis utere Parthis equis.

Et toi à qui Lucine a laissé des vergetures sur le ventre,

fais comme le Parthe rapide qui chevauche en tournant le dos.

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Milanion umeris Atalantes crura ferebat :

 si bona sunt, hoc sunt accipienda modo.

Milanion portait sur ses épaules les jambes d'Atalante ;

si les tiennes sont belles, il faut les faire voir de la même façon.

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Parva vehatur equo : quod erat longissima, numquam

 Thebais Hectoreo nupta resedit equo.

Une petite se fera porter par son cheval ; comme elle était très grande …

… jamais la Thébaine épouse d'Hector ne monta le cheval Hector.

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Strata premat genibus, paulum cervice reflexa

 femina per longum conspicienda latus.

Elle se présentera à genoux sur le lit, la tête un peu cambrée en arrière,

la femme qui doit se faire admirer par toute la ligne du flanc.

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Cui femur est iuvenale, carent quoque pectora menda,

 stet vir, in obliquo fusa sit ipsa toro.

Si ton bas-ventre a le charme de la jeunesse et que ta poitrine soit également sans défaut,

l'homme sera debout, et toi-même étendue sur le lit perpendiculairement à lui.

 

Nec tibi turpe puta crinem, ut Phylleia mater,

 soluere, et effusis colla reflecte comis.

N'aie pas honte de dénouer ta chevelure, comme les Bacchantes,

et tourne la tête en laissant flotter tes cheveux.

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Mille modi Veneris ; simplex minimique laboris,

 cum iacet in dextrum semisupina latus.

Il y a mille manières de goûter les plaisirs de Vénus ; la plus simple et la moins fatigante

est d'être à demi couchée sur le côté droit.

 

 

Ovide, Art d’aimer, III, 769-790.

 

 

 


 

© Alain Canu

 

Si vous souhaitez m’écrire :

 

alain.canu02@orange.fr

 

 


 

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