Noctes Gallicanae

Poésie grecque

 


Anacréontiques

'Anakreñnteia

 

Les "Anacréontiques" nous sont parvenus dans le manuscrit qui contient l'Anthologie palatine. Composés "à la manière d'Anacréon", les plus anciens de ces poèmes ne remontent pas au-delà de la période hellénistique, la plupart ont été écrits à l'époque romaine, les plus tardifs doivent dater du 6e siècle de notre ère.

 

ἄγε ζωγράφων ἄριστε

ἄγε, ζωγράφων ἄριστε,

λυρικῆς ἄκουε Μούσης·

φιλοπαίγμονάς τε Βάκχας

ἑτεροπνόους ἐναύλους·

γράφε τάς πόλεις τὸ πρῶτον

ἱλαράς τε καὶ γελώσας,

ὁ δὲ κηρός ἂν δύναιτο,

γράφε κα νόμους φιλούντων.

Allons, toi le meilleur des peintres,

écoute la Muse lyrique.

Peins d'abord les Bacchantes enjouées,

les chants alternés qu'accompagne la flûte,

les villes riantes et joyeuses.

Mais si la cire le permet,

peins aussi les mélodies de ceux qui s'aiment.

 

Ἔρωτα ἔπινον

στέφος πλέκων ποτ’ εὔρον

ἐν τοῖς ῥόδοις Ἔρωτα

καὶ τῶν πτερῶν κατασχὼν

ἐβάπτισ’ εἰς τὸν οἶνον

λάβων δ’ ἔπινον αὐτόν.

καὶ νῦν ἔσω μελῶν μου

πτεροῖσι γαργαλίζει

Tressant un jour une couronne,

j'ai trouvé dans les roses l'Amour

et, le tenant fermement par les ailes,

je l'ai plongé dans mon vin,

j'ai pris la coupe et je l'ai bu.

Et maintenant au fond de mon corps,

de ses ailes, il me chatouille.

 

Ἀνάκρεων γέρων εἶ

λέγουσι αἱ γυναῖκες

Ἀνάκρεων γέρων εἶ

λάβων ἔσοπτρον ἄθρει

κόμας μέν οὐκέτοὔσας

ψιλὸν δὲ σευ μέτωπον

ἐγὼ δὲ τὰς κόμας μέν

εἴτεἰσὶν εἴτἀπλῆθον

οὐκ οἶδα· τοῦτο δοἶδα

ὡς τῷ γέροντι μᾶλλον

πρέπει τὸ περπνὰ παίζειν

ὅσω πέλας τὰ Μοίρης

cilòn d¢ seu m¡tvpon

Les femmes disent:

"Anacréon, tu es vieux!

Prends un miroir et observe

les cheveux que tu n'as plus

et ton front dégarni."

Mais moi, les cheveux,

s'il y en a, s'ils sont tombés,

je ne sais pas. Ce que je sais,

c'est qu'il convient qu'un vieillard

profite d'autant plus des plaisirs de la vie

qu'il est plus proche des arrêts du destin.

 

θέλω θέλω μανῆναι

ἄφες με τοὺς θεούς σοι

πιεῖν πιεῖν ἀμυστί

θέλω θέλω μανῆναι

ἐμαίνετ’ Ἀλκμαίων τε

χὠ λευκόπους Ὀρέστης

τὰς μητέρας κτανόντες

ἐγὼ δὲ μηδένα κτάς

πιὼν δ’ ἑρυθρὸν οἶνον

θέλω θέλω μανῆναι

ἐμαίνετ’ Ἡρακλῆς πρὶν

δεινὴν κλον$ων φαρέτρην

καὶ τόξον Ἰφίτειον

ἐμαίνετο πρὶν Αἴας

μετ’ ἀσπίδος κραδαίνων

τὴν Ἕκτορος μάχαιραν

ἐγὼ δ’ ἔχων κύπελλον

καί στέμμα τοῦτο χαίτης

οὐ τόξον οὐ μάχαιραν

θέλω θέλω μανῆναι

Laisse-moi, que les dieux soient avec toi,

laisse-moi boire, boire cul sec:

je veux je veux perdre la raison.

Ils ont perdu la raison, Alcméon

et Oreste aux pieds blancs,

qui ont tué leur mère.

Et moi qui n'ai tué personne,

en buvant le vin rouge

je veux je veux perdre la raison.

Il avait perdu la raison, Héraclès,

le jour où il agita son terrible carquois

et l'arc d'Iphitos.

Il avait perdu la raison, Ajax,

le jour où il a brandi avec son bouclier

le sabre d'Hector.

Mais moi qui ai une coupe

et cette couronne de feuillage,

sans arc, sans sabre,

je veux je veux perdre la raison.

 

εἰς χελιδόνα

τί σοι θέλεις ποιήσω,

τί σοι, λάλη χελιδόν;

τά ταρσά σευ τὰ κοῦφα

θέλεις λαβὼν ψαλίξω;

ἢ μᾶλλον ἔνδοθέν σευ

τὴν γλώσσαν, ὡς Τηρεὺς

ἐκεῖνος, ἐκθερίξω;

τί μευ καλῶν ὀνείρων

ὑπορθρίαισι φωναῖς

ἀφήρπασας Βάθυλλον;

Que veux-tu que je te fasse,

bavarde hirondelle?

Tes plumes du bout des ailes, tes plumes légères,

veux-tu que je les prenne et que je les coupe?

ou plutôt que dans ton bec,

comme le fameux Térée,

je te coupe la langue?

Pourquoi de mes beaux rêves

avec tes chants trop matinaux

as-tu arraché Bathyllos?

 

εἰς Ἔρωτα κήρινον

Ἔρωτα κήρινόν τις

νεηνίης έπώλει·

ἐγὼ δὲ οἱ παραστὰς

« πόσου θέλεις, ἔφη, σοὶ

τὸ τευχθέν ἐκπρίωμαι; »

ὁ δ' εἶπε δωριάζων

« λαβ’ αὐτόν, ὁππόσου λῇς.

ὅπως δ’ ἂν ἐκμάθῃς πᾶν,

οὐκ εἰμὶ κηροτέχνας,

ἀλλ' οὐ θέλω συνοικεῖν

῎Ερωτι παντορέκτᾳ.

 δὸς οὖν, δὸς αὐτὸν ἡμῖν

δραχμής, καλὸν σύνευνον.

Ἔρως, σὺ δ’ εὐθέως με

πύρωσον· εἰ δὲ μή, σὺ

κατὰ φλογὸς τακήσῃ ».

Un jeune homme vendait un tableau

représentant l'Amour.

Moi, je m'arrêtai devant lui

et lui demandai: « Combien veux-tu

que je t'achète cet objet? »

Et lui me répondit en dorien:

« Prends-le le prix que tu veux.

Si tu veux tout savoir,

je ne sais pas peindre,

mais je ne veux pas cohabiter

avec un Amour qui fait tout désirer.

– Donne-le donc, donne-le moi

pour une drachme, ce beau compagnon de lit.

Quant à toi, Amour,

embrasse-moi tout de suite,

sinon c'est toi qui dans la flamme vas fondre. »

 

eÞw ¦rvtaw

εἰ φύλλα πάντα δένδρων

ἐπίστασαι κατειπεῖν,

εἰ κύματ' οἶδας εὑρεἶν

τὰ τῆς ὅλης θαλάσσης,

σὲ τῶν ἐμῶν ἐρώτων

μόνον ποῶ λογιστήν.

πρῶτον μὲν ἐξ ᾿Αθηνῶν

ἔρωτας εἴκοσιν θὲς

καὶ πεντεκαίδεκ' ἄλλους.

ἔπειτα δ' ἐκ Κορίνθου

θὲς ὁρμαθοὺς ἐρώτων·

Ἀχαΐης γὰρ ἐστιν,

ὅπου καλαὶ γυναίκες.

τίθει δὲ Λεσβίους μοι

καὶ μέχρι τῶν ᾿Ιώνων

καὶ Καρίης ῾Ρόδου τε

δισχιλίους ἔρωτας

τί φῇς; ἐκηριώθης;

οὔπω Σύρους ἔλεξα,

οὔπω πόθους Κανώβου,

ού τῆς ἅπαντ' ἐχούσης

Κρήτης, ὅπου πόλεσσιν

Ἔρως ἐποργιάζει.

τί σοι θέλεις ἀριθμῶ

καὶ τοὺς Γαδείρων ἐκτός,

τῶν Βακτρίων τε κἰνδῶν

ψυχής ἐμῆς ἔρωτας;

Si tu es assez savant

pour énumérer toutes les feuilles des arbres,

si tu sais trouver le nombre des vagues,

celles de la mer entière,

c'est toi et toi seul que j'engage

comme comptable de mes amours.

Pour commencer mes amours d'Athènes:

notes-en vingt et ajoutes-en quinze.

Ensuite marque mes rangées

d'amours de Corinthe,

c'est en Achaïe

les filles sont belles.

Compte ensuite mes amours à Lesbos,

et comptes-en dix mille en passant par l'Ionie,

la Carie et Rhodes.

Que dis-tu, tu ne suis plus?

Je n'ai pas encore parlé de la Syrie,

ni des passions de Canope,

ni de la Crète où l'on trouve

tout ce qu'on veut,

l'Amour est célébré

dans toutes les cités.

A quoi bon alors compter

mes amours d'au-delà de Gadès,

ceux de Bactriane et de l'Inde,

les amours de ma vie?

 

ἡδυμελὴς Ἀνακρέων

ἡδυμελὴς Ἀνακρέων,

ἡδυμελὴς δὲ Σαπφώ

Πινδαρικὸν δέ μοι μέλος

συγκεράσας τις ἐγχέοι.

τὰ τρία ταῦτά μοι δοκεῖ

καί Διόνυσος ἐλθών

καί Παφίη λιπαρόχροος

καὐτός ῎Ερως ἂν ἐκπιεῖν.

Anacréon aux doux chants,

Sappho aux doux chants.

Qu'on les mélange pour moi

avec un chant de Pindare

et qu'on me les verse.

Ce mélange des trois, je le crois,

si Dionysos venait

et si la Paphienne à la peau douce

venait et si Eros lui-même venait,

ils les boiraient.

 

ἡ γὴ μέλαινα πίνει

ἡ γὴ μέλαινα πίνει

πίνει δὲ δένδρεα δ' αὐτήν

πίνει θάλασσ’ ἀναύρους

ὁ δ ἥλιος θάλασσαν

τὸν δ’ ἥλιον σελήνη

τί μοι μάχεσθ’ ἑταῖροι

καὐτῷ θέλοντι πίνειν;

La terre noire boit,

puis les arbres la boivent,

la mer boit les torrents,

le soleil boit la mer,

la lune boit le soleil.

Pourquoi me querellez-vous, mes amis,

quand je veux boire moi aussi?

 

περὶ γυναικῶν

Φύσις κέρατα ταύροις

ὁπλὰς δ’ ἔδωκεν ἵπποις

ποδωκίην λαγωοῖς

λέουσι χάσμ’ ὀδόντων

τοῖς ἱχθύσιν τὸ νηκτόν

τοῖς ὀρνέοις πέτασθαι

τοῖς ἀνδράσιν φρόνημα

γυναιξὶν οὐκ ἔτ’ εἶχεν

τί οὖν; δίδωσι κάλλος

ἀντ’ ἀσπίδων ἁπασῶν

ἀντ’ ἐγχέων ἁπάντων

νικᾷ δὲ καὶ σίδηρον

καὶ πῦρ καλή τις οὖσα

La Nature a donné les cornes aux taureaux,

les sabots aux chevaux,

des pattes rapides aux lièvres,

un gouffre de dents aux lions,

aux poissons le don de nager,

aux oiseaux le don de voler,

aux hommes le don de penser,

pour les femmes il ne lui restait plus rien.

Alors? Elle leur a donné la beauté

qui remplace tous les boucliers,

qui remplace toutes les lances.

Elle peut vaincre même le fer et le feu,

celle qui est belle.

 

εἰς κόρην

ἐγὼ δ’ ἔσοπτρον εἴην

ὅπως ἀεὶ βλέπης με

ἐγὼ χιτὼν γενοίμην

ὅπως ἀεὶ φορῇς με

ὕδωρ θέλω γενέσθαι

ὅπως σε χρῶτα λούσω

μύρον γύναι γενοίμην

ὅπως ἐγὼ σ’ ἐλείψω

καὶ μάργαρον τραχήλῳ

καὶ σάνδαλον γενοίμην

μόνον ποσίν πάτει με

Je voudrais, moi, être ton miroir,

afin que tu ne regardes jamais que moi;

je voudrais, moi, devenir ta robe,

afin tu ne portes jamais que moi;

je veux devenir eau

afin de ruisseler sur ta peau;

je voudrais, jeune fille, devenir ton parfum

afin que ce soit de moi que tu t'enduises;

je voudrais devenir perle à ton cou,

je voudrais devenir sandale de tes pieds :

tu ne foulerais que moi et moi seul.

 

φέρ’ ὕδωρ φέρ’ οἶνον

φέρ’ ὕδωρ φέρ’ οἶνον ὦ παῖ

μέθυσόν με καὶ κάρωσον

τὸ ποτήριον λέγει μου

ποδαπόν με δεῖ γενέσθαι

Apporte l'eau, apporte le vin, petit esclave,

enivre-moi et abrutis-moi.

Ma coupe me dit

comment il faut que je devienne.

 

 


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