Dieppe : mariages et patronymes

 

 

Les premiers registres de catholicité commencent à DIEPPE Saint-Jacques en juin 1607, ceux de DIEPPE Saint-Rémy débutent en 1550, sans indication de quantième ni de mois, le prêtre se contente d'indiquer le patronyme et le prénom de chaque conjoint sans préciser la profession, ni l'âge, ni le métier de chacun d'eux. De 1550, on passe directement à 1573 et 1574, puis 1577, de 1579 à 1581 et enfin 1614.

 

Les lacunes sont fréquentes, par exemple les années 1649 à 1660, 1668 à 1696, 1716 à 1724, 1728 à 1735 ne figurent pas dans les micro-films; fort heureusement les registres de la série communale conservés aux Archives Municipales de DIEPPE comprennent ces années, mais ce n'est pas toujours le cas. En effet, l'année 1653 et la période du 25 avril 1660 à 1667 inclus, entre autres, font complètement défaut.

 

Par ailleurs, les registres micro-filmés ne correspondent pas toujours à ceux de la série communale. Ainsi, les micro-films de Saint-Rémy font état, comme nous l'avons vu, d'un premier mariage en 1550, tandis que le premier mariage figurant dans les registres de la série communale n'a été célébré que le 20 octobre 1614.

 

Le curé, sans doute conscient des problèmes posés par les erreurs et les omissions éventuelles, éprouve parfois le besoin d'authentifier les renseignements donnés par les actes; il note ainsi à la fin du registre de l'année 1625 :

« Les baptesmes et Inhuma(ti)ons Cy dessus ont esté trouvez en la parroisse de St Rémy de dieppe Ceque Curé delad(ic)te parroisse Soubzsigné Certiffie estre Vray faict le Seiziesme Jour d'octobre mil six Centz Trente six. »

Ou bien il indique la raison de la lacune. Par exemple, après le 24 novembre 1689, il note :

« Le Registre de 1690 a été Bruslé et par consequent point de Recherche ». De même après le 1er décembre 1691, on trouve la mention suivante :

« Lannée 1692 a été Brulée. »

Ces deux registres, 1690 et 1692, ont-ils été détruits lors du bombardement de DIEPPE par deux escadres, l'une anglaise, l'autre hollandaise les 22 et 23 juillet 1694, bombardement qui détruisit et incendia la majeure partie de la ville? Très probablement, car le registre de l'année 1694 ne commence qu'en août et le prêtre précise :

« Le 22 de Juillet Jour de la magdeleine la ville de Dieppe ayant été bombardée par larmée navale des anglois et holandois pendant Deux Jours les Registres des Baptemes Mariages et Inhumations furent brulez depuis le premier janvier jusq'audit Jour. »

 

L'ordre chronologique n'est pas toujours bien respecté. Il arrive même que des mariages figurent dans des registres autres que ceux correspondant à l'année de leur célébration; on trouve dans le registre de 1652 le mariage de BRIé Pierre et GAIGNEUX Jeanne, célébré le 12/10/1645; et celui de HEDOIN Mathurin et NOé Marie, du 26/11/1646.

Comme nous l'avons constaté pour la paroisse Saint-Jacques, les prêtres mentionnent assez fréquemment, dès la fin du XVIIème siècle, le métier exercé par l'époux et/ou son père, plus rarement celui exercé par l'épouse.

 

Mariages

Le relevé systématique des mariages célébrés dans les paroisses Saint-Jacques et Saint-Rémy de DIEPPE nous a permis d'établir une liste, probablement non exhaustive par suite des lacunes existant dans les registres, des métiers des Dieppois, d'origine ou non, au cours des XVIIème et XVIIIème siècles. Il est aisé de constater que les métiers exercés par les paroissiens et paroissiennes de Saint-Rémy recoupent, en partie, ceux pratiqués par les paroissiens et paroissiennes de Saint-Jacques; bien que certains ne figurent que dans l'une ou l'autre paroisse, mais cela peut être dû à une omission du prêtre.

 

Les curés de Saint-Rémy, comme les prêtres de Saint-Jacques, mentionnent parfois la cause et/ou le lieu du décès du précédent mari de l'épouse ou de la précédente femme de l'époux, ou encore des parents de l'un des conjoints, lorsque ce décès a eu lieu hors de DIEPPE. Nous donnerons ci-après quelques exemples, il convient de préciser que la date indiquée n'est pas celle du décès mais celle de l'acte de mariage dans lequel ce décès est mentionné : "mort au service du Roy en Perigord il y a 18 ans d'un coup de mousquet" (10/02/1671); "tué d'un coup de lance par un espagnol a Saint-Domingue" (15/08/1676); "mort d'une blessure a la bataille de Treves" (30/05/1677); "canonnier tué en combat naval" (26/03/1685); "mort le 7 octobre 1696 au Canada" (01/05/1697); "perdu en mer" (05/06/1720). Ces précisions sont moins nombreuses qu'à Saint-Jacques, probablement parce que Saint-Rémy comptait moins de marins parmi ses paroissiens, donc moins de possibilités d'un décès se produisant à l'extérieur de DIEPPE. Le prêtre justifie parfois l'absence des parents des futurs conjoints; par exemple le 17/02/1670, FORMANTIN Pierre épouse PILLÉ Catherine, dont le père est "actuellement au Senegal."

 

En principe, les époux reconnaissent, pendant la célébration du mariage, l'enfant (ou les enfants) né(s) avant cette cérémonie. Le curé utilise quelquefois une formulation curieuse pour ce faire; le 10/07/1752, par exemple, il signale que BARRY Guillaume et DELAUNÉ Marie Margueritte "reconnaissants Lesdittes parties que le nommé pierre Jean Baptizé Le neuf decembre mil Sept Cent Cinquante et un en la paroisse de Basqueville Sous le nom dun inconnu (sic) est Leur enfant veritable provenant deux..."

La reconnaissance de six enfants : Victoire Félicité Constance, ° 22/06/1742, Anne Elizabeth, °31/05/1746, Marie Joseph, °11/09/1747, Marie Margueritte Angélique, °11/02/1749, Françoise Marie, °02/12/1750 et Charles Joseph, °25/04/1752, a pu avoir lieu, le 11/03/1753, malgré le décès brutal de MAQUINEHAN Charles Joseph, sous-lieutenant de la milice bourgeoise, père de ces enfants, lors de la célébration de son mariage avec BAILLEUL Marie Elizabeth. Bien entendu, l'acte fut déclaré nul.

 

Certaines mentions sont susceptibles d'accompagner l'acte de mariage. Le 03/09/1615, BOUFFARD Guillaume et SANNIER Ester sont unis "par sentence du Lieutenant Criminel". Le prêtre omet d'indiquer la raison de cette sentence, SANNIER Ester est probablement enceinte des oeuvres de BOUFFARD Guillaume qui ne manifestait sans doute pas d'empressement à l'épouser.

 

Le mariage pouvait être célébré à des heures inhabituelles, entre cinq a six heures du matin le 15/10/1616 pour LEMOYNE Pierre, écuyer, de CALTOT, et GUERRIER Catherine, avec la légitimation d'une enfant. Espérait-on ainsi éviter le charivari qui était susceptible d'accompagner l'union d'une fille de la paroisse avec un "étranger", un "horsain" ?

 

Quelques mariages sont précédés de l'abjuration des futurs époux ou de l'un d'eux; le 12/02/1668, DAVID Adrien et LECLERC Magdelaine abjurent; le 26/03/1685, HATTANVILLE Marie abjure avant son mariage avec DESBARRES René; de même que le 16/05/1724 LEPREVOST Catherine avant de s'unir à BOGNARD Mathieu; le 10/05/1713, les deux futurs conjoints RAVENEL Jean et MAHYEU Catherine abjurent.

 

Habituellement la filiation des époux est indiquée selon la formule suivante : fils, ou fille, naturel(le) et légitime de..., suivent le nom et le prénom du père et de la mère. Quelquefois l'un des futurs époux est dit illégitime, sans autre précision; le père, lorsqu'il est nommé, portant soit le même patronyme que le garçon ou la fille, soit un patronyme différent. Les paroissiaux de Saint-Rémy présentent un certain nombre de cas semblables. Sachant que les ménages protestants étaient considérés, du point de vue catholique, comme non mariés et vivant en concubinage, les enfants de ces couples étaient donc illégitimes. Peut-on systématiquement en déduire qu'il s'agit d'une famille protestante ? Sans aucun doute lorsque le curé donne un renseignement complémentaire, par exemple le 22/08/1743, BOUTEILLIER Roch épouse DREVON Marie Catherine, fille illégitime de feu DREVON Jean et de VIOLAINE Marthe, cette dernière retirée en Angleterre a Cause de la Religion.

Par contre, si PAPIN Marie Magdeleine, lors de son mariage avec Jacques, le 19/11/1743, est bien fille illégitime de feu PAPIN Charles et de DELAUNÉ Marie Magdeleine, aucune allusion ne permet d'affirmer le protestantisme des parents. Quand le père porte un patronyme différent de celui de son fils, ou de sa fille, que peut-on en conclure ? Par exemple, le 25/11/1739, FERMENT Louis épouse BERNARD Marie Catherine, fille illégitime de feu GONNEVILLE (de), prénom non précisé, et de feu LEPLÉ Madeleine; les patronymes de la fille et du père étant différents, il ne s'agit vraisemblablement pas de protestants, mais plutôt d'une enfant née d'une mère célibataire, ou veuve, et reconnue par son père putatif.

 

Patronymes curieux…

Les paroissiens de Saint-Rémy, comme ceux de Saint-Jacques, portent parfois de curieux patronymes : BREVIAIRE, CATSOU, COUILLARD, DEMYHEURE, FANTOME, LANGUEDOR, LECUL, LHOMME DIEU, MALBRANCHÉ, MARQDARGEN, MORTUAIRE, QUATRELIVRES, QUATRESOLS, TAILLEFESSE, TREPASSÉ...

Un patronyme évoque le souvenir des commerçants espagnols qui s'installèrent à DIEPPE aux XVème et XVIème siècles : +GONSALE Marie Catherine, femme SAUVAGE Guillaume (25/10/1736)

 

… et prénoms peu courants :

prénoms masculins - Agatanche, Amy, Artus, Bidolt, Cadichon, Cardin, Delacroix, Doudard, Eutrope, Fleury, Godart, Guion, Mandin, Melque...

prénoms féminins - Anatholie, Bonnefoy, Bersabée, Guitée, Massette, Rémye, Robinette, Rogere, Romaine, Saignette, Sainte-Croix, Vincenne...

 

 

Le rapprochement entre le patronyme et le métier, ou entre les patronymes des futurs époux, se révèle parfois comique :

FERMENT Charles, jardinier, fils de +Nicolas et de +PEPIN Anne... (25/11/1737)

GRAILLON Marie Victoire, herbière, veuve Dherbe Jean Baptiste (18/11/1788)

SIMON Jean, soldat, fils de +Jean et de +BATAILLE Marie (18/09/1713)

HURPIE Joseph, jardinier x VERDURE Marie Françoise (20/06/1744)

BOURIQUES Claude x HUE Marie ( 03/05/1721)

LANIER Jacques x MULET Susanne (18/08/1731)

 

Un patronyme évoque le souvenir des commerçants espagnols qui s'intallèrent à DIEPPE au XVème et au XVIème siècles :

+ GONSALE Marie Catherine, femme SAUVAGE Guillaume (25/10/1736)

 

 

Paris, mars 1997

 

Gaston CANU


 

 

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