Noctes Gallicanae

 

OBSCENA VERBA

 


Propriété intellectuelle

Je me réserve la propriété de ces pages, conception, traductions et commentaires, qui sont donc sous copyright © Alain Canu. Bien entendu, vous pouvez les utiliser à votre guise à condition de ne pas en faire un usage commercial et à condition d’en mentionner les références. Si vous souhaitiez utiliser ces pages dans une publication destinée à la vente, j’en serais évidemment flatté, dans ce cas, mettez-moi au courant.

Copyright Notice

All pages about Pompeii are copyright © Alain Canu, the year being that of the last update.

Notwithstanding, you are free to use this text, provided you do not sell them, and provided you include the above copyright notice (followed by the appropriate year).

If you would like to include any material on these pages in printed material for sale, I'll be flattered: just drop me a line.


L’abréviation CIL IV (ou CIL 4, il faut que je mette de l’ordre !) renvoie au volume IV du Corpus Inscriptionum Latinarum, recueil de toutes les inscriptions latines antiques, initié au 19ème siècle par des érudits allemands et régulièrement mis à jour. Quelques milliers de pages… Les volumes du Corpus et les inscriptions dans chaque volume sont organisés selon la localisation géographique des inscriptions : le volume IV est consacré aux inscriptions pariétaires et doliaires de Pompéi et d’Herculanum (les inscriptions monumentales ont été rassemblées dans le volume X), le volume VI à la ville de Rome, le volume XII à la Gaule Narbonnaise, etc. Le volume IV contient environ 12000 inscriptions classées rue par rue, maison par maison, pièce par pièce.

 

L’abréviation Anth. Palat. renvoie à l’Anthologie Palatine, ou Anthologie Grecque. C’est un recueil de 4500 courts poèmes appelés épigrammes, composé vers l’an 1000 et que nous a transmis un manuscrit dit « Palatinus ». Le recueil rassemble les œuvres de plus de 300 poètes, depuis Tyrtée (et peut-être même Homère) qui vivait au VIIe s. av. J.-C. jusqu’aux contemporains de Justinien (VIe s. ap. J.-C.). Le livre I contient les épigrammes chrétiennes, le livre V les épigrammes érotiques, le livre VI les épigrammes dites « votives », le livre VII les épitaphes, le livre IX les épigrammes « démonstratives » (par ex. inscriptions sur la base de statues), le livre X les épigrammes morales, le livre XI les épigrammes satiriques, le livre XIV les problèmes et devinettes.

L’abréviation AE suivie d’un millésime renvoie à la revue l’Année épigraphique.

 

J’ai utilisé la police Garamond Latin pour écrire le latin et la police Athenian pour le grec, et des caractères de couleur marron pour les deux langues anciennes, sauf les inscriptions peintes de Pompéi que je note en rouge, les graffitis en rouge foncé et les inscriptions magiques sur tablettes de plomb en gris.

Les citations et les textes d’auteurs français apparaissent en caractères bleu foncé, mes propres traductions en vert olive.

Comme je trouve l’italique désagréable à lire sur l’écran, j’ai préféré souligner les titres d’ouvrages.


 

 

Un jour, en relisant ces pages, je les ai trouvées peu convenables et je les ai supprimées.

 

Ce vocabulaire cru, c’est celui de Catulle, Horace, Martial et autres. Le devoir du traducteur … c’est de traduire. Si l’auteur s’exprime grossièrement, il faut que le traducteur soit grossier. Bien sûr, il est toujours possible de s’autocensurer, d’estimer comme les érudits d’antan qu’on peut tout écrire en latin parce que « le latin brave la pudeur », mais que le français est plus délicat. On traduit alors le vers de Catulle

Pedicabo ego vos et irrumabo

par « Je vous prouverai ma virilité ». Voyez ci-dessous et traduisez vous-même ! Vous apprécierez la différence.

 

A la suite d’un échange de messages à propos de ces pages, je me laisse convaincre de leur utilité et je remets mes « Obscena verba » en ligne. Et puis les temps ont changé… ce n’est pas une connerie de dire que beaucoup de mots autrefois grossiers sont devenus d’usage courant et qu’on a oublié qu’un enfoiré c’est quelqu’un qui a de la merde au cul !

 

 

Je tiens toutefois à préciser que les Latins et les Grecs ne partageaient pas toutes nos valeurs, loin de là : ils étaient ouvertement et sans complexes à la fois machos, sexistes, esclavagistes, racistes, xénophobes et homophobes, sans imaginer un instant qu’on puisse penser autrement. De là des mots dont la violence nous choque, mais dont j’ai cru devoir employer les équivalents français pour traduire la violence contenue dans les mots latins.

 


 

Dire …

Memini illum, cum libertinum reum defenderet, cui obiciebatur, quod patroni concubinus fuisset, dixisse: « impudicitia in ingenuo crimen est, in servo necessitas, in liberto officium. » Res in iocos abiit: « non facis mihi officium » et « multum ille huic in officiis versatur ». Ex eo impudici et obsceni aliquamdiu « officiosi » vocitati sunt.

Je me souviens qu’il a dit au cours d’un procès où il défendait un affranchi à qui il était reproché d’avoir eu des rapports avec son maître : « cette souillure est un crime chez l’homme de naissance libre, c’est un devoir indiscutable pour un esclave, c’est un service que rend un affranchi [à son ancien maître] ». C’est devenu une source de bons mots : « Tu ne me rends pas service » et « Untel s’applique beaucoup à rendre service à Untel ». De là le nom de « serviables » que l’on donne parfois aux mignons et aux débauchés.

Sénèque le Père, Controverses, IV, 10.

 

… et ne pas dire

Anum appellas alieno nomine: cur? si turpe est, ne alieno quidem; si non est, suo potius.

Tu désignes l’anus par un autre nom. Pourquoi ? si la chose est grossière, aucun mot ne convient ! si elle ne l’est pas, appelle-la plutôt par son vrai nom !

                                                                                                                                              Cicéron, Ad fam., IX, 22

 

image002.jpg


arrigo, is, ere : « être en érection »

Jam nisi per somnum non arrigis et tibi, Mevi,

Désormais tu ne bandes plus qu’en rêve, Mévius…

Martial, XI, 46

 

"Quid te mutavit ? Quod reginam ineo ? Uxor mea est. Nunc coepi an abhinc annos novem ? Tu deinde solam Drusillam inis ? Ita valeas, uti tu, hanc epistulam cum leges, non inieris Tertullam aut Terentillam aut Rufillam aut Salviam Titiseniam aut omnes. An refert, ubi et in qua arrigas ? "

« Qu’est-ce qui te prend ? C’est parce que je saute une reine ? C’est ma femme. Ça vient de se faire ou ça dure depuis neuf ans ? Et toi, tu ne sautes que Drusilla ? A la bonne heure, si quand tu liras cette lettre tu n’as pas sauté Tertulla ou Terentilla ou Rufilla ou Salvia Titisenia ou toute la clique. Qu’est-ce que ça me fait, où tu bandes et dans laquelle ? »

Suétone, Auguste, 69. (Lettre d’Antoine à Octave).


caco, as, are, avi, atum : « aller à la selle ». C’est le seul verbe courant pour exprimer cette action. Je traduis le plus souvent  par « faire caca », qui peut paraître un peu enfantin mais le verbe latin n’était certainement pas perçu comme aussi grossier dans les divers contextes que notre verbe « chier », qui est son descendant direct tout comme le méridional « caguer ».

Ventris onus misero, nec te pudet, excipis auro,

   Basse, bibis vitro : carius ergo cacas.

Tu soulages ton ventre sans la moindre honte dans un vase en or, le pauvre !

Or tu bois dans du verre, mon cher Bassus : ça te coûte donc plus cher de déféquer.

Martial, I, 37

 

Ceterum erit mihi curae ut testamento caveam ne mortuus iniuriam accipiam. Praeponam enim unum ex libertis sepulchro meo custodiae causa, ne in monumentum meum populus cacatum currat.

Et puis j’aurai soin de veiller par testament à ne pas subir d’outrage après ma mort : je préposerai un de mes affranchis à la garde de mon tombeau pour que les gens n’y courent pas pour y faire caca. [Pierre Grimal traduit par « déposer leurs étrons »]

Pétrone, Satiricon, 71.

 

Mais évidemment voici le contre-exemple, où le contexte impose un verbe plus rude :

Hanc ad munditiem adde mundiorem,

quod culus tibi purior salillo est,

nec toto decies cacas in anno . . .

A cette propreté, ajoute plus propre encore :

tu as le cul plus pur qu’une salière

et tu ne chies pas dix fois dans une année entière…

Catulle, 23, 18-21.

 

Il est toujours possible, en société, d’utiliser une périphrase :

Panem autopyrum de suo sibi, quem ego malo quam candidum ; et vires facit, et cum mea re causa facio, non ploro.

Du pain de ménage, fait de blé complet, que pour ma part je préfère au pain blanc : car il donne des forces et me fait aller sans larmes à mes petites affaires. [trad. P. Grimal]

Pétrone, Satiricon, 66.

 

La même périphrase sert d’ailleurs à désigner aussi les flatulences : Trimalcion, tout comme l’empereur Claude, pense qu’il est dangereux de se retenir, même à table :

Itaque si quis vestrum voluerit sua re causa facere, non est quod illum pudeatur.

C’est pourquoi, si l’un de vous a besoin de se soulager, il n’y a pas de honte à avoir.

Pétrone, Satiricon, 47.


calo, as, are, …(chalo) : « relâcher, entr’ouvrir », terme de la langue nautique emprunté au grec χαλάω, même sens. Mot sans doute très vulgaire que n’emploient ni Catulle ni Martial.

IVCVDVS

MALE CALA

Iucundus male calat : Jucundus fuck mal !

CIL 4, 8715b

Quaedam enim feminae sordibus calent...

Certaines femmes ne mouillent que pour des clochards …

Pétrone, CXXVI.


cauda (ou coda), ae, f : « queue » ; mêmes emplois qu’en français.

accidit ut cuidam testis caudamque salacem

demeterent ferro

Il est arrivé qu’à certain [homme adultère] on ait tranché au fer ses testicules et sa queue lubrique.

Horace, Satires, I, 2, 45-46

 

acris ubi me

natura intendit, sub clara nuda lucerna

quaecumque excepit turgentis verbera caudae

Lorsqu’une pulsion naturelle me fait bander et qu’à la lueur d’une lanterne une femme nue

reçoit les coups de ma queue gonflée…

Horace, Satires, II, 7, 49

 

Une inscription électorale de Pompéi (CIL 4, 7240), peinte sur le mur du bistrot de Masculus, « le Mâle », non loin d’un expressif Priape, mentionne des codati. Lisez caudati : « des hommes avec une queue » :

CN HELVIVM

SABINVM AED D R P O F

MASCVLVS CVM CODATIS VBIQ(VE)

Élisez Gnaeus Helvius Sabinus édile,

il est digne de gérer la collectivité.

Masculus et tous ceux qui ont une queue vous le recommandent.

 

Caudam antiqui "penem" vocabant […], at hodie "penis" est in obscenis. « At vero Piso ille Frugi in Annalibus suis queritur adolescentes peni deditos esse. » Quod tu in epistula appellas suo nomine, ille tectius "penem;" sed, quia multi, factum est tam obscenum quam id verbum, quo tu usus es. Les Anciens désignaient la queue par le mot « membre » […], mais de nos jours « membres » fait partie des mots obscènes. Mais, dis-tu, le fameux Pison Frugi se plaint dans ses Annales de voir les jeunes gens consacrer tout leur temps à leur membre. Ce que toi, dans ta lettre, tu appelles par son nom, lui il le nomme à mot couvert « membre », mais comme beaucoup de gens en font autant, ce mot est devenu aussi obscène que celui dont tu t’es servi. Cicéron, Fam., IX, 22. Ce passage tendrait à montrer que pour Cicéron le mot cauda ne présente justement pas de sens obscène.

Horace emploie cauda au sens de mentula, mais ni Catulle ni Martial ne le font, peut-être parce que cet emploi avait pris une connotation paysanne.


ceveo, es, ere, cevi : « remuer les fesses » ; se dit du mâle ou du pathicus :

Sed pedicaris, sed pulchre, Naevole, ceves.

Oui, tu te fais enfiler ; oui, Naevolus, tu tortilles joliment du cul…

Martial, III, 95


cinaedus, i, m : « inverti, efféminé ». Du grec κίναιδος que les Anciens faisaient dériver de κινέω et αἰδώς « celui qui remue ses parties honteuses ». Faute de mieux, j’ai systématiquement traduit ce mot (péjoratif) par « pédé ».

Pedicabo ego vos et irrumabo,

Aureli pathice et cinaede Furi.

Je vous enculerai et je vous la ferai sucer,

Aurélius la fiotte et Furius le pédé.

Catulle, 16

 

     εἰς κιναίδους

Ἀνέρας ἠρνήσαντο, καὶ οὐκ ἐγένοντο γυναῖκες·

οὔτἄνδρες γεγάασιν, ἐπεὶ πάθον ἔργα γυναικῶν·

οὔτε γυναῖκες ἔασιν, ἐπεὶ φύσιν ἔλλαχον ἀνδρῶν·

ἀνέρες εἰσὶ γυναιξὶ καὶ ἀνδράσιν εἰσὶ γυναῖκες.

Les pédés

Ils ont renoncé à être hommes, et ne sont pas devenus femmes ;

ils ne sont pas devenus hommes puisqu’ils assument les rôles des femmes ;

ils ne sont pas femmes puisque la nature les a fait naître hommes ;

ce sont des hommes aux yeux des femmes et aux yeux des hommes, ce sont des femmes.

Anth. Palat.


clunes, ium, m ou f : « fesses, croupe » (des hommes et des animaux)

Forsitan expectes ut Gaditana canoro

incipiant prurire choro plausuque probatae

ad terram tremulo descendant clune puellae,

Peut-être espères-tu que les danses de Gadès

commencent à t’exciter sur leurs rythmes mélodieux et qu’encouragées par les applaudissements

les filles glissent peu à peu vers le sol en tortillant des fesses.

Juvénal, XI, 162-165.


coleus, i, m : « testicule ». On trouve aussi culio, onis, m (de là « couillon »). Il arrive qu’un homme puisse se dire coleatus, « couillu ».

Cum depilatos, Chreste, coleos portes

Bien que tu trimballes, Chrestus, des couilles épilées, …

Martial, IX, 27

 

Le mot possède évidemment des connotations nombreuses.

Putabat se coleum Iovis tenere.

Il croyait tenir une couille de Jupiter (c’est-à-dire avoir décroché le gros lot).

Pétrone, Satiricon, 51.

 

Sed si nos coleos haberemus, non tantum sibi placeret. Nunc populus est domi leones, foras vulpes.

Mais si on avait des couilles, [le maire] ne ferait pas tant le malin. De nos jours, le peuple, c’est des lions à la maison et des renards dehors.

Pétrone, Satiricon, 44.


criso, as, are, … : « remuer les fesses, se déhancher » ; se dit en parlant d’une femme.

Numquid, cum crisas, blandior esse potes?

Tu licet ediscas totam referasque Corinthon,

Non tamen omnino, Laelia, Lais eris.

Est-ce que tu peux, quand tu tortilles du cul, être plus séduisante ?

Tu auras beau apprendre par cœur et reproduire Corinthe toute entière,

Lélia, tu ne seras jamais tout à fait Laïs.

Martial, X, 68.


cunnilingus, i, m : « celui qui lèche le sexe féminin ».

Pediconibus os olere dicis.

Hoc si, sicut ais, Fabulle, verum est:

Quid tu credis olere cunnilingis?

Les sodomites ont, dis-tu, mauvaise haleine.

Si c’est vrai, Fabullus, si c’est comme tu le dis,

Selon toi, que penser de l’haleine des lécheurs de foufounes ?

Martial, XII, 85

image008


cunnus, i, m : « vulve, vagin ». L’ancêtre de notre mot « con », mais contrairement à son descendant, ce mot n’est jamais employé comme insulte.

Praestatur cano tanta indulgentia cunno

On montre une telle complaisance à cette chatte chenue…

Martial, II, 34.

 

En grec, κυσθός ou κυσός « trou ».

προσμενεῖς σύ, μέχρι σευ ἥλιος θάλψῃ

τὸν κυσὸν ἐσδύς ; [...]

Est-ce que tu vas rester là, jusqu’à ce que le soleil te chauffe

le trou en y pénétrant ?

Hérondas, Mimes, VIII.


culum, i, n : « cul ».

Quid miseros frustra cunnos culosque lacessis ?

Pourquoi harcèles-tu en vain des cons et des culs ?

Martial, XI, 46

 

Sit culus tibi quam macer, requiris ?

Pedicare potes, Sabelle, culo.

A quel point tu as le cul maigre, tu veux le savoir ?

Eh bien Sabellus, tu peux enculer quelqu’un avec ton cul !

Martial, III, 98

 

[...]matrenia culibonia

CIL 4, 8473

... Matrenia au beau cul.

le mot culibonia se prête à d’autres interprétations !


do, as, are, dedi, datum : « avoir des relations sexuelles ». Ellipse de cunnum alicui dare ?

Le verbe dare s’emploie avec un sujet féminin sans COD mais avec éventuellement un nom d’homme au datif :

Saepe ego Chrestinam futui. Det quam bene quaeris ?

Supra quod fieri nil, Mariane, potest.

J’ai souvent sauté Chrestina. Tu veux savoir si elle baise bien ?

Ah, Marianus, au-delà de tout ce qu’on peut trouver !

Martial, II, 31.

 

Vxorem nolo Telesinam ducere : quare ?

Moecha est... Sed pueris dat Telesina : volo.

Je ne veux pas épouser Télésina. Pourquoi ?

C’est une salope ! … Quoi ? elle baise avec de petits esclaves ? Alors je veux bien.

Martial, II, 31.

 

Vis futui gratis, cum sis deformis anusque.

Res perridicula est: vis dare nec dare vis.

Tu veux te faire baiser gratis et tu es moche et vieille !

Ça, c’est vraiment marrant : tu veux le donner et tu ne veux pas donner.

Martial, VII, 74.


draucus, i, m : « sodomite ». Porté comme nom propre, au masculin ou au féminin, par des prostitués.

Vna lavamur : aspicit nihil sursum,

sed spectat oculis devorantibus draucos

nec otiosis mentulas videt labris.

Nous nous lavons ensemble : il ne regarde rien en levant les yeux,

mais il contemple d’un œil avide les tarlouzes,

et il ne voit pas leurs bites sans remuer les lèvres.

Martial, I, 96.


fascinum, i, n : « membre viril ».

inlitterati num minus nervi rigent

minusve languet fascinum?

Horace, Épodes, VIII.

Mes attributs incultes en sont-ils plus petitement raides

Et mon braquemard s’est-il amolli, plus petit ?

 

Tu, qui non bene cogitas et aegre

carpendo tibi temperas ab horto,

pedicabere fascino pedali.

Quod si tam gravis et molesta poena

non profecerit, altiora tangam.

Toi qui as de mauvaises intentions et qui difficilement

Te retiens de cueillir les fruits de ce jardin,

Tu seras sodomisé par un braquemard d’un pied de long !

Et si un châtiment si sévère et si pénible

Ne suffit pas, je m’attaquerai à l’étage au-dessus.

Priapées, 28


fello, as, are, … : « sucer ». Sur le même radical sont formés fel(l)ator, fel(l)atrix.

Quid faciat volt scire Lyris. Quid? Sobria fellat.

Lyris veut savoir ce qu’elle a pu faire. Ce qu’elle a fait ? Même sans avoir bu, elle suce !

Martial, II, 73

 

Os male causidicis et dicis olere poetis.

Sed fellatori, Zoile, peius olet.

La bouche sent mauvais, dis-tu, chez les avocats et les poètes.

Mais chez les suceurs, Zoïlus, elle sent encore plus mauvais.

Martial, XI, 30

promus.jpg

CIL 4, 10222

Promus felator

petit graffiti sur une tombe

porte de Nuceria


ficus, i, m : « la figue ». Désigne les hémorroïdes et toute sorte de kystes mal placés, à l’anus ou in locis verecundioribus ! Saint Fiacre, patron des jardiniers, passait pour guérir le « fic », c’est-à-dire les hémorroïdes, les chancres et certains cancers (source : Wikipedia).

Notons qu’en grec τὸ σῦκον, tout comme l’italien fica, désigne le sexe de la femme.

Cum dixi ficus, rides quasi barbara verba

et dici ficos, Caeciliane, iubes.

Dicemus ficus quas scimus in arbore nasci,

dicemus ficos, Caeciliane, tuos.

J’ai dit « figues », et tu en ris comme d’une faute de prononciation :

Tu veux qu’on dise « fics », Cécilianus.

Nous emploierons « figues » pour celles dont nous savons qu’elles poussent sur un arbre,

Nous emploierons « fics », Cécilianus, pour les tiens.

Martial, I, 65


fornix, icis, m : « chambre voûtée », et tout particulièrement celle qu’occupaient les prostituées, d’où les mots populaires comme fornicare, fornicator qui seront repris par le latin de l’Église.

At meretrix abigit testem veloque seraque

raraque Submemmi fornice rima patet.

Mais la putain écarte tout témoin avec un rideau, avec un verrou,

Et une ouverture étroite laisse passer le jour dans ce bordel du Submemmium.

Martial, I, 34

fornix désignait l’« arche », la « voûte » en général, puis tout endroit voûté. Ce mot est certainement parent de fornax, le « four » et furnus, le « four de boulanger ». Il faut quand même un peu d’imagination pour écrire que « les prostituées romaines s'établirent d'abord dans des endroits écartés, autour des murailles de la ville, dans les souterrains du cirque et sous la voûte des fours abandonnés » !


futuo, is, ere, ui, utum : « avoir des relations sexuelles ». Le sujet est toujours masculin et le COD, exprimé ou sous-entendu, toujours féminin. Sur le même radical, fututor, fututrix et fututio.

Lingis, non futuis meam puellam

et garris quasi moechus et fututor.

Si te prendero, Gargili, tacebis.

Tu lèches ma petite amie, tu ne la baises pas !

Et tu te vantes de me cocufier en grand baiseur…

Si je t’y prends, Gargilius, tu ne pourras plus parler [la bouche pleine] !

Martial, III, 97

 

Nullus in urbe fuit tota qui tangere vellet

uxorem gratis, Caeciliane, tuam,

dum licuit : sed nunc positis custodibus ingens

turba fututorum est : ingeniosus homo es.

Personne dans tout Rome qui ait voulu toucher

ta femme sans payer, Cécilianus,

pendant que c’était possible. Mais maintenant que tu as embauché des gardiens, immense

est la foule des baiseurs : tu es un malin !

Martial, I, 73

 

Le féminin fututrix est attesté à Pompéi comme attribut d’un nom propre de femme

ΜΟΛΑ ΦΟΥΤΟΥΤΡΙС

La Meule, quelle baiseuse !

CIL IV, 2204

Mots latins écrits en caractères grecs : Mola fututris (= fututrix).

mais il n’est employé par Martial qu’au figuré en rapport avec « main » ou « langue » :

                        inguina saltem

parce fututrici sollicitare manu.

… évite

Du moins d’exciter les bas-ventres de ta main branleuse !

Martial, XI, 22

Numquid pollicita est tibi beatam

noctem Naevia sobriasque mavis

certae nequitias fututionis ?

Est-ce que Naevia t’a promis une nuit de bonheur ?

Et tu préfères attendre dans la sobriété

les jouissances d’une baise assurée ?

Martial, I, 106


ineo, is, ire, ii, itum : « avoir des relations sexuelles » (vulgaire ; voir ci-dessus s.v. arrigo)

"Quid te mutavit ? Quod reginam ineo ? Uxor mea est. [. . .]"

« Qu’est-ce qui te prend ? C’est parce que je tire une reine ? C’est ma femme. »

Suétone, Auguste, 69. (Lettre d’Antoine à Octave)


inguen, inis, n : « aine, bas-ventre, parties génitales ». Un mot convenable.

          Priapus siligineus

Si vis esse satur, nostrum potes esse Priapum:

Ipsa licet rodas inguina, purus eris.

          Étiquette d’un Priape en froment

Si tu veux être rassasié, tu peux manger mon Priape :

Tu peux même lui ronger les parties, tu resteras pur.

Martial, XIV, 70.

 

crassa nec opposito pauidus tegit inguina guto.

Il ne cache pas craintivement son énorme bas-ventre derrière une jarre d’huile.

Juvénal, XI, 158.


irrumo, as, are, … : « donner à téter, faire sucer ».

Subdola famosae moneo fuge retia moechae,

levior conchis, Galle, Cytheriacis.

Confidis natibus ? Non est pedico maritus ;

quae faciat duo sunt : irrumat aut futuit.

Je te conseille de fuir les filets dangereux d’une adultère notoire,

Gallus, toi qui as moins de poils que les coquilles de Vénus.

Tu comptes sur tes fesses ? Le mari n’est pas un sodomite,

Il ne fait que deux choses : il se fait sucer ou il baise.

Martial, II, 47

 

irrumare implique éjaculer :

Non vis in solio prius lavari

quemquam, Cotile : causa quae, nisi haec est,

undis ne fovearis irrumatis ?

Primus te licet abluas : necesse est

ante hic mentula quam caput lavetur.

Tu ne veux pas qu’avant toi un autre se trempe

Dans le bain, Cotilus. Pour quelle raison, sinon celle-ci ?

Pour ne pas sentir la tiédeur des pollutions dans l’eau.

Baigne-toi le premier si tu veux, il faudra pourtant bien

Que dans le bain ta bite se trempe avant ta tête !

Martial, II, 70

 

irrumator, oris : au sens propre « qui se fait sucer », le mot prend aussi une valeur d’injure plus générale.

Praesertim quibus esset irrumator

praetor, nec faceret pili cohortem.

Surtout ceux qui avaient un salaud

pour officier supérieur, se fichant bien de sa cohorte.

Catulle, 10


landica, ae, f : « clitoris ». En grec ἐσχάρα.

At di deaeque dentibus tuis escam

negent, amicae cunnilinge vicinae,

per quem puella fortis ante nec mendax

et quae solebat impigro celer passu

ad nos venire, nunc misella landicae

vix posse iurat ambulare prae fossis.

Puissent les dieux et les déesses refuser à tes dents

La nourriture ! Tu as léché la foufoune de la petite amie de ton voisin !

A cause de toi, une fille qui était vigoureuse et pas du tout menteuse

Et qui venait toujours vers moi, vive

Et d’un pas rapide, maintenant cette pauvre petite

Jure qu’elle peut à peine marcher en raison des fentes à son clitoris.

Priapées, 78

 

Memini in senatu disertum consularem ita eloqui : « Hanc culpam maiorem an ilLAM DICAM ». Potuit obscenius ?

Je me souviens d'un éloquent consulaire qui s’exprima ainsi en plein sénat : « Dirai-je que cette faute est plus grande que celle-là ? » N'est-ce pas le comble de l'obscénité ?

Cicéron, Ad fam., IX, 22.


lingo, is, ere, linxi, lictum : « lécher, sucer », mais pas forcément dans un sens obscène, tout comme lambo, is, ere, « lécher, laper ».

ista cum lingua, si usus veniat tibi, possis

culos et crepidas lingere carpatinas.

Avec une langue pareille, tu pourrais, si besoin était,

Lécher des culs ou des sandales bas de gamme.

Catulle, 98


lupa, ae, f : « louve, prostituée ». Quel rapport entre une louve et une prostituée ? La louve passait, semble-t-il, pour une femelle particulièrement lubrique ! Selon d’autres sources, les prostituées racolaient en imitant le hurlement du loup.

Cythéris, la célèbre maîtresse d’Antoine, a pris sur le tard le nom de Lycoris (Λυκώρεια), sans doute plus pour évoquer Apollon et le Lykôrée, un sommet du Parnasse, que la louve prostituée.

La belle Messaline exerçait, paraît-il, ses talents au lupanar sous le pseudonyme de Lycisca, formé sur le nom grec du loup (λύκος).

Chez Lucien et dans l’Anthologie grecque on rencontre des courtisanes nommées Λυκαίνη, Λυκαίνιον, Λυκαινίς.

Dans le Satiricon de Pétrone, le voisin d’Encolpe traite la femme de Trimalcion de lupatria « salope », mot que P. Grimal traduit par « putain ».

Voyez ci-dessous meretrix.

abscondunt spurcas et monumenta lupas.

même les putes de bas étage se cachent dans les monuments funèbres.

Martial, I, 34


lupanar, aris, f : « lupanar », lieu de prostitution où l’on trouve des louves, lupae.

intravit calidum veteri centone lupanar

et cellam vacuam atque suam

Elle entra dans le tiède lupanar aux vieux rideaux

et dans la cellule vide qui lui est réservée…

Juvénal, VI, 121-122 voyez Messaline


meio, is, ere et mingo, is, ere, mi(n)xi, mictum : « pisser ». On trouve des formes comme miare, minsare dans les inscriptions.

cuius ad effigiem non tantum meiiere fas est.

Contre la statue duquel on peut pisser sans crainte, et pas seulement !

Juvénal, I, 131

      laudare paratus,

si bene ructavit, si rectum minxit amicus

Prêt à s’extasier si son ami a bien roté et s’il a pissé droit.

Juvénal, III, 106-107

 

Minxisti currente semel, Pauline, carina.

Meiere vis iterum ? Iam Palinurus eris.

Paulinus, tu as pissé une fois tandis que voguait la barque,

Tu veux pisser une seconde fois, alors tu seras Palinure.

Jeu de mots: πάλιν οὐρεῖν « uriner de nouveau » et Palinurus, le pilote d’Énée.

Martial, III, 78


mentula, ae, f : « membre viril », parfois terme injurieux (« tête de noeud »). C’est le mot le plus courant, ni grossier, ni bien sûr très convenable du fait de son sens. J’ai choisi, faute de mieux, de le traduire par « bite ». Il existe d’autres mots, parfois plus imagés, pour désigner cette partie du corps masculin, comme columna, medius vir, nervus, vomer, etc.

Solis putatis esse mentulas vobis,

solis licere, quidquid est puellarum,

confutuere et putare ceteros hircos ?

Vous croyez être les seuls à avoir une bite ?

Les seuls à qui il est permis de se taper toutes les filles et de considérer les autres hommes comme des boucs ?

Catulle, 37

 

mentulatus

deus Priapo mentulatior non est.

Aucun dieu n’est plus membré que Priape.

Priapées, 36

 

"Ruta" et "menta," recte utrumque: volo mentam pusillam ita appellare, ut "rutulam;" non licet.

« Ciboule » et « menthe » sont deux mots tout à fait convenables. Mais si je veux employer un diminutif de « menthe » sur le modèle de « ciboulette », c’est impossible. [ruta désigne la rue]

Cicéron, Ad fam, IX, 22.

image005


meretrix, icis, f : « celle qui se fait payer », tout simplement, comme le dit bien Ovide :

Stat meretrix certo cuivis mercabilis aere

et miseras iusso corpore quaerit opes

La gagneuse attend de gagner avec qui voudra la somme fixée

et recherche de misérables profits en livrant son corps.

Ovide, Amours, I, 10.

 

lupanar7 spartaci_filius2

Alix, Spartaci filius.

  meretricis avarae

quae sese toto corpore prostituit.

… de la putain rapace

qui offre au public son âme et son corps tout entier.

Catulle, 110

 

La bustuaria (bustuarius, « celui qui brûle les morts ») exerçait ses talents dans les nécropoles, à l’abri des tombeaux.

Les prostituées de bas-étage étaient appelées dioboliae « qu’on paye deux oboles » ou quadrantariae « qu’on paye un quart d’as »), c’est-à-dire vraiment pas très cher : à Pompéi, chez Hédoné, une pinte de vin valait un as.


moecha, ae, f : « femme adultère, cocotte ». Le mot grec μοιχός a pour seul sens « homme adultère », il existe un féminin μοιχάς « femme adultère ». En latin, on désigne par moechus et moecha ceux et celles dont les amours, licites ou non, n’ont rien à voir avec le lien conjugal. Le mot d’origine grecque atténue l’expression d’une réalité choquante dans la tradition romaine.

ne Paris abducta gavisus libera moecha

otia pacato degeret in thalamo.

Pour que Pâris ne jouisse pas de la maîtresse qu’il avait enlevée

En vivant sans souci ni contrainte dans une chambre paisible.

Catulle, 68b

 

« Moecha putida, redde codicillos,

redde putida moecha, codicillos ! »

« Puante salope, rends-moi mes lettres

rends-moi mes lettres, puante salope ! »

Catulle, 42

 

Au masculin moechus, « l’amant » :

Moechum Gellia non habet nisi unum.

Turpe est hoc magis: uxor est duorum.

En fait d’amants, Gellia n’en a qu’un.

C’est encore bien plus grave : elle est l’épouse de deux hommes !

Martial, VI, 90.


molo : « moudre ». Il s’agit évidemment d’une métonymie très vulgaire qui évoque la meule (mola) composée d’un cône fixe, la « borne » (meta) et d’un double cône creux, le « plat » (catillus), dont la partie supérieure forme trémie et dont la partie inférieure frotte contre la borne.

mola.jpg

Deglubit, fellat, molitur per utramque cavernam.

Elle branle, elle suce, elle se fait ramoner par les deux trous.

Ausone, Épigrammes, 71.

 

Super inguina mea diu multumque frustra moluit.

Installé sur mes parties, il essaye longtemps et de toutes les manières de se ramoner, mais sans résultat.

Pétrone, Satiricon, 23.

 

Ce verbe donnait un participe archaïque multus :

Multus homo es, Naso, neque tecum multus homost qui

     descendit : Naso, multus es et pathicus.

Avec toi, il faut que ça saute, Nason, mais personne ne saute sur l’occasion

de descendre en ville avec toi : Nason, tu te fais sauter, tu es une fiotte.

Catulle, 112.


mut(t)o, onis, m : « membre viril » ; dérivé mutuniatus : bien membré

Dormis cum pueris mutuniatis,

et non stat tibi, Phoebe, quod stat illis

Tu dors avec de jeunes esclaves bien membrés

et, Phébus, ce qui se dresse chez eux ne se dresse pas chez toi…

Martial, III, 73.

Mutunus Tutunus était une divinité priapique, peut-être d’origine étrusque, symbolisant l’union des sexes dans le mariage et à qui les femmes, revêtues de toges prétextes, adressaient des sacrifices.

Rocco Siffredi.bmp


pat(h)icus, i, m : « sodomite passif »

Pulccre convenit improbis cinaedis,

Mamurrae pathicoque Caesarique.

C’est un joli accord entre ces infâmes pédés,

Mamurra la fiotte et César.

Catulle, 57


pedico, as, are, … (paedico) : « sodomiser », formé sur le grec τὰ παιδικά « le mignon, le favori ». On pense à la Μοῦσα Παιδική de Straton qui forme le livre XII de l’Anthologie Palatine. Ce mot appartient à la même famille que παιδεραστής « qui aime les jeunes garçons, pédéraste ». Pour autant que je sache, la sodomie antique ne s’exerce que dans les relations homosexuelles.

Simpliciter tibi me, quodcumque est, dicere oportet,

natura est quoniam semper aperta mihi :

pedicare volo, tu vis decerpere poma ;

quod peto, si dederis, quod petis, accipies.

C’est en toute simplicité qu’il faut que je te dise ce qu’il en est :

De fait, je suis d’une nature toujours directe,

Je veux sodomiser quelqu’un, tu veux cueillir les fruits,

Donne-moi ce dont j’ai envie, ce dont tu as envie emporte-le.

Priapées, 38

 

pedico, onis, m: celui qui sodomise

Dives eras quondam: sed tunc pedico fuisti

et tibi nulla diu femina nota fuit.

Nunc sectaris anus. O quantum cogit egestas!

Illa fututorem te, Charideme, facit.

Autrefois tu étais riche, mais tu étais alors un sodomite

Et pendant longtemps tu n’as connu aucune femme.

Maintenant tu cours après les vieilles. A quoi pousse l’indigence !

Eh oui, Charidemus, elle a fait de toi un baiseur.

Martial, XI, 87.


pedo, is, ere, pepedi, peditum : « péter ». peditum, i,n : « pet ».

Multis dum precibus Iovem salutat

Stans summos resupinus usque in ungues

Aethon in Capitolio pepedit.

Riserunt homines, sed ipse divom

Offensus genitor, trinoctiali

Adfecit domicenio clientem.

Post hoc flagitium misellus Aethon,

Cum vult in Capitolium venire,

Sellas ante petit Paterclianas

Et pedit deciesque viciesque.

Sed quamvis sibi caverit crepando,

Compressis natibus Iovem salutat.

Tout en saluant Jupiter par de nombreuses prières,

Tête droite, dressé sur ses orteils,

Aethon, au Capitole, péta !

Tout le monde se mit à rire. Le père des dieux lui-même,

offensé, condamna ce mauvais sujet

à refuser les invitations à dîner pendant trois jours.

Après ce scandale, quand le malheureux Aethon

veut monter au Capitole,

il passe d’abord aux toilettes publiques de Paterclius

et pète dix ou vingt fois.

Mais bien qu’il ait pris ses précautions avec ces pétarades,

c’est en serrant les fesses qu’il salue Jupiter.

Martial, XII, 77.

 

Ces deux mots étaient considérés comme très vulgaires :

Dicitur etiam meditatus edictum, quo veniam daret flatum crepitumque ventris in convivio emittendi, cum periclitatum quendam prae pudore ex continentia repperisset.

On dit même qu’il avait en projet un édit autorisant à lâcher à table vents et bruits intestinaux, parce qu’il avait appris qu’en se retenant par politesse un convive avait mis sa vie en danger.

Suétone, Claude, 32.


penis, is, m : « membre viril ». Le sens ancien est « queue » : penem antiqui codam vocabant. Même famille étymologique que le grec πέος, même sens.

verum a te metuo tuoque pene

infesto pueris bonis malisque.

Mais j’ai peur de toi et ta queue

Funeste aux garçons, les bons et les mauvais.

Catulle, 15

 

Curandum penem commisit Baccara Graecus

    rivali medico. Baccara Gallus erit.

Baccara le Grec a confié sa queue

à un médecin, son rival … Baccara va se retrouver eunuque !

Martial, XI, 74.


percido, is, ere, cidi, cisum : « transpercer » (sens obscène bien sûr).

Percidere puer, moneo : futuere puella :

barbatum furem tertia poena manet.

Tu vas te faire enfiler, mon garçon, je te préviens ; tu vas te faire baiser, fillette,

Et le voleur barbu il lui reste le troisième châtiment.

Priapées, 13


pipinna, ae, f : « quéquette », mot enfantin.

Drauci Natta sui vocat pipinnam,

conlatus cui Gallus est Priapus.

Natta appelle « quéquette » celle de son giton

à côté de qui Rocco Siffredi passerait pour un eunuque !

Martial, XI, 72.


podex, icis, m : « le derrière ». De la famille de pedo, is, ere, pepedi, peditum « péter », podex signifie donc au sens propre « le péteur ». De la même racine que βδέω et πέρδομαι.

Zoile, quid solium subluto podice perdis ?

Spurcius ut fiat, Zoile, merge caput.

Zoïlus, pourquoi gâches-tu ton bain en y trempant ton pétard ?

Pour que le bain soit vraiment sale, Zoïlus, trempes-y ta tête !

Martial, II, 42


porcus, i, m : le sexe des jeunes filles nubiles.

Sus graece dicitur ὗς, olim θῦς, dictus ab illo verbo quod dicunt θύειν, quod est immolare. Ab suillo enim pecore immolandi initium primum sumptum videtur, cuius vestigia, quod initiis Cereris porci immolantur, et quod initiis pacis, foedus cum feritur, porcus occiditur, et quod nuptiarum initio antiqui reges ac sublimes viri in Etruria in coniunctione nuptiali nova nupta et nouus maritus primum porcum immolant. Prisci quoque Latini, etiam Graeci in Italia idem factitasse videntur. Nam et nostrae mulieres, maxime nutrices, naturam qua feminae sunt in virginibus appellant porcum, et Graecae χοῖρον significantes esse dignum insigne nuptiarum.

Le porc se dit en grec « hys », autrefois « thys », nom qui dérive du verbe « thyin » qui signifie « sacrifier ». En effet il semble que c’est d’abord dans le troupeau de porcs que l’on prenait les victimes au début des sacrifices. Il reste des souvenirs de cet usage : on sacrifie des porcs au début des cérémonies pour Cérès ; on tue un porc au début des cérémonies pour la paix lorsqu’on a négocié le traité ; au début des cérémonies de mariage, chez nos anciens rois et dans l’aristocratie étrusque, la jeune mariée et le jeune mari commençaient la célébration de leur union nuptiale par le sacrifice d’un porc. Il semble que les anciens Latins aussi, tout comme les Grecs installés en Italie, connaissaient la même coutume. La preuve en est que chez nous, les femmes et tout particulièrement les nourrices appellent chez les jeunes filles la partie du corps qui fait d’elles des femmes le « porc » (les Grecques aussi l’appelent χοῖρος « le porc »). Elles désignent ainsi les signes qui montrent que le temps du mariage approche.

Varron, De l’agriculture, II, 4, 9-10


prostituta, ae, f : celle qui « se tient exposée aux regards ». Le terme semble appartenir au langage juridique. Martial n’utilise ce mot que comme adjectif.

Quaedam virgo a piratis capta venit; empta a lenone et prostituta est.

Arrive une vierge qui a été enlevée par des pirates, achetée par un souteneur, elle a été prostituée.

Sénèque le Père, Controverses, I, 2.

 

et prostitutis levius caput culis,

et ta tête est plus lisse que les culs prostitués…

Martial, IX, 27.


prurigo, inis, f : « violent désir sexuel »

Cum frustra jacui longa prurigine tentus,

   succurrit pro te saepe sinistra mihi.

Lorsque je reste longtemps allongé pour rien, tendu par un violent désir,

c’est souvent que ma main gauche vient me secourir à ta place.

Martial, XI, 73.


scortum, i, n : « prostituée ». Disparaît de l’usage sous l’Empire. scortum désigne au sens propre « la peau », et donc par métonymie « la peau sur laquelle on se frotte ». Mot neutre, il peut s’appliquer aussi à un garçon.

verum nescio quid febriculosi

scorti diligis : hoc pudet fateri.

Mais tu aimes je ne sais quelle putain

Maladive : voilà ce que tu as honte d’avouer.

Catulle, 6.

 

Catulle emploie le diminutif scortillum :

Varus meus ad suos amores

visum duxerat e foro otiosum,

scortillum, ut mihi tum repente visum est,

non sane illepidum neque invenustum.

Mon ami Varus, alors j’étais oisif au forum,

M’avait emmené rendre visite à ses amours,

Une petite cocotte, ça se voyait au premier coup d’œil,

Mais pour dire vrai, ni dépourvue de charme, ni dépourvue de grâce.

Catulle, 10


sopio, onis, m : membre viril ? (mot rare au sens mal établi).

atqui putate : namque totius vobis

frontem tabernae sopionibus scribam.

Mais méfiez-vous ! Sur la façade de toute

votre boutique, je vais vous dessiner des biroutes.

Catulle, 37


spintria, ae, m : sodomite ( ?) Ce mot doit représenter une forme dialectale de la région de Naples du mot grec σφίγτης, équivalent de cinaedus, et formé sur le même radical que σφιγτήρ, « sphincter anal ». Ce dernier mot se rencontre dans la Musa puerilis de Straton.

 [Vitellius] pueritiam primamque adulescentiam Capreis egit inter Tiberiana scorta, et ipse perpetuo spintriae cognomine notatus existimatusque corporis gratia initium et causa incrementorum patri fuisse

il passa son enfance et son adolescence à Capri, parmi les prostitués de Tibère ; il en garda toujours le surnom de spintria et l’on pense que grâce à son corps il permit à son père de commencer sa carrière.

Suétone, Vitellius, 3.


stuprum, i, m : « déshonneur résultant du viol, de l’adultère, etc. ». Mot de la langue plutôt soutenue, qu’on ne trouve ni chez Horace, ni chez Martial.

[Lucretia] a Sex. Tarquinio regis Superbi filio per vim stuprum pati coacta, cum gravissimis uerbis iniuriam suam in concilio necessariorum deplorasset, ferro se, quod veste tectum adtulerat, interemit.

[Lucrèce], après avoir été violée par Sex. Tarquin, fils du roi Tarquin le Superbe, déplora avec les mots les plus lourds de sens, au milieu de ses proches assemblés, l'outrage qu'elle venait de subir et se frappa d'un poignard qu'elle avait caché sous sa robe.

Valère-Maxime, 6.1.1

M. Antonius avorum nostrorum temporibus clarissimus orator incesti reus agebatur. Cuius in iudicio accusatores servum in quaestionem perseverantissime postulabant, quod ab eo, cum ad stuprum irent, lanternam praelatam contenderent.

Marc Antoine, le si célèbre orateur du temps de nos aïeux, était accusé de crime sexuel. Au cours de son procès, ses accusateurs ne cessaient de demander qu'un de ses esclaves fût soumis à la torture, parce que, prétendaient-ils, c’est lui qui portait la lanterne quand ils allaient se livrer à la débauche.

Valère-Maxime, 6.8.1


tenta, orum, n. pl.: « membre viril ». C’est l’adjectif tentus, « tendu », employé par Catulle comme nom, mais il s’agit peut-être d’une figure de style plutôt que d’un emploi lexicalisé.

Nescio quid certe est : an vere fama susurrat

grandia te medii tenta vorare viri ?

Je ne sais pas cequ’il en est : faut-il croire ce que dit la rumeur,

que tu avales ce qui est grand et raide au milieu de l’homme ?

Catulle, 80


tentigo, inis, f : « érection ». Voir l’exemple sous tribas.


tribas, adis, f : « lesbienne ». Du grec τριβάς, άδος, même sens. Mot de la racine de τρίβω, « frotter, user » ; l’équivalent latin tero possède le même emploi obscène.

Pedicat pueros tribas Philaenis

et tentigine saevior mariti

undenas dolat in die puellas. [...]

Non fellat, putat hoc parum virile,

sed plane medias vorat puellas.

La gouine Philaenis sodomise des garçons

et plus féroce qu’un mari en érection,

elle frotte onze filles dans la journée…

Elle ne suce pas, elle trouve ça peu viril,

mais elle dévore à fond le sexe des filles .

Martial, VII, 66.


verpa, ae, f : « pénis au prépuce rétracté »

QVI VERPAM VISIT QVID CENASSE ILLVM PVTES

Celui qui a rendu visite à mon gland, de quoi crois-tu qu’il ait dîné ?

CIL 4, 1884

 

AMAT QVI SCRIBIT, PEDICATVR QVI LEGET

QVI OBSVLTAT PRVRIT PATICVS EST QVI

PRAETERIT

VRSI ME COMEDANT ET EGO VERPA(M) QVI LEGO

Celui qui écrit fait l’amour, celui qui lit se fait enculer,

celui qui se tortille ça le démange, celui qui passe sans lire est une fiotte.

[d’une autre main] Que les ours me bouffent la bite à moi aussi qui suis en train de lire ça.

CIL 4, 2360

 

REGVLO FELICITER QVIA VERPA EST

Vive Regulus parce qu’il est bien monté.

CIL 4, 4876

 

HYSOCRYSE PVER NATALIS VERPA TE SALVTAT

Jeune Hysocrysus, Natalis la belle bite te salue. (ou la bite de Natalis te salue ?)

CIL 4, 1655

 

Jam nisi per somnum non arrigis et tibi, Mevi,

incipit in medios meiere verpa pedes

Désormais tu ne bandes plus qu’en rêve, Mévius,

Et ta bite commence à pisser au milieu de tes pieds…

Martial, XI, 46


verpus, i, m : « décalotté », ψωλός.

Porci et Socration, duae sinistrae

Pisonis, scabies famesque mundi,

vos Veraniolo meo et Fabullo

verpus praeposuit Priapus ille ?

C’est vous, Porcius et Socration, les deux hommes de main

de ce voleur de Pison, espèces de gales et d’affameurs du monde,

c’est vous que, au lieu de mon cher Veraniolus, de mon cher Fabullus,

ce Priape décalotté de Pison a invités à dîner ?

Catulle, 47

 

Verpus signifie aussi « circoncis » avec dans ce dernier sens une forte valeur péjorative.

Illud me cruciat, Solymis quod natus in ipsis

pedicas puerum, verpe poeta, meum.

Ce qui me tourmente, c’est que, né au centre de Jérusalem,

Tu sodomises, poète circoncis, mon petit esclave.

Martial, XI, 94

 

Juvénal s’en prend violemment au judaïsme et décrit Moïse et la loi juive refusant

non monstrare vias eadem nisi sacra colenti,

quaesitum ad fontem solos deducere verpos.

de montrer le chemin à ceux qui ne pratiquent pas le même culte

et conduisant à la recherche d’une Source les seuls circoncis.

Juvénal, 14, 103-104.

 

On sait que Grecs et Latins, les « Gentils », s’opposaient radicalement à la circoncision, estimant « cette pratique dégradante » et assimilant « la perte du prépuce à une mutilation ». La première génération chrétienne fut confrontée à un problème difficile lorsque se convertirent en masse des personnes d’origine non juive. Après un débat animé, les non-juifs furent dispensés de la circoncision par une assemblée tenue à Jérusalem au milieu du premier siècle, traditionnellement appelée « Concile de Jérusalem ». Cependant même après cette date persistèrent des tensions à ce sujet, comme on le voit dans les Épîtres de saint Paul. (Wikipédia, art. circoncision)

Circumcisio quidem prodest si legem observes ; si autem praevaricator legis sis circumcisio tua praeputium facta est. Si igitur praeputium iustitias legis custodiat nonne praeputium illius in circumcisionem reputabitur […] Sed qui in abscondito Iudaeus et circumcisio cordis in spiritu non littera cuius laus non ex hominibus sed ex Deo est.

Car la circoncision est utile, il est vrai, si tu observes la loi ; mais si tu es transgresseur de la loi, ta circoncision devient incirconcision. Si donc l'incirconcis garde les commandements de la loi, son incirconcision ne sera-t-elle pas tenue pour circoncision ? […] mais le vrai Juif, c'est celui qui l'est dans l'être caché, et la vraie circoncision est celle du cœur, selon l'Esprit et non selon la lettre ; sa louange ne vient pas des hommes, mais de Dieu.   Romains, 2, 25-29.

In quo et circumcisi estis circumcisione non manufacta in expoliatione corporis carnis in circumcisione Christi.

En qui aussi vous avez été circoncis d'une circoncision que la main n'a pas faite, par le dépouillement du corps de la chair, par la circoncision de Christ.   Colossiens, 2.

Ubi non est gentilis et Iudaeus circumcisio et praeputium barbarus et Scytha servus et liber sed omnia et in omnibus Christus.

Ici il n'y a pas Grec et Juif, circoncis et incirconcis, Barbare, Scythe, esclave, libre ; mais Christ, toutes choses en tous.   Colossiens, 3, 11.

 


 

© Alain Canu

 

Si vous souhaitez m’écrire, sans gros mots si possible,

 

alain.canu02@orange.fr

 


 

lupanar000.jpgimage0040chouette accueil.jpg

 

9 octobre 2005

24 août 2006

avril 2011