L'EPINE EN 1789

 

 

Observations sur les instructions demandées par MM. les Procureurs généraux, syndics des Etats du Dauphiné,

par l'ordre dont au mémoire joint à la lettre du 28 février dernier

 

 

1) L'Epine est un village situé dans les montagnes des Baronnies, éloigné de Serres de deux lieues, mauvais chemin. Il n'y a qu'une paroisse, composée de six hameaux, compris le chef-lieu (1) ; le territoire est d'environ trois lieues de circuit.

 

2) Il y a dans cette communauté environ 400 personnes.

 

3) Il n'y a, sur les lieux, ni médecin ni chirurgien; l'endroit le plus près de l'Epine où il y a des médecins est éloigné de deux lieues

 

4) Il n'y a sur les lieux, ni à proximité, aucune accoucheuse instruite

 

5) La communauté n'a pas été attaquée depuis quelque temps de maladies épidémiques; l'inoculation de la petite vérole n'est pas en usage

 

6) La manière de bâtir et couvrir les maisons est à chaux et sable et couvertes en tuiles, y ayant une fabrique de tuiles, au prix de cinq livres la toise.

 

7) La nature du sol est, en général, aquatique et de médiocre qualité.

 

8) Le genre de récoltes consiste en blé froment; la majeure partie d'icelle est en épeautre ou avoine; les arbres n'y réussissent pas.

 

9) Les grains qui s'y perçoivent, année commune, à peine suffisants pour la consommation, et la nourriture de presque tous les habitants est du pain d'épeautre ou avoine.

 

10) Dans les années de disette, on n'a, pour ainsi dire, aucune ressource, et les habitants sont obligés de s'expatrier pour un temps.

 

11) Il n'y a aucune production surabondante. Il y a deux petites foires, si peu connues, qu'elles ne sont pas du tout fréquentées.

 

12) Il n'y a aucune forêt, n'y ayant que quelques bois pin, broussaille, qui n'est propre que pour bois de chauffage.

 

13) Les communes sont de peu d'étendue et de mauvais sol; on ne voit aucun moyen de les rendre plus utiles.

 

14) Le ruisseau de Blême traverse le terroir, du levant au couchant, lequel ne donne que de l'eau en temps de pluie et la fonte des neiges, n'y ayant aucun arrosage avantageux. Ce ruisseau ou les ravins qui s'y jettent dedans inondent souvent les bas-fonds; l'on pourrait les garantir par quelque fortification.

 

15) Il n'y a dans la communauté que 40 boeufs, y compris ceux qui sont au domaine du seigneur, et autant de mulets ou bourriques, n'y ayant pour tout avérage qu'environ 1.200 ou 1.250 bêtes, de très petite espèce, n'y ayant pas moyen de se procurer davantage d'élèves, ni d'améliorer les espèces.

 

16) Il n'y a aucun artiste vétérinaire, ni maréchal expert.

 

17) Il n'y a aucun objet d'industrie ni de commerce, la pauvreté des habitants les en empêche.

 

18) Les affaires de la communauté sont régies par deux consuls qu'on change toutes les années.

 

19) La communauté n'a aucun revenu.

 

20) Les charges locales de la communauté consistent annuellement, pour un maître d'école, entretien des bâtiments, garde-bois et chauffage, logement d'un vicaire, et autres, pouvant arriver, année commune à la somme de 300 livres(2).

 

21) Les comptes des collecteurs se rendent annuellement.

 

22) Les pauvres n'ont d'autre revenu que la somme de 100 livres annuellement, dues par le seigneur dudit lieu, et la vingt-quatrième, qui sont distribuées chaque année aux pauvres, par le curé du lieu et les officiers de la communauté.

 

23) Il n'y a point de fondation, ni pour l'hôpital ni pour l'éducation des enfants, n'y ayant point d'hôpital.

 

24) Le parcellaire de la communauté a été fait en l'année 1645 (3) et est en très bon état; celui des coursiers n'est pas de même; les papiers et titres sont conservées et dans les archives (4).

 

                            Nous, officiers de la communauté de l'Epine, certifions tous les articles ci-devant véritables.

 

                                             Audit l'Epine, le 25 mars 1789

 

                                            Signé : TARASCON, châtelain, P. GIROUSSE, consul, BONNET secrétaire

 


 

NOTES

 

1) L'Eglise, la Péguière, les Pères, Rouzas, Savel, la Villette.

 

2) Les charges locales de l'Epine, en 1789, ne sont pas exactement connues. Celles de 1790 sont de 332 livres, savoir : entretien de l'église, 30 livres; entretien des fontaines, 12 livres; entretien des ponts et passerelles, 20 livres; gages du maître d'école, 150 livres; gages du garde-champêtre, 60 livres; gages du valet de ville, 12 livres; transport des pauvres malades et soldats, 12 livres; logement du vicaire, 12 livres; gages de la sage-femme, 6 livres; etc. (Ordonnance du 6 octobre 1790). En 1791, les charges sont les mêmes, et, en plus, gages du secrétaire-greffier, 40 livres; gages du receveur des contributions, 220 livres; etc. Total, 536 livres (C 107, f°181).

 

3) "Livre terrien",  par  Melve,  géomètre  de Manosque; in-fol. 402 feuillets. Autre "Terrier", de 1666; in-4° de 304 feuillets

 

4) Sur l'état de ces documents en 1887, voir Procès-verbaux du Conseil général des Hautes-Alpes, août 1888, p.153-154.

 


 

 

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