Montmorin et les évêques

 

L'église, sous le titre de Saint-Arnoux (évêque de Gap de 1063 à 1070), surplombe les habitations qui semblent grimper vers elle et son clocher domine la tour située au centre du village, sorte de beffroi érigé par un particulier, qui tente de concurrencer l'horloge ecclésiale.

 

Montmorin

 

Sous son aspect actuel, l'église vue de l'extérieur paraît disproportionnée, trop longue par rapport à la largeur et à la hauteur du bâtiment, elle mesure en effet près de trente mètres de long et est constituée d'un assemblage de parties de différentes époques. Des vestiges de sculptures sur bois étaient naguère encore perceptibles sur l'ancienne porte de l'église; aujourd'hui remplacée par une porte neuve. Après la révocation de l'Edit de Nantes, en 1685, la construction fut agrandie dès 1686, dans le sens de la longueur uniquement, pour accueillir les nouveaux convertis et, en 1730, la Confrérie des Pénitents put s'assembler dans une chapelle, qui lui fut réservée, en bout d'édifice.

 

Qui étaient les Pénitents et qu'est-ce qu'une Confrérie ? Une Confrérie est une association pieuse disposant d'une chapelle; les Confréries de Pénitents blancs, noirs, gris... selon la couleur de leurs frocs, couleur variant en fonction de la règle suivie, se consacraient à des pratiques de piété, par exemple chanter à l'office, participer aux processions, ensevelir les défunts...

 

D'autres Confréries furent créées à Montmorin, comme la Confrérie du Saint-Sacrement érigée le 20 juin 1669, la Confrérie du Rosaire...

 

Cette église Saint-Arnoux et le clergé qui y est attaché sont placés dans la dépendance du diocèse de Gap1. Beaucoup plus étendu qu'il ne l'est aujourd'hui, et débordant largement les limites actuelles du département des Hautes-Alpes, ce diocèse était contigu à huit autres diocèses : Embrun, Grenoble, Die, Vaison, Carpentras, Sisteron, Riez et Digne. Le nombre de paroisses et de succursales (la succursale est une église, ou une chapelle, qui supplée à l'insuffisance de l'église paroissiale) formant le diocèse de Gap ne cessa d'augmenter au cours du temps et passa de 192 en 1516 à 280 en 1789.

 

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L'évêque, désireux pour diverses raisons, santé, âge..., d'abandonner sa charge, résignait son évêché au profit d'un tiers; autrement dit l'évêque transmettait la mitre à son successeur éventuel qui devait obtenir le consentement du roi et la confirmation du pape.

 

La Pragmatique Sanction aurait, au XIIIe siècle, défini les rapports entre le roi de France et le pape. Ce texte permettait au roi d'intervenir dans les élections épiscopales et réduisait les droits du pape sur les bénéfices ecclésiastiques. Des concessions mutuelles aboutirent à un Concordat signé le 18 août 1516 par François 1er et le pape Léon X. Ce Concordat régla les rapports entre la royauté et le Saint-Siège : le pouvoir spirituel appartient au pape et le pouvoir temporel au roi. Il résulte de ces dispositions que le roi a désormais le droit de nommer les évêques, les abbés et les prieurs, droit qui appartenait auparavant aux chanoines et aux moines; mais le pape peut opposer son veto à cette nomination. Le roi dispose donc, à partir de 1516, de toutes les grandes charges ecclésiastiques. En contrepartie, le pape bénéficie à nouveau des revenus que lui avait supprimés la Pragmatique Sanction.

 

Le Parlement, suivant en cela l'opinion générale, protesta contre les dispositions du Concordat et refusa de l'enregistrer. Il y fut contraint le 22 mars 1518 sur sommation royale.

Le Concordat demeura en vigueur jusqu'à la Révolution.

 

Les évêques étaient tenus de visiter, en principe régulièrement, les paroisses placées sous leur autorité afin de vérifier l'état et l'entretien non seulement des édifices mais aussi des objets, que l'on nommait ornements, nécessaires à la célébration du culte, l'évêque devait également s'assurer que les prêtres desservants remplissaient consciencieusement leur devoir de pasteur et que leurs ouailles accomplissaient bien leurs obligations religieuses; enfin à partir de 1535, en application de l'édit de François 1er pour l'extermination de la Secte luthérienne, les évêques s'assuraient que le protestantisme, ou Religion Prétendue Réformée (RPR), ne progressait pas dans les paroisses dont ils avaient la charge. L'évêque, durant soin séjour, administrait le sacrement de la confirmation au peuple assemblé. Nous allons accompagner les évêques de Gap dans leurs visites pastorales à Montmorin2. Ces visites ne respectaient guère de périodicité fixe.

 

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Pierre Paparin de Chaumont, originaire de Montbrison, prit possession de son évêché le 28 novembre 1573 lors de sa réception solennelle à Gap. L'évêque, d'un caractère entier, se fit de nombreux ennemis, et blessé d'un coup de pistolet au genou, le 25 octobre 1574, il se réfugia, dès que son état le lui permit, à La Beaume-lès-Sisteron. L'insécurité régnant dans les campagnes, par suite des guerres de religion, ne favorisait guère les déplacements, les visites pastorales s'en ressentirent. Pierre Paparin de Chaumont, docteur en droictz, conseiller du roi de par la grace de dieu et du sainct Siege apostolic evesque conte et seigneur de gap, partit le 26 avril 1599 de la Beaume-lès-Sisteron pour se rendre en la ville de Gap dans l'intention de commencer la visite générale de tout son diocèse puis quil a pleu a dieu nous donner Sa paix Ayant extreme regret que la Malice des guerres Ayt enpeche que plustost Il nayt peu fere son debvoir. Ce n'est qu'après l'abjuration du futur roi de France Henri IV, qui n'était encore qu'Henri de Navarre, le 15 juillet 1593, et la promulgation de l'Edit de Nantes, le 12 avril 1598, que la situation se rapprocha peu à peu de la normale.

 

Venant de l'Epine, l'évêque arriva, le 6 juin, à Montmorin, accompagné de Jehan Louys Castagni, notaire royal de la ville de Sisteron, greffier et secrétaire épiscopal, Honnore Buisson, chanoine sacristain de l'église cathédrale de Gap, Silvestre Gerin, chanoine théologal de ladite égliseet Hugues Buisson, procureur patrimonial. Il fut reçu par les châtelains Claude Caries et Claude Meynaud, représentant les co-seigneurs, et par les trois consuls Jehan Auberic, Anthoine Joubert et André Chanousse. Le curé de Montmorin, Messire Paulet Cartier, venait de résigner sa cure au profit de Messire Mathieu Mosan, prêtre originaire de Grasse. Paulet Cartier obtint en remplacement la collation de la cure de Notre-Dame de Bruis.

 

L'évêque est conduit en procession jusqu'à l'église paroissiale. Après avoir assisté à la messe, administré la confirmation au peuple assemblé en grand nombre, prié pour les trépassés, l'évêque entreprend la visite de l'église. Il constate qu'elle est en pouvre estat toute decouverte la voute encores entiere excepte Le presbitere (le choeur) qui est tout par terre et la murailhe du devant qui faisoit separa[ti]on dud[ict] presbitere aussi par terre... Lautel ny est en Lestat quil doibt ny Les fonts baptismales... Le Cimitiere tout ouvert...

 

Ensuite l'évêque a Voulu Visiter Les habits ornements et joeiulx de Lad[icte] eglize... Il n'a trouvé qu'une petite croix de laiton fort Vielhe, un calice d'étain, tout profane, une chasuble, une aube, deux nappes, un missel à l'usage de Rome et un baptistère à l'usage de Trente, c'est-à-dire conforme aux prescriptions du Concile de Trente, qui se réunit entre 1545 et 1563 (soit plusieurs sessions).

 

Comme à l'accoutumée, la visite terminée l'évêque ordonne ce qu'il convient de faire, selon lui. Il a donc ordonné que la murailhe Rompue du couste ou estoit Le presbitere sera Relevee et y sera faict deux ou trois fenestres pour bailher jour dans Leglize... Quant à cette dernière là où y a des ouvertures sera bien et debvement Reformee Leglize bien cloze avec une bonne porte et serure Couverte de pierres quon appelle aud[ic]t Lieu Lauze ainsy quelle estoit antiennement et fortiffiee de trois ou quattre Reboutans (arcs-boutants) pour Soubtenir La Voute et le pave de Lad[ict]e eglize esgale et bien banchee...

 

Les dépenses pour les travaux ci-dessus seront couvertes par les dîmes et revenus dud[ic]t Lieu pour un tiers, autrement dit à la charge du prieur qui perçoit les dîmes, les deux autres tiers étant aux dépens de la communauté. Un clocher sera construit, dans lequel on placera deux cloches de trois quintaulx Les deux...Le tout aux despens de qui de droit. Formule assez vague qui a dû susciter bon nombre de discussions.

 

Le curé fera faire un treilhis de bois fermant à clef pour séparer Le Coeur ou presbitere de Lad[ict]e eglize, ainsi qu'un autel avec une pierre au-dessus toute dune piece qui ne touche point La murailhe... afin qu'on puisse le couvrir d'un tapis, et devant l'autel on mettra un tableau auquel sera depainct Limage de sainct Arnoulx et de sainct demetre. Ensuite Le Corps Sacre de jesus Xrit Reposera dans Led[ic]t presbitere en Lieu descent et honeste au devant duquel bruslera Une Lampe ardante Jour et Nuict Les Sainctz et sacres huilles y seront mis en honeste Repositoires et pour La Celebra[tio]n du divin Service sera faict Une Croix...Ung Calice dargant du poids dung marc3 deux chasubles Une pour Les festes et Laultre pour Les jours ouvries deux Aubes trois Nappes Une chappe Ung missel Ung graduel a Luzage de Trente Ung benoitier et deux chandeliers Leton Le tout aux despens dud[ic]t Cure ou de Celuy qui prend Les dismes.

 

Les fonts baptismaux seront remis en bon état, avec un bassin, dedans Ung culhier, et ils seront garnis de pointes de fer, selon la coutume, et pourvus d'une serrure. De même, le cimetière doit être entièrement clos et fermé à l'aide d'une barrière afin que le bétail n'y puisse entrer, et une croix sera érigée au milieu du cimetière pour bien montrer qu'il s'agit d'un lieu saint et sacré. Ceci aux dépens de la communauté.

Et que doresnavent aulcune beste brute nentrera dans Led[ic]t Cimitiere et ou Il y En Entreroit Les maistres diceles paieront pour chescune Et pour chescune fois Une Livre pure Cire pour Le luminaire de Lad[ict]e eglize...Le Curé est chargé Sur Peyne dexcom[munica]cion de Les y fere Contraindre par La Voie de La Justice.

 

L'évêque s'adresse ensuite aux châtelains, consuls et habitants4 de Montmorin qui sont demures de La Religion Catholicque apostolicque Romeyne et leur enjoint d'empêcher, par tous les moyens dont ils disposent, les protestants, de Contre Religion, d'inhumer leurs morts dans le cimetière, qui demeure réservé aux seuls catholiques; cette interdiction ne s'appliquera pas, bien entendu, aux protestants qui, reconnaissant leur erreur, auront abjuré avant de trépasser. Cette défense est assortie d'une peine d'excommunication et d'une amende Arbitraire (?) à l'encontre de ceux qui l'enfreindraient. Si des protestants utilisent la force pour procéder à ces inhumations interdites, l'évêque devra en être immédiatement averti, Soubz Les mesmes peines. L'Edit de Nantes, promulgué 14 mois auparavant, n'avait donc guère modifié le sentiment de l'Eglise catholique envers les protestants.

 

La communauté fera bâtir une maison près de l'église pour loger le curé, et éventuellement un clerc.

 

Tout ceci devra être exécuté dans les six mois, tant par la communauté que par le prieur décimateur, sous peine une fois encore d'excommunication et de cent écus, soit trois cents livres, d'amende; somme énorme représentant environ une fois et demie le montant de la portion congrue perçue pour un an par le curé. L'évêque croyait-il vraiment cela possible, compte tenu de la pauvreté de la communauté et du curé ? Probablement pas, sinon il aurait fait preuve d'une grande naïveté et d'une plus grande méconnaissance de la situation pécuniaire réelle de ses paroisses. Sans doute demandait-il le maximum dans l'espoir d'obtenir ainsi le minimum5.

 

Pierre Paparin de Chaumont mourut vraisemblablement fin juillet 1600; son neveu Claude de Château-Gaillard prétendit que l'évêque avait offert la mitre à Charles Salomon du Serre et, afin de gagner du temps, le corps du défunt fut salé et le décès déclaré officiellement le 1er août 16006.

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Charles Salomon du Serre, le nouvel évêque, né entre 1575 et 1580, était encore bien jeune pour accéder à la dignité épiscopale. De plus, sa famille professait le dogme de la Religion Prétendue Réformée, et il était cousin avec Lesdiguières, chef protestant.

 

Malgré cette situation bizarre, ou peut-être à cause de cela, Charles Salomon du Serre se révéla un bon prélat. Il réforma le clergé placé sous son autorité, il organisa des missions pour restaurer le culte catholique, il favorisa la création de confréries, en particulier celles des pénitents, et il réussit à ramener dans le giron de l'église catholique, apostolique et romaine une grande partie de la noblesse protestante, à commencer par sa propre famille et, entre autres, les de Rivière, seigneurs de Sainte-Marie.

 

On peut inscrire à son actif les réparations et la reconstruction de nombreuses églises dans son diocèse; et à son passif le fait d'avoir quitté Gap durant l'épidémie de peste qui décima la population de la ville de juillet à novembre 1630.

 

Le 21 juillet 1612, Monseigneur Charles Salomon du Serre, successeur de Monseigneur Paparin de Chaumont, effectue à son tour la visite de la paroisse de Montmorin, où il est reçu par Claude Caries et Pierre Bernard, châtelains, Jehan Auberiq, Abel Baux et Pol Dupoux, consuls. La relation de cette visite fait défaut, seuls figurent dans le rapport les ordres donnés par l'évêque. L'entrée en matière est surprenante :... ordonnons en premier Lieu que Ladite eglise parrochiale Sera bien et deubment Servie par Ung Cure suffisant et Capable qui nous sera p[rese]nte pour estre appreuve dans Le moys aultremant et a faute de Ce fere Ledit Temps passe nous y preuvoirons ainsi quil nous est permis de droict.

 

Cela signifie-t-il que le curé précédent, ou encore en place, n'est ni suffisant ni capable ? Le futur curé percevra pour Toutes prethantions une portion congrue de soixante écus, soit cent quatre-vingts livres que le prieur décimateur de Bruis sera tenu de lui remettre. Le prélat énumère ensuite les devoirs incombant au curé : célébrer la messe, les vêpres et complies les dimanches et fêtes; et la messe trois fois durant la semaine; et le salut à la Sainte-Vierge les samedis et Velhes des festes solempnelles.

 

Le dimanche, pendant la messe, il prononcera un prône pour exhorter les fidèles à la piété, à la dévotion et à l'observation des Commandements de Dieu et de l'église; il administrera les sacrements à tous ses paroissiens Tant au Village que aux forestages. Lorsque le curé portera le Saint-Sacrement, soit aux malades soit au cours d'une procession, il sera protégé par un poille que tiendront les quatre principaux membres de la Compagnie et il sera précédé du tintement d'une petite clochette.

Le curé Tiendra Registre des baptises Ensamble de Ceulx qui Ce marieront et qui decederont au[di]t Lieu. Il sera aidé par un clerc également suffisant et Capable, tant pour servir aux offices que pour sonner les cloches en cas de mauvais temps, mais aussi pour le salut angélique Trois fois le Jour Scavoir de matin au point du Jour a midhy et sur le seoir et dira le miserere Tous Les Jours a midhy pour Lestirpa[ci]on de Lheresie.

 

Tous les dimanches, le curé réunira la jeunesse et lui enseignera la doctrine chrétienne. L'évêque précise que le curé portera ordinairement La Soutanne et manteau par dessus avec La Coronne et faisant Le Service divin Le Surpelis ou Rochet et Le bonnet Carre apeine dexcomuni[caci]on et de dix Livres damande pour ch[esc]une fois...

 

Concernant les modifications à apporter à l'église et les réparations éventuelles, le prélat ordonne pratiquement tout ce qui avait été ordonné par son prédécesseur, avec quelques variantes; il ne s'agit plus d'un tableau mais d'un retable de la dimension de l'autel, représentant Saint-Arnoux. Il renouvelle sa volonté de voir le cimetière entouré d'une muraille, et le cimetière des protestants éloigné de trois cents pas de celui des catholiques et, pour ce faire, les consuls devront donner un terrain aux protestants pour y ensevelir leurs morts. Enfin, il ordonne que le 24ème des dîmes soit effectivement distribué aux pauvres, en présence du prieur si ce dernier désire assister à la distribution, et il met les intéressés, prieur, consuls, curé et autres en garde contre les escandalles qui surviennent parfois dans ces affaires. Les frais causés par les travaux, réparations et achats, seront couverts par la communauté et par ceulx qui prennent Les dismes, c'est-à-dire le prieur. En attendant que ce dernier règle réellement la part qui lui incombe, le prélat donne pouvoir aux consuls de séquestrer, selon ses propres termes, un tiers du montant des dîmes et d'utiliser cette somme, sous leur responsabilité, pour exécuter ses ordres, du moins en partie.

 

Les consuls demandent, au nom de la communauté, la permission de travailler, labourer, semer, moissonner les jours de fêtes en cas de perilz. L'évêque accorde cette permission, uniquement en cas de danger et perilz, pour les fêtes comprises entre la Saint-Jean-Baptiste (24 juin) et la Toussaint (1er novembre) exclusivement, sauf les dimanches, l'Assomption (15 août) et la Nativité de la Sainte-Vierge (8 septembre), à condition d'assister, avant de partir aux champs, à une messe que le curé devra célébrer au point du Jour pour la Comodite des[dit]s habitantz.

 

Charles Salomon du Serre mourut le 16 mai 1637 et, en sa qualité d'évêque, fut enseveli dans la cathédrale de Gap.

 

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Artus de Lionne, le nouvel évêque, naquit à Grenoble le 1er septembre 1583. Docteur en droit, conseiller au Parlement de Grenoble; veuf, Artus de Lionne entra dans les ordres et fut chanoine du chapitre de la cathédrale de Grenoble. Il fut nommé évêque de Gap par le Roi et confirmé le 11 avril 1639 par le pape Urbain VIII.

 

Il faut attendre le 16 mai 1643 pour revoir un évêque à Montmorin. Monseigneur Artus de Lionne, ce jour-là, y est reçu par messire Laurent Gimon, ou Gimond, curé.

 

La relation détaillée de la visite de l'église fait ressortir la même vétusté et la même pauvreté que précédemment. Il pleut à l'intérieur du presbytère, il n'y a ni tableau ni tabernacle, donc le Saint-Sacrement n'y repose pas, le crucifix est une simple image en papier, le calice en étain de 1599 est toujours là, les passements des chasubles sont en or faux, par contre les fonts baptismaux sont en bon état mais ne ferment pas à clef.

 

Après avoir administré la confirmation, l'évêque s'est rendu au cimetière où il a fait chanter le De profondis, le Libera me et d'autres prières pour les défunts; puis il s'est retiré au château. Les consuls sont venus se plaindre du prieur qui perçoit les dîmes et n'en verse pas la 24ème partie pour les pauvres et les hôpitaux, comme le stipule l'arrêt de 1564; et ils demandent que ce 24ème soit enfin versé afin que les pauvres nen soufrent pas Comme Ilz ont faict Jusques a presant.

 

Le curé, Laurent Gimon, expose que les protestants inhument leurs morts dans un terrain qui leur a été concédé par son prédécesseur, terrain contigu au cimetière catholique et sans séparation entre les deux, contrairement aux édits de Sa Majesté qui fixent à cinq cents pas la distance devant séparer les cimetières des deux religions. Le curé demande aussi qu'une cloche soit intallée pour appeler les fidèles à l'office divin, donc les deux cloches prévues dès 1599 n'ont probablement jamais été mises en place.

 

Le prélat ordonne de bâtir un mur séparant les deux cimetières, de construire un clocher et d'y suspendre une cloche de deux quintaux et, entre autres choses, de faire peindre à l'huile un tableau représentant Saint-Arnoux, avec un cadre fileté d'or, d'installer un tabernacle en noyer surdoré, de se procurer un ciboire en argent, une custode avec son soleil, un moule pour faire les hosties, de blanchir le presbytère et de le réparer aux endretz ou Il pleust... La majeure partie de ces dépenses incombent au prieur, en fait à ses rentiers. L'évêque autorise les consuls à prélever 150 livres sur les dîmes et à les utiliser pour les réparations et les achats les plus urgents.

 

Puis l'évêque précise que le curé doit célébrer la messe les dimanches et fêtes, et au milieu de celle-ci faire son prosne...a haute et Inteligible Voix en latin et apres en françois; l'après-midi il enseignera la doctrine chétienne aux enfants ainsi que le catéchisme du cardinal Bellarmin; enfin il tiendra un registre dans lequel Il escrira les baptesmes mariages et mortueres.

 

Roberto Bellarmino dont le nom fut francisé en Robert Bellarmin, cardinal et théologien italien, archevêque de Capoue (1542-1621) publia un catéchisme qui fut traduit en français, en 1635, sous le titre Catechisme ou Ample Declaration de la Doctrine Chrestienne, et du Symbole des Apostres. Des 22 chapitres de ce catéchisme, sous forme de questions et de réponses, on peut retenir qu'il faut pour le moins savoir par coeur le Credo et le Pater Noster, car celui qui néglige ce point ne peut se prétendre un vrai chrétien. Le Concile de Reims a d'ailleurs recommandé aux prêtres de ne point donner la communion à ceux qui ne sçauront point par coeur le Credo et le Pater Noster pour ce que nul ne peut estre sauvé sil ne sçait ces choses. Ce catéchisme, plus ou moins remanié, demeura en vigueur jusqu'à notre époque.

 

Le cardinal Bellarmino se rendit également célèbre en s'opposant violemment à la prétention au trône de France d'Henri de Navarre. Il publia, en 1588, une Responce aux principaux Articles et chapitres de l'Apologie du Belloy7, faulsement et a faux tiltre inscrite Apologie Catholique, pour la succession de Henry roy de Navarre a la couronne de France. L'argumentation est simple, Henri de Navarre est hérétique et la secte des Huguenots de laquelle ledit Henry est protecteur est totalement meschante et heretique. Or les hérétiques ne peuvent regner et commander, nommement sur les Catholiques, de quelque nation qu'ils soient, donc ceux qui soutiennent Henri de Navarre dans sa lutte pour la couronne sont reputez fols et sans jugement, comme aussy peu soigneux de la vraye religion, ou a vray dire traistres, comme les politiques de ce temps : lesquels ayans quelque authorité d'empescher et de ne permettre qu'un miserable heretique, comme est Henry de Navarre, condamné pour tel de l'Eglise Catholique, ne vienne à la couronne de France...

 

Artus de Lionne mourut le 18 mai 1663.

 

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Pierre Marion, abbé de Saint-Paul (diocèse de Sens), succéda à Monseigneur Artus de Lionne. Après le décès de Pierre Marion, en 1675, Guillaume de Meschatin de la Faye, chanoine-comte de Lyon, fut nommé évêque de Gap en 1677. Dès 1680, l'évêché revint à Victor de Meliand, aumônier de la Reine mère, qui fonda le séminaire de Gap. Il fut remplacé, en juin 1684, par Charles-Bénigne Hervé, prédicateur réputé, originaire de Paris. Le pape n'accepta de le reconnaître que le 15 octobre 1692.

 

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Monseigneur Charles-Bégnine Hervé, Conseiller du Roi, Evêque et Comte de Gap, venant de Mereuil, arriva à Montmorin le 18 novembre 1686. Après avoir récité les prières ordinaires avec Jean-Baptiste Meyere, curé, l'évêque procède à la visite de l'église. Si bien des points laissent encore à désirer, on constate quelques progrès depuis la dernière visite pastorale, 43 ans auparavant. Les vêtements sacerdotaux, pour la plupart, sont en mauvais état, usés ou déchirés. La pierre sacrée de l'autel est trop petite, il manque toujours un encensoir et un cueiller dans les fonts baptismaux pour verser l'eau sur la tête de l'enfant, de même que les chrêmières. La porte de l'église n'est guere bonne. Le cimetière n'est fermé de murailles qu'en partie et à l'entrée les grilles de bois sont en mechant état. La maison curiale n'est pas suffisante pour loger un ecclésiastique. Le presbytère a grand besoin d'être recouvert de tuiles. Par contre, l'autel est orné d'un tableau peint à l'huile représentant Notre Seigneur en croix, la Sainte-Vierge, Saint-Jean et Saint-Arnoux. Un tabernacle en bois de noyer, ni peint ni doré, est placé sur l'autel. L'église possède également un confessionnal en bois blanc à trois guichets garnis de jalousies, mais sans marchepied permettant de s'agenouiller, et une chaire a precher.

 

La visite terminée, l'évêque ordonne au prieur de fournir, dans les six mois, une nouvelle pierre sacrée pour l'autel, un pied d'argent pour soutenir le ciboire et le soleil alternativement, une petite boite d'argent, d'une valeur de 6 livres au moins, pour porter le viatique, un encensoir et deux chandeliers de laiton, une garde-robe de bois blanc fermant à clef, pour ranger les vêtements sacerdotaux qui doivent être remplacés en grande partie. De plus, le tabernacle sera surdore et le presbytère raccommode Sur le couvert et blanchy dedans.

 

La communauté fera blanchir la nef, mettre des marchepieds des deux côtés du confessionnal; elle fournira une petite cuillère d'airain pour les fonts baptismaux, une croix plus grande pour le cimetière qui sera entièrement entouré de murailles, avec une grille de bois neuve à l'entrée pour empêcher le passage des bêtes. La porte de l'église sera raccommodée et la maison curiale aggrandie d'une chambre.

 

Les héritiers de feu sieur Jean Reynaud, qui fonda et dota la chapelle située dans l'épaisseur du mur du côté de la petite porte, devront fournir un tableau, un devant d'autel, trois nappes, une pierre sacrée, deux chandeliers, un crucifix de bois peint. Par testament du 21 avril 1649, sieur Jean Reynaud attribuait sept livres annuelles au curé à condition que ce dernier célèbre 36 messes dans ladite chapelle, soit environ quatre sous par messe. Compte tenu de la modicité de la somme, le curé demande à l'évêque de réduire le nombre de messes. Le prélat, parties ouies, estime que le curé ne doit dire, selon la fondation de sieur Jean Reynaud, que 28 messes par an, à cinq sous l'une.

 

 

Monseigneur Charles-Bénigne Hervé effectua une deuxième visite pastorale à Montmorin. Venant de L'Epine, l'évêque arriva le 29 septembre 1693 et fut reçu par messire François Borelly, curé.

 

La relation détaillée de la visite de l'église fait défaut dans le procès-verbal. L'évêque est contraint de constater que ses ordres n'ont guère été suivis d'un commencement d'exécution, et il déclare : Nous avons ordonné, apres avoir Exactement Visite l'Eglise ses ornements et dependances...Conformem[ent] a Notre precedente ordonnance... Et le prélat reprend à peu près tout ce qu'il avait ordonné en 1686 en y ajoutant le déplacement du maître-autel qui sera avancé de 4 pieds jusqu'à la fenêtre Icelle non comprise, et l'établissement d'une sacristie derrière le maître-autel, aux depans de qui de droit.

 

Sieur Jean Caries, bourgeois du pr[esen]t lieu, héritier de feu sieur Jean Reynaud, demande qu'il lui soit permis de jouir de la chapelle fondée par le défunt et d'y être inhumé, ainsi que sa famille, en acquittant les charges de la chapelle; de plus il s'engage à y faire ériger un autel qu'il entretiendra et ornera à l'avenir sous hipotheque de tous ses biens pr[esen]ts et a Venir.

 

L'évêque ordonne que le testament de sieur Jean Reynaud et la fondation de la chapelle soient enregistrés à l'évêché. Ce n'est qu'après cette formalité que satisfaction pourra être accordée à sieur Jean Caries.

 

Le châtelain, les consuls et la communauté sollicitent la présence d'un secondaire compte tenu du nombre important des communiants, au moins 500, et de l'éloignement des hameaux. Les revenus du prieur, selon les solliciteurs, sont plus que suffisants pour entretenir un secondaire.

L'évêque nie formellement le tout. Il n'y a pas plus de 350 communiants car les nouveaux convertis ne doivent pas être inclus dans ce nombre; quant à l'éloignement des hameaux, il ne justifie pas l'établissement d'un secondaire, à part quatre ou cinq hameaux ou granges, les autres sont voisins de l'église. Néanmoins le prélat accepte que chacune des parties expose son point de vue par écrit pour Ensuite etre ordonne ce que de raison.

 

Charles-Bégnine Hervé, par suite de certains aspects scandaleux de sa vie privée, dut démissionner en 1705.

 

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François Berger de Malissoles, originaire de Vienne, grand vicaire du diocèse de Die, remplaça Monseigneur Hervé en 1706.

 

Le nouvel évêque de Gap prit parti contre la théorie hérétique de Jansénius, théologien hollandais, évêque d'Ypres, selon laquelle la grâce est accordée aux uns et refusée aux autres, dès la naissance.

 

Le 3 octobre 1713, Monseigneur François Berger de Malissoles effectua une visite pastorale à Montmorin, où l'accueillit messire Jean Louis Arnaud, curé.

 

La relation de cette visite est beaucoup plus brève que les précédentes : Nous avons celebré les S[ainc]ts Mysteres, administré au peuple les Sacrem[en]ts de penitence Eucharistie et Confirma[ti]on donné les instructions necessaires et pourveu au spirituel desd[its] habitants autant qu'il a esté en nous, ensuite examiné avec soin les besoins de lad[ite] parroisse après quoy nous avons ordonné ce que Sensuit Scavoir le prieur fournira une chasuble blanche avec son assortiment au moins de Camelot gauffré, avec deux amits, deux cordons et six purificatoires.

 

La communauté fera faire une balustrade, en bas du choeur, en bois de noyer Tornoié et fort propre, et une chaire de noyer qui sera placée du côté de l'évangile, qu'est devenue la chaire a precher figurant dans le procès-verbal de la visite pastorale du 18 novembre 1686 ?

 

Le prélat, fort sagement, ne demande rien de plus, nous contentant p[ou)r cette fois de la pr[ese]nte ordonnance tant en ce qui regarde le S[ieu]r prieur que la Communauté, voulant quelle soit executée dans lespace de six mois a peine d'interdit.

 

La communauté réitère sa demande d'un secondaire, en s'appuyant sur le fait qu'il y aurait plus de 600 communiants, parmi lesquels on compte les nouveaux convertis; l'évêque se réserve le droit de vérifier les données du problème. Si la présence d'un secondaire est justifiée, il en fera l'établissement.

 

François Berger de Malissoles administra son diocèse avec tant de sagesse et de modération qu'on le surnomma le Saint des Alpes, il décéda le 21 septembre 1738.

 

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Claude de Cabannes. Le successeur de Monseigneur François Berger de Malissoles fut Claude de Cabannes, originaire d'Aix-en-Provence. Grand vicaire du diocèse d'Aix, nommé le 11 novembre 1738, il mourut prématurément en septembre 1741.

 

Le 25 avril 1741, messire Jean Pierre Bonnefoy, curé archiprêtre, reçoit à Montmorin Monseigneur Claude de Cabannes, évêque, conseiller du Roi, comte de Gap. Le curé conduit processionnellement à l'église l'évêque, revêtu de ses habits pontificaux et marchant sous le dais porté par le châtelain, les consuls et les notables. Après les prières, les cérémonies prescrites, la bénédiction donnée au peuple, le prélat commence sa visite.

 

Il constate que le tabernacle, ainsi que les gradins et la niche, sont peints très simplement, dorés en partie, sans doublure à l'intérieur. Le ciboire et le soleil sont en argent et se montent sur le même pied, mais la croix manque au dessus du ciboire dont l'intérieur de la coupe n'est pas doré, et le croissant fait défaut au soleil. Le tableau représentant Le crucifix La S[ainc]te Vierge S[ainc]t Jean et S[ainc]t Arnould est un peu passé par endroits... L'évêque trouve encore deux nappes pour la communion interdites... un cayer pour les messes de requiem a demy usez... une clochette felée... La lampe est de laiton fort antique et elle n'est ardente qu'autant que La confrerie du S[ainc]t Sacrement fournit pour La faire eclairer La reserve est neantmoins continuelle... Un siege antique pour le S[ieu]r Curé et un prie Dieu de bois blanc. Puis il fait le décompte des chasubles, aubes, chapes plus ou moins usées, ainsi que des corporaux, des purificatoires, des étoles... Le moule à hosties est commun aux églises de Montmorin et de Bruis, comme dépendantes du même prieuré. Dans la sacristie, l'évêque ne trouve ni prie Dieu ni carte pour la preparation de la S[ainct]e Messe, ni fontaine avec sa cuvette pour Laver Les mains ni Linges pour les essuier. Si la cuvette de cuivre rouge des fonts baptismaux est en bon état, il n'y a toujours pas de cueillier de meme metail düement etamée en dedans... Les chremieres sont de plomb et peu propres. Le confessionnal est en très mauvais état; le panneau du milieu de la porte de l'église, en noyer, est percé en deux endroits. La chapelle des Penitents qui sert d'aggrandissement a L'Eglise et qui vient d'etre tout recemment relevée par Les Liberalitez de son Eminence Mgr le Cardinal de fleuri est batie derriere le sanctuaire dans lequel elle communique par deux portes a coté de L'autel... on travaillera incessamment a L'orner comme il convient. Le clocher a cinq fenetres et deux cloches pesant environ cinq quintaux les deux... Le toit a besoin d'etre regotoyé... La maison curiale est en mauvais etat Les planchers ne sont du tout point solides non plus que L'angle du coté du midy qui menace ruine Le toit est tout delabré il y manque une grande partie des tuiles. Par contre Les registres de la paroisse sont en regle depuis environ mil sept cents seize.

 

On compte dans cette paroisse cinquante messes de fondation, trois confréries : les Pénitents, le Saint-Sacrement et le Rosaire. On dénombre environ 150 habitants, soit 600 personnes de communion et 6 nouveaux convertis. Un maître d'école est entretenu à l'année.

 

Le lendemain matin, 25 avril, l'évêque a entendu les confessions, célébré la messe, administré les sacrements d'eucharistie et de confirmation, fait l'absoute générale pour les défunts et donné la bénédiction du très Saint-Sacrement.

 

Ensuite l'évêque ordonne :

l au prieur décimateur de faire doubler le tabernacle d'une étoffe de soie, dorer l'intérieur de la coupe du ciboire et remplacer la croix manquante, souder le pied, dorer le croissant du soleil et les moulures du cadre du tableau, réparer les habits sacerdotaux en mauvais état. De plus le prieur fournira deux nappes d'autel, une clochette, un pied pour la navette, six purificatoires marqués d'une croix au milieu, un prie-Dieu, une carte pour la préparation de la messe, une petite fontaine avec sa cuvette et six linges pour s'essuyer les mains;

l à la communauté de faire dorer l'intérieur de la custode, changer le panneau percé de la porte, couvrir cette dernière d'une couche de terre d'ombre pour empêcher le pourrissement par la pluie, réparer le toit de la nef, relever les murailles du cimetière et y poser une porte fermant à clef, arracher le noyer qui pousse dans le cimetière, réparer la maison curiale. La communauté fournira également deux nappes pour la communion, une cuillère de cuivre rouge pour les fonts baptismaux, deux chrêmières d'étain fin, une réserve d'huile pour la lampe ardente si la confrérie du Saint-Sacrement n'y suffit pas.

 

Le prélat confirme l'établissement d'un secondaire8, au plus tard après la prochaine ordination et à condition que la communauté fournisse audit secondaire un logement convenable.

 

Monseigneur Claude de Cabannes accorde un délai de trois mois pour les travaux à effectuer au cimetière, sous peine d'interdit, et il défend d'utiliser l'herbe qui pousse dans le cimetière, cette herbe doit être brûlée sur place, ou bien on la laissera sécher et pourrir là. Les autres ordonnances seront exécutées dans les six mois sous peine d'en poursuivre l'exécution par toutes les voies de droit.

 

Le prélat tint parole et un secondaire fut installé à Montmorin, mais dès le 3 septembre 1741 il est mentionné dans le procès-verbal de l'Assemblée des consuls et habitants que le Segondere dud(it] Lieu Se plaint contre La comm[unau]te que La maison quon Luy a arante Il ny a aucuns mubles ny bois de Lit ny cheses ny table. L'Assemblée décide de lui fournir ce mobilier, le malheureux secondaire n'a toujours rien obtenu le 1er novembre et, le 28 décembre 1741, il menace de quitter le village si la communauté ne lui donne pas satisfaction rapidement.

 

Lorsque l'évêque et sa suite, plus ou moins nombreuse, séjournaient lors d'une visite pastorale dans une paroisse, la communauté villageoise engageait des frais, parfois importants, pour recevoir dignement ces hôtes de marque.

 

Voici l'état des dépenses causées à Montmorin par la visite de Monseigneur Claude de Cabannes le 25 avril 1741 :

 

Memoire des fournittures que la com[munau]tte de

montmorin a Este oblige de faire pour La visitte

de monseigneur leveque de gap arive le vint cinq

mars 1741 Estant party le lendemain9

Premierement

Deus Eymines de bledz que nous avons fait cuire

ce montent cinq Livres10 cy................... 5 lt 

Plus pour un motton que nous avons achepte onze

Livres onze Livres onze sols cy...................11 lt 11 s

plus trois beaux chapons quinze sols piece quarente

cinq sols cy...................................... 2 lt 5 s

comme ausy un agniau deus livres dis sols cy...... 2 lt 10 s

pour avoir Envoie le 1er consul a serres pour de

Aporter de boeuf ou Liqueurs dis livres de boust

et trois onces trois sols La Livre monte un Livre

dis sols sis deniers cy........................... 1 lt 10 s 6 d

trois boutellies liqueurs une livre seize sols cy.. 1 lt 16 s

plus dis sols pour un Lapin cy.................... 0 lt 10 s

plus un sol pour des Letues et sept sols que le 1er

consul a depence a serres cy...................... 0 lt 8 s

plus deus livres chandelles seize sols cy......... 0 lt 16 s

plus pour deus livres et demy de Lart

une Livre cy...................................... 1 lt

plus pour deus livre quatre onces sel moule

onze sols trois deniers cy........................ 0 lt 11 s 3 d

Douze oeuf trois sols cy.......................... 0 lt 3 s

deus sols des ognions cy.......................... 0 lt 2 s

pour Espeserie douze et autre treize sols cy... 0 lt 13 s

salade quatre sols cy............................. 0 lt 4 s

un pot de vinaigre cinq sols cy...................  5 s

huit Livres pommes huit sols cy...................  8 s

pour Bisquits une Livre quatre sols cy............ 1 lt 4

vint cinq pots vin sis livres cinq sols cy........ 6 lt 5

plus pour deus cents soisente une livre foin

a une livre dis huit sols le quintal11 montent

quatre livres dis neuf sols cy.................... 4 lt 19

Comme ausy douze onces bure sis sols cy........... 0 lt 6 s

Demy Livre graise Blanche cinq sols sis deniers...  5 s [6d]

plus une Livre un quart fromage dis sols cy....... 0 lt 10 s

Deus charges de Bois dis sols cy.................. 0 lt 10 s

Plus deus journées pour les sieurs consul pour

aller chercher le motton a pomerols ou pour aller

a serres deus Livres cy........................... 2 lt

pour avoir case un pot de terre cinq sols cy...... 0 lt 5 s

sis Liarts de charbon cy.......................... 0 lt 1 s 6 d

Dis sols pour deus charges de Bois cy............ 0 lt 10 s

un sivaier avoine deu sols cy..................... 0 lt 2 s

Pour Estrene aus domestiques de monseg[neu]r leveque

neuf livres quatorze sols cy...................... 9 lt 14 s

Total du present Estat monte En tout cinnquente

cinq Livres quatorze sols trois deniers12 cy.....55 lt 14 s 3 d

Jean tenour collecteur de La communaute de montmorin

peies a s[ieu]r Jean Belley premier consul Les cinquente cinq

Livres quatorze sols trois deniers pour avoir fourny Le montant

De Lestat cy desus pour Depence Et fourniture quil a

fallu quil ait fait pour La visite de monseigneur

Leveque de gap arive aud[it] Lieu de montmorin le

vint cinq avril mil sept cents quarente un et le Lendemain

Il est party et En raportant Le present Il vous sera

Entre En depence dans le compte que vous deves rendre a

Lad[ite] com[munau]tte fait a montmorin ce vint sisiesme avril

mil sept cents quarente un

     Mausanc ch[astel]ain

   J Belley Consul Jean Eymeric Consul

 

Cette dépense obérait gravement les finances de la paroisse, à titre de comparaison un mettre decolle campagnier13 secretaire était engagé, le 29 juin 1742, pour 108 livres de salaire annuel14. Le repas du 26 avril 1741 représentait donc un peu plus de la moitié du salaire annuel d'un maître d'école !

 

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Cette visite pastorale est la dernière dont le procès-verbal figure dans la série G aux Archives Départementales. D'autres visites pastorales ont sans doute eu lieu, mais les relations de ces visites font malheureusement défaut.

 


1. Saint-Demetrius, ou Saint-Demetre, aurait été le premier évêque de GAP, au deuxième ou au troisième siècle.

2. Cote G 939, Archives Départementales des Hautes-Alpes, GAP.

3. Environ 245 grammes.

4. Habitant : celui qui paye les dîmes, synonyme de chef de famille. On considère que le terme habitant correspond en moyenne à 5 personnes, soit à une famille. Les autres villageois sont des manants.

5. Extrait de la relation de la visite pastorale

de Mgr PAPARIN de CHAUMONT,

MONTMORIN, le 6 juin 1599 (transcription)

"... a La Clef aux despens de Lad[ict]e Commun[aute]

De mesmes que le Cimtiere sera Clos et

ferme aux Lieux ou Il est ouvert Et en Iceluy

mis Une barriere affin que Le bestailh

ny Entre Et planter Une Croix au milieu

pour monstrer que Cest Ung Lieu scaint

Et Sacre aux despens de Lad[ict]e Commun[aute]

Et que doresnavent aulcune beste brute

nentrera dans Led[ic]t Cimitiere Et ou Il y

En Entreroit Les maistres diceles paieront

pour chescune Et pour chescune fois Une

Livre pure Cire pour Leluminaire de

Lad[ict]e Eglize Et en deffault ou Reffus de ce

Le Cure est charge Sur peyne dexcom[munica]cion

de Les y fere Contraindre par La Voie de

La Justice

Aussy que Lesd[ict]s Cure Chastelains Consulz et

aultres dud[ic]t Lieu d qui sont demures de La

Religion Catholicque apostolicque Romeyne

Empecheront par tous moiens a Eulx posibles

que aulcungz de Contre Religion Et qui avant

Leur mort Nayent heu Regret Et

Repentence davoir Viscus en Erreur Soient

Enterres dans Led[ic]t Cimitiere A peyne

         dexcom[municaci]on

Et dune bonne amende Arbitraire Et

Seroit tenus en cas que Lon Lui fist par

force den advertir mond[ic]t seig[n]eur pour

y prouver Soubz Les mesmes peines.

Encores que sera basti une mense aud[ic]t Lieu

proche de La[ict]e eglise pour Labitast desd[ict]s

Cure Et Clerc Aux despens de Lad[ict]e commun[aute]

Et que Le tout Ce que dessus sera faict

paracheve Et mis en Lestat quest dut

ordone Sy dessus par mond[ic]t seig[n]eur tant

par Lad(ict]e comm[unaute] que Cure Et Ceulx qui

J prenent Les dismes dans Six

Mois precisement A peyne dexcom[munica]cion

Et de Cent escus damende L pour

Ches[cun]s aplicables en oeuvres pies Faict

aud[ic]t Lieu de montmaurin en pres[ence] dud[ic]t

Cure Et de m[aist]re c[l]aude quaries chastelain

du sieur de bresieu De m[aist]re Laurens bouffier

Chastelain du sieur balhif Arnaud / de m[aist]re

Claude meynaud Chastelain du sieur de

montmaurin / Coseig[n]eurs lesd[ict]s sieurs dud[ic]t

Lieu de Jehan Auberic anthoine Jubert

Et andre chanouse Consulz Et de plusieurs

aultres dud[ic]t Lieu qui ont du tout Rejistre

acte Et offert fere ches[cun]s son debvoir au

mieulx que Leur sera possible pour effetuer...   

6. Histoire de la ville de Gap, Ouvrage publié sous les auspices de la Société d'Etudes des Hautes-Alpes, Imprimerie Louis-Jean, GAP, 1966, pages 143, 144 et 146.

7. Bibliothèque Nationale, PARIS, cote Lb 34.272. Pierre de BELLOY, jurisconsulte et écrivain, né à MONTAUBAN en 1540, publia son Apologie en 1585-1586.

8. Prêtre adjoint, vicaire.

9. Noté mars par erreur, en fait il s'agit bien du mois d'avril.

10. La livre tournois, monnaie de compte, valait 20 sous; la livre parisis, que l'on n'utilisait pratiquement plus, valait 25 sous tournois.

11. Un quintal équivalait alors à cent livres, et non à cent kilogrammes comme de nos jours; mais la livre variait en poids de village à village, comme toutes les autres mesures. Trois quintaux, dans la région de MONTMORIN, correspondaient environ à 145 kilogrammes.

12. La dépense engagée se monte en réalité à 55 livres 14 sols 9 deniers, et non pas 3 deniers. La différence provient de l'omission d'un report de 6 deniers dans la ligne concernant la demi-livre de graisse blanche.

13. sonneur de cloches.

14. Cote 3E 4702. _ - Cote G 779, Archives Départementales des Hautes-Alpes, GAP.

La transcription respecte strictement la graphie des documents.

_ - Histoire de la ville de Gap, op. cit., page 168.

_ - Histoire de la ville de Gap, op. cit., pages 168, 169 et 179.

_ - Cote G 781.

_ - Poêle.

_ - La Fabrique ou les Pénitents.

_ - Selon la croyance populaire, le son des cloches éloignait le mauvais temps.

_ - La tonsure.

_ - Arrêt du Parlement de GRENOBLE, en 1564, affectant le 24ème du montant des dîmes au soulagement des pauvres et des hôpitaux dans le Dauphiné.

_ - Histoire de la ville de Gap, page 181.

_ - Histoire de la ville de Gap, op. cit., page 181.

_ - Cote G 784.

_ - Bibliothèque Nationale, PARIS, cote D 25522.

_ - Histoire de la ville de Gap, op. cit., page 181.

_ - Histoire de la ville de Gap, op. cit., page 189 à page 194.

_ - Cote G 785.

_- Cote G 786.

_- _ - Histoire de la ville de Gap, op. cit., page 206.

_ - Histoire de la ville de Gap, op. cit., page 206 à page 209.

_ - Cote G 787.

_ - Histoire de la ville de Gap, op. cit., page 209.

_ - Histoire de la ville de Gap, op. cit., page 210.

_ - Cote G 788.

 

 

Gap, juin 1993

 


 

 

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