Noctes Gallicanae

L'Empire romain


 

1er siècle

Les Julio-Claudiens

Auguste

Tibère

Caligula

Claude

Néron

Les empereurs de l’an 69

Galba

Othon

Vitellius

 

 

Les Flaviens

Vespasien

Titus

Domitien

 

 

³

2ème siècle

Nerva

 

Trajan

 

Hadrien

 

Antonin

 

Marc Aurèle

Avidius Cassius

Commode

 

³

Les grands noms du Bas-Empire

Septime Sévère

Zénobie

 

Dioclétien

 

Caracalla

 

Aurélien

 

Constantin

Elagabal

Probus

Théodose

 

³

La famille d’Auguste

Julia

la fille d'Auguste

Julia

la petite-fille d’Auguste

Germanicus

 

Agrippine l’aînée

 

³

Les sœurs de Caligula

Livia Drusilla

Agrippine

Julia Livilla

³

Julia, fille de Drusus, petite-fille de Tibère

³

Messaline

³


Le Haut-empire (~27-192)

 

Auguste (~63- 14)

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La famille d’Auguste : les Iulii, les Claudii et les Antonii.

 

 

C. Octavius Thurinus, adopté par César, s’appelle désormais C. Iulius Caesar Octavianus. Né le 28 septembre ~63, il règne de ~27 à 14.

 

Infanti cognomen Thurino inditum est, in memoriam maiorum originis, vel quod regione Thurina recens eo nato pater Octavius adversus fugitivos rem prospere gesserate. Thurinum cognominatum satis certa probatione tradiderim, nactus puerilem imagunculam eius aeream veterem, ferreis et paene iam exolescentibus litteris hoc nomine inscriptam, quae dono a me principi data inter cubiculi Lares colitur. Sed et a M. Antonio in epistolis per contumeliam saepe Thurinus appellatur, et ipse nihil amplius quam mirari se rescribit, pro obprobio sibi prius nomen obici.

Durant sa première enfance, on lui donna le surnom de Thurinus, soit pour rappeler le lieu d'origine de ses ancêtres, soit parce que c'était dans la région de Thurium que son père Octavius, peu de temps après sa naissance, s'était battu avec succès contre les esclaves fugitifs. Pour prouver qu'on le surnomma Thurinus, il pourrait me suffire de signaler ma découverte d'une ancienne statuette de bronze, qui le représente encore enfant et sur laquelle ce nom est inscrit en lettres de fer déjà presque dévorées par la rouille : j'en ai fait don à l'empereur qui l'honore parmi les dieux Lares de sa chambre à coucher. Mais, en outre, Marc Antoine, dans ses lettres, l'appelle souvent Thurinus, en manière d'injure, et Octave se borne à lui répondre qu'il est surpris de se voir jeter comme une insulte son premier nom. (Suétone, Aug., 7).

 

Il épouse d’abord en 42, par pur opportunisme et à la demande des soldats d’Antoine, Clodia, fille de P. Clodius et de Fulvia, qu’il répudie intactam adhuc et virginem (Suétone, Aug., 62).

 

En 41 ou 40, il épouse Scribonia (~65-16), mais il divorce bientôt, dès la naissance de leur fille, pertaesus morum perversitatem eius lassé de l’extravagance de son caractère (Suétone, Aug., 62).

Scribonia, qui avait déjà été mariée deux fois, aurait aussi « déploré ouvertement qu’un homme sans moralité eût un pouvoir excessif » quia liberius doluisset nimiam potentiam paelicis Suétone, Aug., 6). Merci pour ce moment, en somme.

De leur union naît une fille, le seul enfant d’Octave, Julia 1 (~39-17).

 

Le 17 janvier 39, Octave épouse Livia Drusilla, mère d’un garçon de deux ans (Tibère) et enceinte de six mois.

 

Pour les années ~44 à ~30, voyez la Vie d’Antoine de Plutarque.

 

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Sa devise : Festina lente, Hâte-toi lentement.

 

 

Augustus

~27 (16 janvier). Octave reçoit, sur proposition de Munatius Plancus, le titre d'Augustus (voyez aussi l’épitaphe de Plancus).

 

AVGVSTVS

Augustus potius [vocatus est], non tantum novo sed etiam ampliore cognomine, quod loca quoque religiosa et in quibus augurato quid consecratur augusta dicantur, ab auctu vel ab avium gestu gustuve, sicut etiam Ennius docet scribens : Augusto augurio postquam inclita condita Roma est.

[Il fut surnommé] plutôt Augustus [que Romulus] non seulement parce que ce titre était nouveau mais encore parce qu’il était plus significatif : Ce terme vient de auctus « le garant » ou de avium gestu ou gustu « par le mouvement » ou « par la nourriture des oiseaux ». On appelle « augustes » les lieux à caractère religieux où l’on consacre quelque chose après avoir pris les augures. C’est ce qu’indique ce vers d’Ennius : « Après que l’illustre Rome eut été fondée sous d’augustes augures ». (Suétone, Aug., 7)

Ce surnom à forte connotation religieuse donne à la personne d’Octave un caractère sacré : il est celui dont la parole a force d’augure.

 

Quo pro merito meo senatus consulto Augustus appellatus sum et laureis postes aedium mearum vestiti publice coronaque civica super ianuam meam fixa est et clupeus aureus in curia Iulia positus, quem mihi senatum populumque Romanum dare virtutis clementiaeque iustitiae et pietatis caussa testatum est per eius clupei inscriptionem.

Post id tempus dignitate omnibus praestiti, potestatis autem nihilo amplius habui quam ceteri qui mihi quoque in magistratu conlegae fuerunt.

Pour marquer sa reconnaissance envers moi, le sénat me décerna par décret le titre d’Augustus, les montants de la porte de ma maison furent habillés de lauriers par décision officielle et une couronne civique fut accrochée au-dessus de ma porte. Un bouclier d’or fut placé dans la Curia Julia ; le sénat et le peuple romain me l’ont donné « en raison de mon courage, de ma clémence, de ma justice et de ma piété », c’est ce qu’atteste l’inscription de ce bouclier.

Par la suite, malgré ma prééminence sur tous, je n’ai eu aucun pouvoir supérieur à celui de mes collègues qui ont exercé les mêmes magistratures que moi. (Res Gestae, 34)

 

ubi militem donis, populum annona, cunctos dulcendine otii pellexit, insurgere paulatim, munia senatus magistratuum legum in se trahere, nullo adversante lorsqu’il eut séduit le soldat par ses cadeaux, le peuple par les distributions de blé, tout le monde par la douceur du calme retrouvé, il s’éleva peu à peu et attira vers lui les prérogatives du sénat, des magistrats et des lois, sans rencontrer de résistance. Tacite, Annales, I, 2.

Il établit à son profit une vraie monarchie mais il a l’habileté de conserver les formes républicaines : il prend soin par exemple de faire confirmer tous les ans sa qualité de tribun de la plèbe. En théorie, le gouvernement est partagé entre le Sénat et le Prince. En fait, Auguste concentre entre ses mains tous les pouvoirs réels, politiques et religieux. Il est seul maître à Rome. Mais il prend bien soin d’éviter les titres qui pourraient évoquer la royauté ou simplement le pouvoir personnel : ni roi évidemment, ni dictateur, pas même le traditionnel dominus « maître », ni en public, ni dans l’intimité.

 

~22 Auguste refuse la dictature perpétuelle. Il accepte le titre de Princeps [senatus], quelque chose comme « président du Sénat », d’où les mots « prince » et « principat ».

 

Pater patriae

Patris patriae cognomen universi repentino maximoque consensu detulerunt ei : prima plebs legatione Antium missa ; dein, quia non recipiebat, ineunti Romae spectacula frequens et laureata ; mox in curia senatus, neque decreto neque adclamatione, sed per Valerium Messalam. Is mandantibus cunctis : « Quod bonum, inquit, faustumque sit tibi domuique tuae, Caesar Auguste ! Sic enim nos perpetuam felicitatem rei p. et laeta huic precari existimamus : senatus te consentiens cum populo R. consalutat patriae patrem. » Cui lacrimans respondit Augustus his verbis (ipsa enim, sicut Messalae, posui) : « Compos factus votorum meorum, p. c., quid habeo aliud deos immortales precari, quam ut hunc consensum vestrum ad ultimum finem vitae mihi perferre liceat ? »

Le titre de « Père de la Patrie » lui fut décerné par tous, d'un soudain et parfait accord : ce fut d’abord la plèbe qui le lui offrit en lui envoyant une délégation à Antium ; puis, comme il refusait, la plèbe en masse et couronnée de laurier le lui offrit de nouveau quand il entra au théâtre à Rome ; enfin, ce fut le sénat, dans la curie, non point sous forme de décret, ni par acclamation, mais par la bouche de Valerius Messala. Celui-ci s’exprima au nom de tous : « Bonheur et prospérité pour toi et pour ta famille, César Auguste ! Nous croyons, en effet, que nous souhaitons à l'État une éternelle prospérité dans la mesure où nous souhaitons des joies à ta famille : le sénat, d'accord avec le peuple romain, te salue « Père de la Patrie ». Alors Auguste, versant des larmes, lui répondit en ces termes – je les cite textuellement comme ceux de Messala. « Ayant obtenu la réalisation de mes voeux, Pères conscrits, que puis-je désormais demander aux dieux immortels, sinon de voir cet accord se maintenir entre vous jusqu'au dernier jour de ma vie ? »  (Suétone, Aug., 58).

 

~23 Auguste abdique le consulat, qu'il détenait depuis onze ans.

 

~20 Auguste se rend en Asie Mineure; les Parthes rendent les étendards pris à Crassus en 53.

 

~18 Auguste partage en partie son pouvoir avec son gendre Agrippa jusqu'à la mort de celui-ci (~12).

 

~12 : Mort de Lépide : Auguste devient Pontifex Maximus.

 

~12 av. J.-C.- 5 ap. J.-C. Campagnes de D. Claudius Drusus, puis de son frère aîné Tibère en Germanie. Les Romains deviennent maîtres du territoire compris entre le Rhin et l'Elbe.

 

~12 : Mort d’Agrippa.

 

4 ap. J. C. Conspiration de Gnaeus Cornelius Cinna Magnus, petit-fils du grand Pompée par sa mère.

Sénèque met tout son talent d’auteur tragique à raconter l’histoire dont s’inspirera Corneille. J’ai personnellement du mal à croire que l’idée de faire couper une tête ait pu empêcher le vieil autocrate de dormir. Je crois plutôt à une opération de communication bien montée.

Sur le conseil de la douce (!) Livie, Auguste décide de recevoir Cinna sans témoins. Il commence un long discours par le célèbre

Prends un siège, Cinna, prends, et sur toute chose

Observe exactement la loi que je t'impose :

Prête, sans me troubler, l'oreille à mes discours ;

D'aucun mot, d'aucun cri, n'en interromps le cours … Corneille, Cinna, V,1.

et termine deux heures plus tard par ces mots :

Vitam tibi, Cinna, iterum do, prius hosti, nunc insidiatori ac parricidae. Ex hodierno die inter nos amicitia incipiat; contendamus, utrum ego meliore fide tibi vitam dederim an tu debeas.  Cinna, c’est la seconde fois que je te laisse la vie : autrefois quand tu étais mon ennemi, aujourd’hui quand tu es un conspirateur et un parricide. A compter de ce jour, qu’une amitié naisse entre nous, nous verrons lequel de nous deux sera plus loyal : moi qui t’aurai laissé la vie, toi qui me la dois.   Sénèque, De la clémence, I, 9.

Soyons amis, Cinna, c'est moi qui t'en convie :

Comme à mon ennemi je t'ai donné la vie,

Et, malgré la fureur de ton lâche destin,

Je te la donne encor comme à mon assassin.

Commençons un combat qui montre par l'issue

Qui l'aura mieux de nous ou donnée ou reçue.   Corneille, Cinna, V,3.

Suétone ne mentionne pas cet épisode. Selon Dion Cassius, Auguste se serait heurté au dilemme suivant : la sévérité ne dissuade pas les éventuels comploteurs, la clémence peut les encourager. Dion Cassius (LV, 22) développe alors très longuement le plaidoyer de Livie en faveur de Cinna et conclut que c’est à elle que Cinna devait la vie. Par contre, il ne croit pas au « soyons amis » :

Καὶ ἀφῆκε μὲν πάντας τοὺς ὕπαιτιους λόγοις τισὶ νουθετήσας, τὸν δὲ δὴ Κορνήλιον καὶ ὕπατον ἀπέδειξε

Il libéra tous les accusés avec quelques paroles de réprimande ; mais il fit même nommer Cornélius consul [l’année suivante].

 

9 ap. J. C. Varus, gouverneur de Germanie, massacré avec ses légions par Arminius dans la forêt de Teutoburg.

 

14 ap. J.-C. Mort d'Auguste le 19 août : Acta est fabula! « La pièce est terminée », dit-il en mourant.

 

Il laisse avec son testament un résumé de son action connu sous le nom de Res gestae Divi Augusti dont vous trouverez ici le texte et la traduction.

 

ΘΕΟΝ ΣΕΒΑΣΤΟΝ

ΘΕΟΥ ΥΙΟ[Ν] ΚΑΙΣΑΡΑ

ΑΥΤΟΚΡΑΤΟΡΑ ΓΗΣ ΚΑΙ ΘΑΛΑΣΣΗΣ

ΤΟΝ ΕΥΕΡΓΕΤ[ΗΝ] ΚΑΙ ΣΩΤΗΡΑ

ΤΟΥ ΣΥΝΠΑΝΤΟΣ ΚΟΣΜΟΥ

ΜΥΡΕΩΝ Ο ΔΗΜΟΣ

[ΜΑΡΚ]ΟΝ ΑΓΡΙΠΠΑΝ

ΤΟΝ ΕΥΕΡΓΕΤΗΝ ΚΑΙ ΣΩΤΗΡΑ ΤΟΥ ΕΘΝΟΥΣ

ΜΥΡΕΩΝ Ο ΔΗΜΟΣ

Inscription de Myra en Lycie

Au dieu Auguste, fils du dieu César, maître de la terre et de la mer,

bienfaiteur et sauveur de l’univers entier, les citoyens de Myra.

A Marcus Agrippa, bienfaiteur et sauveur de notre peuple, les citoyens de Myra.

 

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Auguste âgé

 

 


Tibère ~41- 37

 

Ti Claudius Nero, né le 16 novembre ~42, adopté par Auguste en 4, s’appelle désormais Ti Julius Caesar.

Fils de Ti Claudius Nero et Livia Drusilla. Il règne de 14 à 37.

 

Il épouse la fille d’Agrippa, Vipsania Agrippina, qui lui donne un fils. Il divorce en ~12, sur ordre d’Auguste, alors qu’elle est enceinte. Dion Cassius (LIV, 31) précise

τέκνον τὸ μὲν ἤδη τρέφουσαν τὸ δὲ ἐν γαστρὶ ἔχουσαν

elle allaitait un enfant et en portait un autre

l’un des deux, je ne sais pas lequel, est Drusus qui mourra en 23, j’ignore ce qu’est devenu l’autre.

 

Il épouse alors Julia, la fille d’Auguste, âgée de 27 ans. Le couple, qui contre toute attente vivait en harmonie, se sépare de fait après la mort en bas âge d’un fils. Dès lors, les événements vont se précipiter : Tibère s’exile volontairement à Rhodes en 6, pour de multiples raisons parmi lesquelles sa mésentente avec Julia a certainement joué une part importante. Comment en effet répudier pour inconduite notoire (ou pour toute autre raison) la fille de l’empereur ? Mais, à tort ou à raison, je pense que les contrariétés d’ordre privé n’ont été qu’un élément déclencheur.

 

Un républicain devenu empereur ?

δεσπότης μὲν τῶν δούλων

αὐτοκράτωρ δὲ τῶν στρατιωτῶν

τῶν δὲ δὴ λοιπῶν πρόκριτός εἰμι

Je suis le maître (dominus) des esclaves,

l’imperator des soldats,

mais je ne suis que le Premier des sénateurs (princeps senatus) pour les autres.

 

Tibère commandant en Germanie (10-11 ap. J.-C.)

De quo quisque dubitaret, se nec alio interprete quacumque vel noctis hora uteretur. (Suétone, Tibère, 18)

Si quelqu’un hésitait sur la conduite à tenir sur quelque sujet que ce soit, il devait en référer à lui et à personne d’autre, à toute heure du jour ou de la nuit.

 

Tibère et le sénat

Quoties curia egrederetur, Graecis verbis in hunc modum eloqui solitum

« o homines ad servitutem paratos ! » (Tacite, Annales, III, 65).

On dit que, chaque fois qu’il sortait de la curie, il avait l’habitude de prononcer cette phrase en grec : « Hommes prêts à l’esclavage ! »

 

Les épigrammes suivantes sont bien postérieures à l’époque de Tibère et font allusion à l’origine douteuse de certains sénateurs.

Τοῦτο τὸ οὐλεύειν εἶχες πάλαι, ἀλλὰ τὸ Βῆτα

   οὐκ ἐπιγινώσκω· Δέλτα γὰρ ἐγράφετο.

[essai de traduction :] « séNAteur »? Le « se- » et le « -teur », il y a longtemps que tu les as ;

              mais je ne comprends pas bien le « -na- » : ça s’écrivait plutôt « -rvi- ».

Anth. Palat. IX, 260.

Ce jeu de mots sur δουλεύειν « être esclave » et βουλεύειν « être sénateur » aurait certainement amusé Tibère. D’ailleurs, il est peut-être de lui, pourquoi pas ?

Βουλεύεις, Ἀγαθῖνε, τὸ Βῆτα δὲ τοῦτἐπρίω νῦν

   εἰπέ, πόσης τιμῆς; Δέλτα γὰρ ἦν πρότερον.

Tu es sénateur, Agathinos, mais dis-moi, ce « -nateur »,

combien l’as-tu payé ? parce qu’avant c’était « -rviteur ».

Anth. Palat. IX, 337.

 

Tibère et les impôts

Boni pastori [est] tondere pecus, non deglubere. (Suétone, Tibère, 32)

κείρεσθαί μου τὰ πρόβατα, ἀλλοὐκ ἀποξύρεσθαι βούλομαι (Dion Cassius)

Un bon pasteur doit tondre son troupeau, pas l’écorcher.

 

Tibère et le pouvoir

Saepe lupum auribus tene[o]. (Suétone, Tibère, 25)

Je tiens souvent le loup par les oreilles.

In civitate libera lingua mensque liberae esse debent. (Suétone, Tibère, 28)

Dans un pays libre, la parole et la pensée doivent être libres.

Exercendae sunt leges. (Suétone, Tibère, 58)

Il faut appliquer les lois !

Oderint dum probent. (Suétone, Tibère, 59)

Qu’ils me haïssent pourvu qu’ils m’obéissent.

Vers d’Atrée, tragédie d’Accius ; Tibère substitue probent à metuant. Voir Caligula

 

Cruauté de Tibère

"Nondum tecum in gratiam redii." (Suétone, Tibère, 61)

(à un prisonnier qui supplie que l’on hâte son supplice)

Je ne me suis pas encore réconcilié avec toi !

 

Tibère et le vin : BIBERIVS CALDIVS MERO

Τιβέριος ... διὸ καὶ Ῥωμαῖοι Βιβέριον αὐτὸν ἐκάλουν, ὃ σημαίνει παραὐτοῖς τὸν οἰνοπότην

Tibère… c’est pourquoi les Romains l’appelaient « Bibère », ce qui signifie chez eux « buveur de vin » (Dion Cassius, fragment).

Suétone (Tibère, 42) se montre plus précis : In castris tiro etiam tum propter nimiam vini aviditatem pro Tiberio "Biberius," pro Claudio "Caldius," pro Nerone "Mero" vocabatur. Dans l’armée, alors qu’il n’en était qu’à ses débuts, son goût excessif du vin l’avait fait surnommer « Biberius » au lieu de Tiberius, « Caldius » au lieu de Claudius et « Mero » au lieu de Nero.

Caldius signifie « plus chaud », les Romains consommaient beaucoup de vin chaud, cal(i)dum ; Mero est l’ablatif de merum : « avec du vin pur ».

 

 

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Ti(berius) Caesar Divi Aug(usti) F(ilius) Augustus

denier d’argent de Tibère

 

14 Révolte des légions romaines de Germanie, réprimée par Germanicus. Les légions voulaient proclamer Germanicus empereur.

Révolte des légions romaines de Pannonie, réprimée par Drusus, fils de Tibère.

 

14-16 Campagne de Germanicus contre les Germains. Il bat Arminius, mais Tibère le rappelle sans lui laisser le temps d’achever ses conquêtes. On accuse l’empereur de se montrer jaloux des succès de son neveu. Chargé de mission en Orient, Germanicus meurt en Syrie.

 

17-31 Aelius Seianus (Séjan), préfet du prétoire, exerce une influence grandissante sur l'empereur.

Ti. Caesar Seianum Aelium, principe equestris ordinis patre natum, materno vero genere clarissimas veteresque et insignes honoribus complexum familias, habentem consularis fratres, consobrinos, avunculum, ipsum vero laboris ac fidei capacissimum, sufficiente etiam vigori animi compage corporis, singularem principalium onerum adiutorem in omnia habuit atque habet, virum severitatis laetissimae, hilaritatis priscae, actu otiosis simillimum, nihil sibi vindicantem eoque adsequentem omnia, semperque infra aliorum aestimationes se metientem, vultu vitaque tranquillum, animo exsomnem.

Tibère César a eu en toutes circonstances et a encore auprès de lui comme adjoint exceptionnel dans sa charge de prince Aelius Séjan. Ce dernier, issu d'un père prince de l'ordre équestre et touchant par sa mère à des familles très illustres, anciennes et chargées d'honneurs, a des frères, des cousins, un oncle maternel qui sont d'anciens consuls ; lui-même fait preuve de beaucoup d'activité et de loyauté et sa robustesse physique répond à sa vigueur intellectuelle; c'est un homme d'une austérité qui n'exclut pas le sourire, d'une gaieté digne des anciens temps, actif tout en ayant l'air de ne rien faire; il ne réclame rien pour lui et, de ce fait, obtient tout ; il s'estime toujours moins qu'il n'est estimé des autres; son visage est calme comme sa vie, mais son esprit est constamment en éveil. (Velleius Paterculus, II, 127).

 

Poussé peut-être par sa maîtresse Livilla, nièce de Tibère et femme de son fils Drusus, Séjan conspire finalement contre l’empereur. Il est condamné à mort par le Sénat.

 

31-37 Retiré à Capri depuis 26, Tibère exerce une tyrannie implacable en usant à outrance des lois de majesté (maiestas) et de concussion. Voyez pour un exemple anecdotique Les latrines de Pompéi.

La répression vise en priorité la famille de Germanicus que Tibère soupçonnait, à tort ou à raison, à raison je crois, de conspirer contre lui.

 

37 Tibère meurt le 16 mars à l'âge de 78 ans. On prétend que Caligula l'a étouffé sous des couvertures.

 

 

 

Personnage complexe, pétri de contradictions, Tibère possède un caractère qui ne se laisse pas facilement définir.

Οὔτε γὰρ ὧν ἐπεθύμει προσεποιεῖτο τι, καὶ ὧν ἔλεγεν οὐδὲν ὡς εἰπεῖν ἐβούλετο· ἀλλἐναντιωτάτους τῇ προαιρέσει τοὺς λόγους ποιούμενος πᾶν τε ὃ ἐπόθει ἠρνεῖτο καὶ πᾶν ὃ ἐμίσει προετείνετο   il ne montrait rien de ce qu’il souhaitait, et il ne voulait généralement rien de ce qu’il disait vouloir. Il tenait des propos qui signifiaient l’inverse de ce qu’il recherchait, il refusait tout ce qu’il désirait et réclamait tout ce qu’il détestait. (Dion Cassius, LVII, 1).

 

Par ses deux parents, Tibère descendait de la plus haute et la plus ancienne noblesse de Rome : les deux lignées remontaient à Appius Claudius Caecus.

 

Tiberius Nero, le père de Tibère, avait fait une assez brillante carrière sous les ordres de César (qui l’avait chargé par exemple de créer en Gaule les colonies de Narbonne et d’Arles). Mais le malheureux avait l’art de choisir systématiquement le camp des perdants : après les Ides de mars, il prend parti pour les républicains ; il suit L. Antonius à Pérouse ; il tente de s’allier à Sextus Pompée ; il rejoint enfin le camp de Marc Antoine et profite de la paix de Brindes pour revenir à Rome où il doit céder à Octave sa femme Livia Drusilla, alors enceinte de six mois. Le pauvre homme en meurt peu après, en ~33.

 

Pieux et fidèle, Tibère jeune rend hommage à la mémoire de son père en donnant un combat de gladiateurs. En ~9, à la mort de son frère en Germanie, cuius corpus pedibus toto itinere praegrediens Romam usque pervexit il ramena son corps en précédant le convoi à pied sur tout le chemin jusqu’à Rome (Suétone, Tib., 8). Il épouse Vipsania Agrippina, fille de Marcus Agrippa et de Caecilia, elle-même fille d’Atticus, l’ami de Cicéron. De ce mariage harmonieux naît un fils, Drusus qui mourra en 23.

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En ~12 meurt Agrippa, époux de Julia 1. Privé de son plus fidèle adjoint et pressé de remarier sa fille, Auguste cherche dans son entourage quelqu’un pour le remplacer. Τὸν Τιβέριον καὶ ἄκων προσείλετο il s’adjoint Tibère, mais à contre-cœur (Dion Cassius, LIV, 31) : ses petits-fils, les deux Césars étant alors trop jeunes. Au début de l’année ~11, Auguste force Tibère (on aimerait savoir avec quels arguments !) à divorcer de Vipsania, alors enceinte, pour épouser sa fille, l’insupportable Julia, veuve d’Agrippa. Tibère épouse donc la veuve de son beau-père !

 

Tibère se sent mal aimé d’Auguste qui lui avait préféré Agrippa, qui lui avait préféré son frère Drusus, qui lui préférait ses petits-fils Gaius et Lucius Caesar (les fils de son actuelle femme Julia et de son ancien beau-père Agrippa !), alors qu’il avait preuve d’un dévouement à toute épreuve et d’une efficacité sans faille. Il est vrai qu’il passe toujours après les autres, que ce soit pour sa carrière officielle (certes, il obtient le consulat quatre ans avant son frère, mais il est l’aîné et par ailleurs, il exerce des commandements moins prestigieux) ou pour sa vie privée. Il reproduira d’ailleurs cette différence entre son fils Drusus et son neveu Germanicus.

 

Il se lasse, peut-être des infidélités de Julia, peut-être d’Auguste et de son entourage, et décide un jour, en ~6, d’abandonner toute responsabilité officielle et de se retirer à Rhodes.

Ο ΔΑΜΟΣ Ο ΡΟΔΙΩΝ ΥΠΕΡ ΤΕΒΕΡΙΟΥ ΚΛΑΥΔΙΟΥ ΝΕΡΩΝΟΣ

inscription de Pythion dans l’île de Rhodes

Le peuple de Rhodes en l’honneur de Tibère Claude Néron.

 

Il y reste cinq ans, demande à rentrer à Rome, mais essuie un refus qui équivaut à une sentence d’exil. Auguste le rappelle néanmoins deux ans après, à la mort de ses petits-fils, les Césars, qu’il avait adoptés.

 

Auguste adopte alors en même temps Agrippa Postumus, son dernier petit-fils, et Tibère qui doit adopter lui-même son neveu Germanicus. Agrippa Postumus était le dernier descendant direct du vieil empereur mais instable et brutal,

 

Le testament d’Auguste qu’on lut au sénat commençait par ces mots : Quoniam atrox fortuna Gaium et Lucium filios mihi eripuit, Tiberius Caesar mihi ex parte dimidia et sextante heres esto Puisqu’un sort cruel m’a enlevé mes fils [adoptifs] Gaius et Lucius, que Tibère César soit mon héritier pour la moitié plus un sixième.

Auguste aurait également dit publiquement : Miserum populum Romanum qui sub tam lentis maxillis erit malheureux peuple Romain qui vivra sous des mâchoires aussi lentes (Suétone, Tibère, 21)

 

Le pauvre Tibère avait décidément de quoi se croire, à juste titre, mal aimé. On comprend que sur le tard, trahi par ceux en qui avait placé sa confiance, il ait sombré dans une totale misanthropie. Ainsi s’explique, sans qu’on puisse l’excuser, sa fin de règne sanguinaire.

Nam mortem adeo leve supplicium putabat, ut cum audisset unum e reis, Carnulum nomine, anticipasse eam, exclamaverit : "Carnulus me evasit."

Il considérait une sentence de mort comme une condamnation si légère, qu’ayant appris que l’un des accusés du nom de Carnulus avait devancé la sentence, il s’écria : « Carnulus m’a échappé ! » (Suétone, Tibère, 61).

 

Tacite a tracé de lui un portrait extrêmement noir, pourtant je ne peux pas m’empêcher d’éprouver pour Tibère une certaine admiration : il a réussi à perpétuer l’œuvre d’Auguste, il a maintenu et confirmé la paix romaine qui assurait la prospérité générale.

 


Caligula 12- 41

 

Nec servum meliorem ullum nec deteriorem dominum fuisse

(Suétone, Caligula, 10).

Neque meliorem umquam servum neque deteriorem dominum fuisse

(Tacite, Annales, VI, 20)

On a dit qu’il n’y eut jamais meilleur esclave et plus mauvais maître.

 

 

C. Julius Caesar Germanicus, né le 31 août 12. Il règne de 37 à 41.

 

Son père était Claudius Nero Drusus Germanicus (~15-19), lui-même fils de Drusus, le frère de Tibère. Adopté par Tibère, il s’appelle dès lors C. Julius Caesar Germanicus. Sa mère était Agrippine 1 (~14-33), fille de Julia et de M. Agrippa. Le couple eut neuf enfants dont six vivants : Néron et Drusus condamnés par Tibère, Caligula, Drusilla, Julia Livilla et Agrippine 2, mère de Néron.

 

Caligula épouse en 33 Junia Claudilla, la fille d’un M Silanus, « vir nobilissimus » selon Suétone : un M Junius Silanus a été consul en 15, un autre en 19.

Junia meurt (en couches ?) en 36, et aussitôt Macron, préfet de la garde prétorienne poussa uxorem suam Enniam imitando amorem iuvenem inlicere pactoque matrimonii vincire, sa femme Ennia à simuler la passion pour le jeune homme et à l’enchaîner par une promesse de mariage. (Tacite, Ann., VI, 45).

 

Caligula devenu empereur enlève à Lucius Calpurnius Pison son épouse le jour même du mariage et le lendemain il fait proclamer matrimonium sibi repertum exemplo Romuli et Augusti qu’il a trouvé à se marier suivant l’exemple de Romulus et d’Auguste. Suétone, Caligula, 25.

 

Il recommence en exigeant que C Memmius, consul suffect en 32 et qui commandait alors une armée dans une province, lui envoie sa femme Lollia Paulina, parce qu’elle avait, selon la rumeur, « une grand-mère d’une grande beauté ». Il se lasse vite d’elle et la répudie en lui interdisant d’appartenir désormais à qui que ce soit. Elle tentera sa chance auprès de Claude dix ans plus tard après la mort de Messaline, mais en vain.

 

Il épouse enfin en 38 Caesonia, ni belle, ni jeune, sed luxuriae ac lasciviae perditae mais perdue de débauches et de vices. Elle lui donnera une fille, Julia Drusilla, qui sera assassinée en même temps que son père et sa mère.

 

Sur ses relations incestueuses avec ses sœurs, voyez la page consacrée à Drusilla.

 

 

image001

C(aius) Caesar Aug(ustus) Germanicus Pon(tifex) M(aximus) Tr(ibunicia) Pot(estate)

Agrippina Drusilla Iulia S(enatus) C(onsulto)

sesterce de laiton de Caligula

 

 

Caligula, l’empereur fou.

CALIGULA

 

Gaius Caesar a passé sa petite enfance dans les armées de Germanie. Comme il était vêtu à la mode militaire, les soldats de Germanicus lui avaient donné le surnom affectueux de Caligula, tiré de caliga " bottine militaire ".

infans in castris genitus, in contubernio legionum eductus, quem militari vocabulo Caligulam appellabant, quia plerumque ad concilianda vulgi studia eo tegmine pedum induebatur.  un enfant né dans les camps, élevé au milieu des légions, que l’on appelait Caligula, mot du jargon militaire, parce que dans le désir de le rendre agréable à la troupe, il portait très souvent aux pieds leur genre de chaussure (la « caliga »). (Tacite, Annales, I, 41).

Caligulae cognomen castrensi ioco traxit, quia manipulario habitu inter milites educabatur Il doit son surnom de Caligula à une plaisanterie militaire : il était élevé parmi les soldats habillé de l’uniforme des légionnaires. Suétone, Caligula, 9.

 

Elevé d’abord par sa mère Agrippine jusqu’en 28, il est alors confié à sa bisaïeule Livie, puis, au décès de celle-ci l’année suivante, à sa grand-mère Antonia En 31, âgé de 19 ans, il va demeurer auprès de Tibère en Campanie et à Capri jusqu’à la mort du vieil empereur.

 

Caligula prend le pouvoir dans l’enthousiasme général : on aime sa jeunesse (25 ans), on se souvient de la popularité de son père, il passe pour le survivant miraculé d’une famille décimée par la jalousie et la haine de Tibère. Sur la route de Misène à Rome, il est acclamé super fausta nomina sidus et pullum et pupum et alumnum appellantium par les gens qui, outre les noms qui portent bonheur, l’appelaient leur astre, leur tout-petit, leur bébé, leur nourrisson. Suétone, Caligula, 13.

 

Un témoin direct de cette époque, Philon d’Alexandrie, confirme le récit de Suétone (Caius ou des Vertus, 10-13) :

Le peuple romain, l’Italie entière, les nations d’Europe et les nations d’Asie étaient dans l’allégresse. Jamais sous aucun autre empereur on n’avait ressenti une joie si universelle; ce n’était pas la possession et l’usage des biens publics et privés qu’on espérait: on s’imaginait tenir, par la faveur du Ciel, la plénitude de toutes les prospérités. Dans chaque ville on ne voyait que des autels, des victimes, des sacrifices, des hommes vêtus de blanc portant des couronnes sur la tête et montrant le bonheur peint sur leurs traits; on ne voyait que fêtes, réjouissances, concours de musique, jeux du cirque, banquets; ce n’étaient partout que concerts de flûtes et de cithares, amusements, chômages, plaisirs de toute sorte. Riches et pauvres, grands et petits, créanciers et débiteurs, maîtres et esclaves, étaient confondus; cet événement semblait avoir effacé toutes les distinctions. Le règne de Saturne, chanté par les poètes, ne paraissait plus une fiction de la fable telles étaient la félicité et la prospérité publiques, telles étaient jour et nuit l’allégresse et la sécurité au sein des familles et des peuples. Tout d’abord ce bonheur dura sept mois sans interruption.

 

D'abord excellent empereur, du moins en apparence, il révèle rapidement, à la suite d’une maladie, ce qui serait sa vraie nature :

Naturam tamen saevam atque probrosam ne tunc quidem inhibere poterat, quin et animadversionibus poenisque ad supplicium datorum cupidissime interesset et ganeas atque adulteria capillamento celatus et veste longa noctibus obiret ac scaenicas saltandi canendique artes studiosissime appeteret, facile id sane Tiberio patiente, si per has mansuefieri posset ferum eius ingenium. Quod sagacissimus senex ita prorsus perspexerat, ut aliquotiens praedicaret exitio suo omniumque Gaium vivere et se natricem populo Romano, Phaethontem orbi terrarum educare Même à cette époque (du vivant de Tibère) il ne pouvait pas dissimuler son naturel cruel et dépravé, mais il tenait beaucoup à assister aux châtiments et aux exécutions de ceux qui subissaient un supplice. Il se rendait la nuit, dissimulé sous une perruque et de longs vêtements, dans les bouges et les lieux de débauche. Il avait une attirance passionnée pour les arts de la scène, de la danse et du chant. Tibère supportait tout cela d’autant plus facilement qu’il espérait qu’ainsi son caractère féroce pourrait s’adoucir. Dans sa grande sagesse le vieux Tibère avait si bien percé à jour ce caractère qu’il a prédit à plusieurs reprises :« Laisser vivre Gaius me conduira à ma perte et à celle de tous ; j’élève une hydre pour le peuple romain, un Phaéton pour l’univers ». Suétone, Caligula, 11.

Plus d’une fois, Tibère avait résolu de se défaire de Caïus qu’il jugeait méchant et indigne du pouvoir; il craignait son ressentiment contre son petit-fils, et qu’après sa mort il n’assassinât cet enfant. Macron travailla à vaincre ces défiances, faisant l’éloge de Caïus dont il vantait le caractère simple et inoffensif, ajoutant qu’il affectionnait beaucoup son cousin et qu’il lui abandonnerait volontiers  tout l’empire ou la meilleure partie. Tibère, trompé, épargna l’ennemi le plus acharné de sa personne, de son petit-fils, de sa famille, de Macron son intercesseur, de tout le genre humain. Philon d’Alexandrie, Flaccus, 12-13.

 

"Oderint dum metuant!"

Qu'ils me haïssent, pourvu qu'ils me craignent.

Vers d’Atrée, tragédie d’Accius, voir Tibère.

 

Bientôt après, celui que toutes les espérances avaient accueilli comme un sauveur et un protecteur, qui devait répandre sur l’Europe et sur l’Asie des torrents de félicité nouvelle, et leur prodiguer tous les biens publics et privés, se changea en un tyran cruel ou plutôt montra ouvertement des penchants qu’il avait jusqu’alors couverts du voile de l’hypocrisie. Philon d’Alexandrie, Caius ou les Vertus, 22.

 

Suétone dans un chapitre célèbre propose une explication des traits de folie de Caligula (chapitre 31) :

Queri etiam palam de condicione temporum suorum solebat, quod nullis calamitatibus publicis insignirentur ; Augusti principatum clade Variana, Tiberi ruina spectaculorum apud Fidenas memorabilem factum, suo oblivionem imminere prosperitate rerum ; atque identidem exercituum caedes, famem, pestilentiam, incendia, hiatum aliquem terrae optabat Il ne cessait de se plaindre ouvertement des conditions de son époque qui n’étaient marquées par aucune catastrophe publique : le principat d’Auguste restait dans les mémoires pour le désastre de Varus, celui de Tibère par l’effondrement de l’amphithéâtre de Fidènes, le sien était menacé d’oubli par la postérité ; et il souhaitait continuellement un massacre de ses armées, une famine, une épidémie, des incendies, n’importe quel tremblement de terre.

 

Caïus s’enorgueillit au point de ne pas seulement se proclamer dieu, mais de se croire tel. Philon d’Alexandrie, Caius ou les Vertus, 22.

 

Caligula se plaisait à conduire des chars de course (il soutenait la faction des Verts) et, dit Dion Cassius (LIX, 14) :

καὶ ἕνα γε τῶν ἵππων, ὃν Ἰγκιτᾶτον ὠνόμαζε, καὶ ἐπὶ δεῖπνον ἐκάλει, χρῦσας τε αὐτῷ κριθὰς παρέβαλλε καὶ οἶνον ἐν χρυσοῖς ἑκπώμασι προύπινε, τήν τε σωτηρίαν αὐτοῦ καὶ τὴν τύχην ὤμνυε, καὶ προσυπισχνεῖτο καὶ ὕπατον αὐτὸν ἀποδείξεν· καὶ πάντως ἂν καὶ τοῦτ’ἐπειποιήκει εἰ πλείων χρόνον ἐζήκει.

Il invitait même à dîner l’un de ses chevaux qu’il avait appelé Incitatus, il avait offert une mangeoire en or, il lui versait du vin dans des coupes en or, il jurait par son salut et sa bonne étoile, il avait même promis de le nommer consul. Il l’aurait certainement fait s’il avait vécu plus longtemps. (voyez ci-dessous).

 

Il meurt assassiné le 24 janvier 41 par le tribun Chaereas. Pour faire bonne mesure, un centurion transperce sa femme Caesonia de son épée, tandis qu’on fracasse le crâne de sa fillette d’un an contre un mur.

 

ἀδιατρεψία

Il était, dit Suétone (29), particulièrement fier de son ἀδιατρεψία, son inverecundia, « son audacieuse insolence », qui lui faisait prononcer des mots atroces.

Cette « insolence » était une forme d’humour noir. Caligula aimait le théâtre et de nos jours, il aurait peut-être eu un certain succès comme « humoriste » à la télé ou dans les « one man show ». Malheureusement, il était empereur et ses traits d’esprit, déjà atroces, deviennent insupportables dans le contexte où il les prononçait. Les anecdotes suivantes sont empruntées à Suétone, Caligula, 25-30.

 

L Alii tradunt adhibitum cenae nuptiali mandasse ad Pisonem contra accumbentem : « Noli uxorem meam premere, » statimque e convivio abduxisse secum ac proximo die edixisse : matrimonium sibi repertum exemplo Romuli et Augusti

D’autres racontent que invité au repas de mariage de Pison, il fait dire à celui-ci qui se trouvait en face de lui : « Ne serre pas ma femme de trop près ! ». Aussitôt, il emmène la malheureuse avec lui et fait proclamer le lendemain qu’il a trouvé à se marier suivant l’exemple de Romulus et d’Auguste.

 

L Ac nonnunquam horreis praeclusis populo famem indixit

Il lui est arrivé de faire fermer les greniers à blé et d’annoncer au peuple une famine.

 

L Ita feri ut se mori sentiat !

Frappe-le de telle sorte qu’il se sente mourir !, disait-il à ses bourreaux.

 

L Praetorium virum ex secessu Anticyrae, quam valitudinis causa petierat, propagari sibi commeatum saepius desiderantem cum mandasset interimi, adiecit necessariam esse sanguinis missionem, cui tam diu non prodesset elleborum

Un ancien préteur de sa retraite d’Anticyra où s’était installé pour raison de santé lui demandait régulièrement une prolongation de son congé. Caligula donna ordre de le tuer, ajoutant qu’une saignée s’imposait puisqu’une si longue prise d’ellébore était restée sans effet.

 

L Utinam populus Romanus unam cervicem haberet !

Si seulement le peuple romain n’avait qu’un seul cou !

 

L Quotiens uxoris vel amiculae collum exoscularetur, addebat : tam bona cervix simul ac jussero demetur.

Chaque fois qu’il embrassait le cou de sa femme ou d’une conquête passagère, il ajoutait : une si jolie nuque sera tranchée dès que j’en donnerai l’ordre !

 

L Per convivium, effusus subito in cachinnos, consulibus qui juxta cubabant blande quaerentibus quidnam rideret :

Quod, inquit, uno meo nutu jugulari uterque vestrum statim potest !

Il éclata soudain en cascades de rires pendant un banquet, et répondit aux consuls placés près de lui qui lui en demandaient avec ménagements la raison :

C’est que je pense que sur un seul geste de moi vous pouvez être égorgés tous les deux à l’instant.

 

L Incitato equo praeter equile marmoreum et praecepe eburneum familiam et suppellectilem dedit.

Consulatum quoque eum destinasse traditur.

A son cheval Incitatus, outre une écurie de marbre et une mangeoire en ivoire, il fit donner une troupe d’esclaves et du mobilier. On dit même qu’il projetait de le faire consul.

Je ne crois pas que Caligula ait jamais eu le projet de faire nommer son cheval consul : il s’agit évidemment d’une mauvaise plaisanterie destinée à humilier les sénateurs auxquels il l’adressait.

 

Voir aussi Combats de gladiateurs, Épigraphie, actes publics.

 

 


Claude ~9- 54

 

Ti Claudius Nero Drusus Germanicus. Né à Lyon le 1er août ~10, fils de Drusus (le frère de Tibère) et d’Antonia Minor ; petit-fils de Marc Antoine, il est le frère de Germanicus et l’oncle de Caligula.

Il règne de 41 à 54.

 

Claude, pourtant intelligent et instruit, souffrait d’un déficit d’image dû à une voix bégayante, à une démarche titubante :

Nuntiatur Iovi venisse quendam bonae staturae, bene canum, nescio quid illum minari, assidue enim caput movere ; pedem dextrum trahere. Quaesisse se cuius nationis esset : respondisse nescio quid perturbato sono et voce confusa ; non intellegere se linguam eius : nec Graecum esse nec Romanum nec ullius gentis notae.

On annonce à Jupiter l’arrivée d’un homme de bonne taille, aux cheveux bien blancs. Il fait on ne sait quelles menaces, car il remue la tête sans arrêt ; il traîne le pied droit. On lui a demandé de quelle nation il était ; il a répondu on ne sait pas quoi avec des sons brouillés et une voix indistincte. On ne comprend pas sa langue ; il n’est ni Grec ni Romain, ni d’aucun peuple connu. (Sénèque, Apocoloquintose, 5, traduction M. Dubuisson).

 

Dès sa jeunesse, il est capables réactions tout à fait imprévisibles et son comportement en public avait beaucoup inquiété Auguste et Livie qui préférèrent l’écarter des cérémonies et des responsabilités officielles.

Mater Antonia... si quem socordiae argueret, stultiorem aiebat filio suo Claudio. Quand Antonia, sa mère, accusait quelqu'un de bêtise, elle disait qu'il était plus bête que son fils Claude.

On n’est pas plus tendre avec son fils !

Soror Livilla cum audisset quandoque imperaturum, tam iniquam et tam indignam sortem p. R. palam et clare detestata est Comme sa sœur Livilla avait entendu dire qu’il serait un jour empereur, elle pria les dieux ouvertement et sans ambiguïté d’épargner un sort aussi injuste et aussi indigne au peuple romain. (Suétone, Claude, 3)

Sed cum proclamantibus naumachiariis : « Have imperator, morituri te salutant ! » respondi{sse}t : « Aut non ! »...

Mais comme les gladiateurs du combat naval lui adressaient le salut : « Ave César, ceux qui vont mourir te saluent ! », il leur répondit : « Peut-être pas... » (Suétone, Claude, 21).

Inter cetera in eo mirati sunt homines et oblivionem et inconsiderantiam, vel ut Graece dicam, meteorian et ablepsian. Occisa Messalina, paulo post quam in triclinio decubuit, cur domina non veniret requisiit Entre autres choses, ce qui surprenait chez lui, c’étaient son manque de suite dans les idées et son inconscience ou, pour employer les mots grecs, sa meteoria (« tête en l’air ») et son ablepsia (« il ne voyait pas plus loin que le bout de son nez »). Après l’exécution de Messaline, il se mit à table et demanda au bout de quelques instants pourquoi la maîtresse de maison ne venait pas dîner. (Suétone, Claude, 39)

 

In cognoscendo autem ac decernendo mira varietate animi fuit : modo circumspectus et sagax, interdum inconsultus ac praeceps, nonnumquam frivolus amentique similis.

Pour s’informer et prendre ses décisions, il fit preuve d’une inconstance étonnante : tantôt réfléchi et avisé, tantôt superficiel et précipité, parfois léger et comparable à un dément. (Suétone, Claude, 15)

 

Pourtant, Claude est l’un des meilleurs empereurs du siècle : il procède à des réformes importantes. Il décide par exemple d’ouvrir le sénat à des gens compétents issus des provinces, y compris des Gaulois, ce qui fait scandale :

Caesar omnem florem ubique coloniarum et municipiorum, bonorum scilicet virorum et locupletium, in hac curia esse voluit. Quid ergo? Non Italicus senator Provinciali potior est.

César a voulu que soir représentée dans cette curie toute la fleur venue de l’ensemble des colonies et municipes, c’est-à-dire des hommes de valeur qui possèdent une fortune suffisante. Alors ? Un sénateur italien ne vaut pas plus qu’un sénateur des provinces. (Discours de Claude, gravé sur des tables de bronze découvertes à Lyon).

 

Débordant d’activité, bon administrateur, il lui arrive de publier jusqu’à vingt lois en une même journée :

Opera magna potius necessaria quam multa perfecit, sed vel praecipua : ductum aquarum a Gaio incohatum, item emissarium Fucini lacus portumque Ostiensem, quanquam sciret ex iis alterum ab Augusto precantibus assidue Marsis negatum, alterum a Divo Iulio saepius destinatum ac propter difficultatem omissum.

Il fit exécuter de grands travaux, plus indispensables que nombreux, mais tout à fait remarquables : l’aqueduc commencé par Gaius ainsi que le canal de vidange du lac Fucin et le port d’Ostie. Il n’ignorait pas que celui-là avait été refusé aux Marses par Auguste, malgré leurs demandes insistantes, que celui-ci avait été étudié à plusieurs reprises par le divin César mais avait été abandonné en raison des difficultés techniques. Suétone, Claude, 20.

 

Novas litterarum formas addidit vulgavitque, comperto Graecam quoque litteraturam non simul coeptam absolutamque.

Il ajouta de nouvelles lettres à l’alphabet et les fit adopter, faisant valoir que l’alphabet grec n’avait pas été non plus aussitôt achevé que commencé.

 

Mais bizarrement il mêle à de sages décisions des projets inattendus :

Dicitur etiam meditatus edictum quo veniam daret flatum crepitumque ventris in convivio emittendi, cum periclitatum quemdam prae pudore ex continentia repperisset.

Il passe même pour avoir préparé un édit autorisant pendant les dîners de cérémonie l’émission de vents et bruits intestinaux, parce qu’il aurait appris que quelqu’un se serait trouvé mal en se retenant par convenance.

De fait, ce genre de préoccupation était bien dans le vent de l’époque, comme en témoigne cette épigramme de Nicarque, contemporain de Claude :

Πορδὴ ἀποκτέννει πολλοὺς ἀδιέξοδος οὖσα·

   πορδὴ καὶ σώζει τραθλὸν ἱεῖσα μέλος.

Οὐκοῦν εἰ σώζει καὶ ἀποκτένει πάλι πορδή,

   τοῖς βασιλεῦσιν ἴσην πορδὴ ἔχει δύναμιν.

Le pet a tué bien des hommes quand il n’a pas trouvé le chemin pour sortir ;

le pet en a sauvé aussi en projetant sa musique saccadée.

Ainsi donc si le pet sauve ou au contraire s’il tue,

le pet possède une puissance égale à celle des princes régnants.

Anth. Palat. XI, 395

Vltima vox eius haec inter homines audita est, cum maiorem sonitum emisisset illa parte qua facilius loquebatur : « Vae me, puto, concacavi me. » Quod an fecerit, nescio ; omnia certe concacavit.

Le dernier mot qu’il fit entendre parmi les hommes fut le suivant : il venait de faire un grand bruit du côté par où il parlait avec aisance : « Malheur ! Je me suis, je crois, couvert de merde ». Cela, je ne sais pas s’il l’a fait mais ce qui est sûr, c’est qu’il a tout couvert de merde. Sénèque, Apocoloquintose, 4.

 

Avec l’âge, sa goinfrerie, son goût du vin et sa passion des femmes n’arrangent rien...

Cibi vinique quocumque et tempore et loco appetentissimus fuit... Nec temere umquam triclinio abscessit adeo distentus ac madens et ut statim supino ac per somnum hianti pinna in os inderetur ad exonerandum stomachum.

Il a toujours été porté sur la nourriture et le vin, quels que soient le moment ou le lieu. Il a bien rarement quitté la salle à manger sans être tellement gavé et ivre que, pendant son sommeil, on le penchait vers l’arrière, la bouche grande ouverte, et on lui introduisait une plume dans la gorge pour lui faire vider son estomac. Suétone, Claude, 33.

His ut dixi uxoribusque addictus, non principem, sed ministrum egit.

Soumis à ses affranchis, comme je l’ai dit, et à ses épouses, il ne se conduisit pas en prince mais en serviteur. Suétone, Claude, 33.

 

... et c’est à presque 50 ans qu’il est nommé consul pour la première fois par Caligula auquel il servait de souffre-douleur et de repoussoir :

Apparuit subito C. Caesar et petere illum in servitutem coepit. Producit testes, qui illum viderant ab illo flagris, ferulis, colaphis vapulantem.

Apparut tout à coup Gaius César qui commença à le réclamer comme son esclave : il produit des témoins qui l’avaient vu le frapper du fouet, de la férule et de coups de poing. (Sénèque, Apocoloquintose, 15).

 

 

Il est d’abord fiancé à une arrière-petite-fille d’Auguste, Aemilia Paulina, mais le mariage est annulé avant consommation : les parents de la fiancée, L. Aemilius Paulus et Julia (la petite-fille d’Auguste), venaient d’être l’un condamné pour complot, l’autre reléguée pour conduite scandaleuse.

Sa seconde fiancée meurt le jour prévu pour le mariage.

Il épouse enfin Plautia Urgulanilla, qu’il répudie pour adultères, puis Aelia Paetina qui lui donne une fille et dont il se sépare on ne sait trop pourquoi.

 

Il se remarie aussitôt avec une cousine issue de germains, Valeria Messalina, la célèbre Messaline, née en 25 ( ?), petite-fille d’Antonia Maior et donc arrière-petite-fille de Marc Antoine et d’Octavie. Elle est aussi la nièce de Cn. Domitius Ahenobarbus, époux d’Agrippine 2 et père de Néron. De cette union naissent Octavie, future femme de l’empereur Néron et Ti Claudius Caesar Germanicus puis Britannicus (notre « Britannicus », 41-55).

 

43 44 Conquête du sud-est de la Bretagne.

 

48 Mort de Messaline. Claude épouse Agrippine, fille de Germanicus et mère de Néron.

[Claudius] confirmavitque pro contione apud praetorianos, quatenus sibi matrimonia male cederent, permansurum se in caelibatu, ac nisi permansisset, non recusaturum confodi manibus ipsorum Claude déclara dans une assemblée des prétoriens que, puisque tous ses mariages avaient mal tourné, il resterait dans le célibat et que s’il n’y restait pas, il ne s’opposerait pas à être transpercé de leurs propres mains (Suétone, Claude, 26).

Qui l’a accusé de manquer de sens politique ? Après une profession de foi aussi sincère, il cède aux cajoleries de sa nièce Agrippine et s’arrange pour que le sénat l’invite fermement à se remarier quasi rei publicae maxime interesset en invoquant l’intérêt supérieur de l’état. C’est chose faite en janvier 49, quelques semaines après la mort de Messaline.

 

Ses affranchis

On reproche à Claude d’être l’esclave de ses femmes et de ses affranchis : his, ut dixi, uxoribusque addictus, non principem, sed ministrum egit (Suétone, Claude, 29). C’est peut-être vrai. Mais il n’avait pas trouvé dans la classe sénatoriale d’hommes aussi dévoués, aussi sûrs et aussi compétents. Grâce à eux il crée une véritable administration dirigée par de véritables ministres au sens moderne du mot : sans parler de Posidès et Félix auxquels il confie des missions militaires, d’Harpocras qui était peut-être a cognitionibus, en charge des affaires judiciaires, l’histoire a surtout retenu les noms de Polybius a studiis qui dirigeait les archives impériales, de Callistus a libellis qui gérait les requêtes et doléances, de Pallas a rationibus qui était chargé des finances, de Narcisse ab epistulis qui cumulait les fonctions de chef de cabinet, de ministre des Affaires étrangères (relation avec les ambassadeurs) et de ministre de l’Intérieur.

ἦσαν δὲ τρεῖς οἱ μάλιστα τὸ κράτος διειληφότες· ὅ τε Κάλλιστος, ὃς ἐπὶ ταῖς βίβλοις τῶν ἀξιώσεων ἐτέτακτο, καὶ ὁ Νάρκισσος, ὃς τῶν ἐπιστολῶν ἐπεστάτει, διὸ καὶ ἐγχειρίδιον παρεζώννθτο, καὶ ὁ Πάλλας, ῷ ἡ τῶν χρημάτων διοίκησις ἐμπεπίστευτο  c’étaient surtout trois hommes qui se partageaient le pouvoir : Calliste qui était chargé des requêtes, Narcisse placé à la tête de la Correspondance et qui à ce titre portait un poignard à la ceinture, Pallas à qui était confiée l’administration des finances. (Dion Cassius, LXI, 30)

[suspexit] super hos Polybium ab studiis, qui saepe inter duos consules ambulabat ; sed ante omnis Narcissum ab epistulis et Pallantem a rationibus, quos decreto quoque senatus non praemiis modo ingentibus, sed et quaestoriis praetoriisque ornamentis honorari libens passus est … il estima plus que ceux que je viens de mentionner Polybius (Polybe), ministre des archives, qui se déplaçait souvent entre les deux consuls ; mais plus que tous les autres Narcisse, ministre de la correspondance, et Pallas, ministre des finances : il accepta avec plaisir qu’un décret du sénat les honore non seulement de récompenses considérables, mais encore des insignes de la questure et de la préture. (Suétone, Claude, 28).

Tout cela au grand scandale de l’aristocratie romaine !

 

On comprend que des gens issus de l’ordre équestre ou sénatorial comme Suétone, Tacite et Dion Cassius ne soient pas tendres avec Claude !

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Ti(berius) Claudius Caesar Aug(ustus) P(ontifex) M(aximus)

Tr(ibunicia) P(otestate) Imp(erator) P(ater) P(atriae)

S(enatus) C(onsulto)

as de bronze de Claude

 

 

54 Claude empoisonné par Agrippine. Il meurt le 13 octobre.

Parricida et caedes a Claudio exorsus est, cuius necis etsi non auctor, at conscius fuit, neque dissimulanter, ut qui boletos, in quo cibi genere venenum is acceperat, quasi deorum cibum posthac proverbio Graeco conlaudare sit solitus Néron commença ses parricides et ses assassinats avec celui de Claude : même s’il ne fut pas l’auteur de ce meurtre, il en fut au moins le complice et ne s’en cacha pas. Il prit dès cette époque-là l’habitude de vanter les bolets (c’est dans un plat de ce champignon qu’on avait administré le poison à Claude) en citant un dicton grec qui en faisait la nourriture des dieux. (Suétone, Néron, 33).

Καὶ ὁ Νέρων δὲ οὐκ ἀπάξιον μνήμης ἔπος κατέλιπε· τοὺς γὰρ μύκητας θεῶν βρῶμα ἔλεγεν εἶναι  ὅτι καὶ ἐκεῖνος [ὁ Κλαύδιος] διὰ τοῦ μύκητος θεὸς ἐγεγόνει   Et Néron nous a laissé un mot qui n’est pas indigne d’être mentionné : les champignons, dit-il, sont la nourriture des dieux, parce que même Claude est devenu un dieu grâce à des champignons. (Dion Cassius, LXI, 35).

 

Dic mihi, quis furor est ? Turba spectante vocata

   solus boletos, Caeciliane, voras.

Quid dignum tanto tibi ventre gulaque precabor ?

   Boletum qualem Claudius edit, edas.

Dis-moi quelle est cette folie ! Sous les yeux de la foule de tes invités,

Cécilianus, tu es le seul à avaler des bolets.

Que te souhaiter qui convienne à un tel ventre et à un tel gosier ?

Que tu manges un bolet du genre de celui que mangea Claude ! (Martial, I, 20)

 


Néron, 54- 68

 

L. Domitius Ahenobarbus, fils de Cn. Domitius Ahenobarbus et Agrippine 2 (Agrippina, 15-59), né le 15 décembre 37.

Adopté par Claude, il s’appelle dès lors Ti Claudius Drusus Germanicus Caesar.

 

Son arrière-arrière-grand-père paternel, Cn Domitius, était tombé dans le camp pompéien à la bataille de Pharsale en ~48.

 

Son arrière-grand-père, Cn Domitius, consul en ~32, s’était rallié à Marc Antoine puis à Octave à la veille de la bataille d’Actium.

 

Son grand-père, Lucius Domitius, consul en ~16, mort en 25, avait épousé Antonia Maior, fille de Marc Antoine et Octavie, sur ordre d’Auguste. Je n’ai pas trouvé la date de ce mariage, pas plus que les dates de naissance des trois enfants : Cn Domitius qui deviendra le père de Néron, Domitia Lepida qui deviendra la mère de Messaline, et Domitia. Pour différentes raisons, je pense que ce mariage n’a pas eu lieu avant que Julie, la fille d’Auguste, n’ait donné le jour aux deux Césars, c’est-à-dire vers ~18. Domitius serait donc né vers ~16. Il obtiendra le consulat en 32 et mourra en 40.

 

Ceterum Tiberius neptem Agrippinam Germanico ortam cum coram Cn. Domitio tradidisset, in urbe celebrari nuptias iussit. in Domitio super vetustatem generis propinquum Caesaribus sanguinem delegerat ; nam is aviam Octaviam et per eam Augustum avunculum praeferebat Cependant (en 28), Tibère maria en sa présence (c’est-à-dire à Capri où il s’était retiré) sa petite-fille (par adoption) Agrippine, la fille de Germanicus, à Gnaeus Domitius. Il voulut que les noces fussent célébrées à Rome. En Domitius, outre son appartenance à une antique famille, il avait choisi un parent par le sang des Césars : il pouvait se vanter d’avoir pour aïeule Octavie et par elle d’avoir Auguste pour grand-oncle. (Tacite, Annales, IV, 75).

 

Néron épouse sa cousine Octavie fille de Claude en 53, puis en 62 Poppaea Sabina. Il épousera en troisièmes noces Statilia Messalina. Il règne de 54 à 68.

Sur le règne de Néron, voir Pompéi : Néron et Poppée

 

 

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IMP NERO CLAVD CAESAR AVG GERM P M TR P XIII P P

Imp(erator) Nero Claud(ius) Caesar Aug(ustus) Germ(anicus) P(ontifex) M(aximus)

Tr(ibunicia) P(otestate) XIII P(ater) P(atriae)

sesterce de Néron, 67

 

Il accède au trône en 54, grâce aux meurtres commis par sa mère Agrippine.

Acclamé par les prétoriens, il est ensuite reconnu par le Sénat.

 

Il règne d'abord Augusti praecepto (Suétone, Néron, 10). On lui demande un jour de signer des condamnations à mort: "Quam vellem, inquit, nescire litteras !" « Comme je voudrais, dit-il, ne pas savoir écrire ! »

 

Mais rapidement on découvre sa vraie nature : Petulantiam, libidinem, luxuriam, avaritiam, credulitatem sensim quidem primo et occulte et velut iuvenili errore exercuit, sed ut tunc quoque dubium nemini foret naturae illa vitia, non aetatis esse. Post crepusculum statim adrepto pilleo vel galero popinas inibat circumque vicos vagabatur ludibundus nec sine pernicie tamen, siquidem redeuntis a cena verberare ac repugnantes vunerare cloacisque demergere assuerat, tenebras etiam effingere et expilare.

Son libertinage, sa lubricité, sa profusion, sa cupidité et sa cruauté se manifestèrent d'abord graduellement et d'une façon clandestine, comme dans l'égarement de la jeunesse, et pourtant, même alors, personne ne put douter que ces vices n'appartinssent à son caractère plutôt qu'à son âge. Après la tombée de la nuit, ayant saisi un bonnet ou une casquette, il pénétrait dans les cabarets, vagabondait dans les divers quartiers, faisant des folies, qui d'ailleurs n'étaient pas inoffensives, car elles consistaient d'ordinaire à frapper les gens qui revenaient d'un dîner, à les blesser, à les jeter dans les égouts, s'ils résistaient, et même à briser les portes des boutiques et à les piller. (Suétone, Néron, 27).

 

 

55 Britannicus, fils de Claude et de Messaline, empoisonné par Néron.

 

58-59 Conquête de l'Arménie par Corbulon.

 

59 Assassinat d'Agrippine. Rixe à l'amphithéâtre de Pompéi.

 

62 Mort de Burrus, préfet du prétoire, remplacé par Tigellin ; retraite de Sénèque. Après avoir répudié et fait exécuter sa femme Octavie, Néron épouse Poppée. Tremblement de terre à Pompéi, puis (63 ? 64 ? à Naples).

 

63 Corbulon vainqueur de Vologèse et des Parthes en Arménie.

 

64 On le soupçonne d'avoir fait incendier Rome : il aurait en contemplant l’incendie composé un poème sur l'incendie de Troie.

Sed nec populo aut moenibus patriae pepercit. Dicente quodam in sermone communi :

      ἐμοῦ θανόντος γαῖα μειχθήτω πυρί

 « Immo, inquit, ἐμοῦ ζῶντος », planeque ita fecit. Nam quasi offensus deformitate veterum aedificorum et angustiis flexurisque vicorum,incendit urbem tam palam,ut plerique consulares cubicularios eius cum stuppa taedaque in praediis suis deprehensos non attigerint,et quaedam horrea circum domum Auream,quorum spatium maxime desiderabat,ut bellicis machinis labefacta atque inflammata sint quod saxeo muro constructa erant. Per sex dies septemque noctes ea clade saevitum est ad monumentorum bustorumque deversoria plebe compulsa.

Il n'épargna même pas le peuple ni les murs de sa patrie. Quelqu'un disant, au milieu d'une conversation générale : « When I am dead, be earth consumed by fire ! [vers du Bellerophon d’Euripide?]

– Mais non ! reprit-il, rather while I live ! » et il réalisa pleinement ce souhait. En effet, sous prétexte qu'il était choqué par la laideur des anciens édifices, par l'étroitesse et parles sinuosités des rues, il incendia Rome ; il se cacha si peu que plusieurs consulaires, ayant surpris dans leur propriété des esclaves de sa chambre avec de l'étoupe et des torches, n'osèrent porter la main sur eux, et que des magasins de blé, occupant près de la Maison Dorée un terrain qu'il convoitait vivement, furent abattus par des machines de guerre, et incendiés, parce qu'ils étaient construits en pierres de taille. Le fléau se déchaîna pendant six jours et sept nuits, obligeant la plèbe à chercher un gîte dans les monuments publics et dans les tombeaux.

Tunc praeter immensum numerum insularum domus priscorum ducum arserunt hostilibus adhuc spoliis adornatae deorumque aedes ab regibus ac deinde Punicis et Gallicis bellis votae dedicataeque, et quidquid visendum atque memorabile ex antiquitate duraverat. Hoc incendium e turre Maecenantina prospectans laetusque "flammae", ut aiebat,"pulchritudine" Halosin Ilii in illo suo scaenico habitu decantavit.

Alors, outre un nombre infini de maisons de rapport, les flammes dévorèrent les habitations des généraux d'autrefois, encore parées des dépouilles ennemies, les temples des dieux, voués et consacrés par les rois, puis lors des guerres contre Carthage et contre les Gaulois, enfin tous les monuments curieux et mémorables qui restaient du passé. Néron contemplait cet incendie du haut de la tour de Mécène et charmé, disait-il, « par la beauté des flammes », il chanta « The Sack of Ilium » dans son costume de théâtre. (Suétone, Néron, 38).

 

Il accuse les chrétiens et les persécute.

Sed non ope humana, non largitionibus principis aut deum placamentis decedebat infamia, quin iussum incendium crederetur. Ergo abolendo rumori Nero subdidit reos et quaesitissimis poenis adfecit, quos per flagitia invisos vulgus Chrestianos appellabat. Auctor nominis eius Christus Tibero imperitante per procuratorem Pontium Pilatum supplicio adfectus erat ; repressaque in praesens exitiablilis superstitio rursum erumpebat, non modo per Iudaeam, originem eius mali, sed per urbem etiam, quo cuncta undique atrocia aut pudenda confluunt celebranturque.

Mais ni efforts humains, ni largesses du prince, ni cérémonies religieuses expiatoires, ne faisaient taire l'opinion infamante, d'après laquelle l'incendie avait été ordonné. Pour mettre fin à ces rumeurs, Néron supposa des coupables et fit souffrir les tortures les plus raffinées à ces hommes détestés pour leurs abominations et que le vulgaire appelait chrétiens. Ce nom leur vient de Christ, qui, sous Tibère, fut livré au supplice par le procurateur Ponce Pilate. Réprimée sur le moment, cette exécrable superstition perçait de nouveau, non seulement en Judée, berceau du mal, mais à Rome même, où tout ce qu'il y a partout d'infamies et d'horreurs afflue et trouve des partisans.

Igitur primum correpti qui fatebantur, deinde indicio eorum multitudo ingens haud proinde in crimine incendii quam odio humani generis convicti sunt. et pereuntibus addita ludibria, ut ferarum tergis contecti laniatu canum interirent aut crucibus adfixi [aut flammandi atque], ubi defecisset dies, in usu[m] nocturni luminis urerentur. Hortos suos ei spectaculo Nero obtulerat, et circense ludicrum edebat, habitu aurigae permixtus plebi vel curriculo insistens. Vnde quamquam adversus sontes et novissima exempla meritos miseratio oriebatur, tamquam non utilitate publica, sed in saevitiam unius absumerentur.

« On commença donc par saisir ceux qui confessaient leur foi, puis, sur leurs révélations, une infinité d'autres, qui furent bien moins convaincus d'incendie que de haine pour le genre humain. On fit de leurs supplices un divertissement : les uns, couverts de peaux de bêtes, périssaient dévorés par des chiens ; beaucoup, mis en croix, étaient, lorsque le jour avait disparu, brûlés pour éclairer la nuit. Néron avait offert ses jardins pour ce spectacle et donnait des jeux au Cirque, se mêlant au peuple en habit de cocher, ou conduisant un char. Aussi, quoique ces hommes fussent coupables et eussent mérité les dernières rigueurs, les cœurs s’ouvraient-ils à la compassion, en pensant que ce n’était pas pour le bien public, mais à la cruauté d’un seul, qu’ils étaient immolés. (Tacite, Annales, XV, 44).

 

65 Conspiration de Pison ; nombreuses exécutions dont celle de Sénèque.

Persuadé qu’il possède des dons sportifs et artistiques, Néron conduit des chars dans le cirque et participe à des concours de chant et de poésie. Il déclare que s’il devait un jour abdiquer :

τὸ τέχνιον ἡμᾶς διαθρέψει. « This little artistic gift of ours shall support us », « Mes dons artistiques me nourriront » (Suétone, Néron, 40).

Il conduit des chars dans le cirque et participe à des concours de poésie. Il est bien sûr toujours déclaré vainqueur.

 

66-67 Grande tournée triomphale en Grèce. Mais ses crimes deviennent insupportables :

Datus Atellanarum histrio in cantico quodam

      ὑγίαινε πάτερ, ὑγίαινε μῆτερ

ita demonstraverat ut bibentem natantemque faceret, exitum scilicet Claudi Agrippinaeque significans, et novissima clausula

      Orcus vobis ducit pedes

senatum gestu notarat.

Datus, un acteur d’atellanes, qui chantait un couplet disant « Farewell to thee, father, farewell to thee, mother » avait fait le jeu de scène de mimer quelqu’un qui buvait et quelqu’un qui nageait (allusions transparentes pour les contemporains à la mort de Claude et à celle d’Agrippine) et sur le dernier vers « Orcus dieu de la Mort guide vos pas », il avait désigné le sénat. (Suétone, Néron, 39).

 

68 Révolte des Juifs contre lesquels Néron envoie Vespasien, révoltes simultanées de Vindex en Aquitaine, de Galba en Espagne, de Macer en Afrique.

Le Sénat déclare Néron ennemi public et proclame Galba. Le 9 juin, apprenant qu’il a été condamné à mourir more majorum, il se suicide avec l’aide de son affranchi Épaphrodite flens atque identidem dictitans: "Qualis artifex pereo" en pleurant et répétant à tout instant : "Quel artiste périt avec moi!" (Suétone, Néron, 49).

 


Galba 68

 

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IMP SER GALBA AVG

 

OMNIVM CONSENSV CAPAX IMPERII NISI IMPERASSET

digne de l’empire, de l’aveu de tous, s’il n’avait pas été empereur. (Tacite, Histoires, I, 50)

 

Servius Sulpicius Galba est né le 24 décembre ~3, d’une famille appartenant à la haute noblesse romaine : fils, petit-fils et arrière-petit-fils de consuls ou de préteurs, il descend par sa mère du célèbre destructeur de Corinthe, Mummius Achaïcus.

C'est donc un grand aristocrate, très riche, et dont l'homosexualité est notoire d'après Suétone.

 

Il gravit rapidement tous les échelons de l'administration romaine. Préteur sous Tibère à 20 ans. Il est consul en 33, puis légat de Germanie Supérieure au début du règne de Caligula. Il rapporte en 41 les enseignes perdues par Varus.

 

En 42, il est proconsul d'Afrique.

 

Néron le nomme gouverneur d'Espagne Tarraconnaise. C'est là qu'il entre en rébellion contre lui en avril 68. Après l'écrasement de la révolte de Vindex en Gaule, Néron se suicide le 9 juin. Galba est proclamé Auguste le 11 juin. Il gagne lentement Rome où il gouverne maladroitement :

Modo acerbior parciorque, modo remissior ac neglegentior tantôt trop dur et trop avare, tantôt trop indulgent et trop gaspilleur (Suétone, Galba, 14).

 

Il ne réussit pas à se rendre populaire :

Ipsa aetas Galbae inrisui ac fastidio erat adsuetis iuventae Neronis et imperatores forma ac decore corporis, ut est mos vulgi, comparantibus L’âge même de Galba était une source de sarcasmes et de dégoût pour des gens habitués à la jeunesse de Néron qui jugeaient les empereurs sur leur beauté physique et leur prestance, comme il est de coutume dans le peuple. (Tacite, Histoires, I, 7).

Il ne manque pourtant pas de noblesse. Devant la fronde des armées à qui il refusait des gratifications, il déclare : « Legi a se militem, non emi. qu’il choisit le soldat mais ne l’achète pas. » (Tacite, Histoires, I, 5).

 

Pendant ce temps Vitellius a été proclamé Auguste le 1er janvier 69 par les Légions de Germanie. Abandonné de tous, Galba est finalement assassiné le 15 janvier au forum sur l'ordre d'Othon.

 

Selon Tacite, Annales, VI, 20, pendant son consulat en 33, Tibère le reçut et,

Graecis verbis in hanc sententiam adlocutus « et tu, Galba, quandoque degustabis imperium », seram ac brevem potentiam significans, lui adressa cette phrase en grec « Toi aussi, Galba, un jour tu goûteras à l’empire », allusion à sa puissance tardive et brève.

 

Selon Suétone, Galba, 4,

Constat Augustum puero adhuc, salutanti se inter aequales, apprehensa buccula dixisse : Καὶ σὺ τέκνον τῆς ἀρχῆς ἡμῶν παρατρώξῃ. Sed et Tiberius, cum comperisset imperaturum eum, verum in senecta, "Vivat sane," ait, "quando id ad nos nihil pertinet" on sait de source sûre qu’un jour, dans son enfance, où Galba saluait Auguste en compagnie de garçons de son âge, l’empereur lui dit en lui pinçant la joue : « You too, child, will have a nibble at this power of mine ! » Et plus tard, lorsque Tibère eut appris que ce garçon ne détiendrait l’empire que dans sa vieillesse, il dit : « Alors qu’il reste vivant, dans la mesure où cela ne nous concerne en rien ! »

Pincer la joue détournait le mauvais sort.

 


Othon 69

 

othon

IMP OTHO CAESAR AVG TR P

 

M Salvius Otho, né le 28 avril 32.

 

Ambitieux et sans scrupules, il sait s’insinuer dans les bonnes grâces de Néron. Gouverneur de Lusitanie de 59 à 69, provinciam administravit quaestorius per decem annos, moderatione atque abstinentia singulari il administra sa province en tant qu’ancien questeur pendant dix ans, avec une modération et un désintéressement exceptionnels. (Suétone, Othon, 3).

 

Ac super ceteras gratulantium adulantiumque blanditias ab infima plebe appellatus Nero nullum indicium recusantis dedit, immo, ut quidam tradiderunt, etiam diplomatibus primisque epistulis suis ad quosdam provinciarum praesides Neronis cognomen adiecit Ensuite, comme la nuit commençait à tomber, il entra au sénat et déclara dans une brève allocution qu’on l’avait pour ainsi dire enlevé dans la rue, obligé par la force à prendre le pouvoir et qu’il exercerait ce pouvoir en se conformant à l’avis général, puis il gagna le Palatin. Mais, outre toutes les flatteries de ceux qui le félicitaient et de ceux qui l’adulaient, il reçut de la lie du peuple le surnom de « Néron », sans donner le moindre signe de protestation. Au contraire, selon certaines traditions, il ajouta ce surnom de Néron à des promotions et aux premières lettres qu’il adressa à certains gouverneurs de provinces. (Suétone, Othon, 7)

 

De fait, Othon semble reprendre la politique de Néron et fait appel à son personnel administratif.

 

Voyez la page consacrée à Poppée.

 

En 68, il s’associe d’abord avec Galba contre Néron, espérant se faire adopter par Galba et lui succéder : Othon avait alors 36 ans et Galba 71. Mais voyant ses espérances déçues, il conspire contre le nouvel empereur qu’il fait assassiner.

 

Dein vergente iam die ingressus senatum, positaque brevi oratione quasi raptus de publico et suscipere imperium vi coactus gesturumque communi omnium arbitrio, Palatium petit. Les armées de Germanie, commandées par Vitellius, entrent en rébellion. Vaincu par les partisans de Vitellius, Othon se poignarde au matin du 20 avril. Il aurait dit la veille au soir avant de se coucher : « adiciamus vitae et hanc noctem ajoutons encore cette nuit à notre vie ! » (Suétone, Othon, 11).

 


Vitellius 69

 

vitellius

A VITELLIVS GERMANICVS IMP AVG P M TR P

 

 

VITELLIVS VENTRE ET GVLA SIBI INHONESTVS

Vitellius qui se laissait déshonorer

par son ventre et son gosier

(Tacite, Histoires, II, 31)

L. Vitellius, né le 24 septembre 15.

 

Son grand-père P. Vitellius domo Nuceria, sive ille stirpis antiquae sive pudendis parentibus atque avis, eques certe R. et rerum Augusti procurator, quattuor filios amplissimae dignitatis cognomines ac tantum praenominibus distinctos reliquit, Aulum Quintum Publium Lucium Publius Vitellius, originaire de Nuceria, qu’il fût issu d’une antique lignée ou qu’il dût avoir honte de ses parents et grands-parents, fut, c’est sûr, chevalier romain et procurateur des biens d’Auguste. Il laissa quatre fils, qui occupèrent les plus hautes fonctions, qui portaient le même nom et que l’on ne distingue que par leurs prénoms : Aulus, Quintus, Publius et Lucius. Suétone, Vitellius, 2.

 

Aulus Vitellius mourut en 48 durant son consulat.

 

Quintus fut exclu du sénat par Tibère : ceterum ut honestam innocentium paupertatem levavit, ita prodigos et ob flagitia egentis, Vibidium Varronem, Marium Nepotem, Appium Appianum, Cornelium Sullam, Q. Vitellium movit senatu aut sponte cedere passus est de même qu’il soulagea la pauvreté honnête des sénateurs vertueux, de même les prodigues ruinés par leurs vices, Vibidius Varron, Marius Nepos, Appius Appianus, Cornelius Sylla, Quintus Vitellius, il les exclut du sénat ou les laissa se retirer d’eux-mêmes. Tacite, Annales, II, 48.

 

Publius fut lieutenant de Germanicus, c’est lui par exemple qui réussit à sauver deux légions lors de l’expédition sur l’Océan (en Hollande) : At Germanicus legionum, quas navibus vexerat, secundam et quartam decimam itinere terrestri P. Vitellio ducendas tradit, quo levior classis vadoso mari innaret vel reciproco sideret Alors Germanicus confia à Publius Vitellius la mission de ramener par voie de terre deux des légions, la Deuxième et la Quatorzième qui avaient fait l’aller en bateau, afin d’alléger sa flotte pour naviguer sur une mer peu profonde ou pour l’échouer à la marée descendante. Tacite, Annales, I, 70. Plus tard, fidèle à son général, il fera condamner Pison qu’il accusait d’avoir fait empoisonner Germanicus.

 

Lucius, le père du futur empereur, fit une brillante carrière sous Tibère, Caligula et Claude. Il exerça le consulat en 34, 43 et 47.

Curam quoque imperii sustinuit, absente eo expeditione Britannica ; vir innocens et industrius. . . Il assura l’intérim du pouvoir pendant l’expédition de Claude en Bretagne : c’était un homme honnête et actif.

Idem miri in adulando genii, prius C. Caesarem adorare ut deum instituit, cum reversus ex Syria non aliter adire ausus esset quam capite velato circumvertensque se, deinde procumbens Il possédait aussi un étonnant talent dans l’adulation : il fut le premier à faire entrer dans l’usage d’adorer C. César Caligula comme un dieu, lorsqu’à son retour de Syrie il ne se permit de l’aborder que la tête couverte et à reculons, puis en se prosternant.

Claudium uxoribus libertisque addictum ne qua non arte demereretur, pro maximo numere a Messalina petit, ut sibi pedes praeberet excalciandos ; detractumque socculum dextrum inter togam tunicasque gestavit assidue, nonnumquam osculabundus. Narcissi quoque et Pallantis imagines aureas inter Lares coluit. Huius et illa vox est : Saepe facias, cum Saeculares ludos edenti Claudio gratularetur Quant à Claude qu’on savait sous l’influence de ses femmes et de ses affranchis, ne négligeant aucune astuce pour s’en faire bien voir, il demanda un jour à Messaline comme une grande faveur de lui tendre les pieds et de la déchausser. Il lui déroba sa chaussure droite qu’il porta dès lors en permanence entre sa toge et sa tunique et qu’il embrassait de temps en temps. Il honorait parmi ses Lares les statuettes en or de Narcisse et Pallas. C’est lui encore qui félicita Claude de ce mot célèbre lors de la célébration des Jeux séculaires : Puisses-tu le faire souvent ! Suétone, Vitellius, 2.

Juste avant la chute de Messaline, le pauvre Vitellius se trouve bien embarrassé :

Crebra post haec fama fuit, inter diversas principis voces, cum modo incusaret flagitia uxoris, aliquando ad memoriam coniugii et infantiam liberorum revolveretur, non aliud prolocutum Vitellium quam o facinus ! o scelus ! On a souvent raconté par la suite que le Prince prononçait des paroles contradictoires, tantôt blâmant les débauches de sa femme, tantôt évoquant les souvenirs de son mariage et de la petite-enfance de ses fils et filles, Vitellius ne trouvait rien à dire que « Quelle honte, quel crime ! ». Tacite, Annales, XI, 34.

C’est lui enfin qui fin 48, alors censeur, prononce au sénat le discours qui officialise le projet de mariage de Claude avec Agrippine.

Defunctum senatus publico funere honoravit, item statuam pro rostris cum hac inscriptione :

PIETATIS IMMOBILIS ERGA PRINCIPEM.

A sa mort, le sénat lui accorda les honneurs de funérailles aux frais de l’état et une statue devant les rostres avec cette inscription :

IL FUT D’UNE INEBRANLABLE FIDELITE ENVERS LE PRINCE.

Suétone, Vitellius, 3.

Vitellius tenait de son père !

Il commence sa carrière auprès de Tibère vieillissant dans sa retraite de Capri et on l’accuse de jouer un rôle actif dans les jeux sexuels du vieil empereur. Pueritiam primamque adulescentiam Capreis egit inter Tiberiana scorta, et ipse perpetuo spintriae cognomine notatus existimatusque corporis gratia initium et causa incrementorum patri fuisse il passa son enfance et son adolescence à Capri, parmi les prostitués de Tibère ; il en garda toujours le surnom de Spintria et l’on pense que grâce à son corps il permit à son père de commencer sa carrière. Suétone, Vitellius, 3.

Vitellius avait 11 ans lorsque Tibère se retira en Campanie, 22 ans à sa mort.

Spintria doit représenter une forme dialectale de la région de Naples du mot grec σφίγτης, équivalent de cinaedus, et formé sur le même radical que σφιγτήρ, « sphincter anal ». Ce dernier mot se rencontre dans la Musa puerilis de Straton.

 

A son avènement, Caligula, lui aussi élevé à Capri, et plus âgé de trois ans seulement que Vitellius, spintrias monstrosarum libidinum aegre ne profundo mergeret exoratus, urbe submovit après avoir consenti à contre-cœur à ne pas les engloutir dans les profondeurs, il bannit de Rome les spintrias des débauches monstrueuses (de son prédécesseur). Suétone, Caligula, 16. Vitellius non seulement n’est pas banni, mais flatte le goût de Caligula pour les courses de chars.

 

Il joue assidûment aux dés avec Claude et c’est lui qui pousse Néron sur la scène pour son premier show.

 

Devenu gouverneur d’Afrique, il fait preuve d’un comportement irréprochable. Par contre, nommé curator operum publicorum, « ministre des travaux publics », il se livre à divers trafics, se ruine et accepte de Galba le gouvernement de la Basse-Germanie où il part avec la ferme intention profundam gulam eius expleri « de remplir sa large panse » (Suétone).

 

C’est là qu’il reçoit le surnom de « Germanicus » et qu’il est proclamé Auguste le 1er janvier 69 par les légions de Germanie.

 

Un mot célèbre illustre bien le personnage :

« Optime olet occisus hostis et melius civis un ennemi tué sent très bon et plus encore s’il s’agit d’un concitoyen ! », déclare-t-il en passant par le champ de bataille de Bédriac à ses compagnons écoeurés par les cadavres en décomposition (Suétone, Vitellius, 10).

 

Il publie un édit contre les astrologues qu’il accuse de démoraliser l’opinion publique :

 

intra Kal Oct

Vrbe Italiaque

mathematici excedant

Qu’avant les calendes d’octobre les astrologues aient quitté la Ville et l’Italie.

 

statim libellus propositus est

Aussitôt fut affiché le texte suivant :

 

Et Chaldaei edicVnt

BonVm factVm

ne VitelliVs GermanicVs

intra eVndem KalendarVm diem

VsqVam sit

Les Chaldéens aussi publient un édit :

Salut à tous !

Que Vitellius Germanicus avant le jour des dites calendes ne se trouve plus nulle part.

 

L'armée d'Orient proclame Vespasien empereur en juillet ; Vitellius est massacré de façon horrible par la populace le 20 décembre.

 


Les Flaviens

 

 

Vespasien 69-79

T. Flavius Vespasianus, (né le 17 novembre 9). Petit bourgeois originaire de Reate (Rieti).

 

Son grand-père, T. Flavius Petro avait participé à la bataille de Pharsale du côté de Pompée et s’était ensuite consacré au recouvrement de créances pour un banquier de sa ville natale. Son père, surnommé Sabinus, avait fait carrière lui aussi dans la finance : publicum quadragesimae in Asia egit il fut percepteur de l’impôt du quarantième en Asie (Suétone, Vespasien, 1), ce qui lui valut des statues dédiées à un ΚΑΛΩΣ ΤΕΛΩΝΗΣΑΝΤΙ « To an honest tax-gatherer » (« à un percepteur honnête ») ! Il mourut en Helvétie où il était devenu banquier. Il laissait à sa femme Vespasia Polla deux fils. L’aîné Sabinus devint préfet de Rome.

 

Vespasien épouse Flavia Domitilla, d’origine modeste, dont il a deux fils, Titus et Domitien, et une fille, Domitilla. Veuf avant son accession à l’empire, il reprend la vie commune avec Caenis, son ancienne maîtresse, une affranchie qui avait été secrétaire d’Antonia Minor (la mère de Claude).

 

Il mène une carrière sans grand éclat, mais se fait apprécier de Caligula. Ce qui ne va pas sans risques, puisqu’un jour Caligula mécontent de ses services de voirie fait couvrir de boue l’édile Vespasien. Un moindre mal au temps de Caligula.

 

Il obtient l’appui de Narcisse sous le règne de Claude. Ses campagnes en Bretagne (en particulier dans l’île de Wight) lui valent un triomphe et le consulat en 51. Il se fait oublier ensuite par crainte d’Agrippine qui ne pardonnait pas aux amis de Narcisse. Proconsul en Afrique en 63, il exerça son gouvernement avec une parfaite intégrité. En demi-disgrâce et à court d’argent, il devient mango, chef d’une entreprise de commerce d’hommes ou de bétail. Dans le cas de Vespasien, le surnom de mulio, « le Muletier », qu’on lui donna alors, prouve que son activité concernait les mules et non le trafic déshonorant des esclaves.

 

Il accompagne Néron dans sa tournée en Grèce, mais Vespasien, excellent stratège et bon financier, appréciait peu les arts et les artistes : cum cantante eo aut discederet saepius aut praesens obdormisceret, gravissimam contraxit offensam, prohibitusque non contubernio modo sed etiam publica salutatione, secessit in parvam ac deviam civitatem, quod latenti extrema metuenti provincia cum exercitu oblata est Pendant les tours de chant de Néron, le plus souvent il s’éclipsait ou, s’il restait, il s’assoupissait. Il encourut une disgrâce complète et fut exclu, non seulement de la cour, mais encore des réceptions publiques. Il se retira dans une petite ville obscure où il se cachait dans la crainte du pire quand on vint le chercher pour lui offrir une province et un commandement militaire (Suétone, Vespasien, 4).

Il s’agit de la Judée en pleine révolte, province difficile dont personne ne voulait. Certes, une victoire pouvait faire la gloire de son auteur, mais Néron en choisissant un homme sans naissance et sans renom limitait ce risque.

 

[Néron] se demandait, en effet, à quelles mains il confierait l'Orient soulevé, le soin de châtier la révolte des Juifs et de prémunir les nations voisines déjà atteintes par la contagion du mal. Il ne trouva que le seul Vespasien qui fût à hauteur de la situation et capable de supporter le poids d'une Si lourde guerre. C'était un capitaine qui avait bataillé dès sa jeunesse et vieilli sous le harnais ; longtemps auparavant il avait pacifié et ramené sous l'obéissance de Rome l'Occident ébranlé par les Germains ; ensuite il avait par son talent militaire ajouté à l'empire la Bretagne jusque-là presque inconnue et fourni ainsi à Claude, père de Néron, les honneurs d'un triomphe qui ne lui avait guère coûté de sueur.

Tirant de ce passé un heureux présage, voyant d'ailleurs en Vespasien un homme d'un âge rassis, fortifié par l'expérience, avec des fils qui serviraient d'otage à sa fidélité et dont la jeunesse épanouie serait comme le bras du cerveau paternel, poussé peut-être aussi par Dieu, qui dès lors préparait le destin de l'empire, il envoie ce général prendre le commandement en chef des armées de Syrie, sans omettre de lui prodiguer toutes les cajoleries, les marques d'affection, les encouragements à bien faire que réclamait la nécessité présente. Flavius Josèphe, III.

 

Il avait vaincu les Juifs, mais n'avait pas encore pris Jérusalem, quand il fut proclamé empereur par les légions d'Orient.

 

Empereur bourgeois, Vespasien rétablit les finances. Il imagine par exemple un impôt sur l'urine que recueillent les teinturiers : Reprehendenti filio Tito, quod etiam urinae vectigal commentus esset, pecuniam ex prima pensione admovit ad nares, sciscitans num odore offenderetur ; et illo negante : " Atqui, inquit, e lotio est. " Son fils Titus lui reprochait d'avoir imaginé un impôt même sur l'urine, il lui mit sous le nez l'argent du premier versement et lui demanda si l'odeur le gênait. Comme Titus répondait que non, il lui dit: "Et pourtant, il provient de l'urine." Suétone, Vespasien, 23. (" Non olet", "ça ne sent rien", selon d'autres.)

 

69-71. Révolte des Bataves ayant à leur tête Civilis.

 

70 Prise et destruction de Jérusalem par Titus, fils de Vespasien.

 

77-79 Premières campagnes d'Agricola en Bretagne ; l'armée romaine en Écosse.

 

79. Mort de Vespasien : " Vae, inquit, puto deus fio " [...] Imperatorem stantem mori oportet. "Malheur, dit-il, je crois que je deviens un dieu " [...] Un empereur doit mourir debout. Suétone, Vespasien, 23, 24.

Vulpes pilum mutat
non mores

« Vulpes pilum mutat non mores »

« Dicam cum ventrem exonerare desieris »

Le renard change son poil mais pas ses habitudes.

« Je  [ferai un bon mot] sur toi quand tu n’auras plus cette tête de constipé ».

 

Quelques mots de Vespasien (d’après Suétone).

·                 Un jeune officier se présente devant lui, bien propre et sentant bon le parfum :

     Maluissem alium oboluisses « j’aurais préféré que tu sentes l’ail ! »

·                 Non oportet maledici senatoribus, remaledici civile fasque est il ne faut pas injurier les sénateurs, mais un citoyen est en droit de répondre à une injure par une injure.

·                 Il se plaint en privé du comportement insolent à son égard de Licinius Mucianus (Mucien), qui avait contribué à son accession au trône impérial et qui était notoirement homosexuel, en disant simplement

     Ego tamen vir sum Et pourtant moi je suis un homme, un vrai !

·                 A un ingénieur grec qui lui présente les plans d’une puissante machine de levage

     Sine me plebiculam pascere Permets-moi de nourrir le petit peuple.

·                 Mestrius Florus lui reproche un jour de prononcer vulgairement et de dire plostrum au lieu de plaustrum. Vespasien le salue le lendemain d’un retentissant Ave Flaure !

 


Titus 79-81

T. Flavius Vespasianus

 

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IMP VESPASIAN(VS)  (AV)G CAESAR

 

Né le 30 décembre 41, on le surnomme amor et deliciae generis humani "l'amour et les délices de l'espèce humaine". Suétone, Titus, 1.

 

Fils de Vespasien, il soumet la Judée et détruit Jérusalem.

HebreuxArche

le triomphe de Titus

Les dépouilles étaient portées sans ordre, mais on distinguait dans tout le butin les objets enlevés au Temple de Jérusalem : une table d'or d’un poids de plusieurs talents, et un chandelier d'or du même travail, mais d'un modèle différent de celui qui est communément en usage, car la colonne s'élevait du milieu du pied où elle était fixée et il s'en détachait des tiges délicates dont l'agencement rappelait l'aspect d'un trident. Chacune était, à son extrémité, ciselée en forme de flambeau ; il y avait sept de ces flambeaux, marquant le respect des Juifs pour l'hebdomade. On portait ensuite, comme dernière pièce du butin, une copie de la loi des juifs. Enfin marchaient un grand nombre de gens tenant élevées des statues de la Victoire toutes d'ivoire et d'or. Vespasien fermait la marche, suivi de Titus, en compagnie de Domitien à cheval, magnifiquement vêtu ; le coursier qu'il présentait au public attirait tous les regards. Flavius Josèphe, livre VII.

 

L’arc de triomphe qui lui sera consacré après sa mort perpétue le souvenir de cette campagne.

 

Recordatus quondam super cenam quod nihil cuiquam toto die praestitisset, memorabilem illam meritoque laudatam uocem edidit: "Amici, diem perdidi." Il se souvint un jour pendant le dîner qu'il n'avait rien fait pour personne de toute la journée et prononça ces paroles mémorables et admirées à juste titre: "J'ai perdu ma journée". Suétone, Titus, 8.

 

79 L'éruption du Vésuve provoque la destruction de Pompéi et Herculanum.

 

80 Dédicace du Colisée (amphitheatrum Flavium) commencé sous Vespasien.

 

81 Mort prématurée de Titus le 13 septembre :

suspexisse dicitur, dimotis pallulis, caelum multumque conquestus eripi sibi vitam immerenti ; neque enim exstare ullum suum factum paenitendum excepto dum taxat uno. Id quale fuerit, neque ipse tunc prodidit, neque cuiquam facile succurat. on dit qu'il regarda le ciel après avoir ouvert les rideaux et qu'il se plaignit beaucoup que la vie lui fût enlevée alors qu'il ne le méritait pas. Il dit en effet qu'il n'y avait aucune de ses actions dont il eût à se repentir sauf, tout bien pesé, une seule. De quel genre ? il ne le révéla pas lui-même sur le moment et elle ne saute aux yeux de personne. Suétone, Titus, 10.

Dion Cassius (livre LXVI) se fait écho de l'hypothèse selon laquelle il se reprochait "de n'avoir pas fait mettre à mort Domitien lorsqu'il avait découvert ses complots contre lui [...] et de laisser l'empire romain à un pareil homme".

 


Domitien 81-96

 

L. Flavius Domitianus

 

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IMP CAES DOMIT AVG GERM P M TR P VII

 

Second fils de Vespasien, il est né 24 octobre 51.

Il règne en souverain absolu et son despotisme s'appuiera de plus en plus sur la terreur.

Princeps qui delatores non castigat, irritat. Le prince qui ne punit pas les délateurs les encourage. Suétone, Domitien, 9.

 

Inter initia principatus cotidie secretum sibi horarum sumere solebat nec quicquam amplius quam muscas captare ac stilo praeacuto configere, ut cuidam interroganti, essetne quis intus cum Caesare, non absurde responsum sit a Vibio Crispo, ne muscam quidem. Au début de son principat, il avait l'habitude de passer chaque jours plusieurs heures enfermé seul sans rien faire d'autres qu'attraper des mouches et les transpercer d'un stylet acéré, si bien qu'à quelqu'un qui lui demandait s'il y avait quelqu'un avec César à l'intérieur, Vibius Crispo répondit non sans humour qu'il n'y avait même pas une mouche. (Suétone, Domitien, 10)

 

84 Agricola, qui a continué ses conquêtes en Bretagne, est rappelé par Domitien.

 

80-89 Guerre contre les Daces : à la suite de plusieurs graves défaites, Domitien conclut une paix sans gloire avec Décébale, roi des Daces.

 

92 Domitien exile nombre de sénateurs ou les condamne à mort. Puis, il bannit les philosophes et les astrologues (mathematici).

 

91-95 Persécutions contre les Juifs et les chrétiens.

 

96 Assassinat de Domitien le 18 septembre 96.

 

 

IMP CAESAR DIVI VESPASIANI F DOMITIANVS

AVG GERMANICVS PONT MAXIM TRIB POTEST III P P IMP VII

COS X DES XI

TEMPLVM APOLLINIS SVA INPENSA REFECIT

ILS 8905, à Delphes

L’empereur César Domitien, fils du dieu Vespasien,

Auguste, vainqueur des Germains, grand pontife, revêtu de sa troisième puissance tribunitienne, Père de la patrie, salué sept fois imperator,

consul pour la dixième fois et consul désigné une onzième fois,

a fait restaurer à ses frais le temple d’Apollon.

 


Les Antonins

 

Nerva 96-98

Sauf exceptions signalées, les textes latins cités sont empruntés à la biographie que l’Histoire Auguste consacre à chaque empereur.

 

M Cocceius Nerva, né en 32. Élu par le Sénat peut-être pour sa sagesse, peut-être parce qu’il était âgé de 64 ans, ce qui laissait le temps de choisir un homme plus jeune, Nerva inaugure l'Empire libéral.

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IMP NERVA CAES AVG PM TR P C[OS. . .]

 

 

Il s’adjoint Trajan qu’il adopte, faisant de lui son successeur désigné.

 

Pendant presque un siècle, chaque empereur va choisir, adopter et former son successeur.

 


Trajan 98-117

 

Sauf exceptions signalées, les textes latins cités sont empruntés à la biographie que l’Histoire Auguste consacre à chaque empereur.

 

M Ulpius Traianus, né le 18 septembre 53 à Italica, près de Séville. Gouverneur de Germanie Supérieure lorsqu’il est adopté par Nerva. Excellent administrateur, grand bâtisseur, c'est sous son règne que l'Empire atteint sa plus grande extension.

 

« Successorem suum nullus occidit ».

« Personne ne tue son successeur ».

 

Sur la divinisation de Nerva et des empereurs précédents :

Nerva, [Traiane] Caesar Auguste, tibi terras, te terris reliquit ; eo ipso carus omnibus ac desiderandus, quod prospexerat ne desideraretur.

Quem tu lacrimis primum, ita ut filium decuit, mox templis honestavisti, non imitatus illos qui hoc idem, sed alia mente, fecerunt. Dicavit caelo Tiberius Augustum, sed ut majestatis crimen induceret ; Claudium Nero, sed ut irrideret ; Vespasianum Titus, Domitianus Titum ; sed ille, ut dei filius, hic, ut frater videretur. Tu sideribus patrem intulisti, non ad metum civium, non in contumeliam numinum, non in honorem tuum, sed quia eum esse deum credis.

Nerva, César Auguste, t’a laissé cette terre, t’a laissé à cette terre, d’autant plus cher à tous et regretté de tous qu’il avait prévu qu’on ne le regretterait pas.

Nerva, tu lui as d’abord rendu hommage par tes larmes, comme devait le faire un bon fils, puis par des temples, sans imiter ceux qui en ont fait autant mais pour des raisons différentes. Auguste ? Tibère l’ a divinisé, mais pour mettre en vigueur le crime de lèse-majesté ; Claude ? Néron voulait se moquer de lui ; Vespasien ? Titus l’a divinisé ; Titus ? Domitien l’a divinisé ; mais le premier voulait être le fils d’un dieu, le second voulait passer pour le frère d’un dieu. Toi, tu as porté ton père entre les astres, non par crainte de tes concitoyens, non pour outrager les divinités, non pour t’honorer toi-même, mais parce que tu crois qu’il était un dieu. (Pline le Jeune, Panégyrique, 10-11).

 

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IMP TRAIANO AVG [GER DAC P] M TR P

(denier émis en 108)

 

101-107 Conquêtes au-delà du Danube ; la Dacie est réduite en province romaine ; on élève à Rome la colonne Trajane pour commémorer cette conquête.

 

105 106 Conquête et annexion de l'Arabie Pétrée.

 

114-116 Expédition de Trajan contre les Parthes; conquête et annexion de l'Arménie, de l'Assyrie et de la Mésopotamie.

 

117 Révolte de tous les Juifs d'Orient suivie d'une sévère répression. Trajan meurt en Cilicie.

 

Un distique grec de Trajan.

Lettre à Pline le Jeune sur la politique à adopter envers les chrétiens :

Conquirendi non sunt. Si deferantur et arguantur, puniendi sunt. Ita tamen ut, qui negaverit se Christianum esse idque re ipsa manifestum fecerit (id est supplicando dis nostris) quamvis suspectus in praeteritum, veniam ex paenitentia impetret. Sine auctore vero propositi libelli in nullo crimine locum habere debent. Nam et pessimi exempli nec nostri saeculi est.

Commentaire du chrétien Tertullien, un siècle plus tard :

O sententiam necessitate confusam ! Negat inquirendos ut innocentes, et mandat puniendos ut nocentes. Parcit et saevit, dissimulat et animadvertit. Quid temetipsum censura circumvenis ? Si damnas, cur non et inquiris ? si non inquiris, cur non et absolvis ?

Une politique incohérente du fait des circonstances ! Il refuse de les faire rechercher, ce qui fait d’eux des innocents, mais ordonne de les punir ce qui fait d’eux des coupables. Il se montre miséricordieux et intraitable, il se tapit et il châtie. Pourquoi t’exposes-tu toi-même à la critique ? Si tu veux condamner, pourquoi ne pas faire rechercher ? si tu ne fais pas rechercher, pourquoi n’accordes-tu pas le non-lieu ?

 


Hadrien 117-138

 

Sauf exceptions signalées, les textes latins cités sont empruntés à la biographie que l’Histoire Auguste consacre à chaque empereur.

 

P Aelius Hadrianus, né en 76 à Italica, près de Séville. Adopté par Trajan, il abandonne une grande partie des conquêtes de Trajan (Arménie, Mésopotamie) ; ami des lettres et des arts, il voyage à travers tout son empire et y restaure nombre de monuments ; il clôt l'ère des conquêtes et entoure l'empire d'un limes défensif, le "mur d'Hadrien" en Bretagne).

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IMP CAESAR TRAIAN HADRIANVS AVG

 

132-135 Hadrien décide la fondation de la colonie d'Aelia Capitolina sur l'emplacement de Jérusalem ; révolte des Juifs de Judée ; guerre longue et difficile. Le pays, dévasté, s'appelle désormais Syrie Palestine.

 

Peregrinationis ita cupidus, ut omnia, quae legerat de locis orbis terrarum, praesens vellet addiscere. Frigora et tempestates ita patienter tulit, ut numquam caput texerit.

Il avait un tel goût pour les voyages qu’il voulait voir de ses yeux tout ce qu’il avait lu sur les sites du monde entier. Il supportait si facilement le froid et les intempéries qu’il ne se couvrit jamais la tête.

 

Servos a dominis occidi vetuit eosque iussit damnari per iudices, si digni essent.

Il interdit aux maîtres de tuer leurs esclaves et ordonna ces derniers seraient condamnés par un tribunal s’ils le méritaient.

 

Fuit memoriae ingentis, facultatis inmensae ; nam ipse orationes et dictavit et ad omnia respondit.

II avait une mémoire prodigieuse et des capacités infinies ; en effet il dictait lui-même ses discours et répondait sur toutes les questions.

Nomina plurimis sine nomenclatore reddidit, quae semel et congesta simul audiverat, ut nomenclatores saepius errantes emendarit. Dixit et veteranorum nomina, quos aliquando dimiserat. Libros statim lectos et ignotos quidem plurimis memoriter reddidit. Vno tempore scripsit, dictavit, audivit et cum amicis fabulatus est (si potest credi). Omnes publicas rationes ita complexus est, ut domum privatam quivis paterfamilias diligens non satis novit.

Il saluait par leurs noms beaucoup de gens sans avoir recours au nomenclateur, même s'il ne les avait entendu nommer qu'une seule fois et tous ensemble, et corrigeait les fréquentes erreurs des nomenclateurs. Il connaissait aussi les noms des vétérans auxquels il avait autrefois accordé leur congé. A peine avait-il lu des livres, même ceux que presque personne ne connaissait, qu'il était capable d'en restituer le contenu de mémoire. Dans un même temps - si incroyable que cela paraisse - il pouvait écrire, dicter, écouter, converser avec ses amis. Il était au courant de tous les détails du budget, mieux qu'un père de famille, si diligent soit-il, ne connaît les affaires de sa propre maison.

 

Fuit poematum et litterarum studiosissimus. Arithmeticae, geometriae, picturae, psallendi, cantandi peritissimus. In voluptatibus nimius. Nam et de suis dilectis multa versibus composuit. (amatoria carmina scripsit). Idem armorum peritissimus et rei militaris scientissimus, gladiatoria quoque arma tractavit.

Il était passionné par la poésie et la littérature. Extrêmement compétent en arithmétique, géométrie, peinture, cithare et chant. Excessif dans ses plaisirs. Il composa en effet de nombreux vers sur les personnes qu’il chérissait. (Il écrivit des poèmes d’amour). Extrêmement compétent dans le maniement des armes et expert en art militaire, il savait manier aussi les armes des gladiateurs.

 

Bon empereur, actif et talentueux, Hadrien avait pourtant des côtés inquiétants :

Idem severus laetus, comis gravis, lascivus cunctator, tenax liberalis, <simplex> simulator, saevus clemens et semper in omnibus varius.

Sévère et joyeux, amical et froid, spontané et calculateur, avare et généreux, franc et hypocrite, cruel et clément, toujours et dans tous les domaines changeant.

 

Il nous reste de lui quelques vers latins et grecs.

 


Antonin le Pieux 138-161

A senatu divus est appellatus

cunctis certatim adnitentibus,

cum omnes eius pietatem, clementiam, ingenium, sanctimoniam laudarent.

Il fut proclamé divin par le sénat,

tous les sénateurs ayant rivalisé pour faire approuver cette décision,

car tous rendaient hommage à sa piété, sa clémence, son intelligence et sa grandeur d’âme.

 

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ANTONINVS AVG PIVS PP TR P COS III

 

Sauf exceptions signalées, les textes latins cités sont empruntés à la biographie que l’Histoire Auguste consacre à chaque empereur.

 

T Aurelius Fulvus Boionus Arrius Antoninus, né le 19 septembre 86. Gaulois d’origine (sa famille est originaire de Nîmes), il est adopté par Hadrien qui lui demande d’adopter Marc Aurèle. Empereur équilibré et bon, son règne calme et heureux marque l'apogée de l'empire dans la prospérité et dans la « Pax Romana » ; quelques guerres aux frontières, mais sans importance.

 

A sa femme Faustine qui se réjouissait de son accession à l’Empire et lui reprochait de faire des cadeaux trop modestes, il aurait dit : Stulta ! posteaquam ad imperium transivimus, et illud, quod habuimus ante, perdidimus. « Tu es stupide : depuis nous avons accédé à l’empire, nous avons perdu même ce que nous possédions auparavant ! ».

 

 

Fuit vir forma conspicuus, ingenio clarus, moribus clemens, nobilis, vultu placidus, ingenio singulari, eloquentia nitida, litteratura praecipua, sobrius, diligens agri cultor, mitis, largus, alieni abstinens, et omnia haec cum mensura et sine jactantia, in cunctis postremo laudabilis et qui merito Numae Pompilio ex bonorum sententia comparatur.

Il était d'une beauté remarquable, doué de talents évidents, d'un caractère amène, de comportement noble, avec une physionomie sereine, avait une rare intelligence, une éloquence brillante, une culture hors du commun ; il était sobre, très attaché à la mise en valeur de ses terres, doux, généreux, respectueux du bien d'autrui, pratiquant toutes ces vertus avec mesure et sans ostentation ; bref, il était à tous égards digne d'éloges et les gens de bien le comparaient à juste titre à Numa Pompilius.

 

Pivs cognominatus est a senatu, vel quod soceri jam aetate fessi manu (praesente senatu) levaret (quod quidem non satis magnae pietatis est argumentum, cum impius sit magis qui ista non faciat quam pius qui debitum reddat) ; vel quod eos quos Hadrianus per malam valetudinem occidi jusserat, reservavit ; vel quod Hadriano contra omnium studia post mortem infinitos atque immensos honores decrevit ; uel quod, cum se Hadrianus interimere uellet, ingenti custodia et diligentia fecit, ne id posset admittere, vel quod vere natura clementissimus nihil temporibus suis asperum fecit.

Il reçut du Sénat le surnom de Pieux, soit parce qu'il avait prêté, en présence du Sénat, une main secourable à son beau-père affaibli par l'âge - ce qui, en vérité, n'est pas une preuve de grande piété, car on appellerait impie celui qui n'agirait pas de, cette manière plutôt que pieux celui qui ne ferait ainsi que son devoir -, soit parce qu'il avait épargné des gens dont Hadrien, pendant sa maladie, avait ordonné le meurtre, soit parce qu'après la mort d'Hadrien il lui avait, contre les voeux de tous, décrété des honneurs innombrables et considérables, soit parce que, lorsque Hadrien avait voulu se suicider, il avait réussi par une vigilance et une diligence extrêmes à l'en empêcher, soit encore parce que sa grande clémence naturelle l'avait détourné au cours de son règne de tout acte cruel.

 

Son surnom de Pius lui aurait été décerné par le Sénat parce qu'au début de son règne, alors qu'on lui demandait de signer des condamnations, il ne condamna personne, en disant : "Il ne faut pas que j'inaugure mon règne par de telles actions". (Dion Cassius, LXX)

 


Marc-Aurèle 161-180

 

Frugi fuit sine contumacia,

verecundus sine ignavia,

sine tristitia gravis.

Honnête homme sans orgueil,

réservé sans mollesse,

et, sans être ennuyeux, sérieux.

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M ANTONINVS AVG TR P XXV

 

 

Sauf exceptions signalées, les textes latins cités sont empruntés à la biographie que l’Histoire Auguste consacre à chaque empereur.

 

M Aelius Aurelius Verus, né le 26 avril 121. Petit-fils de M Annius Verus, beau-frère d’Hadrien, il suit les leçons d’Hérode Atticus et de Fronton.

 

En 133, il se convertit au stoïcisme :

Duodecimum annum ingressus habitum philosophi sumpsit et deinceps tolerantiam, cum studeret in pallio et humi cubaret, vix autem matre agente instrato pellibus lectulo accubaret.

L’année de ses douze ans, il revêtit l’habit puis l’austérité du philosophe et, comme il étudiait en manteau grec et dormait par terre, sa mère n’obtint qu’à grand peine qu’il couche sur un lit recouvert de fourrures.

 

Gendre d'Antonin, adopté par celui-ci, il associe à son pouvoir son frère adoptif Lucius Verus, chargé de la guerre d'Orient (durant laquelle il meurt en 169). Véritable philosophe, il compose en grec des Pensées pour moi-même, où il exprime un idéal exigeant et généreux qu’il s’efforce d’appliquer à son gouvernement :

Sententia Platonis semper in ore illius fuit : florere civitates, si aut philosophi imperarent aut imperantes philosopharentur.

Il avait cette maxime de Platon selon laquelle les cités sont florissantes soit si elles sont dirigées par des philosophes, soit si leurs dirigeants pratiquent la philosophie.

 

Mais le peuple a du mal à comprendre un empereur aussi intellectuel :

Fuit autem consuetudo Marco ut in circensium spectaculo legeret audiretque ac suscriberet. Ex quo quidem saepe iocis popularibus dicitur lacessitus.

Mais Marcus avait l’habitude, pendant les jeux du cirque, de lire, de donner des audiences et de signer des documents. Ce qui lui valut souvent, dit-on, de provoquer les sarcasmes populaires.

 

Aucun empereur n’a respecté le sénat plus que lui :

Numquam recessit de curia nisi consul dixisset : « Nihil vos moramur, P. c. »

Il ne quitta jamais la salle de réunion du sénat avant que le consul n’ait levé la séance en disant : « Nous ne vous retenons plus, pères conscrits ! ».

 

Malheureusement, il passe la majeure partie de son règne à lutter contre les invasions et la peste qui ravage l'Empire.

161-166 Guerre heureuse contre les Parthes.

166-180 Invasion des Germains qui pénètrent en Italie jusqu'à Aquilée ; Marc Aurèle libère l'Italie et participe à toutes les guerres qui surviennent, en Germanie et en Pannonie.

 

On lui reproche d’avoir associé à l'Empire son fils Commode, une brute incapable, à partir de 175.

180 Il meurt de la peste à Vindobona (Vienne).

 

 

 


Avidius Cassius 175

 

Sauf exceptions signalées, les textes latins cités sont empruntés à la biographie que l’Histoire Auguste consacre à chaque empereur.

 

Misera conditio imperatorum, quibus de affectata tyrannide nisi occisis non potest credi !

Triste condition que celle des empereurs : on ne peut les croire dans leur crainte des coups d’état que qu’après leur assassinat !

Cette phrase de Domitien reprise peut-être par Hadrien, Marc Aurèle a pu la méditer en 175. Avidius Cassius, consul suffect en 166, gouverneur de Syrie, brillant général, se prenait semble-t-il un peu pour le Cassius qui voulait libérer Rome de la « tyrannie » de César (Jules).

 

D’une cruauté singulière, il ne manquait pas de courage : devant une mutinerie,

processit nudus campestri solo tectus et ait : « Percutite, inquit, Me, si audetis et corruptae disciplinae facinus addite. » il s’avança vêtu seulement d’un caleçon d’uniforme et dit : « Frappez-moi, si vous l’osez et ajoutez un crime à votre manque de discipline ! »

 

En 175, profitant d’une maladie de Marc Aurèle, il se proclame empereur, poussé par l’impératrice Faustine qui avait peur de perdre sa situation si elle perdait son mari.

 

Entre temps Marc Aurèle se rétablit, le sénat déclare Avidius Cassius ennemi public et Faustine insiste auprès de son trop clément pour qu’on coupe la tête de l’usurpateur. Ce qui fut fait.

 

Qui si optinuisset imperium, fuisset non modo clemens sed bonus, sed utilis et optimus imperator.

S’il avait obtenu le pouvoir, il aurait été non seulement clément mais honnête, efficace et excellent empereur.

 


Commode 180-192

Commodus a prima statim pueritia

turpis, improbus, crudelis, libidinosus fuit.

Dès sa plus tendre enfance,

Commode fut dépravé, pervers, cruel, débauché.

 

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Sauf exceptions signalées, les textes latins cités sont empruntés à la biographie que l’Histoire Auguste consacre à chaque empereur.

 

L Aelius Aurelius Commodus. Fils de Marc-Aurèle, paresseux et cruel, il achète la paix aux Barbares et laisse le pouvoir aux mains de favoris.

 

Le fils de Marc Aurèle ?

Aiunt quidam, quod et verisimile videtur, Commodum Antoninum, successorem illius ac filium, non esse de eo natum sed de adulterio, ac talem fabellam vulgari sermone contexunt. Faustinam quondam, Pii filiam, Marci uxorem, cum gladiatores transire vidisset, unius ex his amore succensam, cum longa aegritudine laboraret, viro de amore confessam. Quod cum ad Chaldaeos Marcus rettulisset, illorum fuisse consilium, ut occiso gladiatore sanguine illius sese Faustina sublavaret atque ita cum viro concumberet. Quod cum esset factum, solutum quidem amorem, natum vero Commodum gladiatorem esse, non principem, qui mille prope pugnas publice populo inspectante gladiatorias imperator exhibuit, ut in vita eius docebitur. Quod quidem verisimile ex eo habetur, quod tam sancti principis filius his moribus fuit, quibus nullus lanista, nullus scaenicus, nullus arenarius, nullus postremo ex omnium decorum ac scelerum conluvione concretus. Multi autem ferunt Commodum omnino ex adultero natum, si quidem Faustinam satis constet apud Caietam condiciones sibi et nauticas et gladiatorias elegisse. De qua cum diceretur Antonino Marco, ut eam repudiaret, si non occideret, dixisse fertur  : « Si uxorem dimittimus, reddamus et dotem. » Dos autem quid habebatur imperium, quod ille ab socero volente Hadriano adoptatus acceperat ?

Certains prétendent, ce qui parait très vraisemblable, que Commode Antonin, son successeur et fils, n'était pas de son sang mais était un enfant adultérin, en s'appuyant sur cette petite histoire qui courait parmi le peuple : la fille de Pius, Faustine, épouse de Marc, assistant un jour à la parade des gladiateurs, se prit de passion pour l'un d'eux ; elle en conçut un long tourment et se décida à avouer son amour à son mari. Marc consulta des astrologues qui furent d'avis qu'il fallait tuer le gladiateur, après quoi Faustine prendrait un bain de siège dans son sang et en cet état coucherait avec son mari. Ainsi fut fait ; la passion de Faustine s'évanouit, mais elle mit au monde Commode, qui fut moins un empereur qu'un gladiateur, puisqu'au cours de son règne il prit part sous les yeux du peuple à près de mille combats publics de gladiateurs, comme on le rappellera dans la Vie qui lui sera consacrée. Ce qui rend l'anecdote plausible, c'est que le fils d'un prince si vertueux ait eu un comportement pire que celui d'un laniste, d'un histrion, d'un combattant du cirque, pire en un mot que celui d'un homme pétri d'un ramassis de toutes les ignominies et de tous les crimes. Mais beaucoup affirment que Commode fut vraiment un enfant adultérin, car il est patent qu'à Gaète Faustine rechercha la fréquentation des marins et des gladiateurs. Comme on conseillait à Antonin Marc de la répudier, à défaut de la mettre à mort, il aurait répondu : « Si nous renvoyons l'épouse, il faut rendre aussi la dot. » Cette dot, qu'était-elle d'autre que l'Empire, qu'il avait reçu de son beau-père quand celui-ci l'avait adopté selon la volonté d'Hadrien ?

 

« Le complexe d’Hercule » ou « un gladiateur au pouvoir » :

Appellatus est « Romanus Hercules », quod feras Lanuvium in amphitheatro occidisset : erat etiam haec illi consuetudo ut domi bestias interficeret.

Il fut également appelé Hercule Romain pour avoir tué des bêtes sauvages dans l'amphithéâtre à Lanuvium. C'était en effet son habitude de massacrer des animaux dans ses domaines.

Refertur enim illum pugnavisse sub patre trecenties sexagies quinquies, item postea tantum palmarum gladiatoriarum confecisse, vel victis retiariis vel occisis, ut mille contingeret. Ferarum autem diversarum manu sua occidit, ita ut elephantos occideret multa milia. Virium ad conficiendas feras tantarum fuit ut elephantum conto transigeret et singulis ictibus multa milia ferarum ingentium conficeret. Et haec fecit spectante saepe populo Romano !

Une lettre nous précise par ailleurs que sous le règne de son père il combattit trois cent soixante-cinq fois dans l'arène et qu'ensuite il obtint, par la défaite ou la mort de rétiaires, tant de victoires dans les combats de gladiateurs qu'il atteignit les mille. Il tua également de sa main plusieurs milliers d'animaux sauvages de races variées, même des éléphants. Quand il s'agissait de tuer des bêtes sauvages, sa force lui permettait de transpercer un éléphant avec un épieu, traverser avec une lance une corne de gazelle et abattre d'un seul coup d'énormes bêtes par milliers. Et tout cela se passait souvent sous les yeux du peuple romain.

 

Accepit statuas in Herculis habitu, eique immolatum est ut deo.

Il se fit ériger des statues en costume d’Hercule, et on lui fit des sacrifices comme au dieu.

 

L’une de ces statues portait une dédicace à « Lucius Commodus Hercule », et un plaisantin aurait ajouté à l’inscription l’épigramme suivante :

 

῾Ο τοῦ Διὸς παῖς καλλίνικος ῾Ηρακλῆς

οὐκ εἰμὶ Λούκιος ἀλλἀναγκάζουσὶ με

Moi, le fils de Zeus, le toujours victorieux Héraclès,

Je ne suis pas Lucius, mais ils me forcent à l’être ! (Anthologie, XI, 262)

 

Clava non solum leones, in veste muliebri et pelle leonina, sed etiam homines multos adflixit. Debiles quondam pedibus et eos qui ambulare non poterant in Gigantum modum formavit, pannis et linteis tectos ut dracones viderentur, et eos sagittis et clava confecit.

Vêtu en femme et couvert d'une peau de lion, il frappait à coups de massue non seulement des lions, mais même beaucoup d'hommes. Il déguisait en géants des estropiés et des paralysés des membres inférieurs, les recouvrant des genoux aux pieds de guenilles et de bandes de tissu pour les faire ressembler à des dragons, puis les tuait à coups de flèches.

 

La « Colonie Commodienne »

Fuit praeterea ea dementia ut urbem Romam coloniam Commodianam vocari voluerit.

En outre, il poussa la folie au point vouloir que la ville de Rome soit nommée « Colonie Commodienne ».

Non solum senatus hoc libenter accepit per inrisionem (quantum intellegitur!) sed etiam se ipsum senatum Commodianum vocavit, Commodum Herculem et deum appellans.

Lorsqu'il proposa au Sénat d'appeler Rome « commodienne », non seulement le Sénat l'accepta volontiers - pour se moquer de lui, cela s'entend - mais il se donna à lui-même le surnom de Commodien, conférant à Commode celui d'Hercule et de dieu.

 

Le récit de l'Histoire Auguste est confirmé par le témoignage de Dion Cassius qui était sénateur sous le règne de Commode :

Κομμοδιανὴν γοῦν τήν τε ῾Ρώμην αὐτὴν καὶ τὰ στρατόπεδα Κομμοδιανά· τήν τε ἡμέραν ἐν ῇ ταῦτα ἐψηφίζετο Κομμοδιανὰ καλεῖσθαι προςέταξεν   « Il ordonna que Rome fût renommée Commodiana, les légions commodiennes, et le jour où ces mesures furent votées commodien » (Dion Cassius, LXXII, 15).

 

Ses cruautés et ses folies provoquent plusieurs complots ; il est assassiné dans la nuit du 31 décembre 192.

 

 

Voir sa titulature, chasses dans l’amphithéâtre, gladiateur, sa filiation.

 


 

Le Bas-Empire : 192-476

 

Pertinax 193

 

Primus sane omnium ea die, qua Augustus est appellatus, etiam patris patriae nomen recepit

Il fut le premier à recevoir aussi, le jour même où il fut proclamé Auguste, le titre de Père de la Patrie.

« Satius est, p.c., inopem rem p. optinere quam ad divitiarum cumulum per discriminum atque dedecorum vestigia pervenire. »

« Il est préférable, pères conscrits, de gouverner un état pauvre que de parvenir en suivant une route dangereuse et déshonorante au faîte des richesses ».

 

Il tente quelques réformes, mais est assassiné au bout de trois mois.

L'Empire est alors mis aux enchères par les prétoriens qui l’ont tué.

 

Περτίναξ δὲ ἦν μὲν τῶν καλῶν κἀγαθῶν

Pertinax faisait partie des hommes de haute valeur morale. (Dion Cassius, LXXIV)

 

Natus autem kal. Augustis Vero et Bibulo conss. Interfectus est V kal. Apr. Falcone et Claro conss. Vixit annis LX[VI] mensibus VII diebus XXVI. Imperavit mensibus II diebus XXV.

Il est naquit le jour des calendes d’août sous le consulat de Verus et Bibulus (1er août 126). Il fut tué le 5ème jour des calendes d’avril sous le consulat de Falco et de Clarus (26 mars 193). Il vécut 6[6] ans, 7 mis et 26 jours. Il régna 2 mois et 25 jours.


Didius Julianus 193

 

Alors eut lieu le business le plus honteux et le plus indigne de Rome : comme si on s’était trouvé sur un marché ou dans une salle des ventes, la cité elle-même et son empire furent mis aux enchères. Les vendeurs étaient ceux-là même qui avaient tué leur empereur, les acheteurs étaient Sulpicianus et Julianus qui surenchérissaient l’un sur l’autre, le premier dans le camp des prétoriens, l’autre à l’extérieur. Il en arrivèrent rapidement à promettre cinq mille drachmes (20000 HS, soit plus de 20000 €) à chaque homme. Des soldats étaient chargés de faire la navette et de dire à Julianus : « Sulpicianus donne tant, qu’est-ce que tu ajoutes ? », ils allaient alors trouver Sulpicianus : « Julianus promet tant, de combien surenchéris-tu ? ». Sulpicianus l’aurait emporté (il se trouvait dans le camp, il était préfet de la Ville, il avait annoncé le premier le chiffre de vingt mille) si Julianus n’était monté, non plus progressivement mais d’un seul coup, à vingt-cinq mille drachmes, en le criant très fort et en montrant la somme sur ses doigts. Alors les soldats, à la fois fascinés par ce coup de poker et redoutant que Sulpicianus ne décide de venger Pertinax, ce que Julianus leur avait laissé entendre, permirent à ce dernier d’entrer dans le camp et le proclamèrent empereur. (Dion Cassius, LXXIV, 11).

 

Mais les armées de Bretagne, de Syrie, de Pannonie commandées par Pescennius Niger et d'Illyrie commandées par Septime Sévère acclament chacune son empereur.

 

Abandonné de tous, Julianus est condamné à mort avec désinvolture par le sénat qui proclame Septime Sévère empereur.

Missi autem a senatu quorum cura per militem gregarium in Palatio idem Iulianus occisus est fidem Caesari implorans, hoc est Severi.

Une délégation du sénat chargea un simple soldat de tuer dans son palais Julianus qui implorait la clémence de César, c’est-à-dire de Sévère.

ἐφονεύθη τοσοῦτον μόνον εἰπῶν· καὶ τί δεινὸν ἐποίησα; τίνα ἀπέκτεινα;  Il fut tué en prononçant ces seuls mots : « Mais qu’est-ce que j’ai fait de mal ? Qui ai-je tué ? ». (Dion Cassius, LXXIV, 17).

 

Didius Julianus était âgé de soixante ans selon Dion Cassius, de cinquante-six selon l’Histoire Auguste.

 


Les Sévères

 

Septime-Sévère, 193-211

 

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SEVERVS PIVS AVG

Né le 8 avril 146 à Leptis Magna en Afrique (Libye),

Afrum quiddam usque ad senectutem sonans

il garda jusque dans sa vieillesse son accent africain. (Histoire Auguste, Sévère, XIX,9).

il fait une brillante carrière militaire sous les règnes de Marc Aurèle et de Commode. Gouverneur de Pannonie Supérieure, il est acclamé Empereur le 13 avril 193 et élimine rapidement Didius Julianus. En 195, il entre fictivement dans la famille antonine. En 197, il se débarrasse de son dernier adversaire, Albinus, qui s'était proclamé Auguste.

 

Il donne en 196 le titre de César à Caracalla qui devient Auguste en 198 quand Géta, son frère cadet devient César.

 

Sévère passe quinze ans à consolider les frontières de l'Empire en remportant de nombreuses victoires sur les Parthes (197/8), en Afrique (207), enfin en Bretagne (208-211).

 

211 Mort de Septime Sévère à York.

Ses dernières paroles à ses fils, dont Dion Cassius (LXXVII, 15) garantit l’authenticité :

ὁμονοεῖτε, τοὺς στρατιώτας πλουτίζετε, τῶν ἄλλων πάντων καταφρονεῖτε

 « Entendez-vous, enrichissez les soldats et moquez-vous de tout reste ! »

 

De hoc senatus ita iudicavit illum aut nasci non debuisse aut mori. Quod et nimis crudelis et nimis utilis rei publicae videretur.

Voici le jugement que porta sur lui le sénat : « il aurait dû ne pas naître ou ne pas mourir ». En effet, il paraissait avoir été à la fois trop cruel et trop utile à l’État. (Histoire Auguste, Sévère, XVIII,7).

 


Geta 211-212

 

L Septimus Geta, né le 27 mai 189. Associé à l’empire avec son frère ou demi-frère Caracalla qui le fait assassiner dès qu’il en trouve l’occasion.

Comme Géta se méfiait de tous, Caracalla lui donne rendez-vous dans l’appartement de sa mère et c’est là qu’il le fait frapper. Géta meurt dans les bras de sa mère en criant :

Μῆτερ, μῆτερ, τεκοῦσα, τεκοῦσα, βοήθει, σφάζομαι   « Ma mère, ma mère, toi qui m’as mis au monde, toi qui m’as mis au monde, au secours, on va me tuer ! »

 

Caracalla l’a en outre condamné à la damnatio memoriae : beaucoup d’inscriptions mentionnant son nom ont été martelées.

 


Caracalla 211-217

 

M Aurelius Antoninus. Fils de Septime-Sévère né le 4 avril 188, il est d’abord associé à l’empire avec le titre de César et de Princeps Iuventutis. A la mort de son père, il règne conjointement avec son frère Geta qu’il fait assassiner l’année suivante.

Il inaugure son règne par des massacres.

Fuit praeterea eius inmanitatis Antoninus, ut his praecipue blandiretur, quos ad necem destinabat, ut eius magis blandimentum timeretur quam iracundia.

Antoninus (Caracalla) fut en outre d’une telle cruauté qu’il prenait soin tout particulièrement de ceux qu’il avait décidé d’assassiner, si bien qu’on craignait davantage ses prévenances que sa colère.

Voyages et campagnes à travers l'empire.

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ANTONINVS PIVS AVG BRIT

 

212 Constitution Antonine : tous les hommes libres de l'Empire deviennent citoyens romains.

Ῥωμαίους πάντας τοὺς ἐν τῇ ἀρχῇ αὐτοῦ, λόγῳ μὲν τιμῶν, ἔργῳ δὲ ὅπως πλείω αὐτῷ καὶ ἐκ τοῦ τοιούτου προσίῃ, διὰ τὸ τοὺς ξένους τὰ πολλὰ αὐτῶν μὴ συντελεῖν, ἀπέδειξεν.

Il fit citoyens romains tous les hommes [libres] de son empire, soi-disant pour leur faire honneur, mais en pratique pour augmenter ses revenus par ce moyen-là aussi, puisque les étrangers étaient exemptés de la plupart de ces impôts. (Dion Cassius, LXXVIII, 9)

Rome cesse de ce fait d’être la maîtresse du monde, elle n'en est plus que la capitale.

Il faut croire pourtant que cette décision, que nous considérons comme si importante, ne présentait guère d’intérêt pour les contemporains (Dion Cassius ne lui consacre que les quelques mots ci-dessus) et pour les Anciens : l’Histoire Auguste et Eutrope n’en parlent même pas :

M. igitur Aurelius Antoninus Bassianus, idemque Caracalla, morum fere paternorum fuit, paulo asperior et minax. Opus Romae egregium fecit lavacri, quae thermae Antoninianae appellantur, nihil praeterea memorabile

Marcus Aurelius Antoninus Bassianus, connu aussi sous le nom de Caracalla, eut un comportement semblable à celui de son père, un peu plus rude et un peu plus inquétant. Il fit construire à Rome un remarquable établissement de bains, que l’on appelle les thermes de Caracalla (« Antoniniens »), il ne fit rien d’autre qui soit digne d’être rappelé. (Eutrope)

 

8 avril 217 Caracalla est assassiné entre Carrhes et Edesse cum levandae vessicae gratia ex equo descendisset « comme il était descendu de cheval pour se soulager la vessie » (Histoire Auguste, Caracalla, VII,1).

 

Ipse Caracalli nomen accepit a vestimento quod populo dederat demisso usque ad talos. Quod ante non fuerat. Unde hodieque Antoninianae dicuntur caracallae huiusmodi in usu maxime Romanae plebis frequentatae.

Lui-même reçut le nom de Caracallus d’une sorte de vêtement qu’il fit donner au peuple et qui tombait aux talons, ce qui ne s’était jamais fait auparavant. Pour cette raison , aujourd’hui encore, on appelle « Antoniens » cette sorte de caracalla portée surtout par la plèbe de Rome. (Histoire Auguste, Caracalla, IX,7).

 


Macrin 217-218

 

auteur de l'attentat contre Caracalla.

Occiso ergo Antonino Bassiano Opilius Macrinus, praefectus praetorii eius, qui antea privatas curabat, imperium arripuit, humili natus loco et animi atque oris inverecundi

Lorsqu’ Antoninus Bassianus (Caracalla) eut été tué, Opilius Macrinus, son préfet du prétoire, qui avait auparavant géré ses biens privés, s’empara du pouvoir. Il était issu d’une famille obscure et n’inspirait le respect ni par ses qualités morales, ni par ses qualités physiques.

 

De fait, je ne sais pas si Macrin était laid, mais il faisait preuve d’une cruauté étonnante, même dans un siècle aussi brutal, et imaginait des supplices aussi surprenants que répugnants.

In verberandis [vel] aulicis tam inpius, tam pertinax, tam asper, ut servi illum sui non Macrinum dicerent, sed Macellinum, quod macelli specie domus eius cruentaretur sanguine vernularum.

Quand il faisait fouetter les esclaves du palais, il se montrait si injuste, si opiniâtre, si dur, que ses esclaves ne l’appelaient pas Macrinus mais Macellinus (le garçon boucher) parce que comme un macellum (une boucherie) sa maison était empourprée du sang de sa domesticité.

 

Lassés de supporter un chef aussi sanguinaire, ses soldats un beau jour de juillet 218 lui tranchent la tête qu’ils apportent en hommage à Elagabal.


Elagabal (ou Héliogabale) 218-222

 

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ANTONINVS PIVS FEL(ix) AVG

 

M Aurelius Antoninus. Neveu de Caracalla, prêtre du dieu sémite dont il prend le nom, il se trouve en Syrie lorsqu’il est proclamé empereur le 15 mai 218 et n’arrive à Rome qu’en 219 :

Une journée de printemps, en l'an 219 après Jésus-Christ, l'Urbs vit arriver le plus bizarre de tous les « Auguste » : un jeune garçon tout vêtu de soie rouge, du rouge aux lèvres, les sourcils soulignés de henné un rang de perles autour du cou, des bracelets d'émeraudes aux poignets et aux chevilles, une couronne de diamants sur la tête. Elle ne l'en acclama pas moins. Désormais, aucune mascarade ne pouvait plus la scandaliser. Indro Montanelli, Histoire de Rome.

 

Il meurt assassiné après un règne d'extravagances et de dérèglements.

Caedit et humanas hostias lectis ad hoc pueris nobilibus et decoris per omnem Italiam patrimis et matrimis.

Il sacrifia aussi des victimes humaines, faisant choisir pour cela dans toute l’Italie des garçons nobles et sans défauts physiques, ayant leur père et leur mère. (Histoire Auguste, Antonin Élagabal, VIII).

 

Le salut à l’empereur à l’époque d’Elagabal :

Domine imperator ave.

Κύριε αὐτοκράτορ χαῖρε  (Dion Cassius, LXXX16)

(Précisons, pour définir superficiellement le personnage d’Elagabal, qu’il aurait répondu en faisant des mines et en lançant des œillades : « μή με λέγε κύριον· ἐγὼ γὰρ κυρία εἰμί  Noli me dicere dominum ego enim domina sum Ne me dis pas seigneur, tu vois bien que je suis une dame ! »)

 


Alexandre-Sévère 222-235

 

M Aurelius Severus Alexander, né en 205, cousin du précédent ; caractère doux, mais sans énergie. Il opère de nombreuses réformes à l'instigation de son préfet du prétoire, le juriste Ulpien.

 

226-232 Expédition contre les Perses ; résultat indécis.

 

235 Parti contre les Alamans, il tente de négocier avec eux ; est assassiné par ses soldats à Mayence.


L'anarchie qui suivit la mort d'Alexandre Sévère dura cinquante ans, c'est-à-dire jusqu'à l'avènement de Dioclétien : elle ne fait déjà plus partie de l'histoire de Rome, mais du processus de décomposition de son cadavre.

Les hommes qui se succèdent sur le trône finissent par devenir difficiles à suivre : aucun espoir pour le lecteur de se souvenir des noms de ceux qui y sont montés les uns après les autres, chacun d'eux égorgeant régulièrement son prédécesseur. Bornons-nous à un memento.  Indro Montanelli, Histoire de Rome.


Maximin 1er 235-238

 

Thrace barbare, il combat avec succès contre les Germains.


Gordien 1er, Gordien II 238

 

Gordien 1er, déjà octogénaire, nommé par le Sénat contre Maximin, s'adjoint son fils Gordien II. Gordien II est tué dans une bataille contre Maximin, son père désespéré se pend. Ils ont régné un mois.


Maximus Pupienus, Balbinus 238

 

Pupienus et Balbinus sont nommés par le Sénat ; ils sont assassinés par les prétoriens; Maximin meurt en assiégeant Aquilée.

 

Domini sanctissimi et invictissimi Augusti

Seigneurs très vénérables et très invincibles empereurs.

Telle est la formule par laquelle on s’adresse aux co-empereurs Maxime et Balbin.


Gordien III 238-244

 

Petit-fils de Gordien 1er, âgé de 13 ans à son avènement.

243 Campagne victorieuse contre les Perses qui menaçaient Antioche.


Philippe l'Arabe 244-249

 

Préfet du prétoire en 243, Philippe prétend agir en tuteur et exige un partage du pouvoir avec Gordien III. Il fait enfin assassiner le jeune empereur.

 

Philippi duo, filius ac pater, Gordiano occiso imperium invaserunt ... His imperantibus millesimus annus Romae urbis ingenti ludorum apparatu spectaculorumque celebratus est.

Les deux Philippe, le fils et le père, prirent le pouvoir après avoir tué Gordien ... Sous leur règne on célébra le millième anniversaire de Rome avec un grand luxe de jeux et de spectacles. (Eutrope).

 

248 Invasion de Goths et de Vandales, refoulée par les troupes romaines ayant à leur tête un Illyrien, Decius. Ses soldats le nomment empereur.

 

249 Philippe est vaincu et tué par Dèce à la bataille de Vérone.


Dèce 249-251

 

250 Persécution générale contre les chrétiens.

251 Invasion des Goths. Dèce est tué en luttant contre eux.


Trébonien Gallus, Volusien 251-253

 

Proclamé par l'armée du Danube ; vaincu et tué par Émilien.


Émilien 253

 

Il règne quatre mois ; assassiné par ses soldats.


Valérien et son fils Gallien, 253-260/268

 

Ils se partagent l'Empire : Valérien garde l'Orient et donne à Gallien l'Occident.

 

255-260 Continuelles invasions aux frontières (Francs, Goths, Scythes, Perses).

Alamanni vastatis Galliis in Italiam penetraverunt. Dacia, quae a Traiano ultra Danubium fuerat adiecta, tum amissa, Graecia, Macedonia, Pontus, Asia vastata est per Gothos, Pannonia a Sarmatis Quadisque populata est, Germani usque ad Hispanias penetraverunt et civitatem nobilem Tarraconem expugnaverunt, Parthi Mesopotamia occupata Syriam sibi coeperant vindicare.

Après avoir dévasté les Gaules, les Alamans firent des incursions en Italie. La Dacie, région d’outre-Danube, qui avait été annexée par Trajan, fut alors perdue, la Grèce, la Macédoine, le Pont et l’Asie furent dévastés par les Goths, la Pannonie fut pillée par les Sarmates et les Quades, les Germains s’avancèrent jusqu’en Espagne et prirent d’assaut l’illustre cité de Tarragone, les Parthes qui avaient déjà occupé la Mésopotamie commençaient à faire valoir leurs droits sur la Syrie. (Eutrope)


« Les trente tyrans » 260-268

 

De nombreux empereurs sont proclamés dans les provinces. Vingt-six sont reconnus par le sénat.

 

L’Histoire Auguste donne trente hommes et deux femmes :

Cyriades 259-260.

Postumus (tué en 269) fonde un empire gaulois (Gaule, Espagne, Bretagne), qui durera jusque en 273.

Postumus le Jeune (peut-être imaginaire), fils du précédent.

Lollianus, rival de Postumus, s’appelait peut-être Laelianus.

Victorinus (269-271)

Victorinus le Jeune, peut-être imaginaire.

Marius (septembre-décembre 269).

Ingenuus 258 ?, 260 ?

Regilianus 260.

Aureolus 267.

Macrien 260.

Odénath, appartenait à une famille de princes de Palmyre, nommé par Gallien dux Romanorum en Orient. Assassiné en 267-268. Nisi Odenatus, princeps Palmyrenorum, capto Valeriano, fessis Romanae rei p. viribus sumpsisset imperium, in oriente perditae res essent. Si Odenatus, roi de Palmyre, n'avait pas pris le pouvoir impérial, alors que Valérien était prisonnier, que les forces de l'état romain étaient au plus bas, tout aurait été perdu en Orient.

Ballista ( ?).

Valens le Jeune.

Valens l’Ancien.

Pison ( ?).

Aemilianus, préfet d’Egypte de 258 à 261.

Saturninus ( ?).

Victoria (ou Vitruvia), serait la mère de Victorinus et aurait pris le pouvoir à la mort de son fils avec le titre d’Augusta, mais sans doute imaginée à partir de revers de monnaies portant l’inscription VICTORIA AVG(VSTA) !

Tetricus, gouverneur d’Aquitaine. 271-274.

Trebellianus ( ?).

Herennianus et Timolaus : fils d’Odénath et de Zénobie, peut-être imaginaires.

Celsus : imaginaire.

Zénobie prétendait descendre des Ptolémées et se voulait une seconde Cléopâtre. Voyez ci-dessous « Aurélien ».

 

ZENOBIA

ΣΕΠΤΙΜΙΑΝ ΖΗΝΟΒΙΑΝ ΤΗΝ ΛΑΜΠΡΟΤΑΤΗΝ

ΕΥΣΕΒΗ ΒΑΣΙΛΙΣΣΑΝ

ΣΕΠΤΙΜΙΟΙ ΖΑΒΔΑΣ Ο ΜΕΓΑΣ ΣΤΡΑΤΗΛΑΤΗΣ

ΚΑΙ ΖΑΒΒΑΙΟΣ Ο ΕΝΘΑΔΕ

ΣΤΡΑΤΗΛΑΤΗΣ ΟΙ ΚΡΑΤΙΣΤΟΙ

ΤΗΝ ΔΕΣΠΟΙΝΑΝ ΕΤΟΥΣ ΕΠΦ’ ΜΗΝΕΙ ΛΩΩ

ILS 8807; IGRR III 1030, inscription de Palmyre.

 

XXX. Omnis iam consumptus est pudor, si quidem fatigata re p. eo usque peruentum est, ut Gallieno nequissime agente optime etiam mulieres imperarent, et quidem peregrinae. enim, nomine Zenobia, de qua multa iam dicta sunt, quae se de Cleopatrarum Ptolemaeorumque gente iactaret, post Odenatum maritum imperiali sagulo perfuso per umeros, habitu Didonis ornata, diademate etiam accepto, nomine filiorum Herenniani et Timolai diutius, quam femineus sexus patiebatur, imperavit. Si quidem Gallieno adhuc regente rem p. regale mulier superba munus obtinuit et Claudio bellis Gothicis occupato vix denique ab Aureliano victa et triumphata concessit in iura Romana.

Nous touchons maintenant le comble de la honte puisqu'au milieu de la crise de l'Etat on en arriva à voir, pendant que Gallien se conduisait odieusement, même des femmes gouverner de façon excellente, et, qui plus est, des étrangères. En effet une étrangère nommée Zénobie — nous en avons déjà beaucoup parlé — qui se vantait d'être issue de la race des Cléopâtres et des Ptolémées prenant la succession de son mari Odénath, plaça sur ses épaules le manteau impérial, se para à la manière de Didon, se coiffa même du diadème et, au nom de ses fils Hérennianus et Timolaus, régna plus longtemps qu'il n'eût été séant pour une personne de son sexe. Car cette femme altière détint le pouvoir impérial à la fois pendant que Gallien était encore à la tête de l'Etat, puis pendant que Claude était accaparé par les guerres contre les Goths ; et c'est non sans peine qu'Aurélien finit par la vaincre, la traîna à son triomphe et l'assujettit à l'autorité de Rome.

[…]

Cuius ea castitas fuisse dicitur, ut ne virum suum quidem scierit nisi temptandis conceptionibus. Nam cum semel concubuisset, exspectatis menstruis continebat se, si praegnans esset, sin minus, iterum potestatem quaerendis liberis dabat. Vixit regali pompa. More magis Persico adorata est. Regum more Persarum convicata est. Imperatorum more Romanorum ad contiones galeata processit cum limbo purpureo gemmis dependentibus per ultimam fimbriam, media etiam coclide veluti fibula muliebri adstricta, brachio saepe nudo.

Elle était, dit-on, si chaste qu'elle n'avait de relations sexuelles avec son mari que dans un but de procréation. En effet, une fois qu'elle avait couché avec lui, elle refusait tout rapport jusqu'à ses prochaines règles pour voir si elle était enceinte Dans le cas contraire, elle lui permettait de tenter à nouveau d'avoir un enfant. Elle vivait au milieu d'un faste royal. Elle se faisait adorer plutôt à la manière perse, et ses banquets se déroulaient selon le cérémonial des rois de Perse. Mais c'est à la manière des empereurs romains qu'elle se présentait aux assemblées des soldats, coiffée d'un casque et portant une écharpe de pourpre dont les franges laissaient à leur extrémité pendre des pierreries, tandis qu'était fixée au centre en guise de broche féminine une gemme en forme d'escargot ; ses bras étaient souvent nus.

 

Fuit vultu subaquilo, fusci coloris, oculis supra modum uigentibus nigris, spiritus divini, venustatis incredibilis. Tantus candor in dentibus, ut margaritas eam plerique putarent habere, non dentes. Vox clara et virilis. Severitas, ubi necessitas postulabat, tyrannorum, bonorum principum clementia, ubi pietas requirebat. Larga prudenter, conservatrix thensaurorum ultra femineum modum, usa vehiculo carpentario, raro pilento, aequo saepius. Fertur autem vel tria vel quattuor milia frequenter cum peditibus ambulasse. Venata est Hispanorum cupiditate. Bibit saepe cum ducibus, cum esset alias sobria ; bibit et cum Persis atque Armeniis, ut eos vinceret. Vsa est vasis aureis gemmatis ad convivia, usa Cleopatranis. In ministerio eunuchos gravioris aetatis habuit, puellas nimis raras. Filios Latine loqui iusserat, ita ut Graece vel difficile vel raro loquerentur. Ipsa Latini sermoni[bu]s non usque quaque gnara, sed ut loqueretur pudore cohibita ; loquebatur et Aegyptiace ad perfectum modum. Historiae Alexandrinae atque orientalis ita perita, ut eam epitomasse dicatur ; Latinam autem Graece legerat.

Elle avait le visage basané, le teint foncé, des yeux noirs d'une exceptionnelle vivacité, un esprit extraordinaire, un charme incroyable. Sa dentition était d'une telle blancheur que beaucoup croyaient que des perles lui tenaient lieu de dents. Sa voix avait un timbre éclatant et viril. Elle affichait, quand la nécessité l'exigeait, la rigueur propre aux tyrans, mais quand l'équité le demandait, la clémence propre aux bons princes. Elle était d'une générosité mesurée, gérait ses trésors avec une économie rare chez une femme ; elle utilisait un carrosse, rarement une voiture pour dames, mais se déplaçait le plus souvent à cheval. Il lui arrivait, dit-on, souvent de faire avec ses fantassins des marches de trois ou quatre milles. Elle chassait avec une fougue toute espagnole. Elle buvait fréquemment avec ses généraux, bien qu'elle fût sobre par ailleurs ; elle buvait aussi avec des Perses et des Arméniens pour les faire rouler sous la table. Elle utilisait pour ses banquets des vases à boire en or rehaussés de pierreries ainsi que d'autres ressemblant à ceux dont se servait Cléopâtre. Elle avait pour son service des eunuques d'âge avancé mais fort peu de filles. Elle avait obligé ses fils à parler latin, si bien qu'ils ne s'exprimaient en grec qu'avec difficulté et rarement. Pour sa part, elle n'avait pas une connaissance parfaite de la langue latine et était en la parlant paralysée par la timidité. En revanche elle parlait l'égyptien à la perfection. Elle était si versée dans l'histoire d'Alexandrie et de l'Orient qu'elle en composa, dit-on, un abrégé. Quant à l'histoire romaine elle l'avait lue en grec.

 

Cum illam Aurelianus cepisset atque in conspectum suum adductam sic appellasset : « Quid est, Zenobia ? Ausa es insultare Romanis imperatoribus ? » Illa dixisse fertur : « Imperatorem te esse cognosco, qui vincis, Gallienum et Aureolum et ceteros principes non putavi. Victoriam mei similem credens in consortium regni venire, si facultas locorum pateretur, optavi. » Ducta est igitur per triumphum ea species, ut nihil pompabilius p. R. Videretur iam primum ornata gemmis ingentibus, ita ut ornamentorum onere laboraret. Fertur enim mulier fortissima saepissime restitisse, cum diceret se gemmarum onera ferre non posse. Vincti erant praetera pedes auro, manus etiam catenis aureis, nec collo aureum vinculum deerat, quod scurra Persicus praeferebat. Huic ab Aureliano concessa est, ferturque vixisse cum liberis matronae iam more Romanae data sibi possessione in Tiburti, quae hodieque Zenobia dicitur, non longe ab Hadriani palatio atque ab eo loco, cui nomen est Concae.

Lorsqu'Aurélien l'eut faite prisonnière et qu'on l'eut amenée devant lui, il l'interpella en ces termes : « Alors, Zénobie, tu as osé insulter les empereurs romains ? » Elle lui répliqua, dit-on : « Toi, qui remportes des victoires, je te considère bien comme un empereur ; mais Gallien, Auréolus et tous les autres princes, je ne les ai jamais regardés comme tels. C'est Victoria, qui, je crois, me ressemble, avec laquelle j'aurais souhaité partager l'empire si les distances l'avaient permis. » Elle figura donc au triomphe, au milieu d'un tel faste que le peuple romain n'avait jamais rien vu de plus somptueux : elle était d'abord parée de pierreries si énormes qu'elle croulait sous le poids de ses joyaux. Elle dut en effet, dit-on, s'arrêter très fréquemment, en dépit de son énergie, en se plaignant de ne pouvoir supporter le fardeau de ses pierreries. Elle avait d'autre part des entraves d'or aux pieds ainsi que des chaînes d'or aux mains ; même son cou était ceint d'un lien d'or que soutenait un bouffon perse. Aurélien lui laissa la vie et l'on dit qu'elle vécut désormais avec ses enfants comme une matrone romaine dans une propriété qui lui avait été offerte à Tibur et qui porte aujourd'hui encore le nom de Zénobie, non loin du palais d'Hadrien et de l'endroit qu'on appelle Conca.

Traduction de M. André Chastagnol (Histoire Auguste, Bouquins, Robert Laffont)

 

Titus Censorinus, imaginaire.

 


Claude II le Gothique 268-270

 

Habile général, chef de l'armée du Danube.

269 Invasion de 230 000 Goths. L'empereur remporte sur eux une grande victoire près de Naissus (Nisch, en Serbie).


Aurélien 270-275

 

On ne sait rien de vraiment certain sur Aurélien avant son accession à l’Empire, sinon qu’il a fait une brillante carrière militaire et qu’il était connu pour sa rigueur et sa cruauté : on le surnommait « Aurelianus manu ad ferrum », Aurélien Main à l’épée.

 

Aurelianus, quod negari non potest, severus, truculentus, sanguinarius fuit princeps.

Aurélien, personne ne peut le nier, fut un empereur sévère, cruel, sanguinaire.

 

Ballistia pueri et saltatiunculas in Aurelianum tales compo[suerunt], quibus diebus festis militariter saltitarent :

Mille mille mille decollavimus.

Vnus homo ! mille decollavimus.

Mille bibat qui mille occidit.

Tantum vini nemo habet, quantum fudit sanguinis.

Les enfants composèrent sur Aurélien des comptines et des rondes qu’ils dansaient en jouant aux soldats les jours de fête :

Mille, mille, mille, nous les avons décapités.

Un seul homme ! Mille en avons nous décapité.

Qu’il boive mille fois qui en a décapité mille.

Personne n’a autant de vin qu’il a versé de sang. (Hist. Aug., Aurélien, 6)

Charmante époque !

 

À la fois homme de guerre et administrateur ; il rétablit l'unité de l'empire dont il fixera solidement les frontières au Rhin et au Danube.

 

276 Il fait construire un solide mur d'enceinte de 19 km de long autour de Rome et ordonne à toutes les villes de l’empire d’en faire autant.

Voyez http://www.unicaen.fr/cireve/rome/pdr_maquette.php?fichier=visite_muraille_aurelien

 

272-273 Campagne victorieuse d'Aurélien contre Zénobie, reine de Palmyre.

 

275 Aurélien meurt assassiné à Byzance.

Hic finis Aureliano fuit, principi necessario magis quam bono.

Telle fut la fin d’Aurélien, un empereur utile à l’état plutôt qu’un bon empereur.

 

Les titres s’enflent de plus en plus : on ne s’adresse plus désormais aux sénateurs par le simple Patres Conscripti mais par les mots sancti et domini P. C. « vénérables seigneurs, pères conscrits ». Il faut dire que même les chefs d’armées commencent leurs rapports au sénat par la formule Felices ac fortes exercitus senatui P. Q. R. « les bienheureuses et valeureuses armées au sénat et au peuple romain ».

 


Tacite 275-276

 

sénateur, âgé de 75 ans, nommé par le Sénat ; assassiné par les soldats,

ut alii morbo interiit. Tamen constat factionibus eum oppressum mente atque animo defecisse

selon d’autres il mourut de maladie. Une chose est sûre : écrasé par les intrigues, il perdait à la fois la raison et l’envie d’agir.


Florien 276

 

Frère de Tacite, il croit pouvoir s’emparer du pouvoir à la mort de celui-ci, mais au bout de deux mois il est tué à Tarse par les soldats qui soutiennent Probus.


Probus 276-282

 

Dignum fuit ut Probus diceretur etiamsi Probus nomine non fuisset.

Il était digne d’être surnommé le Probe si Le-Probe n’avait pas été son nom.

 

Il remporte de grandes victoires sur les Germains et les Vandales qui laissent imaginer pour un avenir proche une pax aeterna et une pax ubique : une paix éternelle partout.

 

Il est tué par ses soldats peut-être à cause de sa sévérité, peut-être parce qu’il aurait laissé entendre que, la paix assurée, l’armée n’aurait plus de raison d’être : « Brevi milites necessarios non habebimus bientôt nous n’aurons plus besoin de soldats ».


Carus 282-283

 

proclamé par l'armée, il meurt pendant une expédition en Mésopotamie.


Numérien 283-284

 

fils de Carus. Il meurt, probablement assassiné, en 283.


Carin 283-285

 

frère du précédent, vainqueur de Dioclétien, proclamé empereur par ses soldats à Nicomédie, tué en 285.


Le partage de l'Empire

 

Dioclétien 284-305

 

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Soldat de fortune, énergique et habile. Dioclétien donne définitivement à l'Empire, qu'il partage en quatre parties, le caractère d'une monarchie orientale absolue. Il persécute systématiquement les chrétiens.

 

La première décision qu'il prit, une fois empereur, fut la décision sensationnelle de transférer la capitale à Nicomédie, en Asie Mineure. Les Romains s'en offensèrent; mais Dioclétien justifia cette mesure par des nécessités militaires. L’Urbs était très loin des frontières dont le commandement militaire devait se rapprocher s'il voulait les contrôler. Dans cette idée, ce commandement fut divisé. Dioclétien, avec son titre d'Auguste et la plus grande partie de l'armée, s'occupa de surveiller les frontières de l'Orient, comme l'avait déjà fait Valérien. Pour surveiller les frontières de l'Ouest, il désigna, en lui donnant à lui aussi le titre d'Auguste, Maximien, un brave général, qui s'installa à Milan. Chacun des deux auguste choisit son César : Dioclétien en la personne de Galerius, qui fit sa capitale à Mitrowitzar dans la Yougoslavie actuelle; Maximien en la personne de Constance Chlore ainsi nommé à cause de la pâleur de son visage, lequel choisit comme résidence Trèves, en Germanie. C'est ainsi que se forma la tétrarchie, dans laquelle Rome ne jouait aucun rôle, même de second plan. Elle n'était plus que la plus grande ville d'un empire de moins en moins romain. Il y subsistait les théâtres et les cirques, les palais des riches, les commérages, les salons intellectuels et toutes les prétentions. Le cerveau et le coeur avaient émigré ailleurs.

Les deux Auguste s'engagèrent tous deux solennellement à abdiquer au bout de vingt ans, chacun en faveur de son César auquel chacun d'eux avait donné une fille en mariage.

Mais, en même temps, Dioclétien menait à terme la réforme absolutiste de l'Etat déjà commencée par Aurélien et qui était en flagrante contradiction avec cette division des pouvoirs. Son expérience fut une expérience socialiste, comprenant la planification de l'economie, la nationalisation des industries et la multiplication de la bureaucratie. La monnaie fut liée à une valeur-or qui ne changea pas pendant plus de mille ans. Les paysans furent fixés au sol et devinrent « serfs de la glèbe ». Ouvriers et artisans furent « congelés » dans des corporations héréditaires qu'aucun n'avait le droit d'abandonner. On créa des « amas ». Ce système ne pouvait fonctionner sans un sévère contrôle des prix. Il fut institué en vertu d'un édit célèbre de l'an 301 après Jésus-Christ qui représente encore un chef-d'oeuvre de l'économie dirigée. Tout y est prévu et réglementé hors la tendance naturelle de l'homme à l'évasion et à l'ingéniosité qu'il déploie dans cette évasion. Pour combattre cette tendance, Dioclétien dut muliplier à l'infini sa « Tributuria ». « Dans notre Empire, grognait Lactance qui, lui, était pour le libre-échange, sur deux citoyens, il y en a régulièrement un qui est fonctionnaire. »

A l'intérieur, l'ordre régna. C'était un ordre de cimetière : tout séchait et se stérilisait. Chaque catégorie était devenue une caste héréditaire exclusivement occupée d'élaborer ;i son usage une étiquette compliquée de type oriental. Pour la première fois, l'empereur eut une véritable cour avec un cérémonial minutieux. Dioclétien se proclama une réincarnation de Jupiter (Maximien, plus modestement, se contenta de n'être qu'une réincarnation d'Hercule), inaugura un costume de soie et d'or, un peu comme celui d'Héliogabale, se fit appeler Dominus, en somme se comporta en tout comme un empereur byzantin avant que la capitale fût transférée à Byzance. Mais il n'abusa pas de ce pouvoir absolu, dont il riait peut-être à part lui, parce que c'était un homme d'esprit plein d'équilibre et de bon sens. Il se montra administrateur clairvoyant et juge impartial. Quand ses vingt ans de règne expirèrent, il tint l'engagement qu'il avait pris en montant sur le trône.

En 305 après Jésus-Christ, au cours d'une solennelle cérémonie qui se déroula simultanément à Nicomédie et à Milan, les deux Auguste abdiquèrent chacun en faveur de son César-et-gendre. Dioclétien, qui avait à peine cinquante-cinq ans, se retira dans le très beau palais qu'il s'était fait construire à Spalato et n'en sortit plus. Quelques années plus tard, quand Maximien sollicita son intervention pour mettre fin à la guerre de succession à laquelle avait abouti la nouvelle tétrachie, il lui répondit qu'une semblable invite ne pouvait venir que d'un homme n'ayant jamais vu la beauté des choux de son jardin. Et il ne bougea pas.

Il vécut jusqu'à soixante-trois ans. Nul n'a jamais su ce qu'il pensait de l'anarchie qui avait recoinmencé après lui. Il avait fait tout ce qu'un homme peut faire : il l'avait retardée de vingt ans.     Indro Montanelli, Histoire de Rome.

 


Maximien Hercule 286-305

Constance Chlore 305-306

Galère 305-311

Maxence 306-312

 

Maximien est associé à l'empire en 285 avec le titre de César ; vainqueur des Bagaudes en Gaule.

286 Après des victoires sur les Burgondes, les Alamans et d'autres Germains, Maximien reçoit le titre d'Auguste.

 

293. Établissement de la Tétrarchie : les deux Augustes s'associent deux Césars, Galère et Constance Chlore, qui seront leurs successeurs ; mais Dioclétien demeure le chef de la tétrarchie. Il ne semble pas qu'il y ait eu alors un partage très net de tout l'empire en quatre parties.

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Constance Chlore

303. Persécution contre les chrétiens.

 

305. Dioclétien et Maximien abdiquent après avoir nommé deux nouveaux Césars, Sévère et Maximin Daïa.

 

306-312 Galère, Sévère, Maximin Daïa, Constantin (fils de Constance Chlore), Maxence (fils de Maximien) et Licinius se disputent l'Empire.


Constantin 1er 307-337

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Il lutte contre ses compétiteurs et sera seul empereur à partir de 323. (voir la page sur Trèves)

 

Constantin crée le solidus, monnaie d’or de 4,5 g. Le mot solidus deviendra notre « sou ».

 

La langue de la cour est désormais le grec.

Depuis longtemps déjà, la langue grecque servait de « lingua franca » dans la partie orientale de l’Empire et en Italie, et beaucoup d’intellectuels grecs ont vécu à Rome. Malgré les conservateurs romains qui méprisaient les Graeculi, la culture romaine fut largement inspirée par celle des Grecs. Beaucoup d’empereurs romains tendaient à être philhellènes. Néron visita la Grèce en 66 et participa aux Jeux Olympiques en dépit de l’interdiction pour les non-Grecs d’y participer. Il y remporta évidemment une victoire dans chaque discipline et en 67 il proclama la liberté des Grecs aux Jeux Isthmiques de Corinthe, tout juste 200 ans après que Flamininus ait fait de même. Hadrien était également admirateur des grecs. Avant de devenir empereur il fut archonte éponyme d’Athènes.

 

Constantinople. En 330, Constantin inaugure à l’emplacement de Byzance la « nouvelle Rome », « la cité de Constantin » : Κωνσταντινούπολις.

Les « Byzantins », héritiers de la civilisation grecque, se sont toujours désignés par le terme de « Romains », Ῥωμαίοι, car à leurs yeux l’Empire romain avait perdu l’Occident, mais continuait en Orient. On retrouve ce terme chez les Musulmans qui parlent de « Roumi » pour désigner les Chrétiens. Quant à la capitale de l’empire d’Orient ou Empire byzantin, elle s’appellera officiellement Constantinople, mais ses habitants disaient simplement « la Ville,  πόλις ». C’est de là que vient le nom turc « Istanbul », déformation de  εἰς τὴν πόλιν [istinpoli] « à la Ville ».

 

312 Constantin, vainqueur de Maxence au Pont Milvius (près de Rome), maître de tout l'Occident.

 

La liberté des cultes. En 313, Constantin et Licinius se rencontrent à Milan. Ils décident une application générale et libérale d'un édit de tolérance. L’Édit de Milan n’est en fait qu’une circulaire placardée dans tout l'Empire romain, que le décret d'application d’un édit promulgué par Galère deux ans plus tôt.

Lactance nous en conservé le texte :

Cum feliciter tam ego Constantinus Augustus quam etiam ego Licinius Augustus apud Mediolanum convenissemus atque universa quae ad commoda et securitatem publicam pertinerent, in tractatu haberemus, haec inter cetera quae videbamus pluribus hominibus profutura, vel in primis ordinanda esse credidimus, quibus divinitatis reverentia continebatur, ut daremus et Christianis et omnibus liberam potestatem sequendi religionem quam quisque voluisset, quod quicquid <est> divinitatis in sede caelesti nobis atque omnibus qui sub potestate nostra sunt constituti, placatum ac propitium possit existere.

Moi, Constantin Auguste, ainsi que moi, Licinius Auguste, réunis heureusement à Milan, pour discuter de tous les problèmes relatifs à la sécurité et au bien public, nous avons cru devoir régler en tout premier lieu, entre autres dispositions de nature à assurer selon nous le bien de la majorité, celle sur laquelle repose le respect de la divinité, c'est-à-dire donner aux chrétiens comme à tous la liberté et la possibilité de suivre la religion de leur choix, afin que tout ce qu'il y a de divin au céleste séjour puisse être bienveillant et propice à nous-mêmes et à tous ceux qui se trouvent sous notre autorité.

Itaque hoc consilium salubri ac recticissima ratione ineundum esse credidimus, ut nulli omnino facultatem abnegendam putaremus, qui vel observationi Christianorum vel ei religioni mentem suam dederet quam ipse sibi aptissimam esse sentiret, ut possit nobis summa divinitas, cuius religioni liberis mentibus obsequimur, in omnibus solitum favorem suum benivolentiamque praestare.

C'est pourquoi nous avons cru, dans un dessein salutaire et très droit, devoir prendre la décision de ne refuser cette possibilité à quiconque, qu'il ait attaché son âme à la religion des chrétiens ou à celle qu'il croit lui convenir le mieux, afin que la divinité suprême à qui nous rendons un hommage spontané puisse nous témoigner en toutes choses sa faveur et sa bienveillance coutumières.

Quare scire dicationem tuam convenit placuisse nobis, ut amotis omnibus omnino condicionibus quae prius scriptis ad officium tuum datis super Christianorum nomine <continebantur, et quae prorsus sinistra et a nostra clementia aliena esse> videbantur, <ea removeantur. Et> nunc libere ac simpliciter unus quisque eorum, qui eandem observandae religionis Christianorum gerunt voluntatem citram ullam inquietudinem ac molestiam sui id ipsum observare contendant. Quae sollicitudini tuae plenissime significanda esse credidimus, quo scires nos liberam atque absolutam colendae religionis suae facultatem isdem Christianis dedisse.

Il convient donc que ton Excellence sache que nous avons décidé, supprimant complètement les restrictions contenues dans les écrits envoyés antérieurement à tes bureaux concernant le nom des chrétiens, d'abolir les stipulations qui nous paraissaient tout à fait malencontreuses et étrangères à notre mansuétude, et de permettre dorénavant à tous ceux qui ont la détermination d'observer la religion des chrétiens, de le faire librement et complètement sans être inquiétés ni molestés. Nous avons cru devoir porter à la connaissance de ta sollicitude ces décisions dans toute leur étendue, pour que tu saches bien que nous avons accordé auxdits chrétiens la permission pleine et entière de pratiquer leur religion.

Quod cum isdem a nobis indultum esse pervideas, intellegit dicatio tua etiam aliis religionis suae vel observantiae potestatem similiter apertam et liberam pro quiete temporis nostri <esse> concessam, ut in colendo quod quisque delegerit, habeat liberam facultatem. <Quod a nobis factum est ut neque cuiquam> honori neque cuiquam religioni <detractum> aliquid a nobis <videatur>. […]

Ton dévouement se rendant exactement compte que nous leur accordons ce droit, sait que la même possibilité d'observer leur religion et leur culte est concédée aux autres citoyens ouvertement et librement, ainsi qu'il convient à notre époque de paix, afin que chacun ait la libre faculté de pratiquer le culte de son choix. Ce qui a dicté notre action, c'est la volonté de ne point paraître avoir apporté la moindre restriction à aucun culte ni à aucune religion. […]

                                       Traduction : http://pot-pourri.fltr.ucl.ac.be/histoire/sesp1136a/annexe%20ant/anttexte%207.htm

 

325 Concile de Nicée convoqué et ouvert par Constantin.

 

330 Byzance, appelée désormais Constantinople, devient la capitale de l'empire.

 

332 Paix conclue avec les Goths.

 


Licinius 1er, 308-324

Césars : Crispus, Licinius II 317-324


Constantin II, Constant, Constance II 337-361

 

337 A la mort de Constantin, l'empire est partagé entre ses fils : l'Europe et l'Afrique sont attribuées à Constantin II et à Constant, l'Asie et l'Égypte à Constance.

340 Mort de Constantin II.

350 Constant tué par un officier, Magnance. Après une lutte de deux ans contre Magnance, Constance reste seul empereur.


Magnence 350-353

César : Gallus 351-353


Gallus 351-354

 


Julien l'Apostat 360-363

 

Il avait été nommé César en 355. Vainqueur des Alamans en 357, il est proclamé Auguste par ses troupes en 360. Constance meurt en allant le combattre.

 

Il adopte une politique anti-chrétienne : les chrétiens sont exclus de l'enseignement et des emplois publics ; il tente sans succès d'organiser un clergé païen hiérarchisé.

 

 

εἴπατε τῷ βασιλεῖ χαμαὶ πέσε δαίδαλος αὐλά,

οὐχέτι Φοῖβος ἔχει καλύβαν, οὐ μάντιδα δάφνην,

οὐ παγὰν λαλέουσαν· ἀπέσβετο καὶ λάλον ὕδωρ.

 

Allez dire à l'empereur que le bel édifice est tombé à terre,

qu’Apollon n'a plus ni abri ni laurier prophétique

ni source parlante : même l'eau murmurante s'est tarie.

 

Ultime oracle de la Pythie de Delphes adressé à Julien l'Apostat,

rapporté par Georges Kedrenos ou Cedrenus, historien byzantin du XIe siècle.

 

363 Julien meurt dans une campagne contre les Perses.


Jovien 363-364

 

Chrétien, il abolit les édits anti-chrétiens de son prédécesseur.

 

364 Mort de Jovien. Deux frères, Valentinien et Gratien, se partagent l'empire


Valentinien 1er 364-375, Valens (364-378)

 

Valentinien est empereur d'Occident, Valens (364-373) empereur d'Orient ; ce dernier protège l'arianisme et persécute les catholiques. Il meurt dans une guerre contre les Wisigoths.

 

Gratien 367-383

 

Valentinien 1er associe son fils Gratien au pouvoir ; il régnera en Occident jusqu’en 383.

375 Mort de Valentinien 1er. Son fils Valentinien, âgé de 4 ans est proclamé empereur. Gratien lui abandonne l'Italie et l'Afrique, mais garde en réalité le pouvoir sur tout l'Occident.


Valentinien II 375-392

empereur d’Occident

 


Le christianisme triomphant

 

Théodose 379-395

Bon général, chrétien d'Espagne ; à la mort de Valens, il est nommé empereur d'Orient par Gratien. Baptisé en 380, il persécute le paganisme sous l'influence de saint Ambroise, évêque de Milan.

 

381 Le paganisme est interdit (les hérésies aussi)

Fermeture du sanctuaire de Delphes ; interdiction des Jeux olympiques (les derniers ont lieu en 393).

Démantèlement des sanctuaires ; de nombreuses statues sont martelées.

 

382 Gratien confisque les biens des temples et fait enlever l'autel de la Victoire, installé par Auguste au Sénat.

 

379-382 Théodose lutte contre les Goths et les Wisigoths, il autorise ces derniers à s'établir entre les Balkans et le Danube, en Thrace et Mésie.

 

Maxime 383-388

383 Gratien est assassiné par le chef des troupes de Bretagne, Maxime ; celui-ci se proclame empereur ; Valentinien II s'enfuit en Orient.

388 Maxime, vaincu par Théodose en Pannonie, est mis à mort à Aquilée ; Valentinien II est rétabli.

 

390 Révolte de Thessalonique. Théodose fait massacrer les habitants. Mais en bon chrétien, il fait ensuite pénitence. Tous les massacreurs n’en font pas autant !

 

Eugène 392-394

392 Valentinien II trouvé pendu ; le rhéteur Eugène est proclamé empereur. Il sera soutenu par les païens.

394 Vaincu par Théodose, Eugène est décapité par les soldats. Théodose reste seul empereur. L'empire est réuni sous un seul maître pour la dernière fois. A la mort de Théodose, l'empire est partagé définitivement entre ses deux fils.

 


Honorius (395-423) empereur d'Occident

Arcadius (395-408) empereur d'Orient

 

La décadence s'accentue rapidement. Les barbares envahissent de plus en plus l'empire.

395-408. Tutelle du Vandale Stilicon qui défend la grandeur de Rome.

 

403 Alaric et les Wisigoths défaits par Stilicon à Pollentia et à Vérone.

 

404 Interdiction des combats de gladiateurs.

 

405 Défaite de Radagaise et des Vandales, des Alains, des Suèves par Stilicon à Fiésole.

 

406 Les Vandales, les Alains et les Suèves s'établissent en Espagne avec la permission d'Honorius.

 

410 Prise de Rome par Alaric, roi des Wisigoths.

 

414 Les Wisigoths fondent le royaume de Toulouse. Perte de la Grande-Bretagne.


Valentinien III 424-455

 

434-454 Aetius, maître de la milice, est le véritable chef de l'Etat.

 

438 Interdiction définitive des combats de gladiateurs en Occident.

 

451 Invasion d'Attila et des Huns. Ils sont vaincus par Aetius allié aux Burgondes, aux Francs et aux Wisigoths, dans les Champs Catalauniques (entre Châlons et Troyes) ; mais ils passent en Italie et détruisent Aquilée ; ils sont arrêtés à Milan par le pape Léon le Grand.

 

453 Mort d'Attila et disparition de son empire.

 

455 Rome est pillée par Genséric, roi des Vandales.


455-476 Huit empereurs

 

se succèdent sur le trône. Ricimer, maître de la milice, détient le pouvoir effectif de 457 à 472.


Romulus Augustule 475-476 dernier empereur de Rome

 

476 Prise de Rome par Odoacre, roi des Bérules, qui renvoie les ornements impériaux à Constantinople : l'empire se trouve ainsi, en théorie, unifié sous l’autorité de l'empereur d'Orient.

 

C'est, en réalité, la fin de l'Empire romain.

 

L'Empire « romain » d'Orient à Constantinople dure jusqu’en 1453. Tellement romain qu’un Byzantin se désignait comme ρωμαιος « Romain ». Ce mot a été adopté par les Arabes sous la forme رومي rūmī. Dans les pays musulmans de la Méditerranée et du Sahara, les Européens sont appelés des Roumis.

 

Justinien, célèbre pour sa législation, est empereur de 527 à 535. En 529, il ferme les écoles de philosophie païenne qui subsistaient encore à Athènes.

 

Le titre d’empereur des Romains sera ressuscité pour Charlemagne le 25 décembre 800 :

Quo tempore imperatoris et augusti nomen accepit. (Einhardi Vita Karoli Magni, XXVIII).

On parlera plus tard du Saint-Empire romain germanique, mais c’est une autre histoire.


 

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