Noctes Gallicanae

Plutarque

Paroles de Lacédémoniennes

 


Plutarque, le doux Plutarque, admirait les vertus des anciens Spartiates.

 

Il a consacré un livre des Vies parallèles à Lycurgue et ne manque jamais lorsque l’occasion se présente de citer le mot célèbre d’un Spartiate ou un trait de civilisation lacédémonien.

 


Hégémonie de Sparte (404-371 av. J.-C.).

 

Sparte, qui a prétendu libérer la Grèce de la tyrannie athénienne, ne fait que lui substituer son hégémonie.

Contrainte à un compromis entre l’alliance perse, qui lui fournit les subsides indispensables, et la protection des Grecs d’Asie, Sparte abandonne les cités d’Asie Mineure (386).

Cependant Athènes et Thèbes se rapprochent (379), et la victoire d’Épaminondas à Leuctres (371) met fin à l’hégémonie spartiate.


 

J’ai écrit en caractères bleu-vert foncé la traduction des répliques que Plutarque rapporte en dialecte dorien.

 


Πλουτάρχου

Λακαίνων ἀποφθέγματα

 

 

ΑΡΧΙΛΕΩΝΙΔΟΣ

ARGILEONIS

Ἀρχιλεωνὶς ἡ Βρασίδου μήτηρ, τελευτήσαντος αὐτῇ τοῦ υἱοῦ, ὡς παραγενόμενοί τινες τῶν Ἀμφιπολιτῶν εἰς Σπάρτην ἧκον πρὸς αὐτήν, ἠρώτησεν εἰ καλῶς καὶ ἀξίως τῆς Σπάρτης ὁ υἱὸς ἐτελεύτα· μεγαλυνόντων δ´ ἐκείνων καὶ λεγόντων ἄριστον ἐν τοῖς ἔργοις ἁπάντων Λακεδαιμονίων εἶναι, εἶπεν· «Ω ξένοι, καλὸς μὲν ἦν κἀγαθὸς ὁ παῖς μου, πολλοὺς δ´ ἄνδρας Λακεδαίμων ἔχει τήνου κάρρονας. »

Argiléonis, la mère de Brasidas, après la mort de son fils [à la bataille d’Amphipolis, en 422], demanda à une délégation d’Amphipolis qui se trouvait à Sparte et qui était venue lui rendre visite si la mort de son fils avait été glorieuse et digne de Sparte. Les gens d’Amphipolis glorifièrent Brasidas et dirent qu’il était de tous les Lacédémoniens le meilleur dans l’art de la guerre. Elle leur répondit : « Étrangers, mon fils était un homme d’honneur et de bien, mais Lacédémone en possède beaucoup de meilleurs que lui. »

 

ΓΟΡΓΟΥΣ

GORGÔ [épouse de Léonidas]

Γοργώ, βασιλέως Κλεομένους θυγάτηρ, Ἀρισταγόρου τοῦ Μιλησίου παρακαλοῦντος αὐτὸν ἐπὶ τὸν πρὸς βασιλέα πόλεμον ὑπὲρ Ἰώνων καὶ ὑπισχνουμένου χρημάτων πλῆθος καὶ ὅσῳ ἀντέλεγε πλείονα προστιθέντος, « Καταφθερεῖ σε » ἔφη, « ὦ πάτερ, τὸ ξενύλλιον, ἐὰν μὴ τάχιον αὐτὸν τῆς οἰκίας ἐκβάλῃς. »

Gorgô, la fille du roi Cléomène [370-309]. Aristagoras de Milet suppliait son père de déclarer la guerre au roi de Perse pour venir en aide aux Ioniens. Il promettait une grosse somme d’argent et augmentait cette somme au fur et à mesure que Cléomène élevait des objections. « Il va te ruiner, mon père, dit Gorgô, cette espèce d’étranger, si tu ne le jettes pas assez vite hors de cette maison ! » (1)

 

Προστάξαντος δέ ποτ´ αὐτῇ τοῦ πατρὸς δοῦναί τινι σῖτον εἰς μισθοῦ λόγον καὶ προστιθέντος « Ἐδίδαξε γάρ με τὸν οἶνον χρηστὸν ποιεῖν », « Οὐκοῦν, ὦ πάτερ » ἔφη, « ὅ τ´ οἶνος πλείων ἐκποθήσεται καὶ οἱ πίνοντες θρυπτικώτεροι καὶ χείρονες ἔσονται. »

Comme son père lui demandait un jour de donner du blé en récompense à quelqu’un en ajoutant : « C’est parce qu’il m’a appris à améliorer le vin », elle répondit : « Eh bien alors, on consommera davantage de vin et ceux qui en boiront deviendront plus délicats et plus mauvais ! » (2)

 

Τὸν δ´ Ἀρισταγόραν ὑπό τινος τῶν οἰκετῶν ὑποδούμενον θεασαμένη « Πάτερ » ἔφη, « ὁ ξένος χεῖρας οὐκ ἔχει. »

Voyant Aristagoras se faire chausser par l’un de ses serviteurs, elle s’écria : « Père, l’étranger n’a pas de mains ! » (3)

 

Ξένου δέ τινος μάλα κεκοςμημένῃ στολῇ προσάγοντος, παρωσαμένη αὐτόν « Οὐκ ἄπει ἐντεῦθεν » εἶπεν « οὐδὲ τὰ τῆς γυναικὸς δυνάμενος; »

Un étranger marchait mollement et en prenant son temps, elle le bouscula en disant : « Ne reviens pas ici, tu n’es même pas capable d’y jouer un rôle de femme ». (4)

 

Ἐρωτηθεῖσα δὲ ὑπό τινος Ἀττικῆς « Διὰ τί ὑμεῖς ἄρχετε μόναι τῶν ἀνδρῶν αἱ Λάκαιναι; » « Ὅτι » ἔφη « καὶ τίκτομεν μόναι ἄνδρας. »

A la question d'une Athénienne : « Comment se fait-il que vous soyez les seules femmes, vous les Spartiates, à commander les hommes ? », elle répondit : « parce que nous sommes aussi les seules à donner naissance à des hommes ! » (5)

 

Προτρεπομένη δὲ τὸν ἄνδρα Λεωνίδαν ἐξιόντα εἰς Θερμοπύλας ἄξιον τῆς Σπάρτης φανῆναι, ἠρώτα τί χρὴ πράττειν· ὁ δ´ ἔφη « Ἀγαθὸν γαμεῖν καὶ ἀγαθὰ τίκτειν. »

Comme elle encourageait son mari Léonidas qui partait pour les Thermopyles à se montrer digne de Sparte, elle lui demanda ce qu’il fallait qu’elle fasse. Il lui répondit : « Épouser un homme honorable et mettre au monde des enfants honorables. » (6)

 

ΓΙΡΤΙΑΔΟΣ

GYRTIAS

Ἀκροτάτου ποτὲ τοῦ θυγατριδοῦ αὐτῆς ἔκ τινος τῶν παίδων μάχης πολλὰς πληγὰς λαβόντος καὶ ἀπενεχθέντος οἴκαδε ὡς τεθνηκότος, κλαιόντων τῶν οἰκείων τε καὶ γνωρίμων, « Οὐ σιωπήσετε; » ἔφη· « ἔδειξε γὰρ οἵου αἵματος ἦν, » καὶ οὐκ ἔφη δεῖν τοὺς ἀγαθοὺς βοᾶσθαι ἀλλ´ ἰατρεύεσθαι.

Un jour qu’Acrotatos, son petit-fils, avait reçu de nombreux coups dans une de ces batailles d’enfants et avait été ramené chez lui comme mort, comme toute la maisonnée et toutes les connaissances étaient en pleurs, Gyrtias s’écria : « Allez-vous vous taire ? il vient de montrer de quel sang il était ! » et, ajouta-t-elle, il ne faut pas se lamenter sur les gens honorables, mais les soigner. (1)

Ὅτε δ´ ἄγγελος ἦλθεν ἐκ Κρήτης τὸν Ἀκροτάτου θάνατον ἀπαγγέλλων, « Οὐκ ἔμελλεν » ἔφη « πρὸς τοὺς πολεμίους ἥκων ἢ αὐτὸς ὑπ´ ἐκείνων ἀποθανεῖσθαι ἢ κατακανεῖν ἐκείνους; ἥδιον δ´ ἀκούειν ὅτι ἀπέθανε καὶ ἑαυτῆς καὶ τῆς πόλεως ἀξίως καὶ τῶν προγόνων, ἢ εἰ ἔζη τὸν ἅπαντα χρόνον κακὸς ὤν. »

Lorsqu’un messager vint de Crète apporter la nouvelle de la mort d’Acrotatos, elle dit : « Ne fallait-il pas qu’arrivé devant les ennemis, il soit tué par eux ou qu’il les tue ? il est plus agréable d’apprendre qu’il est mort d’une manière digne de moi, de sa cité et de ses ancêtres que d’imaginer qu’il ait pu vivre longtemps de manière indigne ». (2)

 

ΔΑΜΑΤΡΙΑΣ

DAMATRIA

Δαματρία τὸν υἱὸν δειλὸν καὶ ἀνάξιον ἑαυτῆς ἀκούσασα, παραγενόμενον ἀνεῖλε· τὸ δ´ ἐπίγραμμα ἐπ´ αὐτῆς τόδε·

« Τὸν παραβάντα νόμους Δαμάτριον ἔκτανε μάτηρ,

ἁ Λακεδαιμονία τὸν Λακεδαιμόνιον. »

Damatria avait appris que son fils s’était montré lâche et indigne d’elle : elle le tua quand il revint. Voici son épitaphe :

Damatrios avait contrevenu à nos lois, sa mère le tua,

Elle, la Spartiate, lui, le Spartiate.

 


ΛΑΚΑΙΝΩΝ ΑΔΗΛΩΝ

SPARTIATES ANONYMES

Ἑτέρα Λάκαινα τὸν υἱὸν λιποτακτήσαντα ὡς ἀνάξιον τῆς πατρίδος ἀνεῖλεν, εἰποῦσα « Οὐκ ἐμὸν τὸ φίτυμα. » Ἐφ´ ἧς τὸ ἐπίγραμμα τόδε·

« Ἔρρε κακὸν φίτυμα διὰ σκότος, οὗ διὰ μῖσος

Εὐρώτας δειλαῖς μηδ´ ἐλάφοισι ῥέοι.

Ἀχρεῖον σκυλάκευμα, κακὰ μερίς, ἔρρε ποθ´ Ἅιδαν,

ἔρρε· τὸ μὴ Σπάρτας ἄξιον οὐδ´ ἔτεκον. »

Une autre Spartiate, jugeant indigne de sa patrie son fils qui avait abandonné son poste, le tua en disant : « ce rejeton n’est pas de moi ». Voici son épitaphe :

Meurs, vil rejeton, va par les ombres, par dégoût de toi

L’Eurotas ne coule plus pour les cerfs poltrons ;

Dépouille de chien inutile, mauvaise graine, meurs et va chez Hadès,

Meurs, ce qui n’était pas digne de Sparte, je ne l’ai pas mis au monde ! (1)

 

Ἄλλη τὸν υἱὸν ἐν παρατάξει μαθοῦσα πεσόντα ἔφη·

« Δειλοὶ κλαιέσθωσαν· ἐγὼ δέ σε, τέκνον, ἄδακρυς
θάπτω τὸν καὶ ἐμὸν καὶ Λακεδαιμόνιον. »

Une autre qui venait d’apprendre que son fils était tombé sur le champ de bataille dit :

Que les lâches soient pleurés ; moi, mon fils, sans te pleurer

Je te mets au tombeau, toi qui es à moi, toi qui es aussi à Sparte. (2)

 

Ἀκούσασά τις τὸν υἱὸν σεσῳσμένον καὶ πεφευγότα ἐκ τῶν πολεμίων, γράφει αὐτῷ « Κακὰ φάμα τευ κακκέχυται· ἢ ταύταν νῦν ἔκνιψαι ἢ μὴ ἔσο. »

Une femme qui avait appris que son fils avait échappé au danger en fuyant les ennemis lui écrivit : « il court sur toi une fâcheuse rumeur, soit donc tu y mets un terme, soit tu cesses de vivre ». (3)

 

Ἄλλη, τῶν υἱῶν φυγόντων ἐκ μάχης καὶ παραγενομένων ὡς αὐτήν, « Ποῖ » φησίν « ἥκετε δραπετεύσαντες, κακὰ ἀνδράποδα; δεῦρο ὅθεν ἐξέδυτε καταδυσόμενοι; » ἀνασυραμένη καὶ ἐπιδείξασα αὐτοῖς τὴν κοιλίαν.

Une autre, comme ses fils avaient s’étaient enfuis de la bataille et arrivaient devant elle leur dit : « Où venez-vous après votre désertion, espèce d’esclaves, avez-vous l’intention de vous enfoncer de nouveau à l’endroit d’où vous êtes issus ? » et joignant le geste à la parole, elle retroussa son vêtement. (4)

 

Προσάγοντά τις τὸν υἱὸν θεασαμένη ἐπύθετο τί πράσσει ἡ πατρίς· εἰπόντος δέ « Πάντες ἀπολώλασι », κεραμίδα ἄρασα ἐπαφῆκεν αὐτῷ καὶ ἀνεῖλεν, εἰποῦσα « σὲ οὖν κακάγγελον ἔπεμψαν ἡμῖν; »

Une femme voyant son fils venir vers elle lui demanda : « Comment va notre patrie ? » Et comme il répondait : « Tous ont péri », elle ramassa une brique, le frappa et le tua, en disant : « Alors c’est toi qu’ils ont envoyé nous porter la mauvaise nouvelle ? » (5)

 

Διηγουμένου τινὸς τῇ μητρὶ γενναῖον θάνατον τοῦ ἀδελφοῦ, « Εἶτ´ οὐκ αἰσχρόν » εἶπε « τῆς τοιαύτης συνοδίας ἀτυχῆσαι; »

Un homme racontait à leur mère la mort glorieuse de son frère. « Alors tu devrais avoir honte, lui dit-elle, d’avoir laissé passer l’occasion de l’accompagner dans un si beau voyage ! » (6)

 

Ἐκπέμψασά τις τοὺς υἱοὺς αὑτῆς πέντε ὄντας ἐπὶ πόλεμον, ἐν τοῖς προαστείοις εἱστήκει καραδοκοῦσα τί ἐκ τῆς μάχης ἀποβήσοιτο· ὡς δὲ παραγενόμενός τις πυθομένῃ αὐτῇ ἀπήγγειλε τοὺς παῖδας ἅπαντας τετελευτηκέναι, « Ἀλλ´ οὐ τοῦτ´ ἐπυθόμην » εἶπε, « κακὸν ἀνδράποδον, ἀλλὰ τί πράσσει ἡ πατρίς. » Φήσαντος δὲ ὅτι νικᾷ, « Ἀσμένη τοίνυν » εἶπε « δέχομαι καὶ τὸν τῶν παίδων θάνατον. »

Une femme avait envoyé ses fils (elle en avait cinq) à la guerre. Elle se tenait aux abords de la cité dans l’attente du résultat de la bataille. Elle interrogea quelqu’un qui arrivait et qui lui apprit que tous ses enfants étaient morts. « Ce n’est pas ce que je te demandais, espèce d’esclave, lui dit-elle, je te demandais comment allait notre patrie ». L’homme dit que Sparte était victorieuse. « Alors je suis heureuse, lui dit-elle, même au prix de la mort de mes enfants ». (7)

 

Θάπτουσά τις τὸν υἱόν, ὡς γραΐδιον εὐτελὲς προσελθὸν αὐτῇ « Ὦ γύναι, τᾶς τύχας » εἶπε, « νὴ τὼ σιώ, ἀλλὰ τᾶς καλᾶς γ´ » ἔφη· « Οὗ γὰρ αὐτὸν ἕνεκεν ἔτεκον, ἵν´ ὑπὲρ τᾶς Σπάρτας ἀποθάνῃ, τοῦτό μοι συνέβη. »

Une Spartiate mettait son fils au tombeau lorsqu’une femme du commun s’approcha et lui dit :

- Ma pauvre, quel malheur ! 

- Pas du tout, au nom du ciel, rétorqua-t-elle, quel bonheur ! ce pour quoi je l’avais mis au monde, qu’il meure pour Sparte, cela vient de m’être accordé. (8)

 

Σεμνυνομένης γυναικός τινος Ἰωνικῆς ἐπί τινι τῶν ἑαυτῆς ὑφασμάτων ὄντι πολυτελεῖ, Λάκαινα ἐπιδείξασα τοὺς τέσσαρας υἱοὺς ὄντας κοσμιωτάτους, τοιαῦτα ἔφη δεῖν εἶναι τὰ τῆς καλῆς καὶ ἀγαθῆς γυναικὸς ἔργα καὶ μεγαλαυχεῖν ἐπὶ τούτοις καὶ ἐπαίρεσθαι.

Une femme d’Ionie faisait grand cas d’un tissu de valeur qu’elle avait tissé elle-même. Une Spartiate lui montra ses quatre fils qui étaient de beaux garçons et lui dit : « Voilà l’ouvrage qui convient à une femme convenable et honorable, un ouvrage qui la grandit et dont elle peut se flatter ». (9)

 

Ἄλλη ἀκούσασα περὶ τοῦ υἱοῦ, ὡς κακῶς ἐπὶ τῆς ξένης ἀναστρέφοιτο, ἔγραψε « Κακά τευ φάμα κακκέχυται· ἢ ταύταν ἀπόθευ ἢ μὴ ἔσο. »

Une autre qui avait entendu dire que son fils menait à l’étranger une vie peu convenable lui écrivit : « Il court sur toi des rumeurs peu convenables : tu y mets fin ou tu cesses de vivre ». (10)

 

Παραπλησίως δὲ καὶ Χίων φυγάδες ἐλθόντες εἰς Σπάρτην πολλὰ Πεδαρίτου κατηγόρουν· μεταπεμψαμένη δ´ αὐτοὺς ἡ μήτηρ αὐτοῦ Τελευτία καὶ ἀκούσασα ὧν ἐνεκάλουν, ἐπεὶ ἐδόκει αὐτῇ ἁμαρτάνειν ὁ υἱός, ἐπέστειλεν αὐτῷ « Ἁ μάτηρ Πεδαρίτῳ. Ἢ βελτίονα πρᾶσσε ἢ αὖθι μένε, ἀπογνοὺς τὰν ἐς Σπάρταν σωτηρίαν. »

Dans le même genre : des exilés de Chios étaient venus à Sparte et portèrent de nombreuses accusations contre Paedaretos [général spartiate pendant la guerre du Péloponnèse]. Sa mère Teleutia les convoqua et écouta leurs griefs. Quand elle fut sûre que son fils était en faute, elle lui envoya la lettre suivante : « A Paedaretos, de sa mère : agis mieux ou reste là-bas en renonçant à l’espoir de revenir sain et sauf à Sparte ». (11)

 

Ἑτέρα ἐπ´ ἀδικήματι τῷ παιδὶ κρινομένῳ « Τέκνον » εἶπεν, « ἢ τᾶς αἰτίας σεαυτὸν ἢ τοῦ ζῆν ἀπόλυσον. »

Une autre dit à son enfant qui allait être jugé pour un manquement à la loi : « Mon fils, libère-toi de cette accusation ou libère-toi toi-même de la vie » (12)

 

Ἄλλη χωλὸν υἱὸν ἐπὶ παράταξιν προπέμπουσα, « Τέκνον » εἶπε, « κατὰ βῆμα τῆς ἀρετῆς μέμνησο. »

Une autre, qui mettait son fils boiteux sur le chemin du champ de bataille lui dit : « Mon fils, à chaque pas souviens-toi de ton courage » (13)

 

Ἄλλη, τοῦ παιδὸς αὐτῇ ἀφικομένου ἀπὸ παρατάξεως τετρωμένου τὸν πόδα καὶ σφόδρα ἀλγοῦντος, « Ἐὰν τῆς ἀρετῆς » εἶπε « μέμνῃ, ὦ τέκνον, καὶ ἄπονος ἔσῃ καὶ θαρρήσεις. »

Une autre, dont le fils était revenu de bataille blessé au pied et souffrait beaucoup, lui dit : « Mon fils, si gardes en mémoire ton courage, tu ne souffriras plus et tu reprendras confiance en toi » (14)

 

Λάκων τρωθεὶς ἐν πολέμῳ καὶ βαδίζειν μὴ δυνάμενος, τετραποδιστὶ ὥδευεν. Αἰσχυνομένῳ δ´ αὐτῷ ἐπὶ τῷ γελοίῳ ἡ μήτηρ [241f] « Καὶ πόσῳ βέλτιον, ὦ τέκνον » εἶπε, « μᾶλλον ἐπὶ τῇ ἀνδρείᾳ γεγηθέναι ἢ αἰσχύνεσθαι ἐπὶ γέλωτι ἀνοήτων; »

Un Spartiate, blessé à la guerre et incapable de marcher, se déplaçait à quatre pattes. Honteux d’être ridicule, il s’attira cette réflexion de sa mère : « il vaut bien mieux, mon fils, te réjouir de ton courage plutôt que de rougir d’éclats de rire stupides ! » (15)

 

Ἄλλη προσαναδιδοῦσα τῷ παιδὶ τὴν ἀσπίδα καὶ παρακελευομένη « Τέκνον » ἔφη, « ἢ ταύταν ἢ ἐπὶ ταύτας. »

Une autre dit comme encouragement à son fils en lui remettant son bouclier : « Mon fils, tu le rapportes ou tu reviens dessus. » (16)

 

Mater Lacania clupeo obarmans filium :

Cum hoc, inquit, aut in hoc redi.

Une mère lacédémonienne armait son fils du bouclier :

« Reviens avec ou dessus ! » lui dit-elle.

Ausone, Épigrammes, 25.

 

Ἄλλη προϊόντι τῷ υἱῷ ἐπὶ πόλεμον ἀναδιδοῦσα τὴν ἀσπίδα « Ταύτην » ἔφη « ὁ πατήρ σοι ἀεὶ ἔσῳζε· καὶ σὺ οὖν ἢ ταύτην σῷζε ἢ μὴ ἔσο. »

Une autre remit son bouclier à son fils qui partait à la guerre en disant : « ce bouclier, ton père a su le conserver pour toi : alors toi, ou bien tu sais le conserver ou bien tu cesses de vivre ». (17)

 

Ἄλλη πρὸς τὸν υἱὸν λέγοντα μικρὸν ἔχειν τὸ ξίφος εἶπε « [Καὶ] βῆμα πρόσθες. »

Une autre répondit à son fils qui disait avoir une épée bien courte : « ajoute-lui la longueur d’un pas ! » (18)

 

Ἄλλη ἀκούσασα, ὅτι ὁ υἱὸς αὐτῆς ἐν παρατάξει ἀνδραγαθήσας ἀπέθανεν, « Ἐμὸς γὰρ ἦς » εἶπε. Περὶ δὲ τοῦ ἑτέρου πυθομένη ὅτι ἀποδειλιάσας σῴζεται, « Οὐ γὰρ ἦς ἐμός » ἔφη.

Une autre à qui on annonçait que son fils était mort en combattant courageusement dans une bataille déclara : « Il était bien de moi ». Mais apprenant que son autre fils qui s’était comporté en lâche était sain et sauf, elle dit : « C’est qu’il n’était pas de moi ». (19)

 

Ἑτέρα ἀκούσασα τεθνηκέναι τὸν υἱὸν ἐν μάχῃ καθάπερ ἐτέτακτο « Κάτθετ´ αὐτόν » ἔφη, « ἀναπληρωσάτω δὲ τὴν ἐκείνου τάξιν ὁ ἀδελφός. »

Une autre qui venait d’apprendre que son fils était mort à la bataille sans quitter son poste dit : « Laissez-le et que son frère occupe le poste qu’il laisse vacant ». (20)

 

Ἄλλη πομπὴν τελοῦσα πάνδημον ἤκουσεν ἐπὶ τῆς παρατάξεως νικᾶν τὸν υἱόν, ἐκ δὲ τῶν τραυμάτων πολλῶν γενομένων θνήσκειν. Οὐ περιελομένη οὖν τὸν στέφανον, ἀλλὰ σεμνυνθεῖσα πρὸς τὰς πλησίον εἶπεν « Ὡς πολλῷ κάλλιον, ὦ φίλαι, ἐστὶν ἐν παρατάξει νικῶντα τελευτᾶν ἢ τὰ Ὀλύμπια περιγενόμενον ζῆν. »

Un autre qui était en train de mener une procession officielle, apprit que son fils avait remporté la victoire sur le champ de bataille, mais qu’il était mort des nombreuses blessures qu’il avait reçues. Sans même enlever sa couronne, mais avec un air orgueilleux, elle déclara aux femmes qui étaient près d’elle : « Combien il est plus beau, mes amies, de mourir pour avoir vaincu sur le champ de bataille que de vivre en ayant remporté une victoire olympique ! » (21)

 

Διηγουμένου τινὸς τῇ ἀδελφῇ γενναῖον θάνατον τοῦ παιδὸς αὐτῆς, ἐκείνη εἶπεν ὅτι « Ὅσον ἐπ´ ἐκείνῳ γέγηθα, τοσοῦτον ἐπὶ σοὶ ἄχθομαι, ἐναρέτου συνοδίας ἀπολειφθέντι. »

Un homme racontait à sa soeur la noble mort de son fils. Elle lui dit : « autant je suis heureuse pour lui, autant je suis peinée pour toi qui pouvais partir en si bonne compagnie. »  (22)

 

Λακαίνῃ τις προσέπεμψεν, εἰ φθορᾷ συνεπινεύει. δ´ ἔφη « Παῖς μὲν οὖσα ἔμαθον τῷ πατρὶ πείθεσθαι, καὶ τοῦτο ἔπραξα· γυνὴ δὲ γενομένη τῷ ἀνδρί· εἰ οὖν δίκαιά με παρακαλεῖ, τούτῳ φανερὸν ποιησάτω πρῶτον. »

A une Spartiate, quelqu’un fit demander si elle accepterait de se laisser séduire. Elle répondit : « quand j’étais enfant, j’ai appris qu’il fallait que j’obéisse à mon père, et je l’ai fait ; quand je suis devenue femme, mon mari a remplacé mon père ; si donc ce que tu me demandes est convenable, adresse-toi d’abord à lui ». (23)

 

Παρθένος πενιχρὰ ἐρωτηθεῖσα τίνα δίδωσι τῷ γαμοῦντι προῖκα, « Τὴν πάτριον » εἶπε « σωφροσύνην. »

Une jeune fille pauvre à qui l’on demandait ce qu’elle apporterait en dot à qui l’épouserait répondit : « les vertus de ma famille ». (24)

 

Λάκαινα ἐρωτηθεῖσα εἰ ἀνδρὶ προσελήλυθεν « Οὐκ ἐγώ » εἶπεν « ἀλλ´ ἀνὴρ ἐμοί. »

Une Spartiate à qui on demandait si elle avait fait les premiers pas vers son mari répondit : « ce n’est pas moi, c’est mon mari qui les a faits ». (25)

 

Κρύφα τις διαπαρθενευθεῖσα καὶ διαφθείρασα τὸ βρέφος οὕτως ἐνεκαρτέρησε μηδεμίαν προενεγκαμένη φωνήν, ὥστε καὶ τὸν πατέρα καὶ ἄλλους πολλοὺς πλησίον ὄντας λαθεῖν ἀποκυήσασα· τὸ γὰρ μέγεθος τῶν ἀλγηδόνων τῇ ἀσχημοσύνῃ τὸ εὔσχημον προσπεσὸν ἐνίκησε.

Une fille qui avait été violée et qui n’avait rien dit tua l’enfant qu’elle portait. Elle fit preuve d’un tel courage en ne poussant pas un seul cri qu’elle accoucha sans que ni son père ni ceux qui se trouvaient à proximité n’entendissent rien. Le fait de confronter son déshonneur à son honneur l’emporta sur la douleur physique, pourtant considérable. (26)

 

Λάκαινα πιπρασκομένη καὶ ἐρωτωμένη τί ἐπίσταται ἔφη « Πιστὰ ἦμεν. »

Une Spartiate, vendue comme esclave à qui l'on demandait ce qu'elle savait, répondit: "Être fidèle". (27)

 

Ἄλλη αἰχμαλωτισθεῖσα καὶ ἐρωτωμένη παραπλησίως « Εὖ οἰκεῖν οἶκον » ἔφη.

Une autre, prise à la guerre à qui l’on demandait quelque chose d’approchant, répondit : « Bien tenir ma maison ». (28)

 

Ἐρωτηθεῖσά τις ὑπό τινος, εἰ ἔσται ἀγαθή, ἂν αὐτὴν ἀγοράσῃ, εἶπε « Κἂν μὴ ἀγοράσῃς. »

Une autre, à qui quelqu’un demandait si elle se conduirait bien au cas où il l’achèterait, lui dit : « Même si tu ne m’achètes pas ! » (29)

 

Ἄλλη πιπρασκομένη, τοῦ κήρυκος πυνθανομένου τί ἐπίσταται, « Ἐλευθέρα » εἶπεν « ἦμεν. » Ὡς δὲ ὠνησάμενος προσέτασσέ τινα αὐτῇ οὐχ ἁρμόζοντα ἐλευθέρᾳ, εἰποῦσα « Οἰμώξῃ φθονήσας σεαυτῷ τοιούτου κτήματος » ἐξήγαγεν ἑαυτήν.

Une autre que l’on mettait en vente et à qui le crieur demandait ce qu’elle savait répondit : « Être libre ». Or, quand son acheteur lui demanda de faire quelque chose qui ne convenait pas à une femme libre, elle lui dit : « Tu vas regretter d’avoir perdu par ta seule mesquinerie un bien d’une telle valeur », et elle se suicida. (30)

Plutarque n’entend pas « quelque chose d’inconvenant », mais « quelque chose qui selon elle n’était pas convenable… » le mot αὐτῇ complète προσέταττε et ἁρμόζοντα.

 


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chouette

 

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