Noctes Gallicanae

 

Testamentum Porcelli

 

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Incipit testamentum porcelli.

Ici commence le testament du porcelet.

 

M. Grunnius Corocotta porcellus testamentum fecit.

Quoniam manu mea scribere non potui, scribendum dictavi.

Marcus Grognon Lacouenne le porcelet a fait son testament.

Puisque je ne pouvais l’écrire de ma propre main, je l’ai fait écrire sous la dictée.

 

Magirus cocus dixit :

– Veni huc, eversor domi, solivertiator, fugitive porcelle, et hodie tibi dirimo vitam.

Cook le cuisinier dit :

– Viens ici, bouleverseur de maison, retourneur de sol, porcelet fuyard, qu’aujourd’hui je t’ôte la vie.

Corocotta porcellus dixit :

– Si qua feci, si qua peccavi, si qua vascella pedibus meis confregi, rogo, domine coce, vitam peto, concede roganti.

Lacouenne le porcelet dit :

– Si j’ai fait quelque chose de mal, si j’ai commis quelque faute, si j’ai pu de mes pieds briser de la vaisselle, je te supplie, seigneur cuisinier, accorde-moi la vie, pardonne à un suppliant.

Magirus cocus dixit :

– Transi, puer, affer mihi de cocina cultrum, ut hunc porcellum faciam cruentum.

Cook le cuisinier dit :

– Allez, mon gars, va me chercher mon couteau dans la cuisine, que je couvre ce porcelet de sang !

 

Porcellus comprehenditur a famulis, ductus sub die XVI Kal. Lucerninas, ubi abundant cymae, Clibanato et Piperato consulibus. Et ut vidit se moriturum esse, horae spatium petiit et cocum rogavit ut testamentum facere posset. Clamavit ad se suos parentes, ut de cibariis suis aliquid dimitteret eis.

Le porcelet est saisi par les goujats et emmené le 16 des calendes du mois des Lampes, à la saison où les choux sont tendres, sous le consulat d’Enfourné et Poivré. Et lorsqu’il a vu qu’il allait mourir, il a demandé une heure de délai en priant le cuisinier de lui donner la possibilité de faire son testament. A grands cris, il a appelé près de lui ses parents pour leur laisser quelque chose de ses provisions.

 

Qui ait :

Patri meo Verrino Lardino do lego dari glandis modios XXX, et matri meae Veturinae Scrofae do lego dari Laconicae siliginis modios XL, et sorori meae Quirinae, in cuius votum interesse non potui, do lego dari hordei modios XXX.

En voici les termes :

A mon père, Verratin Lardon, je donne et lègue pour lui être remis 30 boisseaux de glands ; à ma mère Vieillotte Truie, je donne et lègue pour lui être remis 40 boisseaux de fleur de farine de Laconie, à ma sœur Romulette, au mariage de laquelle je n’ai pas pu assister, je donne et lègue pour lui être remis 30 boisseaux d’orge.

 

Et de meis visceribus dabo donabo sutoribus saetas, rixoribus capitinas, surdis auriculas, causidicis et verbosis linguam, bubulariis intestina, isiciariis femora, mulieribus lumbulos, pueris vesicam, puellis caudam, cinaedis musculos, cursoribus et venatoribus talos, latronibus ungulas.

Et en ce qui concerne mes abats, je donne et lègue aux cordonniers mes soies, aux querelleurs mon museau, aux sourds mes oreilles, aux avocassiers et aux bavards ma langue, aux fabricants de saucisses de boeuf mes boyaux, aux fabricants de salaison mes cuisses et mon bas-ventre, aux femmes mes filets mignons, aux garçons ma vessie, aux filles ma queue, aux pédés ma rosette, aux courriers et aux chasseurs mes pieds, aux voleurs mes sabots.

 

Et nec nominando coco legato dimitto popiam et pistillum quae mecum attuleram […] de Thebeste usque ad Tergeste […] liget sibi collum de reste.

Et, sans nommer le cuisinier, je lui abandonne en legs le service trois-pièces que j’ai toujours transporté sur moi, [qu’il s’en serve] de Nantes à Montaigu [et] qu’il aille se pendre, le cou serré par une corde !

 

Et volo mihi fieri monumentum ex litteris aureis scriptum :

M. GRVNNIVS COROCOTTA PORCELLVS

VIXIT ANNIS DCCCC. XC. VIIII. S.

QVOD SI SEMIS VIXISSET,

MILLE ANNOS IMPLESSET.

 

Et je veux qu’on m’élève un monument funéraire avec cette inscription en lettres d’or :

Marcus Grognon Corocotta le Porcelet.

Il a vécu 999 ans et demi.

Et s’il avait vécu une demi-année de plus,

il aurait eu mille ans accomplis.

 

Optimi amatores mei vel consules vitae, rogo vos ut cum corpore meo bene faciatis, bene condiatis de bonis condimentis nuclei, piperis et mellis, ut nomen meum in sempiternum nominetur. Mei domini vel consobrini mei, qui testamento meo interfuistis, iubete signari.

Mes très chers amis, vous qui m’aimâtes ou qui guidâtes ma vie, je vous prie de faire de bonnes choses avec mon corps, de bien l’assaisonner avec de bons assaisonnements : amande, poivre et miel, afin que mon nom soit glorifié pour l’éternité. Mes seigneurs et miens cousins qui assistâtes à la rédaction de ce testament, faites procéder au scellage.

 

Lardio signavit.

Ofellicus signavit.

Cyminatus signavit.

Lucanicus signavit.

Tergillus signavit.

Celsinus signavit.

Nuptialicus signavit.

Petit-Salé a scellé.

Blanquette a scellé.

Merguez a scellé.

Chorizo a scellé.

Couenne de Lard a scellé.

Travers de Porc a scellé.

Amourettes a scellé.

 

Explicit testamentum porcelli sub die XVI Kal. Lucerninas Clibanato et Piperato consulibus feliciter.

Ici finit le Testament du Porcelet, mené à bien le jour du 16 des calendes du mois des Lampes, sous le consulat d’Enfourné et Poivré.

 


 

J’ai découvert ce texte dans les trésors de la Bibliotheca Augustana qui le présente ainsi :

Auctor testamenti porcelli ignotus est, floruit ca. annum 350. Hieronymos in praefatione libri XII commentariorum in Isaiam: testamentum Grunnii Corocottae porcelli decantant in scholis puerorum agmina cachinnantium.

« L’auteur du « Testament du Porcelet » est inconnu ; on peut le situer vers 350 ap. J.-C. Saint Jérôme dans la préface de son Commentaire d’Isaïe écrit : « Des légions d’enfants chantent en riant bien fort dans les écoles le Testament de Grognon Corocotta le Porcelet. »

 

Voici le passage de saint Jérôme :

Nullus tam imperitus scriptor est qui lectorem non inveniat similem sui, multoque pars maior est Milesias fabellas revolventium quam Platonis libros. In altero enim ludus et oblectatio est, in altero difficultas et sudor mixtus labori. Denique Timaeum de mundi harmonia astrorumque cursu et numeris disputantem ipse qui interpretatus est Tullius se non intellegere confitetur, testamentum autem Grunnii Corocottae porcelli decantant in scholis puerorum agmina cachinnantium. « Il n’y a pas d’écrivain, si mauvais soit-il, qui ne trouve un lecteur qui lui ressemble : ils sont bien plus nombreux à lire des fables Milésiennes que les livres de Platon. D’un côté, en effet, ce ne sont que jeu et divertissement, de l’autre c’est un mélange de peine, de fatigue et de travail. Du reste Cicéron, qui en fut le commentateur, confesse qu’il n’a pas compris le Timée et ses développements sur l’harmonie du monde, la course des astres et les nombres ; mais le Testament du cochon Grunnius Corocotta, ce sont des troupes d’enfants qui se le lisent inlassablement dans les écoles en riant aux éclats. » (trad. G. Di Cicco)

 

M. Gilles Di Cicco, professeur de lettres, a élaboré pour ses élèves une séquence autour du Testamentum Porcelli et m’a fait l’amitié de m’indiquer deux traductions italiennes (l’une, annotée, de E. Mori, l’autre, anonyme, au format PDF) et de me communiquer son travail, c’est-à-dire la séquence complète comprenant la traduction qu’il a élaborée avec ses élèves.

 

Ceci m’a amené à relire ma propre traduction et à en corriger plusieurs passages en cherchant mieux ce qui pouvait faire éclater de rire les gamins du IVe siècle, qui devaient n’être guère différents en cela de ceux d’aujourd’hui.

 


Quelques remarques :

Corocotta : le corocotta(s) (κοροκόττας)  est décrit par Pline comme un animal d’Éthiopie, issu du croisement d’une hyène et d’une lionne :

Huius generis coitu leaena Aethiopica parit corocottam, similiter voces imitantem hominum pecorumque. Par un croisement avec cette espèce (la hyène) la lionne d’Éthiopie donne naissance au « corocottas », capable lui aussi [comme la hyène] d’imiter les cris des hommes et des animaux d’élevage. Pline, VIII, 107.

Voilà un surnom qui illustre bien la capacité de notre porcelet à s’exprimer en langage humain, même si ses sabots lui interdisent d’écrire !

Corocotta était aussi le nom d’un célèbre brigand espagnol si l’on en croit Dion Cassius (LVI, 43, 3) :

[Καῖσαρ τήν τε πίστιν καὶ πρὸς τοὺς οὐκ ἀξίους αὐτῆς ἐτήρει· Κοροκότταν γοῦν τινα λῃστὴν ἐν Ἰβηρίᾳ ἀκμἀσαντα τὸ μὲν πρῶτον οὕτω διὀργῆς ἔσχεν ὥστε τῷ ζωγρήσαντι αὐτὸν πέντε καὶ εἴκοσι μυριάδας ἐπικηρῦξαι, ἔπειτἐπειδὴ ἑκῶν οἱ προσῆλθεν, οὔτε τι κακὸν εἰργάσατο καὶ προσέτι καὶ τῷ ἀργυρίῳ ἐκείνῳ ἐπλούτισε.

Auguste respectait sa parole même envers ceux qui n’en étaient pas dignes. Par exemple, il y avait en Espagne un brigand à succès du nom de Corocotta. D’abord, Auguste en conçut une colère telle qu’il fit proclamer une récompense de deux cent cinquante mille deniers à qui le livrerait vivant ; mais ensuite, lorsque le brigand se présenta devant lui de son plein gré, il ne se contenta pas de ne lui faire aucun mal, il fit de lui un homme riche avec l’argent de la récompense.

J’ai quand même du mal à établir un rapport entre notre porcelet et ce lointain ancêtre du José Maria raconté par Mérimée !

E. Mori pense que Corocotta « pourrait avoir un rapport avec l’expression corium coctum, cuir bouilli […]. Il est possible aussi d’y voir une allusion à la couenne ». M. Di Ciccio traduit par « Dur à Cuire ».

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Magirus : « cuisinier » (μάγειρος). Pourquoi ne pas rendre les mots grecs par des mots anglais (ou américains) ?

cruentus le cuisinier emploie un adjectif violent : « ensanglanté, couvert de sang ».

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Lucerninae Kalendae : les calendes des mois « où l’on travaille à la lumière » (Gaffiot), où l’on se lève avant le jour, c’est-à-dire décembre et janvier.

clibanus du grec κλίβανος ou κρίβανος désigne une sorte de plat à tajine.

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capitina : j’ai traduit ce mot par « museau », le pluriel est peut-être un moyen d’exprimer la complexité du produit transformé.

bubulum, bubula, bubella, bubulinus, βούβελα : « viande de bœuf ». La viande de porc se dit porcina, suilla, suina.

femur : le jambon se dit perna (voyez ce mot dans un graffiti de Pompéi) ; femur désigne la cuisse, mais le pluriel femora évoque (de façon très convenable, un peu comme notre « bas-ventre ») l’entrecuisse et donc le sexe, masculin ou féminin : cunctae animae quae ingressae sunt cum Iacob in Aegyptum et egressae de femore illius absque uxoribus filiorum sexaginta sex Les personnes qui vinrent avec Jacob en Égypte, et qui étaient issues de sa virilité, étaient au nombre de soixante-six en tout, sans compter les femmes de ses fils. Le texte grec dit ἐκ τῶν μηρῶν αὐτοῦ « issues de ses cuisses ». Genèse, 46:26

lumbuli, terme de cuisine, désigne les rognons. La tentation est évidemment forte de comprendre ce qu’on appelle en triperie « les rognons blancs », mais le contexte ne s’y prête pas : ce ne sont pas ses organes génitaux que Grunnius Corocotta lègue dans cette partie de la phrase (on verra qu’il les abandonne au cuisinier !).

cauda : – Caudam antiqui "penem" vocabant [], at hodie "penis" est in obscenis. – At vero Piso ille Frugi in Annalibus suis queritur adolescentes peni deditos esse. – Quod tu in epistula appellas suo nomine, ille tectius "penem" ; sed, quia multi, factum est tam obscenum quam id verbum, quo tu usus es. Les Anciens désignaient la queue par le mot « membre » […], mais de nos jours « membre » fait partie des mots inconvenants. Mais, dis-tu, le fameux Pison Frugi se plaint dans ses Annales de voir les jeunes gens consacrer tout leur temps à leur membre. Ce que toi, dans ta lettre, tu appelles par son nom, lui il le nomme indirectement avec le mot « membre », mais comme beaucoup de gens en font autant, ce mot est devenu aussi inconvenant que celui dont tu t’es servi. Cicéron, Fam., IX, 22. Ce passage tend à montrer que pour Cicéron le mot cauda ne présente justement pas de sens obscène.

Horace par contre emploie cauda au sens de mentula, mais ni Catulle ni Martial ne le font, peut-être parce que cet emploi avait une connotation paysanne. Par contre, l’association d’idées se faisait inévitablement, tout comme chez nous. J’ajoute qu’à Pompéi, le bistrot de Masculus était le rendez-vous des codati, « les mecs qui ont une queue » !

Remarquons que ce testament n’emploie aucun mot in obscenis, tout est dit par allusion.

Tout comme le cœur était considéré comme siège de l’âme, de l’intelligence et des sentiments nobles (« Rodrigue, as-tu du cœur ? »), le rein était considéré comme siège de l’instinct sexuel, d’où l’expression biblique « sonder les cœurs et les reins ». Il me semble qu’en français les reins n’évoquent plus rien de sexuel, sinon le coup de reins. C’est ce que j’ai essayé de rendre en traduisant lumbuli par « filets mignons ».

musculi est obscur : je ne vois pas en quoi des muscles pouvaient être utiles aux cinaedi, sinon pour les faire paraître plus virils, « non è chiaro se i muscoli dovessero servir loro per apparire meno effeminati o se vi è un altro gioco di parole », dit E. Mori. Le contexte invite en effet à chercher autre chose. Le grec permet un jeu de mots entre μῦς « la souris, le muscle » et μύσις, de la famille de μύω, « occlusion intestinale ». De là à imaginer que dans le vocabulaire de la charcuterie un hybride gréco-latin musculi ait désigné ce que nous appelons « la rosette », il y a un pas que je franchis volontiers ! Notons que capitina est également employé au pluriel.

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Il est bien difficile d’interpréter le paragraphe qui contient le legs au cuisinier. Texte mutilé ou allusions obscures, ou les deux ?

popia, « louche, plat creux, gamelle », mot qui doit avoir un lien étymologique avec popina « la gargotte », a donné en français « poche ». Je pense que cette « gamelle » et son pilon forment un ensemble que le goret ne veut pas nommer pour respecter les bienséances et que ces mots doivent s’entendre obsceno sensu, sens qui devait s’imposer aux écoliers du IVe siècle. Sens qui s’impose, je pense, dans notre texte puisque le porcelet n’avait pas encore mentionné cette partie de ses abats. Quant à l’usage que le cuisinier peut faire de ce « pilon » assorti de son mortier, « de Tébessa à Trieste », libre à chacun de l’imaginer.

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Il est pratiquement impossible de traduire le vocabulaire de la charcuterie. Chacun a pu constater des variantes aussi bien de signifiants que de signifiés d’une région de France à une autre ! Alors quand presque deux mille ans ont passé, les mots ont disparu tout comme les produits qu’ils désignaient. Il faut donc improviser.

lar(i)dus désigne le lard : Votum pro bubus, uti valeant, sic facito. Marti Silvano in silva interdius in capita singula boum votum facito. Farris L. III et lardi P. IIII S et pulpae P. IIII S, vini S. III, id in unum vas liceto coicere, et vinum item in unum vas liceto coicere. Voici comment faire un sacrifice votif pour la santé du gros bétail. Faire un sacrifice votif à mars Silvanus dans la forêt et de jour pour chaque tête de gros bétail comme suit : 3 livres d’épeautre, 4½ livres de lard, 4½ livres de viande maigre, 3 setiers de vin. On peut tout mettre dans un seul récipient ou mettre le vin dans un récipient à part. Caton, Agriculture, 83.

offa : boulette de pâte ou de viande. Ofella désignerait plutôt, d’après les recettes d’Apicius, une pièce de viande rôtie ou bouillie.

cuminum, cyminum : cumin. Je retiens la traduction pittoresque de M. Di Cicco.

Lucanica désigne une sorte de saucisse, peut-être rapportée de Lucanie par les légions romaines et dont Apicius donne la recette (Art culinaire, 61 ; je propose la traduction adaptée par M. Renzo Pedrazzini dans le beau livre Saveurs et senteurs de la Rome antique, Ed. Fontan et Barnouin, Toulouse, 1996) :

Teritur piper, cuminum, satureia, ruta, petroselinum, condimentum, bacae lauri, liquamen, et admiscetur pulpa bene tunsa ita ut denuo bene cum ipso subtrito fricetur. Cum liquamine admixto, pipere integro et abundanti pinguedine et nucleis inicies in intestinum perquam tenuatim perductum, et sic ad fumum suspenditur.

Hacher moyennement la viande de porc. Tenir au frais. Piler, hacher le cumin, la sarriette, le persil et les baies de laurier. Ajouter le poivre moulu. Bien mélanger. Réserver.

Émincer finement le vert du poireau. Cuire à feu doux, à couvert, dans 1 dl d'huile d'olive. Assaisonner au nuoc-mam.

Au terme de la cuisson du poireau, incorporer celui-ci à la viande de porc hachée. Ajouter les aromates, les pignons et le poivre en grains (grossièrement concassé). Bien malaxer le tout. Farcir un boyau mince et le suspendre à la fumée.

Griller, puis déglacer dans une poêle avec un trait de vinaigre, un peu de garum et de defritum. Accompagner de lentilles ou de pois cassés.

tergilla désigne la couenne de lard : Spatulam porcinam coctam tessellatim concides cum sua sibi tergilla Couper en dés une épaule de porc préalablement cuite avec sa couenne. Apicius, 168.

celsus me fait penser au « travers de porc » (haut de côtes).

nuptialicus pourrait être un « ragoût de noces »… Comme le mot devait comporter un sous-entendu, j’ai pensé à « amourettes » (testiculi caponum, dit Apicius !). Tant pis si je donne à un membre distingué de la famille porcine des attributs qui conviendraient mieux à des gallinacés !

Quelle astuce cachée sous ce mot nuptialicus pouvait bien faire rire les écoliers dont parle saint Jérôme, quel rapprochement pouvaient-ils faire entre le porc et les noces ? Varron nous fournit peut-être une piste :

Sus graece dicitur ὗς, olim θῦς, dictus ab illo verbo quod dicunt θύειν, quod est immolare. Ab suillo enim pecore immolandi initium primum sumptum videtur, cuius vestigia, quod initiis Cereris porci immolantur, et quod initiis pacis, foedus cum feritur, porcus occiditur, et quod nuptiarum initio antiqui reges ac sublimes viri in Etruria in coniunctione nuptiali nova nupta et nouus maritus primum porcum immolant. Prisci quoque Latini, etiam Graeci in Italia idem factitasse videntur. Nam et nostrae mulieres, maxime nutrices, naturam qua feminae sunt in virginibus appellant porcum, et Graecae choeron, (χοῖρος) significantes esse dignum insigne nuptiarum. Varron, De l’agriculture, II, 4, 9-10

Le porc se dit en grec « hys », autrefois « thys », nom qui dérive du verbe « thyin » qui signifie « sacrifier ». En effet il semble que c’est d’abord dans le troupeau de porcs que l’on prenait les victimes au début des sacrifices. Il reste des souvenirs de cet usage : on sacrifie des porcs au début des cérémonies pour Cérès ; on tue un porc au début des cérémonies pour la paix lorsqu’on a négocié le traité ; au début des cérémonies de mariage, chez nos anciens rois et dans l’aristocratie étrusque, la jeune mariée et le jeune mari commençaient la célébration de leur union nuptiale par le sacrifice d’un porc. Il semble que les anciens Latins aussi, tout comme les Grecs installés en Italie, connaissaient la même coutume. La preuve en est que chez nous, les femmes et tout particulièrement les nourrices appelent chez les jeunes filles la partie du corps qui fait d’elles des femmes le « porc » (les Grecques aussi l’appelent « choiros »). Elles désignent ainsi les signes qui montrent que le temps du mariage approche.

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Histoires de cochons…

 

Cicéron

Longum est mulorum persequi utilitates et asinorum, quae certe ad hominum usum paratae sunt. Sus vero quid habet praeter escam; cui quidem, ne putesceret, animam ipsam pro sale datam dicit esse Chrysippus; qua pecude, quod erat ad vescendum hominibus apta, nihil genuit natura fecundius.

Il serait trop long de vanter ici les qualités dont sont pourvus, certainement pour le bien de l'homme, les mulets et les ânes. Et le porc? Qu'est-ce autre chose qu'un aliment? Il a une âme, dit Chrysippe, pour l'empêcher de pourrir, elle tient lieu de sel et, parce qu'il est destiné à la nourriture de l'homme, la nature a voulu que cet animal fût exceptionnellement prolifique. Nat. Deor., II, 64.

anima désigne ici « le principe de vie, le souffle vital ».

Etenim omnium rerum, quas et creat natura et tuetur, quae aut sine animo sunt aut multo secus, earum summum bonum in corpore est, ut non inscite illud dictum videatur in sue, animum illi pecudi datum pro sale, ne putisceret.

Pour toutes les espèces que la nature engendre et conserve, et qui sont sans âme, ou peu s'en faut, le souverain bien est uniquement dans le corps, de sorte qu'en parlant du pourceau, on n'a pas mal dit que la nature lui avait donné une sorte d'âme au lieu de sel, pour l'empêcher de pourrir.

Sunt autem bestiae quaedam, in quibus inest aliquid simile virtutis, ut in leonibus, ut in canibus, in equis, in quibus non corporum solum, ut in suibus, sed etiam animorum aliqua ex parte motus quosdam videmus.

Il y a pourtant des bêtes qui ont en elles quelque chose de semblable à la vertu, comme les lions, les chiens, les chevaux, dans lesquels nous ne voyons pas seulement des mouvements corporels comme chez les pourceaux, mais de certains élans qui semblent partir de l'âme. De Finibus, V, 13-14.

 

[]                  Mundi

principio indulsit communis conditor illis

tantum animas, nobis animum quoque, mutuus ut nos

adfectus petere auxilium et praestare iuberet.

Au commencement du monde, notre Créateur commun ne leur attribua [aux animaux] que le principe de vie, à nous il a attribué aussi une âme, afin qu’une mutuelle affection nous force à nous demander et à nous porter assistance. Juvénal, XV, 147-150.

 

Histoire Auguste

Alexandre Sévère, 22.

Cum vilitatem populus Romanus ab eo peteret, interrogavit per curionem, quam speciem caram putarent. Illi continuo exclamaverunt carnem bubulam atque porcinam. Tunc ille non quidem vilitatem proposuit, sed iussit, ne quis suminatam occideret, ne quis lactantem, ne quis vaccam, ne quis damalionem, tantumque intra biennium vel prope annum porcinae carnis fuit et bubulae, ut, cum fuisset octominutalis libra, ad duos unumquemque utriu>que carnis libra redigeretur.

Un jour que le peuple de Rome réclamait un abaissement des prix, il fit demander par le crieur public quel genre de produit lui paraissait trop cher. Les gens s'écrièrent immédiatement que c'était la viande de boeuf et de porc. Alors, au lieu de procéder à une baisse des prix, il défendit à quiconque de tuer truie, cochon de lait, vache ou veau : il y eut au bout de deux ans ou même guère plus d'un an une telle quantité de porc et de boeuf, que les deux sortes de viande qui coûtaient auparavant huit pièces d'argent la livre n'en coûtèrent plus que deux ou même une.

 

Homère

   chez Circé (Odyssée, X, 230-243)

Ἡ δ᾽ αἶψ᾽ ἐξελθοῦσα θύρας ὤιξε φαεινὰς

καὶ κάλει· οἱ δ᾽ ἅμα πάντες ἀιδρείῃσιν ἕποντο·

Εὐρύλοχος δ᾽ ὑπέμεινεν, ὀισάμενος δόλον εἶναι.

Εἷσεν δ᾽ εἰσαγαγοῦσα κατὰ κλισμούς τε θρόνους τε,

ἐν δέ σφιν τυρόν τε καὶ ἄλφιτα καὶ μέλι χλωρὸν

οἴνῳ Πραμνείῳ ἐκύκα· ἀνέμισγε δὲ σίτῳ

φάρμακα λύγρ᾽, ἵνα πάγχυ λαθοίατο πατρίδος αἴης.

Αὐτὰρ ἐπεὶ δῶκέν τε καὶ ἔκπιον, αὐτίκ᾽ ἔπειτα

ῥάβδῳ πεπληγυῖα κατὰ συφεοῖσιν ἐέργνυ.

Οἱ δὲ συῶν μὲν ἔχον κεφαλὰς φωνήν τε τρίχας τε

καὶ δέμας, αὐτὰρ νοῦς ἦν ἔμπεδος, ὡς τὸ πάρος περ.

Ὣς οἱ μὲν κλαίοντες ἐέρχατο, τοῖσι δὲ Κίρκη

πάρ ῥ᾽ ἄκυλον βάλανόν τε βάλεν καρπόν τε κρανείης

ἔδμεναι, οἷα σύες χαμαιευνάδες αἰὲν ἔδουσιν.

Elle sort, ouvre sa porte reluisante et les invite ; et voilà tous mes fous ensemble qui la suivent ! Flairant le piège, seul, Euryloque est resté... Elle les fait entrer ; elle les fait asseoir aux sièges et fauteuils ; puis, leur ayant battu dans son vin de Pramnos du fromage, de la farine et du miel vert, elle ajoute au mélange une drogue funeste, pour leur ôter tout souvenir de la patrie. Elle apporte la coupe ; ils boivent d'un seul trait. De sa baguette, alors, la déesse les frappe et va les enfermer sous les tects de ses porcs. Ils en avaient la tête et la voix et les soies ; ils en avaient l'allure ; mais, en eux, persistait leur esprit d'autrefois. Les voilà enfermés. Ils pleuraient et Circé leur jetait à manger faines, glands et cornouilles, la pâture ordinaire aux cochons qui se vautrent.

 

   chez Eumée (Odyssée, XIII, 72-82 ; 413-438)

ς εἰπὼν ζωστῆρι θοῶς συνέεργε χιτῶνα,

βῆ δ' ἴμεν ἐς συφεούς, ὅθι ἔθνεα ἔρχατο χοίρων.

νθεν ἑλὼν δύ' ἔνεικε καὶ ἀμφοτέρους ἱέρευσεν,

εὗσέ τε μίστυλλέν τε καὶ ἀμφ' ὀβελοῖσιν ἔπειρεν.

πτήσας δ' ἄρα πάντα φέρων παρέθηκ' Ὀδυσῆϊ

θέρμ' αὐτοῖσ' ὀβελοῖσιν, ὁ δ' ἄλφιτα λευκὰ πάλυνεν.

ν δ' ἄρα κισσυβίῳ κίρνη μελιηδέα οἶνον,

αὐτὸς δ' ἀντίον ἷζεν, ἐποτρύνων δὲ προσηύδα·

"σθιε νν, ξενε, τά τε δμώεσσι πάρεστι,

χοίρετρ σιάλους γε σύας μνηστρες δουσιν,

οκ πιδα φρονέοντες ν φρεσν οδ' λεητύν.

[Eumée] dit et, par-dessus sa robe, prestement, serra sa ceinture ; puis, s'en allant aux tects où restait enfermé le peuple des gorets, il en prit une paire, les rapporta, les immola, les fit flamber et, les ayant tranchés menu, les embrocha. Quand ce rôti fut prêt, il l'apporta fumant, le mit devant Ulysse, à même sur les broches, en saupoudra les chairs d'une blanche farine, mélangea dans sa jatte un vin fleurant le miel et prit un siège en face, en invitant son hôte.

Eumée. — Allons ! mange, notre hôte ! ... dîner de serviteurs ! ... de simples porcelets ! car nos cochons à lard, les prétendants les croquent, sans un remords au coeur et sans pitié d'autrui.

Ατρ οσ' τάροισιν κέκλετο δος φορβός

"ξεθ' ὑῶν τν ριστον, να ξείν ερεύσω

τηλεδαπ πρς δ' ατο νησόμεθ', ο περ ϊζν

δν χομεν πάσχοντες ὑῶν νεκ' ργιοδόντων·

λλοι δ' μέτερον κάματον νήποινον δουσιν."

ς ρα φωνήσας κέασε ξύλα νηλέϊ χαλκ

ο δ' ν εσγον μάλα πίονα πενταέτηρον.

Τν μν πειτ' στησαν π' σχάρ· οδ συβώτης

λήθετ' ρ' θανάτων· φρεσ γρ κέχρητ' γαθσιν·

λλ' γ' παρχόμενος κεφαλς τρίχας ν πυρ βάλλεν

ργιόδοντος ὑὸς κα πεύχετο πσι θεοσι

νοστσαι δυσα πολύφρονα νδε δόμονδε.

Κόψε δ' νασχόμενος σχίζ δρυός, ν λίπε κείων·

τν δ' λιπε ψυχή. Το δ' σφαξάν τε κα εσαν,

αψα δέ μιν διέχευαν· δ' μοθετετο συβώτης,

πάντων ρχόμενος μελέων, ς πίονα δημόν.

Κα τ μν ν πυρ βάλλε, παλύνας λφίτου κτ,

μίστυλλόν τ' ρα τλλα κα μφ' βελοσιν πειρον

πτησάν τε περιφραδέως ρύσαντό τε πάντα,

βάλλον δ' εν λεοσιν ολλέα. ν δ συβώτης

στατο δαιτρεύσων· περ γρ φρεσν ασιμα δη.

Κα τ μν πταχα πάντα διεμμοιρτο δαΐζων·

τν μν αν Νύμφσι κα ρμ, Μαιάδος υι,

θκεν πευξάμενος, τς δ' λλας νεμεν κάστ·

νώτοισιν δ' δυσα διηνεκέεσσι γέραιρεν

ργιόδοντος ός, κύδαινε δ θυμν νακτος.

Or, le divin porcher appela ses bergers :

Eumée. — Vous allez m'amener le plus beau de nos porcs ; pour cet hôte qui vient de loin, nous le tuerons ! et nous-mêmes, tâchons de profiter aussi ! Nous avons tout le mal ! ces porcs aux blanches dents nous font assez peiner, quand d'autres, sans remords, vivent de nos sueurs !

Il disait et, prenant le bronze sans pitié, il en fendait ses bûches. Les autres amenaient un porc de belle graisse, un cochon de cinq ans, que l'on mit aussitôt debout sur le foyer, et le porcher n'oublia pas les Immortels : c'était un bon esprit ! Du porc aux blanches dents, quand il eut prélevé quelques poils de la hure, qu'il jeta dans la flamme en invoquant les dieux, il assomma la bête d'une bûche de chêne qu'il n'avait pas fendue, et l'âme s'envola.

Saigné, flambé, le porc fut vite dépecé et, sur les viandes crues qu'il détachait des membres, le porcher étendit un large champ de graisse, puis jeta dans le feu ces tranches saupoudrées d'une fine farine, et le reste, coupé menu, fut mis aux broches.

Quand tout fut cuit à point, lorsque, tiré du feu, le rôti fut dressé sur les planches à pain, le porcher se leva et fit les parts : c'était le plus juste des cœurs ! Il mit tout au partage et prépara sept lots. Le premier, qu'il offrit avec une prière, fut pour le fils de Zeus, Hermès, et pour les Nymphes. Il en servit un autre à chacun des convives, mais garda pour Ulysse les filets allongés du porc aux blanches dents, et cette part d'honneur emplit de joie le maître.

Traduction Victor Bérard

Macrobe

Tremellius vero Scropha cognominatus est eventu tali. Is Tremellius cum familia atque liberis in villa erat. Servi eius cum de vicino scropha erraret, subreptam conficiunt. Vicinus advocatis custodibus omnia circumvenit nequa ecferri possit, isque ad dominum appellat restitui sibi pecudem. Tremellius qui ex vilico rem comperisset, scrophae cadaver sub centonibus collocat super quos uxor cubabat ; quaestionem vicino permittit. Cum ventum est ad cubiculum, verba iurationis concipit : nullam esse in villa sua scropham, « nisi istam, inquit, quae in centonibus iacet », lectulum monstrat. Ea facetissima iuratio Tremellio Scrophae cognomentum dedit.

Tremellius Scrofa (« la Truie ») reçut ce surnom à la suite de l’incident suivant. Ce Tremellius se trouvait avec toute sa maisonnée et ses enfants dans son domaine rural. Ses esclaves attrapent et tuent une truie qui s’était échappée de chez son voisin. Le voisin rassemble ses hommes et fait surveiller toutes les issues du domaine afin que rien n’en puisse sortir. Lui-même met en demeure le maître du domaine de lui rendre son animal. Tremellius, que son intendant avait mis au courant, fait cacher le cadavre de la truie sous le lit sur lequel était couchée son épouse. Il autorise son voisin à procéder à une inspection. Lorsqu’on en est arrivé à la chambre, Tremellius prononce une formule de serment selon laquelle il n’y a pas de truie dans sa ferme, « sinon, ajoute-t-il, celle que tu peux voir ici allongée sous les couvertures » et il désigne le lit. Cette formule de serment particulièrement spirituelle lui valut son surnom de Scrofa, la Truie.

 

Très spirituel en effet, et quelle délicatesse envers madame Tremellius ! Sans parler bien sûr de l’honnêteté douteuse de ce noble patricien.

Heureusement pour la classe sénatoriale, Varron nous a transmis une autre origine, plus flatteuse, de ce surnom :

 

Cui Tremelius : Ignorare, inquit, videre, cur appeller Scrofa. Itaque ut etiam hi propter te sciant, cognosce meam gentem suillum cognomen non habere, nec me esse ab Eumaeo ortum. Avus meus primum appellatus est Scrofa, qui quaestor cum esset Licinio Nervae praetori in Macedonia provincia relictus, qui praeesset exercitui, dum praetor rediret, hostes, arbitrati occasionem se habere victoriae, impressionem facere coeperunt in castra. Avos, cum cohortaretur milites ut caperent arma atque exirent contra, dixit celeriter se illos, ut scrofa porcos, disiecturum, id quod fecit. Nam eo proelio hostes ita fudit ac fugavit, ut eo Nerva praetor imperator sit appellatus, avus cognomen invenerit ut diceretur Scrofa. Itaque proavos ac superiores de Tremeliis nemo appellatus Scrofa.

Et Tremellius lui dit : « Tu as l’air d’ignorer pourquoi je m’appelle Scrofa, « la Truie ». Apprends donc, et du même coup ceux qui sont à côté de toi le sauront aussi, que ma famille ne porte pas un surnom dû aux cochons et que je ne suis pas un descendant d’Eumée ! Mon ancêtre qui reçut le premier ce surnom de La Truie était questeur auprès du préteur Licinius Nerva. Celui-ci lui avait laissé le commandement de l’armée jusqu’à son retour dans leur province de Macédoine. L’ennemi, voyant là une chance de remporter une victoire entreprirent de lancer un violent assaut contre le camp retranché. Mon ancêtre exhorta les soldats à prendre les armes et à faire une sortie pour repousser les ennemis et il dit qu’il allait les disperser comme une truie disperse ses porcelets, ce qu’il fit. Et de fait, dans cette bataille il bouscula les ennemis et les mit si bien en fuite que pour cela le préteur Nerva reçut le titre d’Imperator et mon ancêtre y gagna de recevoir ce surnom de La Truie. Ainsi donc, chez les Tremelii ni mon arrière-grand-père, ni ceux qui l’ont précédé ne s’appelaient La Truie ».

 

Pline

In luto volutatio generi grata. Inforta cauda.

Ces animaux aiment à se vautrer dans la boue; ils ont la queue torse,

Id etiam notatum, facilius litare in dexterum quam in laevum detorta. pinguescunt LX diebus, sed magis tridui inedia saginatione orsa.

On les engraisse en soixante jours, surtout si on les prépare par une diète de trois jours.

Animalium hoc maxime brutum animamque ei pro sale datam non inlepide existimabatur.

C'est le plus stupide des animaux ; et l'on a dit assez plaisamment que l'âme leur a été donnée en guise de sel pour conserver la chair.

Neque alio ex animali numerosior materia ganeae : quinquaginta prope sapores, cum ceteris singuli. hinc censoriarum legum paginae interdictaque cenis abdomina, glandia, testiculi, vulvae, sincipita verrina, ut tamen Publili mimorum poetae cena, postquam servitutem exuerat, nulla memoretur sine abdomine, etiam vocabulo suminis ab eo inposito.

Aucun animal ne fournit plus d'aliments à la gourmandise. Sa viande présente environ cinquante saveurs distinctes, tandis que celle des autres n'en présente qu'une ; de là tant de décrets des censeurs pour défendre dans les repas les ventres, les glandes, les testicules, les vulves, les têtes; et qui n'empêche pas que Publius, auteur des mimes, après être sorti de servitude, ne dîne jamais, dit-on, sans un ventre de truie; c'est même lui qui a donné à cette partie le nom de sumen. (VIII, 207-209 (extraits)

 

Plutarque

Τίτος ἔφη, δειπνοῦντος αὐτοῦ παρά τῳ ξένῳ καὶ μεμφομένου τὸ πλῆθος τῶν κρεῶν καὶ θαυμάζοντος πόθεν οὕτω ποικίλης ἀγορᾶς εὐπόρησεν, εἰπεῖν τὸν ξένον, ὡς ὕεια πάντ’ ἐστί, τῇ σκευασίᾳ διαφέροντα καὶ τοῖς ἡδύσμασι.

Titus [Flamininus] leur fit le récit suivant : il se trouvait un jour à dîner chez un hôte à qui il reprocha le grand nombre de plats de viande du repas et à qui il demanda, surpris, où il avait pu se procurer une telle variété de viandes. Son hôte lui répondit que tout était préparé à base de viande de porc et que seuls différaient la préparation et l’assaisonnement.   Vie de Titus Flamininus, 17.

 

Varron

Suillum pecus donatum ab natura dicunt ad epulandum; itaque iis animam datam esse proinde ac salem, quae servaret carnem.

On dit que la nature a donné la race porcine pour les festins ; c’est pourquoi on dit aussi que la vie leur a été donnée en guise de sel pour conserver la chair.

Quis enim fundum colit nostrum, quin sues habeat, et qui non audierit patres nostros dicere ignavum et sumptuosum esse, qui succidiam in carnario suspenderit potius ab laniario quam e domestico fundo.

Lequel d’entre nous cultive une terre sans y élever de porcs, lequel n’a pas entendu dire que nos anciens considéraient comme paresseux et gaspilleur celui qui dans son garde-manger suspendait un quartier de porc salé venant de chez un boucher plutôt que du domaine familial ?

Emi solent sic : « illasce sues sanas esse habereque recte licere noxisque praestari neque de pecore morboso esse spondesne ? » Quidam adiciunt perfunctas esse a febri et a foria.

La formule habituelle de l’acheteur est la suivante : « Est-ce que tu jures sur l’honneur que ces porcs sont sains, que je peux les garder sans crainte, que je suis garanti contre les vices cachés et qu’ils ne proviennent pas d’un troupeau malade ? » Certains ajoutent : « qu’ils ont déjà guéri de la fièvre et de la diarrhée ? ».

De numero in centum sues decem verres satis esse putant ; quidam etiam hinc demunt. Greges inaequabiles habent ; sed ego modicum puto centenarium ; aliquot maiores faciunt, ita ut ter quinquagenos habeant. Porcorum gregem alii duplicant, alii etiam maiorem faciunt. Minor grex quam maior minus sumptuosus, quod comites subulcus pauciores quaerit. Itaque gregis numerum pastor ab sua utilitate constituit, non ut quot verres habeat ; id enim ab natura sumendum.

Parlons chiffres : on estime que pour cent truies, dix verrats suffisent ; certains réduisent encore ce nombre. La taille des troupeaux est variable ; pour ma part, je considère comme raisonnable un troupeau de cent têtes ; on en voit de plus importants, jusqu’à atteindre cent cinquante têtes. Les uns doublent leur troupeau, d’autres en constituent même un plus grand. Un petit troupeau est plus économique qu’un grand parce que le porcher a besoin de moins de personnel. Ainsi donc, l’éleveur détermine la taille de son troupeau en fonction de ses objectifs ; ce qui n’est pas le cas lorsqu’il définit le nombre des verrats à garder puisque c’est la nature qui détermine ce dernier chiffre. De l’agriculture, II, 4, passim

 

Virgile

non ore solutos

inmundi meminere sues iactare maniplos.

et les porcs impurs ne se soucient plus d’éparpiller de leur groin les gerbes qu’ils ont détachées. Géorgiques, I, 413-414.

 

Ciao, Corocotta!

 

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J’ai emprunté (sauf indication contraire) les traductions ci-dessus (en caractères bleus) au Site de l’Antiquité grecque et latine.

 

 


 

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26 août 2006

 


 

Traduzione di E. Mori

 

L'autore di questo scritto è ignoto e si pensa sia vissuto attorno all'anno 350 d. C. Lo cita San Gerolamo nella prefazione al commentario ad Isaia raccontando che veniva letto dagli studenti delle scuole, tra grandi risate (vedi anche Erasmo, nell'introduzione all'Elogio della Pazzia). Nulla vieta di ritenere che sia molto più antico, considerando quanto il linguaggio popolare divergesse dal latino dotto.

 

IL TESTAMENTO DEL MAIALE

Inizia il testamento del maiale

Il sottoscritto M. Grugno Corocotta (1), maiale, ha fatto testamento. E non potendolo scrivere di mano sua, lo ha dettato affinché venisse scritto.

Il cuoco Cuciniere (2) mi disse "vieni qua, porco che metti sottosopra tutta la casa, girovago e sempre fuggiasco, oggi porrò fine alla tua vita".

E il maiale Corocotta disse "se ho fatto qualche cosa di male, se ho peccato, so ho rotto dei vasi con i miei piedi, o signor cuoco, ti chiedo di avere salva la vita, fai questa grazia a chi ti prega.

E il Cuciniere disse "vai garzone e portami un coltello dalla cucina per scannare questo maiale".

E il maiale viene afferrato dai servi il sedicesimo giorno delle calende di Candelora (3), sotto il consolato dei consoli Tegame (4) e Speziato quando abbondano le verze. E quando egli vide che doveva ormai morire, implorò un'ora di tempo e chiese al cuoco di poter fare testamento.

E così chiamò a sé i suoi parenti per poter lasciar loro le sue cibarie. E così disse:

""A mio padre Verro de' Lardi do e lego che siano dati trenta moggi di ghiande e a mia madre Vetusta Troia (5) do e lego che siano dati quaranta moggi di segale della Laconia e a mia sorella Grugnetta (6) , alle cui nozze non potei esser presente, do e lego che siano dati trenta moggi di orzo.

Delle mia interiora do e donerò ai calzolai le setole, ai litigiosi le testine (7), ai sordi le orecchie, a chi fa continuamente cause e parla troppo la lingua, ai bifolchi le budella, ai salsicciai i femori, alle donne i lombi (8), ai bambini la vescica (9), alle ragazze la coda (10), ai finocchi i musculi (11), ai corridori ed ai cacciatori i talloni, ai ladri le unghie ed infine al qui nominato cuoco lascio in legato mortaio e pestello (12) che mi ero portato: da Tebe fino Trieste ci si leghi il collo usandolo come laccio.

E voglio che mi sia fatto un monumento con su scritto in lettere d'oro: "Il maiale M. Grugno Corocotta visse 999 anni e mezzo e, se fosse campato ancora sei mesi, sarebbe arrivato a mille anni". (13)

Carissimi miei estimatori e preparatori, chiedo che con il mio corpo vi comportiate bene e che lo condiate di buoni condimenti, di mandorle, pepe e miele (14) in modo che il nome mio sia lodato in eterno. E ordinate al mio padrone e a mio cugino che sono stati presenti al testamento, di firmarlo.""

Firmato da Lardone.

Firmato da Bisteccone.

Firmato da Comino.

Firmato da Salsiccio.

Firmato da Coppa. (15)

Firmato da Capocollo.

Firmato da Prosciutto.

Qui finisce in tutta regola il testamento del maiale redatto il giorno 16° delle calende di Candelora, consoli Tegame e Speziato

 

Note

1) La traduzione non è facile perché non sempre si riesce a comprendere il gioco di parole. Ma se gli studenti di San Gerolamo ridevano tanto, vuol dire che ogni parola richiamava loro alla mente cose spiritose.

Già la ragione del nome Corocotta non è chiara. In latino Corocotta era, secondo Plinio, il nome di un animale africano corrispondente ad un tipo di iena e si ha notizia, in Dione Cassio, di un bandito spagnolo che si era dato, per l'appunto, il nome (o soprannome?) di Corocotta e su cui Augusto aveva posto una taglia di un milione di sesterzi. Pare che questo eroe della resistenza spagnola abbia avuto l'ardire di andare a chiedere ad Augusto la taglia su sé stesso, ottenendo taglia e perdono! Il cognome Corocotta è comunque attestato da iscrizioni in Spagna ed a Roma.

È possibile che il cognome ricordasse la frase corium coctum, cuoio cotto e allora si potrebbe intendere il nome come "Pellaccia" visto che il cuoio bollito si indurisce notevolmente; è possibile che si alluda anche alla cotenna.

2) Cocus Magirus: Il cuoco Magiro, ma la parola magirus indica anch'essa il cuoco.

3) Lucerninas: dovrebbe indicare il "giorno o festa della lucerne" di cui non di ha notizia. Qualcuno ipotizza che sia la festa pagana poi divenuta la Candelora al tempo di Giustiniano e fissata al due febbraio. Sedici giorni prima fanno il 17 gennaio che corrisponde bene all'epoca di macellazione dei maiali e alla presenza di "cymae" (propriamente le cime di rapa, ma anche verze, broccoli).

4) Clibanato: clibantus indicava un recipiente entro cui cuocere al forno. Piperatum vuol dire pepato, ma era anche il garum al pepe

5) Veturinae scrofae: non è chiaro il gioco di parole con "veturinae" che dovrebbe contenere un riferimento all'età.

6) Quirinae: altro riferimento oscuro; il termine quiritatio significava schiamazzi.

7) Capitinas : non riesco a individuare il significato della parola; qualcuni interpreta come "setole della testa".

8) Lumbulos: i piccoli lombi; il "lombo" maschile in relazione alla donna è nota allusione erotica.

9) Vescica: pare i che bambini medievali usassero la vescica per fare dei pallonicini

10) Caudam: l'utilità della "coda" per le ragazze e fin troppo chiara.

11) I cinedi erano i finocchi dell'epoca e non è chiaro se i muscoli dovessero servir loro per apparire meno effeminati o se vi è un altro gioco di parole. Il nome di "finocchio" deriva, del resto, con tutta verosimiglianza, dai giochi di parole creati sul nome latino della verdura "foeniculum", che poteva suonare come "prestito del culo".

12) Popiam è termine ignoto. Se collegato a pistillum, dovrebbe voler dire mortaio e la frase dovrebbe significare, più o meno, che il cuoco doveva legarseli al collo e andare a morire affogato. Non si comprende l'espressione "che mi ero portato" e ogni ipotesi è valida (che pistillum indichi il pene e popiam lo scroto?).

Da "Tebeste a Tergeste" dovrebbe essere un'espressione del tipo "dall'Alpi alle Piramidi".

13) Sfugge la battuta; probabilmente parodiava l'iscrizione di qualche personaggio noto.

14) Nuclei: indica i noccioli o semi; ma non si riesce a sistemare nella frase con il nominativo plurale.

15) Tergillus, Celsinus, Nuptialicus: sfugge il gioco di parole; siccome i primi termini indicano prodotti del maiale,traduco come se le parole si riferissero a parti destinate a far salumi.

 

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Traduction élaborée par le groupe classe au terme d’un atelier

 

Ici commence le testament du cochon.

 

Le cochon Marcus Ronchon Dur-à-Cuire a fait son testament. Comme je ne pouvais pas écrire de ma propre main, je l’ai dicté pour qu’on l’écrive à ma place.

 

Le cuisinier Marmiton a dit : « Viens ici, le cochon, toi qui mets sens dessus dessous la maison et toujours t’enfuis, aujourd’hui je vais mettre un terme à ta vie. »

 

Et le cochon Dur-à-Cuire a dit : « Si j’ai fait quelque chose de mal, si j’ai fait une bêtise, si j’ai cassé de la vaisselle avec mes pieds, ô s’il te plaît, monsieur le cuisinier, je te demande la vie sauve, accorde-moi cette grâce, je t’en supplie ! »

 

Mais le cuisinier a dit : « Allez, mon garçon, rapporte-moi de la cuisine un couteau, que je massacre ce cochon. »

 

Le cochon est attrapé par les esclaves et emmené en ce 16ème jour des calendes du mois des Lampes quand les choux poussent dru, sous le consulat de Moule-à-Tarte et de Moulin-à-Poivre Et quand il a compris qu’il lui fallait mourir, il a humblement quémandé du cuisinier un délai d’une heure pour pouvoir établir son testament. Alors, il a appelé auprès de lui ses parents pour leur laisser quelque chose de ses rations.

 

A mon père Tête-de-Lard, je donne et je lègue pour qu’elles lui soient remises 30 mesures de glands ; à ma mère Vieille-Truie, je donne et je lègue pour qu’elles lui soient remises 40 mesures de gruau de Laconie ; à ma sœur Andouillette au mariage de laquelle je n’ai pas pu assister,  je donne et je lègue pour qu’elles lui soient remises 30 mesures d’orge.

 

Et de ma propre chair, je donnerai et je léguerai aux cordonniers mes poils, aux bagarreurs mon groin, aux sourds mes oreilles, aux chicaneurs et aux bavards ma langue, aux bouchers mes intestins, aux charcutiers mes jambons, aux enfants ma vessie aux messagers et aux chasseurs mes talons, et aux voleurs mes sabots.

 

Et je veux que me soit élevé un monument sur lequel on écrira en lettres d’or :

 

MARCUS RONCHON DUR-A-CUIRE LE COCHON

IL A VÉCU 999 ANS ET DEMI

S’IL AVAIT VÉCU DE MOIS ENCORE SIX

IL SERAIT ARRIVÉ A MILLE ANS TOUT ROND

 

Mes très chers amis, qui m’avez prodigué amour ou conseils tout au long de ma vie, je vous prie de bien vous comporter avec mon corps et de l’accommoder comme il faut, avec de bons ingrédients : de l’amande, du poivre et du miel, afin que mon nom soit loué pour l’éternité. Mes maîtres et cousins qui m’avez assisté pour ce testament, veuillez procéder à la signature. 

 

Lardon a signé

Boudin a signé

Merguez a signé

Chipolata a signé

Gras-Double a signé

Saucisson a signé

Jambonneau a signé

 

Ici finit le testament du cochon, mené à bien en ce 16ème jour des calendes du mois des Lampes, sous le consulat de Moule-à-Tarte et de Moulin-à-Poivre.

 

 


Si vous souhaitez m’écrire :

 

alain.canu02@orange.fr

 

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