L'HISTOIRE LOCALE

 

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L'Histoire revêt plusieurs aspects, différents mais complémentaires.

 

Tout d'abord l'Histoire d'une nation quelconque qui présente l'enchaînement chronologique des événements, des idées, des civilisations mettant en relief des hommes et des femmes hors du commun, objets d'études et de publications nombreuses.

 

Cette facette de l'histoire est certes intéressante et indispensable, mais il existe d'autres facettes de cette science susceptibles d'exciter notre curiosité, bien que considérées par certains comme mineures, voire dépourvues d'intérêt; alors que l'Histoire en général n'est qu'une mosaïque composée des pensées, des actes de parole et des actions d'êtres humains constituant une société ou une communauté.

 

L'histoire locale, c'est-à-dire l'histoire d'une région, d'un village ou même d'un hameau, est un des éléments constitutifs essentiels de l'Histoire d'un pays; les cahiers de doléances des paroisses du royaume en 1789, par exemple, ont influé sur les décisions de l'Assemblée Nationale et abouti à la nuit du 4 août; en retour il est curieux de constater l'effet, positif ou négatif, produit par les décrets des Assemblées successives, Constituante, Convention et Directoire, sur les habitants de ces paroisses.

 

Comment observer, puis décrire, la vie dans un village, il y a deux ou trois siècles?

 

Dans la plupart des cas, les monographies, ou tout simplement les notes concernant ces villages, font défaut. Il est néanmoins possible de combler cette lacune grâce aux documents conservés par les Archives nationales, ou départementales ou communales.

 

 

 

Le déchiffrage des archives n'est pas toujours aisé, il exige beaucoup de patience, de persévérance et aussi quelques connaissances en paléographie. Très vite, le chercheur se rendra compte que, s'il veut tirer le maximum d'éléments de cette recherche, il devra faire appel à la linguistique pour appréhender les termes dialectaux, à la généalogie pour reconstituer l'histoire des familles, au droit coutumier ou écrit selon les provinces, à l'histoire événementielle (par exemple les guerres de religion) pour comprendre les réactions des individus, à l'ethnologie, à la sociologie et à la démographie.

 

Les différentes séries d'archives communales antérieures à 1790 conservées aux Archives Départementales, des Hautes-Alpes par exemple, ne présentent pas toutes le même intérêt pour une étude portant sur l'histoire locale. La série AA, entre autres, regroupant les actes constitutifs et politiques de la commune, et la correspondance générale avant 1790, n'apportera pas grand chose, exception faite des chartes relatives à la constitution et aux privilèges et franchises de la commune.

 

Par contre, d'autres séries nous fourniront de précieux renseignements sur la vie du village. La série BB, par exemple, regroupe tout ce qui concerne l'administration communale, les élections et nominations des consuls, maires..., la correspondance et les procès-verbaux des délibérations des conseils. Dans la série CC, nous trouverons les documents traitant des finances, des impôts, taxes, droits, rentes... ainsi que du cadastre.

 

Les biens communaux, l'administration forestière, la chasse, la pêche, les travaux publics, les constructions diverses, la voirie, les mines, les sinistres (incendies, inondations..) font l'objet de la série DD.

 

La série EE traite des affaires militaires, tandis que la police, la justice et les procédures figurent dans la série FF.

 

Les différents cultes, catholique, protestant, israélite; l'instruction publique et l'assistance publique (médecins, hôpitaux, épidémies, mendicité...) sont regroupés dans la série GG, ainsi que les registres de catholicité de la collection communale et les registres protestants postérieurs à la révocation de l'Edit de Nantes.

 

L'agriculture (taxes, mercuriales, épizooties, foires et marchés...), l'industrie, le commerce (corporations d'arts et métiers, statuts, marine de commerce, pêche maritime...), les diligences et relais, la poste aux lettres... constituent la série HH.

 

Enfin la série II recueille les documents inclassables dans l'une des séries ci-dessus.

 

 

 

Il est évident que chacune de ces séries présente un intérêt indéniable pour l'étude de l'histoire locale, il conviendra donc de les compulser afin d'en extraire tout ce qui peut aider à la compréhension du déroulement des événements dans le village, objet des recherches. Cependant, certains documents reflètent avec plus d'acuité la vie quotidienne et, de ce fait, doivent être dépouillés exhaustivement; tel est le cas des procès-verbaux des réunions d'assemblées de manants et habitants, des relations de visites pastorales , et des minutes notariales. Nous laisserons de côté les registres de catholicité qui ne mentionnent guère que les baptêmes, les mariages et les sépultures, ce qui est fort utile pour l'enquête généalogique et beaucoup moins pour l'histoire locale, et qui de plus présentent le grave défaut d'exclure les protestants, pourtant nombreux dans la région.

 

A compter de la proclamation de l'ordonnance de Villers-Cotterêts (1539) le français remplaça peu à peu le latin dans les actes officiels. Les minutes notariales, les procès-verbaux des assemblées générales et les relations des visites pastorales sont donc rédigés en français, mais un français un peu différent du nôtre, le français que l'on parlait au XVIIème et au XVIIIème siècles agrémenté de nombreuses expressions dialectales ne figurant souvent dans aucun dictionnaire, car le dialecte provençal parlé à cette époque a évolué comme le font toutes les langues vivantes, de sorte qu'il n'est pas toujours facile de résoudre certaines difficultés.

 

En dehors des termes concrets désignant des animaux (exemple: anouge femeau, agnelle d'un an), des végétaux (exemple : chenefve, chanvre) ou des objets (exemple : coutrieu, matelas, cf provençal coto, matelas, couette ), et dont la signification est parfois difficile à appréhender, il est bon de se familiariser avec les unités de mesure, les espèces numéraires ayant cours et la monnaie de compte. Si les espèces numéraires avaient, en principe, une valeur reconnue fixée par des édits successifs; les mesures de longueur, de superficie et de capacité, par contre, variaient pratiquement de village à village et l'on prenait grand soin de préciser, dans chaque document, mesure de Montmorin ou mesure de Ribeyret...

 

 

La paroisse était administrée par des consuls assistés de conseillers, sous le contrôle du châtelain ou de son lieutenant. Le nombre des consuls variait en fonction de l'importance de la paroisse; l'un d'eux au moins, en principe, représentait les forens, ou habitants des mandements  et des hameaux.

 

 

Assemblées générales des manants et habitants

Chaque consul, élu ou nommé pour un an dès le début janvier, lors d'une assemblée générale des manants et habitants, choisissait un conseiller et chacun d'eux prêtait serment, jurant de remplir bien et fidèlement ses charges, et de soutenir les droits de la Communauté, de la veuve et de l'orphelin. On nommait consuls modernes les consuls en cours de mandat, et consuls jadis ceux dont le mandat était expiré. Les consuls, dont le mandat venait à expiration, sollicitaient l'autorisation de se démettre de leurs fonctions, puis ils proposaient généralement les noms de leurs successeurs.

 

 

Dans le meilleur des cas, ceux qui étaient ainsi proposés et qui, peut-être, avaient été pressentis acceptaient d'assumer la charge consulaire; si personne au sein de l'assemblée ne s'opposait à ce choix, cet assentiment tacite tenait lieu d'élection. Dans le cas contraire, on suscitait des candidatures et on procédait à une élection.

 

 

Lors de la passation de pouvoir entre les consuls jadis et les consuls modernes avait vraisemblablement lieu la transmission de l'éminal, récipient permettant de mesurer une émine de blé; des poids de la romane (ou balance romaine); des trois mesures pour le vin, soit le demi-pot, le tiers et le pinton; et enfin des clefs des serrures du coffre contenant les documents, une clef pour chaque consul et une pour le châtelain.

 

 

Les tâches dévolues aux consuls et leurs responsabilités étaient diverses. Ils ne pouvaient rien décider seuls, la plupart des décisions étaient prises au cours d'une assemblée générale des manants et habitants; assemblée qui était convoquée un dimanche, à l'issue de la messe, et qui devait être autorisée par le châtelain. Ce dernier y participait obligatoirement; chaque assistant pouvait donner librement son avis sur la question faisant l'objet du débat, lorsque les avis divergeaient, on procédait à un vote. L'assemblée générale des manants et habitants pourrait être comparée à une sorte de Conseil municipal élargi, chargé de traiter tous les problèmes que pose la vie d'une Communauté : de la répartition des impôts à la fixation du prix de la livre de mouton, en passant par l'achat d'une cloche pour l'église ou la formation d'un détachement armé, en septembre 1692, pour s'opposer aux troupes du prince Eugène de Savoie qui, d'ailleurs, ne vinrent pas dans la région. Mais, à l'inverse du groupe formé par le maire et les conseillers municipaux d'une commune actuelle, seuls les consuls, peu nombreux, et le châtelain détenaient l'autorité, et ce dernier, représentant le seigneur, exerçait un pouvoir incontesté.

 

 

En cas d'urgence, le châtelain et les consuls réunissaient un Conseil particulier comprenant quelques notables. L'assemblée générale suivante était priée d'entériner la prise de position de ce Conseil.

 

 

A partir de 1628, les décisions de l'assemblée durent être avalisées par le subdélégué, représentant de l'intendant, agent du gouvernement.

 

 

Les consuls, au terme de leur mandat, étaient tenus de rendre compte de leur gestion. On nommait des auditeurs pour ou‹r les comptes consulaires et en vérifier la bonne tenue et la sincérité.

 

 

La vie au sein du village supposait, comme aujourd'hui, qu'un certain nombre de fonctions indispensables soient assumées, telles que celles de secrétaire de la Communauté, de maître d'école, de sergent ou garde-terre ou encore valet de ville, de fournier ou responsable du four communal et de la cuisson du pain... Toutes ces fonctions, et d'autres encore, étaient mises aux enchères pour une durée d'un an, pendant une assemblée. Les personnes intéressées par l'une de ces charges, secrétaire par exemple, proposaient de remplir cet emploi une année entière moyennant telle rétribution, un autre individu se disait prêt à assumer ladite fonction pour une rétribution moins importante. Ces enchères, en effet, contrairement aux enchères mises en oeuvre pour une vente, diminuaient au fur et à mesure des propositions des enchérisseurs et l'emploi était donné à celui qui avait fait l'enchère la plus basse. Ce procédé était également utilisé pour la désignation d'un soldat quand la paroisse était tenue d'en fournir un. Le contrat passé entre les consuls, représentant la Communauté, et le sergent, ou le maître d'école, ou le fournier... faisait l'objet d'un acte notarié que l'on retrouve donc dans les minutes notariales.

 

 

Tous les faits formant le tissu de l'histoire locale d'une paroisse apparaissent dans les procès-verbaux des assemblées générales de manants et habitants.

 

 

Minutes notariales

Les minutes notariales sont également précieuses d'un point de vue un peu différent. Elles nous laissent parfois entrevoir une réalité intéressant toute la Communauté, par exemple les divers baux : sallature ou vente du sel de gabelle, panetterie ou vente du pain, boucherie...; mais les minutes notariales nous renseignent surtout sur l'histoire des familles, branche de la généalogie et de l'histoire locale.

 

 

Il faut savoir que dans les siècles passés, on s'adressait constamment et pour tout au notaire, habitude que nous avons en partie perdue aujourd'hui. Rien ne pouvait se faire, se décider, se conclure sans un acte notarié, quelquefois de deux ou trois lignes seulement ou de plusieurs pages,  dont on emportait généralement la grosse pour servir de preuve éventuelle. Ce qui avait été dit et décidé était transcrit et enregistré au greffe, on disait alors insinué, on ne pouvait le nier ni revenir sur cette décision sauf, cela va de soi, en faisant dresser un nouvel acte.

 

 

Les notaires, avant la Révolution, se subdivisaient en trois corps distincts : les notaires royaux qui exerçaient dans le ressort d'une justice royale déterminée sans possibilité d'en franchir les limites, sauf pour les notaires du Châtelet de Paris qui étaient autorisés à instrumenter dans tout le royaume, dans la province du Dauphiné les notaires royaux se paraient du titre de notaire royal et delphinal; les notaires seigneuriaux ne pouvaient dépasser les bornes d'une justice seigneuriale dans laquelle, en principe, les notaires royaux n'exerçaient pas; les notaires apostoliques, placés sous la dépendance des évêques, étaient censés n'instrumenter que dans le domaine ecclésiastique, domaine dont ils sortaient de temps en temps et ce au grand dam de leurs clients.

 

 

De nombreux notaires en Dauphiné étaient protestants; mais un édit de juillet 1682, qui laissait présager celui de 1685 révoquant l'Edit de Nantes, obligea les notaires à professer la religion catholique, apostolique et romaine, ou à se démettre.

 

 

Les minutes notariales couvrent des domaines fort variés : ventes, achats, prêts, reconnaissances de dette, quittances, transactions, compromis, accords avant procès, affermages, déclarations de grossesse, associations, comptes de tutelle, contrats d'apprentissage, mises en possession de biens, locations, partages entre héritiers, donations, contrats de mariage, testaments ...

 

 

Ces deux derniers actes sont particulièrement intéressants pour mettre en valeur le statut social des familles; et la succession au cours des ans des contrats de mariage et des testaments des membres d'une lignée permet, sans difficulté, d'apprécier l'ascension ou, au contraire, la chute de ladite lignée dans l'échelle sociale.

 

 

Contrats de mariage

Avant de faire bénir leur union par le prêtre, ou par le pasteur, les futurs époux, accompagnés de parents et d'amis, se rendaient chez le notaire pour faire établir un contrat de mariage, ou paiches de mariage (du provençal : pache, acte). Durant toute la période précédant d'une part la tenue des registres de catholicité par le prêtre, et, d'autre part, pour les protestants la mise en place du mariage civil sous la Révolution, ce contrat était la seule preuve officielle de l'union du mari et de la femme et, par suite, de la légitimité des enfants. Ceci explique sans doute que les futurs conjoints, même les plus démunis, demandaient au notaire de dresser ce contrat, témoignage du mariage projeté.

 

 

Selon l'humeur du notaire, ou du clerc, les formules d'introduction du contrat de mariage peuvent varier; on passe par exemple d'une présentation expliquant le but du mariage : ...comme soit ainsin qua loneur Gloire et louange de dieu et pour laugmanta[ti]on de lumain linage... à une rédaction plus dépouillée constatant simplement que X a l'intention d'épouser Y et vice versa. Cependant, dans tous ces contrats, le notaire ne garantit nullement que le mariage aura vraiment lieu, il dit seulement que le mariage a este traite et saccomplira dieu aydant; et parfois, effectivement, on trouve un departement de paiches de mariage, autrement dit une rupture de contrat de mariage.

 

 

Le contrat peut, rarement, être dressé après le mariage, dans ce cas il constate que ce dernier est consommé.

 

 

En règle générale, le notaire indique la filiation, l'âge et, parfois, la profession des futurs conjoints. Quelquefois la future épouse, absente, est représentée par son père, ce qui peut laisser supposer son désaccord concernant l'union projetée.  Outre les père et mère, le texte peut nous livrer les noms des grands-parents, oncles, tantes, cousins, beaux-frères, parrains du jeune homme et de la jeune fille à l'occasion des dons offerts à chacun d'eux. La religion est clairement indiquée ou bien elle n'est que suggérée. Il est sage de prévoir comment résoudre le problème posé par des religions différentes, cas relativement rare, ce qui suppose l'abjuration préalable du futur conjoint protestant.

 

 

L'état de fortune des deux familles contractantes est souvent révélé par les dons consentis aux futurs époux, le terme dot n'est employé que pour ce qui est remis à la fille, il serait plus exact de dire ce qui est remis au futur époux au nom de sa future femme, en effet celle-ci, à cette époque, est juridiquement et financièrement incapable, le mari est donc, selon la formule habituelle, maître et seigneur des biens dotaux de son épouse. Cette dot comprend, en principe, du mobilier, lit garni et coffre fermant à clef, des vêtements ou du tissu, des brebis et des agneaux, une somme plus ou moins importante, rarement des bijoux. L'expression joyaux nuptiaux désigne en fait une somme d'argent. Le règlement de la dot s'échelonne sur plusieurs années; en cas de décès prématuré de la jeune femme, l'époux doit restituer à sa belle-famille ce qu'il a déjà perçu.

 

Fréquemment, les futurs époux se font mutuellement un don en nature ou en espèces, se constituant ainsi un bien propre. Les donations entre vifs intervenaient parfois peu de temps après le mariage. La femme pouvait, sous certaines conditions, obtenir par jugement la séparation de biens.

 

 

Testaments

Sous l'Ancien Régime, comme de nos jours, le testament était destiné à exprimer les dernières volontés d'un mourant; le testament nuncupatif, le plus fréquent, dicté au notaire devant témoins revêtait une forme particulière où la religion était présente.

 

 

Dès qu'un individu malade, alité, avait l'impression d'être proche de la mort, il appelait le notaire, quelle que soit l'heure, que le testament mentionnait d'ailleurs lorsque le notaire le jugeait utile, par exemple deux heures de la nuit, soit deux heures du matin. Le notaire accourait, accompagné de plusieurs témoins qu'il avait requis et appellés.

 

 

La plupart des testaments semblent coulés dans le même moule, avec des clichés semblables. Le testateur est gisant dans son lit, mais en possession de toutes ses facultés; il exprime quelques banalités sur le caractère inéluctable de la mort. Ce préambule terminé, le testateur recommande son âme à Dieu, sollicitant pour le pardon de ses péchés l'intercession de Jésus-Christ, parfois de la Vierge Marie et des saints. Espérant ainsi avoir sauvé son âme, pour le repos de laquelle il exige souvent des messes et/ou des neuvaines, il songe à son corps et ordonne de l'inhumer près des sépultures de ses parents, ses prédécesseurs, avec les prières et oraisons habituelles.

 

 

Lorsqu'il n'est pas précisé explicitement que le testateur est protestant, il est généralement dit que l'inhumation doit respecter le cérémonial prescrit par la R.P.R. (Religion Prétendue Réformée); on peut également postuler l'appartenance de l'intéressé à la R.P.R. quand l'invocation à la Vierge Marie et aux saints ainsi que les demandes de messes et de neuvaines font défaut.

 

 

Puis le testateur indique les legs qu'il entend faire. Tout d'abord, un legs aux pauvres de (ou à) lhonneur de dieu, pour marquer le respect et la soumission dudit testateur à l'égard de Dieu. Le legs aux pauvres consiste généralement en une certaine quantité de blé ou de seigle, en principe sous forme de pain; parfois on y adjoint des légumes, fèves ou pois, convertis en potage ou en soupe. Une testatrice, en 1635, y ajoute une Escuelle plaine de Vin pour chaque pauvre; et une autre testatrice, en 1632, avait ordonné quil Soit habilhe trois pauvres filhes...de Sarge moitie Layne et moitie chanvre.

 

 

Le legs d'une somme d'argent à l'église est relativement rare.

 

 

Viennent ensuite les legs aux enfants legetimes et naturelz. Les filles mariées, donc déjà dotées, ne peuvent prétendre qu'à une part minime de l'héritage, souvent quelques sous. Les filles non mariées reçoivent une part généralement plus importante que les garçons à qui l'on donnera un métier, cette part que la bénéficiaire percevra au moment où elle se collocquera en mariage correspond en gros au montant de la dot. L'héritier universel, en principe le fils aîné, devra marier ses soeurs célibataires et faire apprendre un métier à ses jeunes frères; en attendant le mariage des unes et la majorité des autres, il est tenu de les nourrir, les habiller et les chausser, en échange du travail qu'ils fournissent selon leur force et leur capacité.

 

 

Si l'épouse est toujours vivante, le testateur énumère, avec plus ou moins de détails, ce qu'il lègue à sa femme bien aimee, selon l'expression consacrée. Tout est prévu : ou bien la femme vit en paix avec son fils aîné, héritier universel, et elle demeure mestresse de ses biens; ou bien elle ne peut s'entendre avec son fils, et ce dernier doit lui verser une pension à la fois en nature et en argent, et lui laisser un corps de bâtiment pour son logement. Ces dispositions deviendront nulles et non avenues si la veuve se remarie, elles ne produisent leur plein effet que durant le temps où elle vit Viduellement et tant quelle sera aux humains, autrement dit jusqu'à sa mort.

 

 

Suivent les legs aux enfants posthumes éventuels quand la femme est encore en âge de procréer, et est susceptible d'être enceinte lors du décès de son mari.

 

 

Il peut arriver que quelques personnes , non citées dans le testament, prétendent après le décès du testateur à une part de l'héritage. Le testateur prévoit cette hypothèse et leur lègue cinq sous s'ils se font connaître.

 

 

Tous les testaments ne sont pas aussi explicites et détaillés. Par contre, le testament est probablement le seul acte notarié qui dresse la liste exhaustive de tous les enfants vivants du testateur à une date donnée.

 

 

Si l'étude d'une table des sépultures autorise le chercheur à supposer l'existence d'une épidémie quelconque quand le nombre des décès excède largement la moyenne habituelle, les testaments peuvent apporter une précision complémentaire.

 

 

Ainsi à Rosans (Hautes-Alpes) les testaments se succèdent à un rythme anormal de juin à septembre 1640. Les testateurs font tous allusion à la crainte d'une maladie contagieuse, probablement la peste, ou reconnaissent en être atteints. D'autres indiquent que plusieurs de leurs proches, conjoints, enfants, parents ont déjà succombé au mal.

 

 

 

Ce ne sont là que quelques unes des possibilités de collectes de renseignements que nous offrent les contrats de mariage et les testaments. Chaque minute, chaque relation d'assemblée générale ou de visite pastorale, quelle que soit la série dans laquelle elle est classée, constitue une mine d'informations si l'on sait l'exploiter comme il convient. Il en est de même  de tous les documents, quel qu'en soit le sujet, couvrant un laps de temps déterminé, objet de la recherche, par exemple la première moitié du XVIIème siècle.

 

Le travail de dépouillement de tous ces documents effectué, le chercheur dispose d'une masse, parfois très importante, de faits dont l'intérêt  est plus ou moins évident.

 

 

La difficulté, à ce stade de la recherche, consiste à faire la synthèse de tous ces éléments quelquefois disparates afin de mettre en évidence les traits marquants de l'histoire de la paroisse considérée; mais ceci est un autre problème!

 

Septembre 1993

 

Gaston CANU