LES VOLONTAIRES

de la levée en masse dans quelques communes

du district de SERRES (Hautes-Alpes)

Septembre 1793

 

 

Connaître le destin des volontaires de la Levée en Masse de septembre 1793 dans le district de Serres, tel était le but de cette brève étude.

 

Il était nécessaire en tout premier lieu de relever leur nom, puis de rechercher ceux qui étaient revenus au pays et ceux qui étaient morts sur les différents fronts.

 

Au fur et à mesure que j'exploitais les documents de quelques liasses des séries L et H, je voyais surgir les différents aspects du déroulement de la levée: les procédés de recrutement, le comportement des uns et des autres, les problèmes d'intendance, la mise en route, l'attitude de la population face aux déserteurs, la mise en place des commissions de réforme et les différentes causes, réelles ou non, invoquées pour échapper à la conscription.

 

Après avoir relevé un peu plus de 900 noms, faute d'indication de filiation, je n'ai pu connaître avec certitude le sort que d'une vingtaine de volontaires. C'est un bien mince résultat.

 

Je n'ai pas voulu cependant laisser dans un tiroir les notes relevées ni les copies de documents qui m'ont intéressée; je les ai tout simplement présentées dans ce modeste fascicule qui est le témoin du plaisir que j'ai éprouvé tout au long des heures passées aux Archives Départementales des Hautes-Alpes.

 

En mars 1793, la France est en guerre avec l'Autriche, l'Angleterre, la Hollande et l'Espagne. La levée de 3000 hommes en février n'a fourni que la moitié du contingent prévu. Les Vendéens refusent de participer à cette levée. En juillet, Lyon se rebelle; en août Toulon se livre aux forces anglaises et espagnoles.

 

Une nouvelle levée d'hommes est nécessaire. Par décret du 23 août 1793, la Convention ordonne la levée en masse qui touche les hommes de 18 à 25 ans, célibataires ou veufs sans enfant. Les opérations de cette levée dureront jusqu'au printemps 1794.

Un registre est ouvert, à la Maison Commune, pour recevoir l'engagement des volontaires. Rarement le nombre d'engagés correspond au nombre d'hommes requis et le plus souvent le registre reste vierge; alors qu'en mars de la même année plusieurs petites communes avaient pu donner, sans problème, des noms de volontaires.

 Lorsque le nombre de volontaires est inférieur au nombre imposé, la municipalité a recours soit au vote soit au tirage au sort. Le choix de l'un ou l'autre procédé incombe aux jeunes gens concernés.

 Le recrutement terminé, dans les jours qui suivent, une assemblée se tient au chef-lieu de district en vue de l'organisation du bataillon: élection des officiers et sous-officiers des 9 compagnies qui le composent.

La commune doit fournir l'habillement et les armes à chacun de ses volontaires. Plusieurs municipalités se disent dans l'impossibilité de se soumettre à la loi

Il faut également acheminer ces hommes vers le lieu où ils sont affectés. Plusieurs étapes sont à prévoir avec l'hébergement et la nourriture. Dès 1792 la municipalité de Serres est débordée par ces problèmes d'intendance qu'elle ne peut assurer en plus des affaires courantes et elle fait appel à M. Prié, responsable des étapes à Grenoble, qui répond favorablement.

 Les fournisseurs ont parfois quelques difficultés à percevoir leur dû. Le citoyen Bompard, de Serres, assure le 27 octobre "la subsistance en pain à 67 volontaires". La fourniture qu'il a faite auparavant ne lui est pas encore réglée.

Les grains, la farine, le foin, la paille font l'objet de réquisitions comme aussi les couvertures, les draps et le chanvre. Les réquisitions portent également sur les bêtes de boucherie et sur les chevaux qui doivent être jeunes et solides. Ces animaux nécessitent les soins de vétérinaires.

Outre les soucis d'habillement, d'armement et d'intendance, les communes ont à faire face aux problèmes de refus, de désertion, de remplacement des recrues inaptes au service.

 

La désertion semble s'accentuer au fil des ans. Une liste du 4 nivôse an VI (24-12-1797), indique les noms de "soldats réquisitionnaires qui doivent partir du dépot de Gap pour celuy de Chambéry". Certains de ces hommes désertent en cours de route.

 

Les extraits mortuaires couvrant la période qui s'étend de l'an II à l'an III nous livrent de nombreux patronymes. Malheureusement l'âge ou la date de naissance, voire les parents, sont rarement mentionnés. Par contre, le dé

tail des vêtements et les biens sont parfois énumérés.

 

Suivre la trace des hommes requis en septembre 1793, tel est le but de ce travail. Si j'ai pu noter un certain nombe de noms ainsi que des renseignements divers, il m'a été rarement possible de faire un rapprochement entre eux. Dans la plupart des cas la filiation n'est pas indiquée et les homonymes sont nombreux. Comment dans ces conditions déterminer sans risque d'erreur le destin qui fut réservé à ces soldats? En fait, je n'ai que peu de réponses sûres

C'est la raison pour laquelle j'ai regroupé sur une seule liste les informations recueillies. Les mêmes patronyme et prénom peuvent apparaître deux ou trois fois sans qu'il soit possible d'affirmer qu'ils sont ceux d'un seul individu.

 

Par contre, j'ai émis l'hypothèse que quelques actes de mariages et de décès relevés dans les registres d'état-civil concernent directement quelques uns de ces militaires.

 

Puisse cette étude, malgré ses imperfections et ses lacunes, avoir une quelconque utilité.

 

 

Suzanne CANU


 

LA LEVEE EN MASSE

 

 

Le 11 juillet 1792, l'Assemblée déclare la Patrie en danger. Une loi est votée le lendemain décidant de la levée de 500 soldats et de la formation de 46 bataillons de volontaires, soit 330 hommes.

Les bataillons sont formés assez rapidement et soldats et volontaires portés par l'enthousiasme remportent des victoires qui écartent le danger d'invasion étrangère

A la fin de 1792, les volontaires estiment avoir accompli leur devoir et veulent rentrer chez eux. Ils ont d'ailleurs tendance à en prendre à leur aise, retournant dans leurs foyers pour une raison ou une autre au mépris des sanctions qu'ils encourent.

Dubois Crancé préconise l'Amalgame des bataillons de volontaires et de soldats de ligne: deux bataillons de volontaires et un bataillon de ligne formanr une demi-brigade.

Le 1er février 1793, la Convention déclare la guerre au roi d'Angleterre et au stathouder de Hollande, et les 21-23-24 et 25 février 1793, décète la levée de 3000 hommes. Cette levée s'effectue parmi les hommes de 18 à 40 ans, célibataires ou veufs sans enfant. Mais cette levée ne fournit que la moitié du nombre d'hommes prévu.

En application d'une loi du 30 mars 1793 les Hautes-Alpes doivent fournir 10 hommes.

L'armée doit combattre l'Autriche, mais aussi l'Espagne à laquelle la Convention a déclaré la guerre le 7 mars 1793.

Les Vendéens refusent de participer à la levée de 3000 hommes; ils se soulèvent. Dès mars 1793 débute une guerre civile qui sera longue et cruelle.

La lutte entre Jacobins et Girondins conduit la France à une situation critique. Les événements se précipitent. En juillet, Lyon se rebelle, en août Toulon se livre aux forces anglaise et espagnole.

 

Une nouvelle levée d'hommes est nécessaire. Par décret du 23 août 1793, la Convention ordonne la levée en masse qui touche les hommes de 18 à 25 ans, célibataires ou veufs sans enfant. Il ne s'agit plus de "volontaires", bien que dans de nombreux documents ce terme soit utilisé, mais de "requis". Cette réquisition, poursuivie d'année en année aboutira au service militaire obligatoire.

Les opérations de cette levée dureront jusqu'au printemps 1794. Un nombre d'hommes à fournir est fixé pour le département. Celui-ci fixe la quote-part de chaque district, lequel opère une répartion par canton. Chaque canton procède à l'ultime répartition par commune.

Un registre est ouvert, à la Maison Commune, pour recevoir l'engagement des volontaires. Rarement le nombre d'engagés correspond au nombre d'hommes requis et le plus souvent le registre reste vierge; alors qu'en mars de la même année plusieurs petites communes avaient pu donner, sans problème, des noms de volontaires, par exemple, à Montjai: 4 hommes ; à Sigottier: 1 homme ; à Sorbiers: 2 hommes ; à St-Genis: 1 homme (mais il est précisé qu'à part les souliers et la chemise, St-Genis ne peut fournir ni arme ni équipement) ; au Bersac: 2 hommes (ceux-là auront chacun un habit et un sabre).

Lorsque le nombre de volontaires est inférieur au nombre imposé, lamunicipalité a recours soit au vote soit au tirage au sort. Le choix de l'un ou l'autre procédé incombe aux jeunes gens concernés. Ceux-ci sont invités, de même que le maire, les officiers municipaux et quelques notables, à se rendre à la Maison Commune, ou tout local qui en tient lieu : à Orpierre « dans la Chapelle des ci-devant Congreganistes », aux jour et heure indiqués. La séance a lieu sous la surveillance du Commissaire Délégué pour la commune qui siège de droit au sein du bureau.

Les jeunes citoyens ainsi rassemblés entendent le discours du Commissaire Délégué. En fait, il lit "l'Adresse au peuple français" exaltant le patriotisme, la défense de la patrie, expliquant l'organisation de l'armée et faisant valoir tous les avantages des pensions de retraite. Ce dernier aspect de la carrière militaire amène parfois quelque auditeur à s'inscrire en tant que volontaire. Il est alors vivement félicité, acclamé… Le contingent n'est pas complet pour autant. Il faut se décider: scrutin ou tirage au sort.

 

 

 


 

 

Révolution Volontaire de la levée en masse.bmp