COMMUNICATION

ET ENSEIGNEMENT DES LANGUES

PAR LES MOYENS AUDIO-VISUELS

 

 

             Le langage articulé est une institution humaine résultant de la vie en société et est utilisé par les êtres humains en tant qu'instrument de communication. Le langage revêt des formes variées et s'adresse aussi bien au sens visuel qu'au sens auditif, voire même au sens tactile, par exemple l'alphabet conventionnel en points saillants de Braille à l'usage des aveugles.

 

             La langue a été fort bien définie par A. Martinet comme un instrument de communication selon lequel l'expérience humaine s'analyse, différemment dans chaque communauté. Le langage articulé, donc, peut être considéré comme un attribut propre à l'espèce humaine, tandis que la langue est un système de signes articulés limité à une communauté déterminée, à une société distincte possédant en commun un certain code particulier.

 

             L'homme éprouve un double besoin : faire connaître au groupe social auquel il appartient ses propres expériences et connaître, à son tour, les expériences des membres du groupe. Pour ce faire, il est nécessaire d'utiliser ce que l'homme et les membres de son groupe possèdent en commun, c'est-à-dire les divers modes d'expression, de communication.

 

             Ces divers modes d'expression, ou de langages, utilisés pour la transmission du message peuvent faire appel à toutes les ressources physiologiques du corps humain, tant chez le locuteur, celui qui parle, que chez l'auditeur, celui qui écoute, quand il s'agit de langage auditif; ou chez l'émetteur, nous prenons ici émetteur au sens large, soit celui qui transmet un message, même si ce message est transmis par un simple geste, et le récepteur lorsqu'il s'agit de langage visuel.

 

             Dans le cadre de cet exposé, nous n'étudierons pas de manière exhaustive l'évolution des moyens utilisés pour l'acte de communication. Il est aisé de constater que les moyens mis en oeuvre pour communiquer évoluent sans cesse; nous pourrions, dans un raccourci saisissant, mettre en parallèle le premier cri inarticulé ou le premier geste du premier hominien qui a cherché à communiquer son expérience à ses semblables et les procédés modernes de diffusion de la communication.

 

             Vivant en groupe social, l'homme a certainement tenté, dès le début, d'entrer en contact avec ses semblables. Nous pouvons penser qu'en premier lieu des cris, plus proches de bruits que de véritables articulations, et des gestes maladroits suffirent à établir ce contact. Mais très vite, ces moyens rudimentaires de communication se révèlèrent insuffisants pour exprimer les besoins, les désirs, les idées et l'acquit des connaissances personnelles. L'expression gestuelle s'affina et chaque geste dut prendre une signification, arbitraire certes, mais précise au sein d'une communauté donnée. Un véritable langage gestuel, codifié pourrions-nous dire, existe encore dans toutes les sociétés humaines. Que l'on songe, par exemple, au salut militaire, aux marques de politesse, à certaines danses sacrées ...

 

             L'expression verbale, de même, se transforma insensiblement. Les bruits-codes, alerte, peur, colère ..., se différencièrent de plus en plus devinrent peu à peu des sons articulés qui, d'une acception peut-être concrète en tout premier, glissèrent vers l'abstraction et, en se combinant, formèrent de nouvelles unités désignant l'objet ou l'idée. Une nouvelle combinaison de ces unités permit enfin de rendre la communication du message extrêmement précise, donc parfaitement intelligible.

 

             Rien ne nous permet de supposer que l'une des formes du langage humain, forme visuelle ou forme auditive, a précédé l'autre. Il est vraisemblable que les deux formes ont coexisté et que le geste a accompagné la parole : première manifestation audio-visuelle. Il suffit de regarder auour de nous pour constater que ces deux modes de communication sont toujours concomitants.

 

             Cette redondance s'explique aisément par le fait que celui qui communique un message désire être parfaitement compris et, pour cela, il fait appel aux deux principaux sens de celui à qui il s'adresse : la vue et l'ouïe.

 

             Ces deux sens sont d'ailleurs généralement sollicités en même temps dans la nature. En effet, dans la plupart des cas, un phénomène acoustique s'accompagne d'un phénomène visuel : chute d'un corps, course d'un animal ... Il est donc naturel que l'homme, dans l'acte de communication, mette en jeu la double perception, auditive et visuelle, de ceux qui l'entourent; mais le message audio-visuel n'est perçu sans ambiguïté que si le geste est en harmonie avec la parole. Tout décalage dans le temps peut rendre le message incompréhensible.

 

             L'acte de communication, tel que nous venons de le définir, est donc un phénomène à la fois social, psychologique et physiologique qui n'a été étudié  que récemment.

 

             En 1948, Harold D. Lasswell, professeur de droit à l'université Yale (U.S.A.), tenta une première analyse de l'acte de communication à l'aide de cinq questions  "qui ? dit quoi ? par quel moyen ? à qui ? avec quel effet ?" Les questions de Lasswell ont été conçues en fonction de la communication de masse, radio, télévision..., mais peuvent fort bien s'appliquer à l'acte de communication entre deux individus seulement. Si nous reprenons ces questions, nous constatons facilement que "QUI ?" représente le locuteur, celui qui parle, ou l'émetteur, celui qui fait un geste particulier par exemple; "DIT QUOI ?" concerne le message émis; "PAR QUEL MOYEN ?", selon Lasswell, se réfère au mode de transmission du message : lorsqu'il s'agit d'un locuteur ce mode de transmission ne peut être que la parole, et un geste lorsqu'il s'agit d'un émetteur; "A QUI ?" indique l'auditeur ou le récepteur; "AVEC QUEL EFFET ?" peut recouvrir à la fois la notion d'influence du locuteur sur l'auditeur et la notion de compréhension du message.

 

             L'acte de communication met en jeu séparément ou conjointement divers procédés d'expression. Chacun de ces procédés constitue un système de signes.

 

             Le signe est ce qui permet au locuteur-émetteur de faire appréhender par l'auditeur-récepteur une notion quelconque, concrète ou abstraite, déjà connue. Ainsi "neige" n'a aucune signification pour l'habitant des tropiques qui n'a encore jamais eu l'occasion de fréquenter les champs de neige des zones tempérée et glaciale.

 

             Rappelons que Ferdinand de Saussure distingue dans le signe linguistique, au niveau du langage articulé, deux éléments : le concept, qu'il nomme signifié, et l'image acoustique, qu'il nomme signifiant; le signe linguistique est donc la relation qui unit le concept et l'image acoustique.

 

             Ainsi, en français par exemple, la suite de sons /l/ et  /u/ donne l'image acoustique /lu/ permettant d'identifier, par relation, le concept loup, soit : animal sauvage de l'espèce canine.

 

             La notion de signification nous amène tout naturellement à celle de champ sémantique. La relation entre le signifié et le signifiant peut être simple ou multiple. On distingue ainsi divers niveaux de signification :

 

·       la monosémie, quand la relation entre le signifié et le signifiant est unique; on ne peut donc avoir qu'une seule signification, ou un seul concept, par image acoustique, soit :

 

langage auditif : - biset = pigeon sauvage tirant son nom de la couleur de son plumage bis.

 

langage visuel : - panneau routier « stop », qui indique uniquement l'obligation de s'arrêter.

 

·       la polysémie, quand des relations multiples unissent le signifié et le signifiant; autrement dit à une même image acoustique correspondent plusieurs concepts, soit :

 

langage auditif : - dépense, qui peut signifier :

         1 = emploi d'argent

         2 = usage, emploi de quelque chose

         3 = quantité de matière consommable

         4 = lieu où l'on reçoit et où l'on distribue les objets en nature, les paiements

         5 = lieu où l'on range les provisions

 

langage visuel : - panneau routier « danger » qui ne précise pas toujours quel danger guette l'automobiliste.

 

·       - la pansémie, quand toutes les relations entre le signifié et le signifiant sont possibles et dépendent de l'état d'esprit, ou de la culture, de l'auditeur ou du récepteur, soit :

 

langage auditif : - musique

 

langage visuel : - peinture abstraite.

 

Dans ces deux derniers exemples, la relation n'appartient plus au code des conventions régissant une société particulière, mais est fonction de la perception personnelle de l'auditeur-récepteur.

 

             Toute communication d'un message, soit tout acte de communication, suppose, ainsi qu'il a été dit précédemment, la présence de deux personnes au moins, l'une étant le locuteur (ou l'émetteur lorsqu'il s'agit de langage visuel), l'autre l'auditeur (ou le récepteur).

 

             L'acte de communication ne se présente généralement pas d'une manière aussi simple, sauf lorsqu'il s'agit d'un discours, d'une émission radiophonique, d'un cours magistral ... Habituellement, l'acte de communication est réciproque. Autrement dit, le locuteur devient auditeur et l'auditeur devient locuteur, chacun d'entre eux prenant la parole ou écoutant à tour de rôle.

 

             Lorsque la présence du locuteur et de l'auditeur est effective (la présence n'est plus effective lors d'une conversation téléphonique), l'acte de communication fait appel aux moyens audio-visuels, et le geste appuie et souligne la parole, facilitant l'appréhension du message et sa compréhension.

 

             Mais de tous les modes  de communication, celui de la communication réciproque est le plus marqué de subjectivité. En effet, à la subjectivité du locuteur s'ajoute celle de l'auditeur; cette subjectivité, réciproque elle  aussi, est renforcée par le contact physique des interlocuteurs.

 

             La communication réciproque a certainement été la première forme de la communication entre les hommes.

 

             Mais, vraisemblablement très tôt, l'homme a éprouvé le besoin de communiquer son expérience, ou ses idées, ou ses désirs, ou ses ordres, à des individus plus ou moins éloignés dans l'espace ou dans le temps. Il a donc fallu  trouver des moyens de transmettre cette communication à ceux à qui elle était destinée. Nous envisagerons successivement deux cas : communication spatiale et communication temporelle, et à l'intérieur de chacun de ces deux cas, trois possibilités : communication auditive, communication visuelle et communication audio-visuelle.

 

             - Communication spatiale auditive.

 

             Lorsqu'un individu désirait communiquer avec un de ses semblables hors de portée de voix, deux moyens s'offraient à lui, soit se déplacer lui-même, ce qui posait le problème de la locomotion, soit faire transmettre son message par un tiers, le messager, ou par un instrument quelconque (tam-tam, sifflet ...) ce qui soulevait le problème de la subjectivité portée au degré deux, le messager, ou le relais, étant susceptible de déformer plus ou moins consciemment le message initial.

 

             Deux interlocuteurs peuvent aujourd'hui communiquer verbalement grâce au téléphone, sans tenir compte de la distance les séparant.

 

             Les conteurs diffusaient au loin leurs propres productions ou celles d'autres auteurs. Dans le monde moderne, les conteurs ont été remplacés par la radio, le disque et la bande magnétique. 

 

             - Communication spatiale visuelle.

 

             Les premières communications transcrites, connues, destinées à être transportées sont les tablettes d'argile, puis les rouleaux de papyrus. On se servit aussi de certains signaux s'adressant à la vue : fumée, bras articulé du télégraphe Chappe ... La poste permit d'obtenir une transmission plus fidèle et plus rapide des documents écrits. L'homme utilise aujourd'hui le livre, l'image et la photographie.

 

             - Communication spatiale audio-visuelle.

 

             L'acte de communication audio-visuel tendant à toucher le plus grand nombre d'auditeurs-récepteurs a trouvé un excellent moyen de transmission dans le théâtre ambulant, puis dans le cinéma et la télévision.

 

             - Communication temporelle auditive.

 

             Aucun moyen ne permettait aux hommes de transmettre un message auditif à travers le temps. Cependant, il a été possible de conserver les messages du passé grâce à l'oralité, mais cette transmission de bouche à oreille ne nous laisse aucune certitude quant à l'authenticité véritable du contenu du message.

 

             Le disque et la bande magnétique sont les moyens utilisés de nos jours pour fixer la parole et la musique.

 

             - Communication temporelle visuelle.

 

             Les premiers messages graphiques statiques connus, ayant défié le temps, sont les représentations picturales sur les parois des cavernes : peintures rupestres de Lascaux, d'Altamira,, du Tassili ... Puis vinrent la sculpture, la peinture, l'image, la photographie.

 

             - Communication temporelle audio-visuelle.

 

             Nous retrouvons là, bien entendu, le théâtre, le cinéma, la télévision et également le magnétoscope qui permettent de diffuser un message à travers l'espace et aussi, à partir de leur création, à travers le temps.

 

             Ainsi, l'homme réussit à assurer la diffusion de ses messages à travers l'espace et le temps soit grâce à des intermédiaires matériels, tels que les instruments (communication auditive) ou les signaux (communication visuelle), soit encore grâce à d'autres hommes, tels que les conteurs et les messagers, soit enfin grâce à des moyens de plus en plus perfectionnés, allant des tablettes d'argile à la télévision.

 

             La communication à l'aide du graphisme nous amène à constater la dichotomie de l'acte de communication audio-visuel, qui, lorsqu'il s'agit du graphisme, n'est plus que visuel.

 

             Ce moyen de communication graphique évolue au cours des siècles. Les premiers dessins rupestres évoquant, plus ou moins parfaitement, la réalité concrète sont remplacés par les pictogrammes qui reprennent certes cette réalité, mais de façon plus schématique, l'idée étant représentée par une scène figurée.

 

             Les pictogrammes cèdent le pas aux idéogrammes, signes tendant à représenter une idée abstraite; puis l'idéogramme, représentation d'une notion, disparaît devant les divers systèmes scripturaux, qui comprennent les phonogrammes, ou signes graphiques susceptibles de représenter un son, et les caractères des différents alphabets.

 

             Les systèmes scripturaux permettent de transcrire, le plus fidèlement possible, la parole (écriture phonétique, écriture phonologique et écriture orthographique) et aussi la musique.

 

             Les pictogrammes et les idéogrammes, au même titre que les dessins et tous les arts picturaux figuratifs, étaient porteurs en eux-mêmes d'une information visuelle facilitant, en quelque sorte, l'appréhension et la compréhension de la communication proprement dite; tandis que les systèmes scripturaux ne sont pas porteurs d'information visuelle, l'appréhension et la compréhension nécessitant un décodage, et sont réservées aux initiés; l'analphabète est incapable de lire un texte et le non-musicien ne peut pas déchiffrer une partition.

 

             L'acte de communication qui, au départ, n'était possible qu'entre deux individus présents physiquement, a non seulement réussi à vaincre les barrières que lui imposaient l'espace et le temps, mais encore à toucher un nombre de plus en plus considérable d'auditeurs-récepteurs. Le conteur et le danseur (danse sacrée), déjà, s'adressaient à un public beaucoup plus étendu que le locuteur gesticulant.

 

             Actuellement la communication sous ses différentes formes, auditive, visuelle et audio-visuelle, est perçue par une véritable multitude. Les moyens modernes de communication de masse pénètrent partout et chacun, qu'il le veuille ou non, participe à la communication.

 

             L'homme se meut dans un univers de bruits et d'images dès sa plus tendre enfance et, par une sorte d'accoutumance, il finit par rechercher cette débauche acoustique et visuelle comme une drogue. Ce bain sonore et imagé devient un besoin physique et psychologique. L'oeil et l'oreille constamment sollicités tendent vers une certaine hypertrophie par suite d'une activité exagérée. Cette amplification démesurée de l'acte de communication porte aussi bien sur la communication auditive que sur les communications  visuelle et audio-visuelle.

 

                       La radiodiffusion s'est considérablement développée et répandue dans les régions les plus reculées du globe avec la mise sur le marché de postes récepteurs à transistors miniaturisés peu coûteux, si bien qu'une nouvelle maladie sévit partout à l'état endémique, maladie que l'on pourrait appeler la transistoropathie.

 

             Le disque, autre forme de transmission de la communication auditive, est moins répandu que la radiodiffusion.

 

             Le livre et son corollaire l'image, sous la forme de bandes dessinées, commencent à pénétrer dans tous les milieux, grâce aux procédés modernes d'impression et d'édition.

 

             L'affiche et le panneau lumineux, publicitaire ou non, rongent les murs, les troncs d'arbres et tout ce sur quoi il est possible de les apposer, comme une lèpre dont les couleurs criardes attirent l'attention.

 

             Enfin le cinéma et la télévision essaient de se mettre à la portée de toutes les bourses.

 

              Tous ces moyens de communication de masse véhiculent-ils des messages d'une haute tenue culturelle ? Font-ils part d'une expérience et d'une connaissance enrichissantes ? Pas toujours, hélas!

 

             Avant d'aborder le problème de l'enseignement de la langue, il est bon que nous passions rapidement en revue les notions que recouvrent les étiquettes langue maternelle, langue première, langue seconde et langue étrangère.

 

             On nomme généralement langue maternelle la langue apprise en premier par le jeune enfant, avant toute autre langue, la langue maternelle est donc, en principe, la langue de la mère.

 

             Cependant, pour diverses raisons, l'enfant peut fort bien être élevé dans une société totalement différente de sa société d'origine et, par conséquent, apprendre une autre langue que celle de ses parents naturels, la langue de ses parents adoptifs par exemple. L'expression langue maternelle ne convient plus pour désigner cette langue, que l'on nommera langue première.

 

             Pour éviter toute ambigu‹té, il est préférable de parler de langue première, plutôt que de langue maternelle, quand on fait référence à la langue apprise et utilisée par l'enfant dès son plus jeune âge, donc premier mode de communication linguistique.

 

             La langue seconde, ainsi que l'indique son nom, est acquise en second lieu, après la langue première. La langue seconde diffère de la langue étrangère par son statut social. En effet, la langue seconde bénéficie d'un statut de langue officielle, et non de langue nationale, dans un pays donné où elle n'est la langue première ou maternelle d'aucun membre d'une des communautés linguistiques dudit pays.

 

             Telle est la situation du français, langue seconde, en Afrique d'expression française.

 

             Alors que l'enfant acquiert la langue première par un apprentissage continu, la langue seconde est acquise non par un apprentissage, sauf dans le cas des analphabètes, mais par l'enseignement de cette langue; et elle est imposée dans le pays considéré par des textes légaux.

 

             La langue étrangère ne bénéficie pas d'un statut de langue officielle, son choix demeure libre et n'est limité que par la possibilité de trouver un enseignement de ladite langue. Ainsi, l'anglais, l'allemand, le russe... sont des langues étrangères en Afrique d'expression française.

 

             Les méthodes d'enseignement de la langue première ou maternelle, de la langue seconde et de la langue étrangère sont, par définition, différentes.

 

             L'enseignement d'une langue, en général, doit répondre, en principe, aux mêmes critères que l'acte de communication, soit un échange oral puis visuel. On constate malheureusement parfois le contraire. Dans le meilleur des cas cet enseignement repose sur un échange audio-visuel entre l'enseignant et l'enseigné.

 

             Là aussi, et sans doute plus qu'ailleurs, l'expérience et la connaissance de l'enseignant devraient pouvoir être appréhendées et acquises par l'enseigné car, et c'est maintenant un véritable cliché pour un linguiste que de l'affirmer, l'acquisition d'une langue ne peut être conçue hors de la formation linguistique du professeur et de l'élève.

 

             Il est tout à fait normal que l'enseignement de la langue ait mis à profit, en les adaptant à ses besoins propres, les moyens de communication de masse.

 

             Bien entendu, le premier utilisé parmi ces moyens fut le livre, pas toujours avec bonheur! Qui ne se souvient, avec une angoisse rétrospective , des listes de mots, mots fréquemment inutilisables dans une conversation courante de la vie quotidienne, et des textes insipides destinés à faire connaître les règles grammaticales et leurs trop nombreuses exceptions.

 

             Certes, il est indispensable, pour parler une langue, de posséder un certain vocabulaire et d'être en mesure d'utiliser les structures grammaticales de la langue en question; mais il est d'autres procédés de s'en rendre maŒtre que ceux évoqués ci-dessus.

 

             On ne peut parler d'enseignement sans employer le terme pédagogie. Si l'on prend le terme pédagogie dans le sens strict de méthode d'enseignement, il est licite d'envisager deux aspects de la pédagogie :

      a) méthode d'enseignement aux élèves, enfants ou adultes;

      b) méthode d'enseignement de la pédagogie aux enseignants ou formation des maîtres.

 

             Nous n'envisagerons que le premier cas : méthode d'enseignement aux élèves.

 

             Affirmer que l'image, et par image nous entendons le dessin, la projection fixe ou le film animé, est inséparable de toute méthode d'enseignement est devenu un lieu commun. Ce qui est vrai pour l'enseignement en général l'est plus encore lorsqu'il s'agit d'enseigner des langues.

 

             Il faut bien se pénétrer de l'idée que la parole et l'image sont aussi inséparables que le texte et l'image dans le livre ou la presse. L'image permettra au professeur d'éviter de fastidieuses périphrases et facilitera, pour l'élève, la compréhension de la situation évoquée.

 

             Bien sûr, l'image était utilisée dans l'enseignement traditionnel, elle l'est vraisemblablement encore, du moins espérons-le! Mais cette utilisation était bien timide et se limitait aux leçons de langage, de sciences d'observation, d'histoire et de géographie.

 

            Il est maintenant reconnu qu'un emploi généralisé, intensif, de l'image facilite grandement l'acquisition par l'enfant, et par l'adulte, des matières enseignées. Or, l'enseignement des langues n'échappe pas à cette loi et il existe, depuis quelques années, des méthodes particulières d'enseignement des langues, les méthodes audio-visuelles qui donnent des résultats étonnants; à condition toutefois qu'il s'agisse de méthodes élaborées avec toute la rigueur scientifique souhaitable et mises en oeuvre par des enseigants qualifiés car, et vous le savez bien, la méthode ne vaut que ce que vaut le maître et une mauvaise méthode employée par un bon maître est préférable à une bonne méthode employée par un mauvais maître.

 

             Il existe, hélas, sur le marché de nombreuses méthodes audio-visuelles d'enseignement des langues dont le sérieux laisse fort à désirer. Certaines de ces méthodes proclament que leur utilisation permet d'apprendre une langue rapidement et sans professeur; or, quelle que soit la méthode le professeur demeure indispensable pour corriger les erreurs inévitables, dont l'élève ne prend même pas conscience.

 

             Le principe directeur des méthodes audio-visuelles, ou plus exactement des méthodes faisant appel aux moyens audio-visuels, repose sur la genèse même de l'acte de communication.

 

             Nous avons vu que la manifestation audio-visuelle faisant intervenir l'ou‹e et la vue, donc s'adressant aux deux sens les plus  sollicités dans la nature, est sans doute l'une des plus anciennes dans l'histoire de l'humanité.

 

             Si vous voulez bien nous pardonner cette liberté, nous emploierons séparément les termes audio pour désigner ce qui est audible et visuel pour désigner ce qui est visible, ceci nous permettra de traiter les problèmes propres à chacune des deux composantes de l'audio-visuel.

 

             Bien que fort dissemblables dans leur essence, l'audio et le visuel assaillent littéralement l'oreille et l'oeil; l'audio plus que le visuel car si l'oeil est directionnel, l'oreille humaine ne l'est pas. Ainsi, on ne peut voir que ce qui se situe dans notre champ de vision directe, mais tout bruit, quelle que soit la direction de son origine, est immédiateent perceptible.

 

             Phénomènes dissemblables, avons-nous dit; en effet, l'audio n'est jamais tangible, il se situe en quelque sorte hors dimension spatiale, non perceptible autrement que par l'ou‹e; tandis que le visuel est tangible et toujours situé spatialement, donc perceptible autrement que par la vue.

 

             L'esprit de l'homme a tenté au cours des siècles de rendre l'audio, c'est-à-dire le bruit, le son, perceptible à l'aide d'autres sens que l'ou‹e. Pour ce faire, il a fallu transposer l'audio et, grâce à un support approprié, permettre de saisir cet audio visuellement ou tactilement.

 

             Prenons un exemple : la parole est constituée d'audio pur; il est, en principe, impossible de l'appréhender si l'ou‹e n'entre pas en jeu. Mais si par un artifice quelconque nous parvenons à reproduire, à transposer cette parole audio sur un support solide, il sera possible ensuite en regardant ce support de prendre connaissance visuellement du message audio transcrit et, éventuellement, de le reconstituer en audio. Il en sera de même dans un autre code d'un message transcrit en vue d'un déchiffrage tactile, le système Braille par exemple.

 

             Nous présenterons donc séparément ces deux phénomènes : l'audio et le visuel.

 

    L'audio -

 

             Le son produit par un émetteur, ou source sonore, se propage en ondes sonores et est capté par l'oreille, c'est l'audition.

 

             Nous ne ferons pas ici d'exposé sur l'acoustique, la nature et la propagation des sons dans l'atmosphère.

 

             L'oreille est un instrument remarquable qui, au milieu de tous les sons qu'elle capte venant de toutes les directions, peut choisir un son quelconque grâce à sa sélectivité.

 

             Parmi tous les bruits et sons divers composant le domaine de l'audio, le langage articulé aboutissant à la parole élaborée nous intéresse plus particulièrement. Le processus est toujours le même. L'émetteur, ou source sonore, est représenté ici par les divers organes mis en jeu pour produire les sons articulés constituant, en se combinant, la parole. Ces sons se propagent comme tous les autres sons, en ondes sonores, et sont reçus par l'oreille.

 

             Les vibrations du tympan (membrane située au fond du conduit auriculaire) sont transmises par l'intermédiaire des osselets, à l'oreille interne où aboutit le nerf auditif. Les énergies mécaniques sont alors transformées en énergie électrique, mais les mécanismes de cette transformation ne sont pas encore entièrement élucidés. Cette énergie électrique est ensuite décodée par le cerveau.

 

             Les sons ont pu être reproduits artificiellement à l'aide d'appareils utilisant des supports tels que le disque ou la bande magnétique. L'audio, fugace par essence, peut ainsi être "conservé" au même titre que le visuel, fixé sur l'image ou la photographie.

 

    Le visuel -

 

             Un objet constituant la source visuelle est, grâce à la lumière qui le frappe et qu'il réfléchit, perceptible par l'oeil; c'est la vision.

 

             L'oeil, organe de la vue, dispose d'un champ de vision angulaire de 150 degrés verticalement et de 180 degrés horizontalement. Le champ de vision varie en fonction des mouvements des yeux ou de la tête.

 

             La forme des objets, leur taille, leur brillance, leurs couleurs, éventuellement leurs mouvements, sollicitent et attirent l'oeil.

 

             Il conviendra de tenir compte de ce fait dans un enregistrement, car l'être humain, inconsciemment, attache plus de prix au visuel qu'à l'audio. Les sensations visuelles l'emportent d'emblée sur les sensations sonores.

 

             Cette attitude chez l'enfant, chez l'adulte aussi, privilégiant le visuel par rapport à l'audio n'avait pas échappé aux éducateurs des siècles passés et l'illustration accompagnait le texte, parfois bien timidement. L'importance de cette illustration ne cessa de croŒtre, au fil des ans, et actuellement c'est le texte qui accompagne l'image.

 

             Pourquoi, pourrait-on se demander, cette primauté du visuel sur l'audio ?

 

             Le geste n'a-t-il pas précédé la parole ? Probablement, car avant la parole il y eut sans doute le cri, et le geste suppléait en quelque sorte le langage auditif. Ce langage gestuel, visuel, a d'ailleurs vraisemblablement accru et amélioré son audience lorsque la mimique vint le compléter en le précisant et en l'affinant.

 

             De même que l'homme a voulu transférer au sens de la vue la possibilité d'appréhender la parole à l'aide d'un support sur lequel un système codé représentait le message parlé; de même, et beaucoup plus t“t dans l'histoire de l'humanité, l'homme a essayé de transmetre un message, non plus proféré, mais global, à l'aide d'une représentation non graphique, mais picturale.

 

             Les peintures rupestres sont incontestablement les premières images créées par l'homme. Les spécialistes ne sont d'ailleurs pas toujours d'accord sur la signification de ces dessins tracés sur la paroi d'une caverne : simple évocation d'une scène de chasse ou de la vie quotidienne, rites magiques ou propitiatoires, ou encore l'art pour l'art ?

 

             Dès le début de l'art pictural, on est bien obligé de constater que l'image, volontairement ou non, altère plus ou moins la réalité et la transforme.

 

             Cette altération de l'image, dessin ou peinture, se retrouve également dans la photographie.

 

             La représentation fixe, figée, d'un objet ou d'une scène est donc susceptible, sans aucun truquage, d'être interprétée de diverses façons selon les circonstances ou simplement suivant le contexte. Ainsi, le réalisateur russe Koulechov parvint à faire exprimer au visage impassible de l'acteur Mosjoukine, à partir d'une seule et même photographie, la douleur en l'associant à un cercueil, le désir en le plaçant devant une assiette de soupe et l'amour paternel en le rapprochant d'un enfant.

 

             Il est bien évident que le cinéma et la télévision ont usé, parfois même abusé, de cette possibilité, en utilisant tous des truquages possibles et des procédés techniques invraisemblables.

 

             Rappelons que certains de ces procédés ne sont que la reprise de ceux mis en oeuvre pour les images fixes, car un film cinématographique ou télévisuel n'est qu'une série de photographies fixes, le mouvement n'est qu'une illusion due au phénomène de la rétention rétinienne.

 

             Ces procédés tendent parfois à fausser la réalité et peuvent alors être considérés comme frisant la malhonnêteté. Quelquefois ces procédés cinématographiques sont uniquement destinés à suggérer au spectateur un état d'esprit, ou à rappeler un événement passé dont l'importance est ressentie dans la scène présente.

 

             La fréquentation des salles obscures, l'abus des spectacles télévisés que l'on regarde souvent  en prenant ses repas et parfois même de son lit créent un être nouveau, un homme entièrement soumis à l'audio-visuel, voire au visuel seul.

 

             Si cette emprise du cinéma et de la télévision n'est pas encore totale sur l'adulte contemporain, elle est en voie de le devenir chez l'enfant, homme de demain, façonné par un monde ou règne l'image, fixe ou animée, et où tonitrue un torrent de bruits.

 

    L'audio-visuel -

 

             L'audio, d'une part, et le visuel, d'autre part, permettent donc, chacun en ce qui le concerne, l'acte de communication plus ou moins élaboré.

 

             Le message transmis par le canal de l'audio, ou par le canal du visuel, sera certes compréhensible mais moins précis que lorsque l'audio s'allie au visuel pour conférer à l'acte de communication sa plus grande expressivité.

 

             Dans l'expression audio-visuelle le son et l'image sont étroitement liés, ils sont indissociables et si l'on supprime l'une des composantes du bloc audio-visuel, le message est tronqué.

 

             Ceci n'est vrai que si la synchronisation entre l'audio et le visuel, le son et l'image, est parfaite. Sinon, mieux vaut n'utiliser que l'une des deux composantes de l'audio-visuel car on risque fort d'aboutir à des erreurs de transmission, voire à une totale incompréhension.

 

             Il n'est, pour s'en rendre compte, que de songer à ces films sonores où le son décalé ne correspond plus aux images. Le charme est rompu! Que penserait-on également d'un individu qui dirait : "Sortez!" en faisant de la main un geste d'invitation à entrer ?

 

             Le geste, la mimique doivent accompagner, mais aussi souligner, la parole.    L'audio-visuel technique, et nous ne faisons pour l'instant aucune allusion aux moyens utilisés dans l'enseignement, se développe sans cesse et envahit, bon gré mal gré, notre vie de tous les jours. La culture et les loisirs ne sauraient se passer des techniques audio-visuelles, donc des industries produisant et utilisant les matériels audio-visuels

 

             L'humanité est entrée, malgré elle, dans l'ère audio-visuelle.

 

             L'image fixe, photographie et dessin projetés, et l'image animée, cinéma et télévision, permettent de saisir de véritables tranches de vie; ceci est encore plus probant quand il s'agit d'image animée sonore.

 

             Il faut profiter de la possibilité ainsi offerte d'ouvrir une fenêtre sur le monde extérieur et utiliser au maximum les moyens audio-visuels dans l'enseignement des langues, afin de mettre en oeuvre une véritable pédagogie vécue.

 

             La tentation est d'autant plus forte que l'on a constaté que les enfants gardent un souvenir plus précis des images que les adultes; mais l'enfant doit apprendre à interpréter l'image correctement; en effet dans les méthodes faisant appel à l'audio-visuel l'image est plus qu'une simple illustration, elle marque la relation existant entre le contexte, ou la situation, et la parole proférée.

 

             Les méthodes d'enseignement en vigueur les dernières décades faisaient déjà appel au visuel. Tout instituteur digne de ce titre ne concevait pas une leçon d'élocution ou d'observation, quand l'objet ou le matériel faisait défaut, sans le support d'une image.

 

             Mais dans ce cas précis, l'enseignant ne se sentait ni dépaysé, ni désorienté, la leçon ne sortait guère du cadre rassurant des types de leçons habituels, lecture ou écriture.

 

             Si le visuel était assez facilement accepté par le pédagogue, l'audio, par contre, posait quelques problèmes.

 

             Ainsi, l'expérience pédagogique consistant à utiliser la radiophonie dans les classes de langues vivantes ne fut pas toujours acceptée de bon gré par certains professeurs qui, par ailleurs, reconnaissaient honnêtement qu'un des mérites de l'enseignement par la radio est de permettre aux élèves de prendre directement contact avec une langue vivante authentique.

 

             En effet, d'un point de vue purement pédagogique, il bien évident que la conduite d'une classe, pendant et après l'écoute d'une émission radio, est totalement différente de la conduite d'une classe traditionnelle et doit être préparée avec le plus grand soin; car il est impossible de modifier le déroulement de la leçon radiophonique en fonction des réactions des élèves.

 

             Or aujourd'hui, il ne s'agit plus d'une pédagogie du visuel ou d'une pédagogie de l'audio, mais bien d'une pédagogie faisant appel à toutes les ressources de l'audio-visuel.

 

             L'audio-visuel a véritablement  révolutionné  les méthodes pédagogiques, en particulier dans l'enseignement des langues vivantes et, fort heureusement, la majeure partie des professeurs sont convaincus du bien-fondé de ce choix.

 

    Contrairement à ce que pensent parfois les détracteurs des méthodes audio-visuelles, ces méthodes n'ont pas pour but de supprimer le rôle du maître, ni même de le diminuer. La conduite d'une leçon audio-visuelle est plus difficile et exige plus de savoir-faire que celle d'une leçon traditionnelle.

 

             Notre propre expérience d'enseignant nous a permis de vérifier que l'image et le son, étroitement liés, des méthodes audio-visuelles ont fait leurs preuves dans l'enseignement des langues vivantes et que leurs vertus pédagogiques sont incontestables. D'ailleurs, l'enseignant n'a plus la possibilité de refuser d'utiliser les moyens audio-visuels; l'audio et le visuel ont envahi notre univers, nous ne pouvons plus nous séparer d'eux, nous ne pouvons guère nous détransistoriser. Les enfants acceptent d'autant plus volontiers un enseignement fondé sur l'utilisation des moyens audio-visuels que cette nouvelle génération a constamment vécu dans un monde voué à l'audio et au visuel.

 

             En dépit de ce qu'affirme la publicité, l'audio-visuel et les moyens techniques qui l'accompagnent ne vous permettront pas d'apprendre, et par apprendre il faut entendre comprendre et parler, voire lire et écrire, le japonais, l'arabe littéral ou l'hindoustani en quelques heures, sans effort.

 

             A l'opposé des exaltés prêts à tout et à n'importe quoi pour apprendre rapidement une langue, se situent les irréductibles de la bonne vieille méthode   exigeant des années d'efforts, sans machines ni moyens matériels,  pour pouvoir lire Shakespeare dans le texte … tout en restant  incapable d'obtenir une bière dans un pub!

 

             Enfin, se plaçant dans un juste milieu, ceux qui sont disposés, dans l'intérêt de leurs élèves, à tenter d'humaniser ces ingrates leçons de langue vivante, à les rendre précisément vivantes grâce au concours des moyens audio-visuels.

 

             Lorsqu'il s'agit de l'enseignement d'une langue étrangère, il semble tout naturel de penser que la matière à enseigner est la langue parlée couramment, c'est-à-dire la langue utile, la langue dont on se sert quotidiennement et non pas la langue littéraire, plus ou moins archa‹que, qu'il convient de laisser aux spécialistes et aux étudiants des universités ou des grandes écoles. Or le critère de l'utilité, dans ce domaine comme en bien d'autres, est celui de la fréquence d'emploi.

 

             L'intérêt des méthodes audio-visuelles est de permettre à l'étudiant de soutenir une conversation courante portant sur des sujets usuels. A quoi bon enseigner à l'élève un fatras de mots rares, souvent savants voire techniques, qu'il n'aura pratiquement jamais l'occasion d'utiliser. A titre de comparaison, signalons que l'Encyclopédie Larousse fait apparaître 90 000 mots (termes techniques exclus) tandis que l'oeuvre complète de Racine ne comporte en tout  que 1 200  mots différents.

 

             Une bonne méthode audio-visuelle doit refléter trois grandes conceptions, dont elle fait une synthèse.

 

             Tout d'abord, la conception linguistique saussurienne de la langue : ensemble de structures, ou synthèse de rapports. Or, il convient de remarquer que l'acquisition d'une structure particulière d'une langue est d'autant plus difficile à réaliser qu'elle heurte davantage notre démarche habituelle de penser, notre manière de choisir et d'associer les divers éléments de notre propre langue.

 

             Contrairement aux Américains qui allèrent jusqu'à penser qu'il n'est pas nécessaire de comprendre une langue pour la parler, puisque le sens d'un mot importe moins que la perception globale de l'ensemble (d'où leurs méthodes phonétiques pures et le dormiphone), nous estimons que la compréhension est indispensable et que les différentes structures phonétiques, par exemple, doivent être assimilées selon un ordre préétabli.

 

             Ensuite, la conception physio-psychologique, ou l'interdépendance très étroite de la pensée et du langage qui permet d'expliquer les difficultés d'acquisition d'une langue étrangère par la résistance inconsciente à cet apprentissage provoquée par une sorte de traumatisme psychique.

 

             Enfin, la conception de la primauté de la langue parlée sur la langue écrite.

 

            L'assimilation de la langue parlée suppose, en premier lieu, une audition parfaite, donc un entraînement préliminaire destiné à former l'élève à bien entendre.

 

             La forme écrite d'une langue peut gêner considérablement la prononciation correcte de la langue étrangère car, inconsciemment, l'élève se réfère à la graphie de sa langue maternelle, ce qui déclenche des automatismes. Ceci implique le rejet de l'apprentissage de l'écriture et de la lecture à un moment où l'élève est capable de s'exprimer correctement dans la langue parlée. C'est là le processus normal d'assimilation et d'intégration de la langue maternelle ou première par l'enfant.

 

             Une méthode audio-visuelle d'enseignement d'une langue ne donnera de bons résultats que si elle prévoit l'utilisation d'un laboratoire de langues.

 

             Le laboratoire de langues, ou plus exactement le laboratoire d'intercommunication, est constitué d'un ensemble de cabines individuelles, insonorisés au maximum, reliées à un pupitre de commande.

 

             Chaque cabine met à la disposition de l'élève un magnétophone, un microphone et un casque d'écoute. Le magnétophone utilise une bande magnétique à deux pistes : la piste haute, ou piste-maître, préenregistrée, est ineffaçable quelles que soient les fausses manoeuvres éventuelles de l'élève; la piste basse, ou piste-élève ou encore piste d'expérimentation, peut accepter un enregistrement de l'élève qui a tout loisir d'effacer et de réenregistrer autant de fois qu'il le désire.

 

             Le pupitre de commande, ou console de commande, permet au professeur d'écouter chaque élève à son insu, de communiquer avec un élève déterminé sans gêner le travail des autres et de mettre en liaison deux élèves entre eux.

 

             Il est bien évident que le travail exécuté au laboratoire suppose que l'élève est en mesure d'entendre correctement et de percevoir les sons émis par la piste-maŒtre, sinon on voit mal comment il pourrait procéder à une auto-correction convenable et bénéfique par une comparaison de son propre enregistrement et de l'enregistrement proposé en modèle.

 

             Les avantages du travail en laboratoire sont multiples :

- enseignement individuel sur mesure

- isolement de l'élève, d'où

                 - plus d'inhibition

                 - plus de possibilité de répéter les fautes commises par d'autres élèves

- licence de consacrer aux difficultés rencontrées tout le temps nécessaire pour les résoudre.

 

             Le laboratoire de langues, utilisé dans le cadre de l'enseignement d'une langue étrangère à des élèves, peut aussi être utilisé pour la formation, ou le recyclage, du professeur de langue étrangère.

 

             Quand la correction de la prononciation de la langue étrangère semble acquise et quand le système de transcription de cette langue, soit le code écrit, ne peut plus influencer la prononciation, ou code oral, et lui nuire, il est possible de présenter à l'élève le support écrit.

 

             Souvent, le système graphique utilisé présente des difficultés qui s'avèrent dangereuses pour la réalisation d'une prononciation satisfaisante.

 

              Lorsque les élèves ont commencé à écrire, le professeur a toute latitude de procéder à une étude plus systématique de la grammaire.

 

             On a parfois reproché aux méthodes audio-visuelles d'être onéreuses; il est certain que la mise de fonds initiale pour l'acquisition d'un projecteur de vues fixes, d'un magnétophone et d'un laboratoire de langues représente un investissement assez co–teux, mais les résultats obtenus compensent largement cette dépense que l'on ne fait qu'une fois, et le jeu en vaut la chandelle!

 

 

             L'élaboration d'une méthode audio-visuelle exige la collaboration étroite de linguistes er de pédagogues formant une équipe de recherche parfaitement homogène, oeuvrant ensemble en vue de parvenir au but fixé.

 

             Se fondant sur des analyses linguistiques, rigoureusement scientifiques, de la langue première parlée par les étudiants et de la langue seconde, ou étrangère, à leur enseigner, les linguistes, grâce à une étude contrastive des structures des deux langues en présence, mettent en évidence les particularités de chacune d'elles et les différences entre elles qui gêneront l'apprentissage et constitueront de véritables pierres d'achoppement dans l'enseignement de la langue choisie.

 

             La linguistique, loin de demeurer une science abstraite se confinant dans les spéculations de la recherche pure, débouche donc sur des applications pratiques, concrètes, immédiatement utilisables, s'intégrant dans le développement d'une nation.

 

 

                                     Gaston CANU


 

 

 

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